Sans rapport donc avec le précédent, un Haitsu en un chapitre, construit autour de la (très belle) chanson de Cabrel, « l'encre de tes yeux »...

J'ai toujours couru. Après mes rêves insensés, après la reconnaissance des autres... Après le temps. Et comme souvent quand on est entraîné dans quelque chose, on ne sait même plus ce qu'on cherche finalement. Ce fut mon cas. J'ai couru à perdre haleine, mais pour aller où ? Je n'ai pas voulu me retourner, peu importe ce que je laissais derrière moi ou ce que je ratais au passage. Au fond, peut-être que je fuyais, tout simplement.

Puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux

Et me voilà aujourd'hui, bientôt passant le cap de la quarantaine et plus perdu que jamais. Je n'ai jamais su accepter la réalité, même quand elle me fouettait le visage. J'ai toujours nié ce qui me dérangeait, fonçant droit devant au besoin. Je suis quelqu'un qui a besoin de certitudes, c'est comme ça. Je dois savoir où je mets les pieds sinon je passe mon chemin, je n'aime pas ça. Sauf en musique. En musique, l'inconnu est excitant.

D'où vient le problème, en fait ? Ai-je voulu m'entêter dans mes erreurs, me condamnant ainsi tout seul ? Ai-je détourné les yeux quand je sentais ma raison vaciller en ta présence ? Qu'aurais-je dû faire ? Je voulais juste être heureux. C'est le but de tout individu, il me semble. Sauf que j'ai mis une ardeur démesurée à vouloir l'être, comme si j'avais peur qu'en me laissant aller, je finisse par me perdre. Je pensais que la femme, l'enfant, l'appartement, la voiture, la vie bien rangée, ça allait me suffire... Idiot que je suis. Il me manquait l'essentiel, mais je refusais de comprendre. Je ne voulais pas admettre, ça aurait trop compliqué les choses.

J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

J'ai toujours su me trouver des excuses pour me justifier. Des bonnes raisons d'avoir fui, j'en ai des milliers. Je ne voulais pas que ma famille soit ennuyée, je ne voulais pas ternir l'image du groupe, je ne voulais pas perdre ton amitié... Puis je ne voulais pas faire de mal à ma femme. Et maintenant que cette raison n'est plus valable, je trouve les autres bien minces. La vérité, c'est que mes sentiments se sont amplifiés avec le temps et qu'aujourd'hui, je ne peux plus les contenir. C'était là, inconscient, jusqu'à ce que Megumi et moi nous nous séparions. Libéré de toute contrainte affective et morale, je me suis aperçu que je ne me sentais pas vide pour autant. Et pour cause. Je le sais aujourd'hui, ce que j'ai toujours refusé d'admettre : il n'y a que toi. Mon coeur ne bat que pour toi. Et je ne peux pas vivre un jour de plus sans te le dire. Je t'ai fais du mal, je le sais. Je le voyais bien, et pourtant je détournais les yeux, lâche que j'étais. Mais toi, tu ne m'as jamais laissé tomber. Toujours là pour me retenir quand j'étais au bord du précipice, m'écouter quand j'en avais besoin... Tu as toujours été là pour moi... Et tu souffrais tant. Et je faisais semblant de ne pas comprendre, me contentant de ta présence comme une bénédiction... Tu devrais me haïr pour ça. J'ai piétiné tes sentiments par peur, je n'ai aucune excuse pour ça. Et je t'ai même vu t'excuser lorsque tu commettais des actes ambigus, t'excuser de me gêner... Moi, je n'ai même pas eu la décense de le faire, alors que mes actions étaient 100 fois plus coupables que les tiennes. Toi, tu ne faisais qu'être sincère avec toi-même, et espérer. Quel mal y a-t-il à ça ?

Je n'avais pas vu que tu portais des chaînes
À trop vouloir te regarder,
J'en oubliais les miennes
On rêvait de Venise et de liberté

Je sais bien ce que j'aurai dû faire. Mettre de la distance entre nous. Du moins moralement. Ca t'aurait protégé. Mais j'étais trop égoiste, je ne voulais pas que tu regardes ailleurs. Juste moi. Parce que ton regard plein de bonté et de foi en moi, depuis plus de 10 ans, c'est ça qui me fait tenir debout, tu ne le savais pas ? Ta gentillesse sans limite, qu'on peut presque appeler abnégation... Et ton sourire, qui réchauffe mon coeur comme rien d'autre ne sait le faire... J'ai besoin de ça. Ca ne peut pas s'expliquer. Tu es mon unique source d'inspiration.

