Chapitre 2
La proposition de Rémus Lupin
La Brigade Inquisitoriale était très inefficace.
Depuis qu'elle était arrivée à Poudlard, jamais Liliane n'avait autant ri avec les jumeaux que durant les trois semaines qui avaient précédé les vacances de Noël. Fred et George s'étaient donnés un malin plaisir à concocter et à fabriquer un tas de bonbons et de gâteaux en tous genres, qu'ils avaient ensuite gentiment offert à Rusard dans une jolie boîte rose en forme de cœur. Il s'était retrouvé avec des pustules sur la totalité de son visage, et n'avait donc pas trouvé le quartier général de l'AD. La Brigade Inquisitoriale elle-même possédait un caractère plutôt comique : ils se fourvoyaient tous autant les uns que les autres, et les membres de l'AD adoraient les éconduire ou leur donner de fausses pistes, voire même les faire tourner en rond pour les mener dans les coins les plus inattendus du château.
Harry était un très bon professeur : il maniait les sortilèges de défense avec perfection et réussissait très bien à les apprendre aux autres. De tous les sortilèges qu'ils leurs avaient appris, celui avec lequel les jumeaux s'amusaient le plus était le levicorpus. Une fois, alors que Liliane essayait en vain de se concentrer sur ses devoirs, elle s'était retrouvée suspendue dans les airs, la tête en bas, et face à elle, Fred et George qui riaient à en pleurer. Pour se venger, Liliane avaient remplacé leurs baguettes magiques, si bien que lorsque le professeur McGonagall avait demandé à Fred de faire une démonstration à la classe, il s'était retrouvé avec une baguette qui lançait des bouquets de fleurs. Bien évidemment, il n'avait pas tardé à savoir qui était la source d'un tel désordre.
La rumeur à propos de la punition de Liliane n'avait pas mis longtemps à faire le tour de l'école, et ce bien sûr, grâce aux jumeaux. Elle avait même hérité d'une petite côte de popularité qu'elle n'avait pas jusqu'à présent : les anti-Ombrages et les anti- Brigade Inquisitoriale l'appréciaient énormément, au grand mécontentement de Drago Malefoy, qui voyait pertinemment que Liliane filait un mauvais coton. Mais elle n'avait que faire de ce qu'il pensait : au moins, elle désobéissait à son père.
George ne se rendait pas compte que Liliane s'assombrissait de jour en jour, mais Fred, lui, le voyait. Au-delà de ça même, il le sentait, et il parvenait à savoir ce qu'elle pensait. Sans qu'elle n'ait préalablement besoin de lire en lui. C'était très déstabilisant, il n'aimait pas trop cela, mais en même temps, il se surprenait parfois à essayer de savoir ce que Liliane pensait sur telle ou telle chose, ce qu'elle aimait, ce qu'elle détestait, si elle avait d'étranges petites lubies. C'était en fait un drôle de spécimen, et elle possédait un cynisme inégalable. Cynisme qu'elle n'utilisait bien sûr que dans ses réflexions intérieures, mais Fred le savait. Il se flattait même d'être le seul à connaitre cette facette de Liliane.
D'ailleurs, même s'il ne remarquait pas le petit changement dans l'attitude de Liliane, George voyait parfaitement qu'elle et son frère avaient un petit faible réciproque. Mais ils s'obstinaient à le nier : il était pourtant revenu à la charge plusieurs fois, il faisait des sous-entendus de temps en temps, mais constamment, Fred désamorçait en blaguant, et Liliane ignorait complètement ce qu'il disait. Alors, George avait eu une idée: il avait décidé de prendre son frère par les sentiments : plus de blagues ou de sous-entendus plus ou moins bien placés, il comptait bien aller remuer la sensibilité de son cher frère jumeau. Car après tout, même si cela lui serrait un peu le cœur de voir que son frère avait un penchant pour la semi-rouquine, il n'en était pas moins ravi.
