Chapitre II – Le mariage de Bill et Fleur
Les chambres de Percy, Ginny et Fred et George étant vides, chaque invité de la famille Weasley avait pu coucher dans sa propre chambre mais Hermione et Harry étaient allés rejoindre Ron dans sa chambre aux alentours de deux heures du matin. Il ronflait déjà quand ils entrèrent. Ils s'échangèrent un regard complice et ils sautèrent littéralement sur le rouquin, Harry s'occupant d'étouffer son cri avec un coussin. Ron prit cela nettement moins à la rigolade, paniqué.
-Hé, du calme, vieux, c'est nous, dit Harry, retenant à grande peine son éclat de rire. Hermione, à côté, étouffait le sien à grande peine.
La mine encore endormie de Ron était exquise. Il grogna
-Je trouve pas ça drôle... Je vous ai attendus, tout à l'heure, pourquoi vous venez à cette heure-ci !
-Ta mère attendait ton père, on ne pouvait pas descendre. Et puis il faut qu'on parle d'autre chose, dit Hermione.
Le fou rire d'Harry s'arrêta sec. Il redoutait les discussions sérieuses qui l'attendaient avec Ron et Hermione. Il avait remarqué leurs échanges de regards inquiets et craignait un véritable guet-apens. Il ne se sentait pourtant pas si mal et le fait que ses amis interprètent ainsi son ressenti le gênait. Il y avait des choses qu'il ne voulait pas partager.
-La rentrée est dans un mois..., commença Hermione.
-Je ne compte pas rentrer à Poudlard et vous n'êtes obligés de rien..., l'interrompit Harry.
-Ne sois pas bête, répondit Ron le ton sarcastique, reprenant ce qu'Harry s'était répété durant trois semaines.
-Non, je suis sérieux. Ça va être dangereux et je ne sais même pas où aller, par où commencer. Je n'ai aucune idée d'où je vais, et où je vous embarquerai si vous me suivez, répondit Harry, sans évoquer les Horcruxes
Hermione soupira, Ron gardait le sourire.
-Décidemment, ta conscience de héros te perdra, Potter
Harry se tut.
-Combien de fois il faut qu'on te le répète ?, poursuivit Hermione avec patience. On a déjà pris notre décision, nous venons.
-On te lâchera pas, compléta Ron.
Harry baissa les yeux, ne sachant quoi répondre. Cette preuve d'amitié le touchait mais comment leur dire qu'ils risquaient de tourner en rond ? Il ne se sentait pas capable de prendre la tête du groupe.
-Pour en revenir à la rentrée, il faut que vous sachiez que Poudlard risque de très vite tomber entre les mains de Voldemort..., reprit Hermione
-Ne prononce pas son nom !, coupa Ron, écarlate.
-Oui, oui, pardon, s'excusa Hermione sans avoir l'air désolé. Donc Poudlard est un grand emblème de la communauté magique et comme le ministère, Vous-Savez-Qui ne compte pas le laisser indépendant ! J'ai entendu le père de Ron et Bill parler de tout un tas de réformes qui avaient été prises durant le mois dernier et qui étaient passées sous le nez de tout le monde.
- Je n'ai rien lu dans la Gazette, s'étonna Harry
-La Gazette tait les informations qu'on lui dit de taire, désormais, répondit Ron, le ton grave.
-Que veux-tu qu'on y fasse, Ron ? Qu'on les oblige à arrêter de manipuler l'opinion publique en aidant ainsi à l'ascension de Vold... de Tu-Sais-Qui ? C'est ridicule.
-Hé !, protesta-t-il. Je ne faisais que dire ce qui en était. Maintenant c'est sûr qu'on ne peut rien y faire..., bougonna-t-il.
Harry réfléchit pendant qu'Hermione et Ron continuaient de se chamailler. Il ne savait pas par où commencer et s'inquiéter de l'opinion du peuple magique ne lui semblait pas si importante. Sa priorité n'était-elle pas les Horcruxes ? Il se frotta pensivement la cicatrice.
-Elle te fait mal ?, s'inquiéta Hermione
Harry leva brusquement la tête vers elle, surpris.
-Quoi ? Ah... Non, non... Ecoutez, je pense qu'on s'y prend mal, savoir que le ministère sera bientôt entre les mains de Voldemort (Harry ignora la grimace de Ron), c'est important mais ça ne nous aidera pas à trouver les Horcruxes. Voici ce que je sais...
Il leur parla des Horcruxes. Selon Dumbledore, il y en en avait sept. Ils en avaient déjà trouvés et détruits deux, la bague et le journal de Tom Jedusor. Mais il leur en manquait certains...