J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
C'est ton sourire qui me l'a dicté.

Il n'y a pas beaucoup de choses vraiment indispensables, vraiment vitales, si tu y penses un instant. Le coeur, l'oxygène, bien sûr. Et après, à chacun sa raison. Moi il me faut deux choses en plus, comme je suis exigeant : la musique et toi. Il faudra bien que je me contente d'être le meilleur ami si tu ne peux m'offrir plus...

Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève
Et si malgré ça j'arrive à t'oublier

.. Mais je veux plus. Et cette fois-ci, je me battrai pour ça. Je ne fuirai pas, même si je dois essuyer ton refus ou ta gêne. Je veux que tu saches : je ne mentirai plus. Ni aux autres, ni à moi. Tout aurait été si simple si il y a 10 ans, quand je me suis aperçu de mes sentiments, je t'en avais parlé. On aurait pu être heureux si je n'avais pas fui ce sentiment de toutes mes forces, qui sait ? Mais j'étais lâche et stupide. Aujourd'hui je ne suis plus ni l'un ni l'autre, alors tu sauras ce qu'il en est.

J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Aura longtemps le parfum des regrets.

Tu sauras que je t'aime. Que tu es ce qui m'est arrivé de mieux et de plus beau. Que mon coeur ne vibre qu'en ta présence, que ma voix n'est jamais plus claire que si tu chantes avec moi. Que tout ce qui m'importe dans ce monde réside dans ton sourire et tes yeux, et que je ne veux que toi. Toi et personne d'autre.

Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux

Je sais bien que rien ne sera facile. Ca, je le sais. Il paraît que parfois, on a beau s'aimer très fort, ça ne suffit pas toujours pour être heureux. Pourtant j'y crois. Aussi absurde que ça puisse paraître, et même alors que je ne sais rien de ce que tu veux, j'y crois. Il n'y a qu'avec toi que vivre vaut le coup... Et si jamais tu me pardonnes de t'avoir autant blessé, je te montrerai que j'ai changé et que je peux désormais être à mon tour, quelqu'un sur qui l'on peut compter.

J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

Je prie pour qu'il ne soit pas trop tard. J'ai peur. Peur d'avoir laissé passé toutes mes chances. Car j'en ai eu. Mais tout est réparable, n'est-ce-pas ? Tu te réveilles enfin. Assis sur une chaise dans notre studio, voilà 2 heures que je te regarde, Tet-chan, endormi sur le sofa. Et 2 heures que je te parle dans ma tête, que je mets mes mots en ordre, moi qui ait du mal à m'exprimer autrement que sur le papier. Tu as l'air encore endormi, tu émerges doucement et tu me regardes. Et tu souris. Je crois que je pourrai faire n'importe quoi pour ce sourire. Montre-le moi toujours, s'il te plaît. Je souris aussi, et tu comprends que je veux te parler, car tu me connais mieux que je ne me connais moi-même. Tu dis encore que tu seras toujours là pour moi, quoi qu'il puisse se passer. Alors je te dis tout. Tout mon monologue incensé que je rumine dans mon esprit depuis si longtemps et que je t'avoue à voix basse. Et je vois tes yeux s'agrandir et ton sourire s'élargir, devenir plus beau encore que d'habitude. Il n'est pas trop tard, tu me le fais comprendre. J'ai enfin pu être honnête avec toi et avec moi. Et toi, tu me pardonnes encore. J'ai l'impression que ta gentillesse me sauve à chaque fois. Tu dis que tu n'as rien à pardonner, que tu es fou de joie de m'entendre dire ça et tu me remercies... Je ne comprends pas pourquoi tu m'aimes autant, moi qui ne suit en rien exceptionnel, contrairement à toi... Mais puisque tu m'as choisi, puisque tu veux de moi, alors à mon tour, je te servirai de guide et te rendrai heureux, puisque je t'aime.