Le Poudlard Express venait de quitter la gare de Poudlard : tous les élèves étaient excités à l'idée de rejoindre leurs familles pour Noël. L'ambiance de fête était à son comble, et chacun dressait la liste de ce qu'il espérait avoir comme cadeau. Dans un des compartiments, Fred et George mettaient au point leurs derniers cadeaux de Noël : des friandises en tous genres et des gadgets un peu fous. Cette année, ils voulaient faire les choses en grand. Liliane, elle, était étendue sur l'une des banquettes, les yeux clos. Elle écoutait les messes basses et les rires des jumeaux pour ne pas penser à son père qui l'attendait, sur le quai 9 3/4. Alors qu'ils terminaient d'emballer le cadeau de Ginny, Fred s'adressa doucement à Liliane :
« Alors, jolie Lili, tu dors ? »
« Non, souffla Liliane, je ferme les yeux pour pas voir ce que vous allez m'offrir. »
George s'approcha à son tour :
« Tu vas avoir un cadeau spécialement de Fred, dit-il, et j'ai rien avoir là-dedans. »
Il fit un petit sourire enjôleur à son frère.
« J'en ai de la chance, murmura Liliane en souriant. »
Fred et George se jetèrent un regard entendu, puis s'assirent chacun à côté de Liliane, l'obligeant à se redresser.
« Tu sais Durose, débuta George. »
« Dans quelques heures, on sera à Kings' Cross, enchaîna Fred. »
« Et ton papounet t'y attendra sûrement, poursuivit George. »
« Mais comme on est des gars géniaux, continua Fred en levant un doigt. »
« On a proposé à notre mère que tu viennes passer Noël avec nous, termina George. »
« Et en plus, c'est gratuit, murmura Fred. »
Liliane les regarda tour-à-tour, un peu surprise. Elle ne s'y attendait pas ; elle aurait pourtant pu le deviner, ou même le sentir.
« Et elle a accepté ... ? Demanda-t-elle, éberluée. »
« Évidemment Durose ! S'exclama George. »
« En même temps pour toi, on peut rien refuser ! Ajouta Fred. »
« Mais les gars, reprit Liliane, un peu confuse, je pourrai pas échapper à mon père cette fois-ci, il m'attendra de pied ferme à la gare. Il doit même déjà y être. »
Les jumeaux eurent un sourire malicieux.
« Tu crois pas si bien dire, Lili, dit Fred. »
« On a un plan, continua George. »
Liliane allait de surprises en surprises : pourquoi donc ne l'avait-elle pas deviné ?
« Considère ça comme un cadeau anticipé, Durose ! Dit George, mais nous remercie pas, on sait qu'on est fantastiques ! »
Liliane ne savait plus quoi dire, elle était bouche bée. Fred et George la regardaient d'un œil triomphant, voyant bien que leur petite offre lui faisait de l'effet.
« Alors, t'acceptes Durose ? Demanda George en se penchant vers elle. »
« De toute manière, t'as pas le choix, renchérit Fred en se penchant à son tour. »
Tous deux guettaient la réaction de leur amie avec ce petit sourire facétieux qui leur été si propre. Mais elle ne savait vraiment pas quoi répondre : elle ne s'attendait pas à une telle proposition. Passer Noël avec tous les Weasley, faire la connaissance des autres membres de la famille. Mais comment allait-elle faire pour éviter son père ?
« C'est simple ma Lili, dit Fred, on s'en occupera. »
« Mais vous êtes fous ! S'écria Liliane, vous savez même pas à qui vous avez affaire ! »
Fred pointa un doigt sur sa cage thoracique.
« On a déjà affaire à toi, Lili. »
Liliane lui tira la langue, et il s'esclaffa.