-Dumbledore pensait que Voldemort aurait pris comme Horcruxe des objets appartenant aux fondateurs. Il y a la coupe de Poufsouffle, donc l'épée de Gryffondor doit en être un aussi et...
Harry se tut au même instant que Ron et Hermione tendaient l'oreille. Les pas de Mrs. Weasley retentissaient dans le couloir. Ron se retourna dans son lit, Hermione et Harry eurent tout juste le temps de se cacher tandis que Molly ouvrait la porte, un rai de lumière éclairant la chambre de Ron. Elle resta immobile quelques secondes et ferma la porte. On l'entendit descendre les escaliers.
-Elle se doute qu'on veut partir, informa Ron.
-Pour ma part, je ne compte pas rester longtemps, leur dit Harry.
-Ecoutez, on verra ça demain, il est tard. A demain, dit Hermione. Elle transplana dans un crac.
-Vous avez de la chance, vous, d'être majeurs, songea à haute voix Harry. A demain, Ron.
Harry sortit et se dirigea à pas feutrés vers la chambre de Fred et George. Il se laissa tomber sur le lit, pensif. Le doute s'empara une fois de plus de lui, lorsqu'il se rendit compte qu'ils n'avaient pas avancé. Il était perdu dans le flot d'informations qu'on lui avait dernièrement fourni. Peut-être devait-il finalement rentrer à Poudlard. L'épée, la coupe, l'objet appartenant à Serdaigle devaient bien s'y trouver, et comme Hermione l'avait dit, si Poudlard serait bientôt en possession de Voldemort, il ferait bien de se dépêcher. Il cligna à plusieurs reprises des yeux. Il sentait le sommeil s'emparer de lui mais refusait de s'endormir tant qu'il n'avait pas decidé de ce qu'il ferait. McGonagall voulait lui parler, peut-être l'éclairera-t-elle et peut-être devait-il attendre de connaître ce qu'elle avait à lui dire avant de partir. De toute manière, il lui restait quatre jours. Il partirait vendredi, après le mariage de Bill et Fleur. Quant à Hermione et à Ron, il trouvait toujours aussi mauvaise l'idée de se faire accompagner par eux. Il ne voulait pas les attirer dans un danger mais petit à petit, il acceptait l'idée qu'ils avaient décidé eux-mêmes la voie à prendre. Ses paupières se fermèrent, sa main glissa hors du lit. Il s'endormait quand soudain, la vérité le frappa de plein fouet. Il sursauta, horrifié. Qu'il trouve ou non les Horcruxes, Voldemort restait ce qu'il était : le mage noir le plus puissant du siècle écoulé et un sorcier qu'il était incapable de vaincre. Tourmenté par la recherche des Horcruxes, Harry avait oublié le problème principal : Voldemort était plus puissant que lui. Mille fois plus puissant que lui et s'il voulait rester en vie, il devrait vaincre ce sorcier mille fois plus puissant que lui. Il sentit ses yeux le picoter, mais cette fois, ce n'était pas à cause du sommeil.
Le lendemain, Harry aurait pu se lever bien tardivement si Hermione n'était pas venu le secouer.
-Mrs Weasley nous attend pour le petit-déjeuner. Allez, debout
Harry protesta faiblement mais Hermione enfonça sa baguette dans son ventre.
-Ron est déjà descendu ?, marmonna-t-il en se frottant les yeux, aveuglé par la lumière du soleil.
-Non, il faut que j'aille le réveiller aussi.
Harry rejeta sa couette et s'étira.
-Oh... Et Ginny est revenue, ajouta-t-elle avec un sourire en coin. Ca devrait t'activer, compléta-t-elle, moqueuse.
Elle le laissa sur ces mots et se dirigea vers la chambre de Ron. Harry garda les yeux ronds sur la porte par laquelle elle était partie. Le temps d'assembler les mots entre eux et il était debout. Il entreprit de faire son lit. Ginny était de retour ? Il ne savait pas vraiment comment se comporter avec elle. Il sortit de la chambre de Fred et Georges et attendit Ron dans l'escalier. Ginny ferait sans doute comme si rien n'était, c'était l'un des nombreux points qui la différenciaient des autres filles. Il fut sorti de ses pensées par un Ron bougonnant qui sortait de sa chambre les mains dans les poches. Hermione derrière lui, les sourcils froncés, elle semblait de bien plus mauvaise humeur que quand elle était venue réveiller Harry. Ce dernier ne fit aucun commentaire, se contentant du même sourire en coin qu'avait affiché Hermione quand elle lui avait parlé de Ginny.