« Gamine, va ! »
« Bon, c'est décidé, tu passes Noël avec nous, c'est maman qui sera contente ! Elle adore avoir plein de monde à la maison ! Dit à son tour George. »
« Oui, enfin cette année, c'est pas à la maison, corrigea Fred. »
Ils se mirent alors à débattre sur ce que chacun entendait par « maison ». Lorsqu'ils eurent terminé, Liliane put enfin donner sa réponse :
« Je veux bien passer Noël avec vous, la question se pose même plus. C'est tellement gentil de votre part d'avoir pensé à moi. Vous voulez bien d'un demi loup garou-mangemort sous votre toit ? »
« Durose, on a Harry sous notre toit, répondit George. »
« Alors toi, ça nous dérange pas du tout, termina Fred. »
Durant une partie du trajet, les jumeaux firent un portrait détaillé de chaque membre de leur famille, en précisant à Liliane qu'elle allait sûrement rencontrer Arthur Weasley un peu amoché à cause de son accident au Département des Mystères. Accident d'ailleurs très obscur, que Liliane aurait aimé élucider. A coup sûr, son père était derrière tout ça. Ils lui parlèrent aussi longuement de Ginny, qui était un peu persécutée parce qu'elle était la seule fille, qui plus était, la dernière de la famille. Tandis qu'ils discutaient, Liliane percevait que malgré leur ton ironique, voire moqueur, ils aimaient profondément leurs frères et sœurs, et que de vrais lien familiaux existaient entre eux. Même entre eux, Harry et Hermione. Elle trouvait cela incroyable : elle ne savait pas ce que c'était, une belle famille soudée.
Le reste du trajet fut consacré à toutes sortes de discussions, de plaisanteries et d'allusions toujours aussi bien placées de George. Alors que le train n'était plus qu'à quelques minutes de la gare, l'estomac de Liliane se noua.
« Ça va aller, Lili, dit Fred en lui caressant la joue, on gère tout. T'as qu'à sortir du train après nous, rien de plus. »
Liliane ne devait pas s'en cacher, elle avait peur : même si elle faisait en sorte de s'opposer à son père et de ne pas faire ce qu'il lui disait, elle le redoutait aussi beaucoup. Elle n'osait même pas imaginer ce qui se passerait s'ils se revoyaient. Elle serait pourtant bien obligée, à un moment donné. Mais elle ne se sentait pas prête à affronter son père.
« Tu le seras un jour, dit Fred, mais pas à Noël. Et puis, c'est normal d'avoir peur ! T'as vu ce qu'il ta fait ? »
Liliane fronça les sourcils.
« Arrête d'écouter ce que je suis la seule à devoir entendre. »
Fred rit.
« C'est la même chose pour toi dans ce cas-là. »
George, qui descendait sa valise de la soute à bagage, écoutait leur échange avec intérêt.
« C'est gênant, reprit Liliane, quand quelqu'un d'autre que soi-même peut s'entendre penser. »
« Va falloir t'y habituer, Lili, moi aussi, je peux le faire. »
George prit sa valise et ajouta :
« Maintenant, faut essayer de savoir pourquoi, frangin ! »
Puis il s'éclipsa en ricanant. Liliane avait une moue dubitative lorsqu'elle se leva, et Fred se promit d'étriper George.
« Pourquoi tu veux l'étriper ? Demanda Liliane. »
« Parce qu'il m'énerve, dit Fred en prenant à son tour sa valise et en descendant celle de Liliane. »
« Vous êtes pareils pourtant, répondit Liliane. »
Le train freina, et la jeune fille commença à avoir des douleurs à l'estomac.
« Eh ! Dit Fred en lui prenant le bras, tout va bien, je laisserai pas ton père t'approcher de toute manière. Sauf si t'en as envie. »
Le train s'arrêta complètement et les portes s'ouvrirent. Une première vague d'élèves se déversa sur le quai. La rumeur des conversations parvenait jusqu'à Liliane et Fred.
« Non, je veux pas voir mon père, dit Liliane sans pouvoir s'empêcher de jeter des coups d'œil par la fenêtre. »
« T'as qu'à quitter le train après moi et George, et tu le verras pas, je te le jure. »
Son ton était empli d'une telle conviction que Liliane ne put que le croire. Elle eut un sourire hésitant et murmura avant que Fred ne quitte le compartiment :
« Merci. »
« A ton service, Lili, répondit Fred en mimant une révérence. »
Puis il disparut à son tour. Liliane se rassit et attendit quelques minutes avant de quitter le train.
Fred avait rejoint son frère devant la sortie.
« Prêt, frérot ? Demanda-t-il. »
« On ne peut plus, répondit George. »
Ils sortirent alors du Poudlard Express.
Sur le quai, il y avait foule : des parents, des enfants, des chariots. Tout un fatras de personnes qui s'agitaient, discutaient, pour certaines s'énervaient déjà. Les élèves semblaient heureux de retrouver leurs parents, et inversement. La foule était très dense, et il fallait pouvoir se faufiler parmi tous les sorciers rassemblés ici. Les jumeaux s'adressèrent un hochement de tête, puis se dirigèrent vers l'homme en noir qui discutait avec Lucius Malefoy.
« Monsieur Durose ? Demanda George en s'avançant vers lui. »
Édouard posa son regard froid et dédaigneux sur les jumeaux.
« Messieurs Weasley ? Répondit-il de sa voix sifflante. »
Surpris qu'il sache qui ils étaient, ils froncèrent les sourcils.
« Liliane n'est pas avec vous ? Demanda Edouard. »
« On l'a pas vue du voyage, entama Fred, on pensait lui dire au revoir en venant à votre rencontre, mais apparemment, elle est pas ici.»
Il fit mine de regarder autour de lui. Au même instant, Liliane quittait le train, non sans un regard vers Edouard et les jumeaux. George, qui venait de la voir, se rapprocha plus de son frère pour boucher la vue à Édouard. Mais Lucius, lui, l'avait aperçue.
« Ce n'est pas ... »
« D'ailleurs ! S'exclama George, en fusillant Lucius du regard, vous êtes bien le nouveau directeur du Département des Mystères, n'est-ce pas ? »
Fred fit mine d'être très intéressé.
« C'est bien ça, oui, reprit Édouard, suspicieux, vous êtes les fils d'Arthur, quant à vous ? »
Lucius rit jaune.
« C'est bien avec ses rejetons que ta fille passe son temps à Poudlard, et en parlant de ta fille, je viens juste de la voir passer. »
Drago Malefoy rejoignait son père à cet instant même. Fred et George se figèrent.
« Et elle ne m'a pas vu ?! S'écria Édouard. »
Fred et George retinrent leur souffle.
« Drago, dit Lucius, tu n'aurais pas vu Liliane, par hasard ? »
Drago se tourna vers les jumeaux, qui prièrent de toutes leurs forces pour qu'il ne vende pas la mèche.
« Je ... Débuta Drago, je ne l'ai pas vue, non, pas du voyage. »
« Qu'a-t-elle fait encore ? S'emporta Édouard, quand je lui mettrai la main dessus, elle va m'entendre. »
Fred se tortilla et George lui indiqua de se retenir de dire quoique ce soit.
« C'est votre faute, si ma fille se retrouve changée à ce point, cracha Édouard aux jumeaux, si elle ne vous avez pas rencontrés, elle ne serait pas devenue une dévergondée qui n'est même pas capable d'appliquer correctement ses punitions. »
Lucius Malefoy acquiesça d'un hochement de tête, et Drago eut un sourire narquois : ils avaient enfin ce qu'ils méritaient. Fred et George n'avaient pas prévu que la conversation tourne mal : ils espéraient seulement accaparer l'attention d'Edouard Durose le temps que Liliane passe le mur. Ils ne s'attendaient pas du tout à ça, c'était comme s'il savait tout ce qui s'était passé depuis la rentrée de septembre.
« Où est ma fille ? Redemanda Édouard d'une voix tranchante. »
Fred et George haussèrent simultanément les épaules.
« Aucune idée, répondirent-ils en cœur. »
Édouard se rapprocha d'eux et leur dit plus bas :
« Je vous préviens vous deux : si un jour je découvre que vous avez causé des ennuis à ma fille, ça ira très mal. »
« Et vous allez nous faire quoi ? Lâcha Fred. »
Édouard eut un sourire mauvais :
« J'ai l'embarras du choix. »
George serra la mâchoire, et Fred ne put s'empêcher d'ajouter :
« Liliane aussi a le choix, vous savez ? »
Ça commençait à vraiment mal tourner.
« Papa ! S'écria alors Drago, à la grande surprise des jumeaux, j'ai vu Liliane là-bas, je crois qu'elle cherche Édouard ! »
Ahuris, Fred et George se mirent à regarder dans la direction qu'indiquait Drago.