Au milieu du petit déjeuner, la famille de Fleur arriva. Ginny sembla détester immédiatement Gabrielle, et ses longs cils qu'elle papillonnait à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche. Les parents de Fleur étaient deux personnages hauts-en-couleur. Ils avaient plu à Harry. Sa mère, Philéa, était une des femmes les plus belles qu'il lui avait été donné de voir. Elle semblait trouver très amusant les gnomes du jardin et Ron, qui la contemplait d'un air béat, déchanta lorsqu'elle le compara à l'un d'entre eux. Le père de Fleur était en revanche déjà plus banal. Il n'était pas laid, mais définitivement pas aussi beau qu'on aurait pu s'y attendre. C'était un homme replet au rire facile. Son accent provoquait dans le Terrier de nombreux fous rires mais il ne s'en faisait pas et s'en amusait même. Il se trouva que la famille de Fleur était très simple et que Mrs Weasley s'était fait du souci pour rien. Harry, Ginny, Hermione et Ron eurent donc plus de temps libre, faute d'avoir à continuer de récurer de fond en comble la maison.
Puis, le lendemain, ce fut autour de la famille Weasley au grand complet d'arriver : tous les cousins, tantes et oncles éloignés. Le Terrier se remplissant, Harry, Hermione et Ron rejoignirent donc la chambre de Ginny et de la place fut faite pour pouvoir accueillir tout le monde.
Le grand jour arriva enfin. Harry n'avait jamais vu le Terrier aussi plein de monde. Le jardin accueillait au moins une centaine de personnes. Il avait été taillé à l'occasion et Ron et Harry n'avaient même pas eu à le dégnomiser : Mr Weasley avait passé un accord avec les petits habitants et ils s'étaient mis d'accord pour déserter le jardin deux jours en échange d'une trêve pour les six mois à venir. Harry avait trouvé cela très amusant mais Ron avait été totalement soulagé d'apprendre qu'il n'aurait pas à faire cette corvée. Les limites du jardin étaient bordées du buffet où plusieurs sorciers avaient déjà entrepris le siège, sous le regard indigné de Ginny. Le couloir de l'entrée avait été agrandi et un tapis d'un blanc immaculé le coupait en deux parts égales. Il formait un chemin jusque le salon où l'autel avait été installé devant plusieurs bancs. Des bouquets de fleurs avaient été accrochés un peu partout.
-Molly ! Oh la la, c'est for-mi-dable ! Vous avez fait un tel travail, pour arriver à ça !, complimenta Fleur après s'être fait frayé un passage dans la foule, pour arriver jusque sa belle-mère.
-Merci, Fleur, répondit Mrs Weasley avec un sourire légèrement crispé.
Elle ne semblait avoir rien à ajouter. A quelques mètres, le professeur Slughorn regardait avec convoitise tous les plats du buffet.
-Ca alors ! Les Français mangent vraiment des grenouilles
-Vous trouvez ça bizarre, vous aussi ?, cracha une vieille dame rousse
Le père de Fleur les regardait, irrité, avant que sa femme ne l'emmène à l'écart.
Harry regardait toutes ces scènes d'un oeil amusé. Hermione était allée leur chercher des boissons et Ron était occupé à se débarrasser de cousins lointain. Harry chercha Ginny dans la foule. Elle avait disparu il y a dix minutes avec Dean Thomas.
-Ca alors ! Ron ne mentait pas, il est ami avec Harry Potter !
Harry se retourna. Derrière lui, un homme au visage sympathique se tenait appuyé sur une canne.
-Je suis Bob Arlin, le beau-frère de la cousine par alliance de Molly, se présenta-t-il. C'est un honneur de vous rencontrer, Mr Potter ! Alors dites-moi, vous connaissez Ron depuis longtemps ? J'ai été stupéfait d'apprendre par Muriel, sa grande-tante, qu'il vous avait accompagné dans toutes vos aventures. Alors dites-moi...
Harry lui sourit poliment, desserrant légèrement son nœud papillon. Il chercha des yeux Hermione, qu'elle puisse le sortir de là. Mais ce ne fut pas la pétillante Gryffondor qui le secourut.
-Bonjour Arlin, je vois que vous êtes toujours amateur de grands faits, l'interrompit une voix haute et claire. Bonjour, Potter.