« Vite, elle va partir ! »
Il commença à marcher dans la direction opposée au mur qui donnait sur la gare moldue, non sans glisser aux jumeaux :
« - Si Lili n'avait pas été impliquée là-dedans, je vous aurais laissé régler vos problèmes avec son père. »
Puis il s'éloigna avec Lucius et Édouard. Ce dernier adressa un regard lourd de reproches à Fred et George. A peine s'étaient-ils éloignés qu'ils se précipitèrent vers le mur et le traversèrent en un rien de temps.
« C'était naze ! S'écria George alors qu'ils déambulaient vers la sortie, on l'a plus enfoncée qu'autre chose ! »
« Attend mais Georgie, dit Fred, t'as vu comment Malefoy nous a sauvé la mise ? »
Ils étaient à quelques mètres de la sortie, devant laquelle le reste de la famille les attendait.
« Il nous a sauvé la mise pour elle, Freddy, je t'avais dit, qu'il l'aimait plutôt bien. »
Fred s'arrêta net.
« Il la mérite pas. »
George s'arrêta à son tour, se retourna vers son double et sourit :
« Non, mais il t'a aidé à la mériter, toi. »
George fit un clin d'œil à son frère, puis partit rejoindre les autres. Fred resta quelques secondes planté au milieu du quai et des moldus, avant de se décider à son tour à rejoindre le reste de la famille Weasley.
12, Square Grimmaurd. C'était le quartier général de l'Ordre du Phénix, Hermione Granger l'avait expliqué à Liliane. C'était étonnant de se retrouver dans cette maison. Liliane ne s'y attendait pas du tout, elle était même à dix lieux d'imaginer une organisation secrète qui tentait de déjouer les plans du Seigneur des Ténèbres. Si son père avait su où elle se trouvait en ce moment, il serait rentré dans une telle rage qu'elle n'était même pas certaine qu'elle aurait pu en sortir vivante. Mais l'avantage, selon Fred, c'était que jamais Édouard ne pourrait la trouver ici.
Lorsque Liliane avait pénétré dans le hall, elle avait tout de suite été frappée par la pénombre et la froideur qui régnait dans la maison. Tout semblait vide et abandonné, et pourtant, dans quelques pièces, il y avait de la lumières, des personnes qui conversaient et qui riaient. Liliane était en fait chez les Black, la famille de Sirius, la famille de la mère de Drago. Elle avait d'ailleurs fait la connaissance du parrain de Harry, et s'était sentie un peu comme lui : elle aussi défiait sa famille, et lui aussi avait quitté le domicile familial pour se réfugier chez James Potter. Et maintenant, Liliane était avec des « traîtres à son sang », comme le lui répétait sans arrêt Kreatur, l'elfe de maison.
La demeure était gigantesque, remplie de pièces biscornues, dont les murs étaient craquelés et les tapisseries aux couleurs ternes et passées se décollaient à certains endroits. Cette maison avait un petit air de maison hantée, et Liliane n'aimait pas trop traverser le couloir sombre qui menait à la cuisine, surtout lorsqu'elle devait passer devant le portrait de la mère Black, qui murmuraient et se mettait à hurler dès que quelqu'un parlait trop fort. Ce couloir lui rappelait d'ailleurs le grand couloir qu'elle avait emprunté pour se faire graver la Marque des Ténèbres. Elle en avait encore des frissons dans le dos quand elle y pensait.
Liliane partageait une des chambres avec Ginny et Hermione, tout en haut de la maison. C'était la veille de Noël, chacun s'activait dans la maison pour préparer le dîner du réveillon. Liliane était remontée un moment pour prendre sa potion à l'abri des regards. Même s'ils savaient, elle ne tenait pas à se donner en spectacle. Elle prit le flacon d'émeraude et en versa dans son verre de jus de citrouille. Puis elle s'assit sur son lit pour boire. Les ressorts grincèrent fortement, et le planché craqua tant il était vieux. Le silence régnait dans la pièce, et Liliane percevait à peine les conversations qui lui parvenaient depuis la cuisine. Elle but sa potion d'une seule traite, incapable de contenir son éternelle grimace. Elle posa ensuite son verre sur la table de chevet, puis se leva et alla se placer devant le grand miroir fendu, près de l'armoire en bois. Elle était pâle, et avait de petites cernes mauves sous les yeux. Ce n'était pas normal : habituellement, elles n'apparaissaient que quand elle n'avait pas bu sa potion pendant plus d'une semaine. Pourtant, elle n'avait pas mal à la gorge. Elle ne comprenait pas d'où lui venaient ces cernes. Elle se passa la main sur le visage, puis dans les cheveux. Il était tant qu'elle se les arrange, ils étaient beaucoup trop longs. Liliane se trouvait aussi trop mince : elle avait, en plus de tout le reste, perdu du poids. Mais elle avait quelque chose sur le cœur. Elle culpabilisait de ne pas être rentrée chez elle. Ce n'était pas pour son père qu'elle s'en voulait, mais pour sa mère. Liliane regarda une dernière fois la jeune fille aux grands yeux bleus qui la contemplait dans le miroir, puis s'adressa à elle :
« Me regarde pas comme ça, tu restes un monstre. »
Puis elle se détourna et alla dégoter un parchemin et de l'encre dans sa valise. Elle s'assit ensuite en tailleur sur son lit et rédigea une lettre à l'intention de sa mère :
« Maman,
A l'heure qu'il est, tu dois sûrement te faire beaucoup de souci pour moi, et c'est légitime. Tu dois aussi attendre dans ton éternel silence un retour qui te paraît sûrement inespéré. Mais sache-le, je suis en sécurité là où je suis, et rien de mal ne peut m'arriver.
Tu me manques, maman, et j'aurais tellement aimé te revoir : ton sourire me manque, et tes yeux si semblables aux miens. Ton parfum aussi me manque, et je m'en veux énormément de t'infliger tout ce mal. Mais s'il te plaît, ne me blâme pas trop. Je ne veux pas te faire souffrir, je veux surtout montrer à papa que je ne suis pas celle qu'il aimerait que je sois, et que ce n'est en aucun cas Fred et George qui m'ont transformée : le Choixpeau magique m'a envoyée à Gryffondor, c'est donc que je ne suis pas destinée à suivre papa et le Seigneur des Ténèbres. Je ne le veux pas, et je me battrai autant qu'il le faut pour ma liberté et celle du monde des sorciers.
Je te fais cette promesse : nous nous reverrons, et jamais je ne te décevrai. J'honorerai cette promesse, parce que tu as besoin de moi, et parce que j'ai aussi besoin de toi. Mais par les temps qui courent, je ne peux pas me permettre de revenir du côté des mangemorts, c'est le meilleur moyen pour ne plus en sortir.
Je me battrai jusqu'à la fin, je ferai comprendre à papa que je ne suis pas lui, et que je ne le serai jamais. Je me battrai aussi pour toi et pour pouvoir enfin te revoir, mais aussi afin de revoir Fleur, que papa m'a interdit de revoir depuis le début de l'été dernier.
Je pense à toi, et je suis désolée pour tout.
Joyeux Noël, je t'aime ,
Lili. »
Liliane posa sa plume, puis plia le parchemin en quatre. Elle le mit dans une enveloppe et y inscrit l'adresse. Elle alla ensuite libérer sa chouette de sa cage et lui remit la lettre. Sa chouette lui mordilla le doigt, puis s'envola par la fenêtre. Dehors, la neige tombait à gros flocons, et des enfants moldus faisaient une bataille de boules de neige devant la maison. Liliane referma la fenêtre, puis sortit de la chambre pour aller rejoindre les autres.
Dans la cuisine, il régnait un beau remue-ménage : Molly donnait des directives à tout le monde, Ginny et Hermione s'occupaient des gâteaux, Ron et Harry lavaient les couverts et dressaient la table. Fred et George s'amusaient à transplaner dans les quatre coins de la maison, et parfois allaient embêter leur mère ou donner un coup de main à Harry et Ron. Liliane alla rejoindre Ginny et Hermione et les aida à terminer les gâteaux, puis alla laver les plats sales. Arthur Weasley sortait de Sainte Mangouste dans quelques heures, spécialement pour Noël.