Harry avait vu arriver le professeur Mcgonagall avec le grand sourire de celui qui ne croit pas en sa chance. En temps normal, il aurait expédié la personne qui se serait intéressé de trop près à sa vie privée mais ce vieil homme était un parent de Ron et ne semblait pas mauvais.
-Bonjour, professeur, répondit Harry sans se départir de son sourire.
Mcgonagall accorda à Arline un sourire courtois et fit volte-face, faisant signe à Harry de la suivre. Il le salua poliment et prit la suite de Mcgonagall. Ils pénétrèrent à l'intérieur. Mcgonagall semblait savoir où aller car elle comprit très vite qu'il n'y aurait personne dans la cuisine. Mrs Weasley avait fini par se laisser convaincre de confier la cuisine du mariage à quelques traiteurs.
-Très bien Potter. Vous vous demandez sans doute ce que j'ai de si important à vous dire, qui ne peut pas attendre Poudlard.
Harry fut sur le point de lui dire qu'il ne comptait pas retourner à Poudlard mais le regard perçant qu'elle posa sur lui fit comprendre qu'elle n'avait aucune intention de se laisser interrompre.
-Depuis la... mort de Dumbledore et le jour où vous avez refusé de me dire ce que vous faisiez, j'ai beaucoup réflechi, commença-t-elle. Dumbledore est mort. Et l'Ordre manque sérieusement d'organisation depuis, il nous manque un point auquel tous nous rallier.
-Je suis sûr que vous feriez un très bon travail, s'empressa de dire Harry.
Mcgonagall le toisa froidement. Harry rougit. Le professeur n'avait sans doute pas besoin de se sentir rassuré par un adolescent de seize ans.
-Et me rendre utile est de plus en plus difficile. Je crois, Potter, que ce qui était dit l'année dernière dans la Gazette est vrai. Je crois que vous êtes la personne qui peut vaincre le Seigneur des Ténèbres, Potter.
Harry nota qu'elle n'avait pas dit qu'il le tuerait, avec la certitude que beaucoup de personnes avait placé là-dedans, mais qu'il pouvait. Il baissa la tête, les doutes qui lui avaient traversé l'esprit les jours précédents l'assaillant de nouveau.
-Vous savez, j'en suis sûre, que Celui-Dont-On-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est un puissant sorcier et qu'aucun Auror n'a réussi à le vaincre jusqu'ici, continua-t-elle avec douceur.
Elle le ménageait en attendant la chute. Harry savait où elle voulait en venir et son ventre se serra.
-Vous offrir une protection ne servira donc à rien mais je pense que mon savoir ne vous sera pas inutile. Potter, vous êtes un sorcier très doué pour votre âge mais l'expérience vous manque encore.
Harry leva la tête vers le professeur Mcgonagall. Il le savait, tout ça, mais se l'entendre dire était vexant. Il pensa s'insurger. « Mais ce serait pompeux et ridicule ! », lui dit la voix d'Hermione, dans sa tête. Il ne dit rien, devant les yeux inquisiteurs de la directrice de Gryffondor.
-J'attends une réponse, Harry. Je ne vais pas vous imposer mon aide.
-Pourquoi est-ce que vous me la proposez maintenant ?, demanda brusquement Harry.
Il ne se faisait aucun doute sur le bienfondé des intentions de Mcgonagall mais la soudaineté de la proposition lui était étrange. L'espace d'une seconde, Harry vit le doute s'installer sur le visage généralement si neutre de son professeur.
-Et bien Dumbledore n'est plus là pour vous protéger, n'est-ce pas ?
Les paroles étaient vexantes. Tout le monde semblait croire qu'Harry n'avait survécu jusqu'ici que grâce à la protection de Dumbledore. Mais était-il là lorsqu'Harry empêcha Voldemort de s'emparer de la pierre philosophale ? Et le basilic ? Etait-ce Dumbledore ? Et la Coupe des 3 Sorciers ? Harry déglutit difficilement. La sensation d'être faible le rendait amer et ingrat. Pourtant, il avait senti que les paroles de Mcgonagall étaient pesées et loin d'être dites d'un ton cassant, comme on aurait pu s'y attendre. Il devait y réflechir. S'il n'avait pas un tel désir de s'émanciper et s'il était pas si décidé à partir à la rechercher des Horcruxes, il aurait accepté depuis longtemps. Il en avait assez de devoir rester sous la responsabilité de quelqu'un, de se sentir si vulnérable. Etait-ce de l'arrogance ou du désespoir ? Harry se sentait perdu et le mentor qu'il avait toujours eu était mort.
-Très bien, finit-il par dire. J'accepte.
Ce débat intérieur n'avait duré qu'une minute ou deux, mais Harry avait su faire taire son incertitude. Il avait accepté l'idée qu'il n'était pas encore un sorcier confirmé et que malgré les souvenirs que lui avaient confiés Dumbledore, connaître le passé de Voldemort ne serait pas suffisant pour trouver tous les Horcruxes.
Mcgonagall eut un soupir soulagé. Harry n'eut pas le temps de s'en interroger, Ron pénétra brusquement dans la pièce.
-Harry, enfin où étais-tu ? Jean-Pierre amène Fleur à l'autel ! Oh, bonjour professeur
-Bonjour, Weasley. Et bien Potter, je crois que nous ferions mieux de nous dépêcher.
Discrètement, Harry, Ron et Mcgonagall rejoignirent le salon et s'installèrent au premier rang, aux côtés de la famille Weasley, d'Hermione et de Lupin. Les autres membres de l'Ordre étaient derrière. Dans une ravissante robe blanche, à la trainée bleu pâle, Fleur s'avançait vers l'autel, avec toute la grâce d'une déesse grecque avec à son bras son père. Edouard, bien pâlichon à ses côtés, s'essuyait les yeux avec la manche de son costume noir. Harry pensa à Hagrid et au même instant, il l'entendit renifler bruyamment dans les bancs de derrière. Il lui adressa un discret signe de la main. De part et d'autre de l'autel, Ginny et Gabrielle rivalisaient de beauté dans une robe d'or. Ginny n'avait pas la beauté féérique de Gabrielle mais s'en approchait. Pourtant, aucune sorcière, si belle soit-elle, aurait pu attirer le regard avec trois vélanes dans la salle. La soeur de Fleur ressemblait à une elfe. Pas à un elfe de maison mais aux elfes dont Harry avait pu lire les descriptions, dans les livres poussiéreux qu'il avait trouvé dans l'ancienne deuxième chambre de Dudley.
Fleur arriva enfin à l'autel. Elle embrassa son père, qui retourna s'asseoir aux côtés de sa magnifique femme. Bill la regardait avec un sourire qu'on avait bien rarement vu ces derniers temps. Il souleva à l'aide de sa baguette le voile magique qui masquait le visage de sa future épouse, soutenu par un magnifique diadème d'argent. Fleur laissa dévoiler toute la beauté de ses traits. Rayonnante comme jamais. Les petites filles présentes dans la salle ouvrirent grand les yeux, comme si elles venaient pour la première fois de découvrir Fleur et sa beauté époustouflante. Bill lui-même semblait ému. L'élégance de sa robe noire, cousue de fil d'argent jurait avec son visage lacéré et grossier. Les blessures étaient en train d'être soignées, mais il ne retrouverait jamais sa beauté d'antan. Sa mère avait fini par le convaincre de couper ses cheveux, au moins pour la cérémonie et il semblait plus sévère, plus mur. Son éternel crochet de serpent avait disparu. C'était devenu un adulte, un homme mûr.
-Hum, hum..., commença le représentant du ministère.
Bill et Fleur, main dans la main, se retournèrent vers lui.
-Nous sommes ici aujourd'hui pour réunir deux jeunes...
-Harry, murmura Ron. Qu'est-ce qu'elle te voulait, Mcgonagall ?
Harry tourna la tête vers Ron et fronça les sourcils.
-C'est pas le moment, Ron, chuchota-t-il.
Ron ne semblait pas du même avis, mais il se tut. Sans doute par crainte que la Hermione déboussolée par tant d'amour, à sa droite, ne le réprimande elle-même.
-Par les pouvoirs qui me sont conférés par le Ministère de la Magie...
Harry regardait Ginny. S'il retournait à Poudlard, elle aussi, il la verrait. Il fronça les sourcils. Des raisons moins terre-à-terre l'empêchaient maintenant de vouloir retourner à Poudlard. De quoi aurait-il l'air s'il changeait d'avis tous les jours ?
Des applaudissements. Harry vit Bill et Fleur s'embrasser. Il eut un sourire radieux, se leva, et frappa des mains avec les autres.
Les jours suivants le mariage, Harry trouva Mrs Weasley d'humeur bien plus légère. Tout s'était bien passé et elle avait enfin accepté l'idée d'accueillir Fleur Weasley Delacour dans sa famille. Les Delacour rentrèrent en France et Fleur et Bill faisaient leurs affaires pour aller s'installer dans la maison qu'ils avaient achetée. Le Terrier se dépeuplait et il ne restait plus que Mrs et Mr Weasley, Hermione, Ron, Ginny et Harry. Mr Weasley rentrait toujours aussi tard mais Mrs Weasley ne quittait jamais son sourire chaleureux. Ils avaient reçu leurs habituelles lettres scolaires. Harry avait fini par renoncer à l'idée de partir le lendemain du mariage, moins pour les cours de Mcgonagall que parce qu'il ne savait pas où aller. Il avait tout dit à Hermione et Ron, qui l'avaient approuvés.