Alors que toute la ménagerie s'activait dans la cuisine, un homme rentra sans crier gare. Liliane l'avait senti arriver, et son cœur avait d'abord eu un raté : elle avait senti sa démarche un peu boitillante, son souffle court et par-dessus tout, l'autre qui cohabitait avec lui.
« Remus ! S'exclama Molly en allant à sa rencontre. »
C'était Remus Lupin, une des nombreuses victimes de Greyback. Il avait deux grandes balafres sur le côté droit de son visage : la pleine lune n'avait apparemment pas joué en sa faveur. Liliane s'essuya les mains et se retourna, tandis que les autres allaient saluer le nouvel arrivant.
« Je ne resterai pas longtemps, Molly, dit Lupin en se débarrassant de son manteau, j'ai quelques informations de dernière minute à vous communiquer. »
« Nymphadora n'est pas avec toi ? Demanda Molly, un peu inquiète. »
« Elle n'a pas pu venir, dit-il précipitamment, mais j'ai des nouvelles fraîches. »
Au même moment, Sirius Black rentrait dans la cuisine.
« Il y a de nouvelles disparitions de moldus, poursuivit Lupin en adressant un hochement de tête à Sirius, et il semblerait que Voldemort ait un émissaire au Ministère. »
A cet instant, il posa ses yeux clairs sur Liliane. Elle resta adossée contre l'évier, les bras croisés sur sa poitrine.
« Tu arrives à point, lui dit Lupin en souriant. »
Liliane lui rendit son sourire, un peu gênée de voir tous les regards de la pièce converger vers elle.
« Remus, je ne pense pas qu'elle veuille jouer double jeu, intervint Sirius, qui était resté sur le pas de la porte. »
Liliane eut alors un déclic : ce n'était pas seulement pour Noël que Fred et George l'avaient fait venir au Square Grimmaurd.
« Quand George en a parlé à maman, il n'y pensait même pas. »
Un peu surprise par cette intrusion soudaine, Liliane porta la main à sa tête. Il allait pourtant falloir qu'elle s'y habitue.
« C'est vrai, c'est à elle de choisir, reprit Lupin, mais serais-tu prête à nous aider ? »
Liliane s'avança vers la table et prit place en face de Remus :
« Vous voulez que je vous donne des informations sur mon père ? Demanda-t-elle. »
Lupin hocha la tête.
« Remus, tu ne peux pas lui demander ça, s'inquiéta Molly, elle ne reste qu'une enfant ! »
« Une enfant majeure, Molly, répondit Lupin sans quitter Liliane des yeux. »
« Tu serais prête à faire ça ? »
« Je sais pas ... »
« Qu'est-ce que vous voudriez exactement ? S'enquit Liliane. »
« Que tu joues un jeu, répondit Sirius. »
Liliane soupira.
« Je peux pas, il le saura, je me suis trop opposée à lui pour retourner ma veste aussi vite. »
« Et c'est beaucoup trop dangereux ! Intervint Molly, il pourrait lui arriver malheur ! »
« L'écoute pas, Lili, elle a tout le temps peur. »
Liliane eut une moue dubitative.
« Vous voulez donc qu'en plus de vous donner des informations, je me jette dans la gueule du loup ? »
Lupin acquiesça de nouveau.
« Pour tuer mon père en fait, termina Liliane sur un ton neutre. »
Tous dans la pièce se regardèrent. Lupin se pencha vers Liliane et s'adressa à elle à voix basse :
« Tu sais que Voldemort cherche quelque-chose, une chose qu'il ne doit en aucun cas trouver. »
Liliane regarda brièvement Harry.
« C'est aussi ton père qui a ordonné le procès de Harry en début d'année, et c'est lui qui fournit les informations nécessaires au Seigneur des Ténèbres, aidé de Lucius Malefoy. »
Lupin se redressa, faisant ainsi cesser leurs messes basses. Liliane le regardait d'un œil méfiant : elle détestait son père, elle le haïssait même. C'était un meurtrier notoire et l'un des pires mangemorts, il l'avait faite souffrir et l'avait même livrée en pâture à Fenrir Greyback. Il avait persécuté sa mère parce qu'il croyait que Liliane n'était pas sa fille de sang. Elle se prit la tête entre les mains : les gens autour d'elle voulaient tuer son père. Ils voulaient l'éliminer, en faire un obstacle en moins, et ainsi renforcer la sécurité de Harry. Liliane leva les yeux vers les jumeaux, qui attendaient sa réaction sans mot dire.