-Tu comptes aller à Poudlard, en fin de compte ?, demanda timidement Hermione
-Je ne sais pas. Tout dépend de Mcgonagall, répondit-il.
Il savait que placer tous ses espoirs en elle était dangereux mais il commençait à croire que sans elle, il était perdu. Il voulait devenir plus puissant. Assez pour vaincre Voldemort et surtout, assez pour protéger ceux qu'il aimait.
-Elle a dit qu'elle t'offrait son savoir... Elle va te donner des cours, alors ! J'avais bien raison !, s'exclama Ron, hilare.
-Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, Harry en a besoin et..., commença Hermione, avant de devenir rougissante.
Harry ne dit rien. Il n'était pas blessé mais en un sens, l'habitude de les voir placer autant de foi en lui lui manquait.
Le lendemain de cette petite discussion, Harry fut reveillé par Ginny, Ron, et Hermione, qui avaient hurlé autour de son lit.
-JOYEUX ANNIVERSAIRE, POTTER !
Des instruments de musique apparus de nulle part entamèrent une mélodie assourdissante. Mrs Weasley apparut derrière l'encadrement de la porte.
-Ca suffit maintenant, vous m'aviez dit que ce ne serait pas trop bruyant, dit-elle d'une petite voix, comme honteuse d'avoir autorisé une telle mascarade.
Mais Harry n'était pas fâché et tout le reste de la journée durant, un sourire aux lèvres, il chantonnait cette mélodie. L'ouverture des cadeaux n'avait pas été triste. Hermione lui avait offert un livre sur les sorts de protection (Du Sort du Bouclier aux Boucliers d'Energie, de James Lapoddur) « Avec le retour de Voldemort, tout le monde se l'arrachait, chez Fleury & Bott », lui avait-elle dit. Ron lui avait passé, avec une accolade, une nouvelle cape de voyage. « J'ai pensé que ce serait nécessaire », dit-il avec un sourire maladroit. Mrs Weasley, ses habituels gâteaux mais le plus beau cadeau restait incontestablement celui de Ginny. Avec un baiser sur la joue qui dura quelques secondes, elle lui avait offert un Boursouflet.
-Il s'appelle Fleurk, dit-elle avec un immense sourire.
-Ginny !, protesta Mrs. Weasley, outrée.
Mais Harry ne s'en était pas indigné pour son amie française. Ce boursouflet était l'un des seuls signes que Ginny lui avait accordé prouvant qu'elle avait bien remarqué sa présence. Depuis qu'elle était revenue, elle avait été muette en sa présence et semblait l'éviter. Le jour d'après, pourtant, elle était redevenue la Ginny de l'année passée. Harry fut rassuré et Hermione ne manqua pas de le remarquer.
-Tu sais, Ginny n'est pas le genre de fille à pleurer parce qu'elle s'est cassée un ongle, dit-elle alors qu'ils n'étaient que tous les deux.
Harry n'eut pas le temps de réagir qu'on le sauva.
-Harry !, l'appela d'en bas la voix de Mrs Weasley. Le professeur Mcgonagall est là ! Avec Rémus !
Harry échangea un regard incrédule avec Ron et Hermione. Pourquoi Lupin était-il là ?
-Et bien, j'y vais...
-On t'accompagne !, s'exclama aussitôt Ron
-On va t'attendre, contredit Hermione avec un sourire confiant, lançant à Ron un regard de tueur.
Harry se leva, peu assuré. Il descendit au rez-de-chaussée.
-Ils sont dans le jardin, l'en informa Mrs. Weasley. Bonne chance, mon chéri.
Harry prit la direction indiquée et vit le professeur Mcgonagall et Lupin debout, près de la clôture.
-Bonjour, Harry, dit avec un sourire Lupin.
-Potter, salua sobrement Mcgonagall
Les salutations faites, ils s'installèrent sur les chaises abandonnées de la réception du mariage.
-Le professeur Mcgonagall m'a parlé de votre discussion et de ce qu'elle comptait t'inculquer, commença Lupin. Je pense que je peux vous aider.
-Potter, sachez que tout ce que nous ferons devra rester secret. Seuls Mr Weasley et Miss Granger pourront éventuellement en être informés. Bien sûr, il m'est autorisé de vous donner quelques... cours supplémentaires mais nous étudierons des domaines qui ne sont absolument pas approuvés par le ministère.
Harry acquiesça. Tout ça, il le savait mais il ne s'attendait pas à voir le professeur débouler pour lui apprendre les mystères de la magie noire. Non, ce devait être quelque chose de plus subtil.
-Le professeur et moi viendront tous les jours, alternativement, si tu es d'accord. Ce sera peut-être un rythme intensif, mais nous pensons que c'est nécessaire, dit Lupin.
-Je suis venue vous parler de tout ça, Potter, mais c'est Rémus qui commencera notre cycle. Je dois d'abord retourer à Poudlard chercher quelques objets qui nous seront nécessaires.
Harry quitta son mutisme.
-Quel genre d'objets ?, demanda-t-il.
-Vous le saurez au moment venu. Le genre de magie dont je vous parlais ne sera certainement pas le premier point que nous attaquerons.
Harry ouvrit la bouche. Il retrouvait la Mcgonagall sévère et stricte, directrice des Gryffondor, de Poudlard. Il sourit.
-Au revoir professeur.
-Au revoir, Potter
Et dans un crac, elle disparut.
-Je n'ai pas eu l'occasion de venir hier, Harry. Joyeux anniversaire, lui souhaita Lupin.
De sa poche, il sortit un paquet minuscule qu'il fit grandir avec sa baguette. Il le lui tendit. Harry lui sourit, gêné.
-Merci, professeur.
Il se demanda si déballer le présent tout de suite serait impoli mais le signe de tête de Lupin l'encouragea à le faire. Le paquet mal emballé dévoila une enveloppe.
-Je sais qu'Hagrid t'a donné un album, mais voici quelques unes des photos que je possède aussi, lui dit-il.
Harry entrouvrit l'enveloppe et observa longuement certains clichés. Les photographies semblaient moins récentes que celles d'Hagrid et il découvrit son père, plus jeune. Bien sûr, il avait vu dans le souvenir de Rogue les visages jeunes des Maraudeurs mais était représenté là une facette plus flatteuse de leur personnalité. Ils étaient souriants, heureux. Harry détailla du regard le petit Pettigrow. Etait-ce l'envie qui l'avait fait rejoindre le camp ennemi ?
-Range ça, Harry, dit la voix douce et lointaine de Lupin. Nous allons commencer à travailler.
-Hein ?
Harry leva les yeux vers Lupin, dont la vision plus jeune l'avait troublé.
-Ah oui, très bien.
Il fit glisser le précieux cadeau dans la poche de sa cape. Lupin se leva et sortit sa baguette. Harry l'imita. La sensation étrange de liberté qu'il avait depuis qu'il avait dix-sept ans lui revint tandis que quelques étincelles rouges et or sortaient du bout de sa baguette.
-Qu'allons-nous étudier ?
-Je pense que nous battre en duel est un bon début.
Et sans qu'Harry l'ait entendu prononcer la moindre formule, il fut projeté à quelques mètres et sa baguette lui échappa.
-Un sortilège informulé !, songea-t-il.
Il se releva douloureusement. Lupin lui tendait sa baguette et il avança vers lui, honteux.
-Ce sera difficile au début, lui dit-il au début.
Harry comprit alors que Lupin ne comptait pas le ménager.
A la fin de quelques heures, Lupin et Harry s'en sortirent avec quelques égratignures chacun. Il était difficile à Harry de parvenir à anticiper les stratégies du loup-garou, surtout lorsque ce dernier utilisait les informulés. Harry avait essayé, mais à chaque fois qu'il réussissait, le temps qu'il avait utilisé à se concentrer comblait l'avance que ça lui donnait.
-C'était pas mal, avait commenté Lupin à la fin de leur rencontre.
« Pas mal », nota Harry, habitué aux « bien ». Couverts de bleus, il accueillit volontiers les restes du mariage, assez nombreux pour nourrir tous les invités de Mrs Weasley pour le mois. Lupin resta dîner et le repas fut joyeux. Ron et Hermione regardaient Harry avec curiosité, impatients de connaître ce que Lupin lui avait enseigné et Ginny harcelait son ancien professeur sur ce qu'il comptait faire avec Tonks, sous les regards furieux et appuyés de Mrs Weasley.