« Je sais pas quoi faire ... »
Fred hocha la tête.
« Je sais. »
George nota qu'ils étaient en train de communiquer et se renfrogna.
« Vous voulez que je fasse quoi ? Demanda finalement Liliane en reportant son attention sur Lupin. »
« Ce qu'on voudrait, débuta Lupin, c'est une sorte de fiche détaillée de ton père, plus spécialement un portrait psychologique. Car nous connaissons le mangemort, mais nous ne connaissons pas l'homme en lui-même. Ensuite, ce qui faudrait, c'est que tu nous conduises à lui.
« Vous avez vraiment besoin de moi pour le trouver ? »
« Il faut affaiblir ses défenses, Liliane, et toi seule aura le pouvoir de suffisamment le déstabiliser. »
« Ça détruirait ma mère ... Souffla Liliane. »
« Mais enfin ! S'exclama Ron, ce type est fou à lier ! »
« Tu nous dispenseras de tes remarques, Ronald, trancha Hermione d'une voix sèche. »
« Tu as jusqu'à la fin des vacances, Liliane, dit Lupin en se levant. »
Il lui donna une légère pression sur la main, salua les autres, puis quitta la maison aussi vite qu'il était arrivé. Un silence gênant s'était installé, et ce fut Molly qui le brisa :
« Remettez-vous au travail immédiatement, il nous reste beaucoup de choses à faire avant que votre père ne rentre ! Allez, on se dépêche ! »
Tous se remirent à l'œuvre sans discuter. Liliane se leva doucement et retourna faire la vaisselle. En un quart de seconde, les jumeaux se retrouvèrent près d'elle.
« T'en fais une tronche, Durose, t'as mangé une de nos pastilles de gerbe ? S'enquit George en essuyant les assiettes. »
« Bon ça va Georgie, l'enfonce pas, contra Fred en essuyant à son tour une assiette. »
Liliane continuait à laver sans dire un mot. Derrière elle, Molly mettait la nappe sur la table en bois massif et commençait à y disposer les couverts.
« Je l'enfonce pas, je désamorce, répondit George en fronçant les sourcils. »
« Ça va aller les gars, vous inquiétez pas, dit finalement Liliane, il faut juste que je digère et que je réfléchisse. »
Elle termina de laver les derniers couteaux.
« Tu sais Lili, dit Fred, tout le monde comprendra si tu refuses. »
« C'est vrai, enchaîna George, même s'il a eu aucun scrupule pour te livrer à Greyback. »
« Mais les membres de l'Ordre sont pas cruels, poursuivit Fred, ils le feront pas souffrir comme il t'a fait souffrir. »
« Et c'est ce qui te différencie de lui : c'est que toi, et tous ceux qui sont autour de toi se battent pour une cause juste, dit George. »
« Alors que ton père ne fait le mal que pour faire du mal, continua Fred, si tu choisis de dire oui à Lupin, c'est pour le monde des sorciers. »
« Mais si tu refuses, reprit George, tu montres que tu lui ressembles pas. »
« Parce que lui aurait pas hésité une seconde, termina Fred. »
« Donc dans les deux cas, murmura Liliane, mon choix sera respecté ... »
Les jumeaux acquiescèrent simultanément.
« Essaie de pas trop y penser ce soir, dit George en lui donnant une petite bourrade amicale, parce que Noël, c'est pas fait pour broyer du noir.
« C'est vrai, ajouta Fred, c'est fait pour rire et pour oublier ce qui se passe dehors. »
« Et aussi pour que tu profites de tes deux amis absolument géniaux ! S'exclama George en prenant un petit air supérieur. »
Fred se pencha vers Liliane et lui dit tout bas :
« Parce que des comme nous, t'en as pas deux. »