Comme à son habitude, ce fut elle qui ramena à la raison tout le monde et les envoya se coucher. Ginny et Ron ronchonnèrent mais Hermione semblait ravie de pouvoir enfin se trouver seule avec Harry et apprendre. Ron ne fut pas aussi perspicace.
-Avant cela, j'aimerais parler à Harry, si cela ne vous dérange pas, Molly, intervint Lupin.
Harry lui jeta un regard étonné. Ils avaient été ensemble presque toute la journée, pourquoi ne pas lui avoir parlé à ce moment-là ?
-Très bien... Mais les autres, au lit !
Ron chercha à protester mais Hermione le fit taire d'un regard.
-Harry nous dira tout en haut, lui chuchota-t-elle furieusement en lui tirant le bras vers l'escalier.
Lupin ne dissimula pas assez rapidement son sourire : il avait tout entendu. Une fois seul avec Harry, il prit finalement la parole.
-J'aimerais te dire, Harry que..., commença-t-il.
Il se tut. Il semblait hésiter sur les termes à choisir.
-Professeur ?
-J'aimerais te dire, Harry, que je sais ce que c'est de perdre les personnes auxquels on tient
Harry haussa les sourcils, stupéfaits. Son regard se baissa sur la poche de sa cape, où les clichés que lui avaient offerts Lupin étaient. Harry n'avait jamais vraiment considéré Lupin comme l'homme qui avait perdu tous ses amis. L'un d'eux était d'ailleurs responsable de la mort des deux autres. Harry leva les yeux vers Lupin.
-Que ce soit tes parents, Sirius ou même Dumbledore, je tenais à te dire que tu n'es pas le seul à souffrir de leur... absence.
Il lui sourit tristement. Harry ne savait quoi en répondre. Il avait été stupide de ne pas se rendre compte que Lupin aussi souffrait de la mort de tous ceux disparus. Une boule se forma dans sa gorge.
-J'aurais tellement aimé connaître mon père, souffla-t-il comme une confession.
Mais Lupin ne semblait pas lui avoir dit dans l'unique but de partager une souffrance.
-Parmi les photos que je t'ai données, tu trouveras la plupart des élèves de notre promotion que nous aimions, ou au contraire que nous détestions. J'ai pensé que tu aimerais connaître la jeunesse de ton père, et je pense que les photos que tu as résument assez bien l'ensemble.
Harry les sortit. La première montrait Cornedrue, Lunard et Queudver assis dans le parc. Lunard lisait, Queudver regardait James jouer avec son vif d'or. Mais James le ratait et tous riait.
-Regarde, derrière, il y a Lily, indiqua d'un ton gai et triste à la fois Lupin.
Harry acquiesça sans lever la tête du cliché. Il semblait absorber par l'image des Maraudeurs et de sa mère, alors insouciants. Il regarda un autre cliché. Lupin semblait plus tendu, à côté de lui.
-Sirius et James avaient eu l'idée d'enchanter les couverts des Serpentard pour qu'ils les empêchent de manger et les piquent quand ils essayent.
Harry hocha la tête une seconde fois. La scène illustrait ce que lui racontait Lupin mais il avait remarqué un détail.
-Qui est-ce ?, demanda-t-il en pointant du doigt un Serpentard à l'air blasé, un peu à l'écart, qui, lui, mangeait tranquillement.
-Oh, dit Lupin d'une voix qui exprimait tout, sauf l'étonnement. Il était toujours aussi tendu. Je l'avais presque oublié, celui-là. C'était un nouveau élève et nous avions préparé ce coup pour lui. Quand nous avons pris la photo, nous n'avions pas remarqué qu'il n'était pas touché par le sortilège. Lorsque James et Sirius ont tiré la photo, ils étaient furieux, ajouta-t-il en souriant.
Harry passa à la troisième photo mais Lupin poursuivit.
-James et Sirius se sentaient toujours vexés quand l'un d'eux réussissait à nous résister. Dieu c'était rare ! Et personne n'y arrivait deux fois mais celui-là, il était assez spécial. Alors à chacune des photos que tu verras sur les... blagues, qu'on faisait à Serpentard, tu constateras qu'on l'évitait aussi souvent qu'il déjouait nos tours.
-Quel est son nom ?, demanda-t-il
-Je ne me souviens plus, répondit-il d'un ton évasif.
Il lui fit un clin d'oeil.
-Je crois qu'un jour, il m'a dit que son deuxième nom était JT.
Et voilà pour ce chapitre. Merci pour vos reviews au chapitre précédent, elles me font très plaisir. Baekjong, Macbette et AEIO10, j'espère pour vous revoir.
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