Après notre petit épisode, les maraudeurs se mirent directement en route en direction de la Grande-salle, cage en main, avec un Black ronchonneau derrière qui ne me lâchait pas des yeux. J'étais moi-même peu affable pour m'être fait prise dans mon propre piège. Ainsi donc, je décidai de me diriger à l'avance dans les dortoirs et de me coucher plus tôt. C'était le seul moyen que j'avais pour faire taire mes voix intérieures à chaque fois que quelque chose me tracassait. Comme lorsque pour la première fois, je m'étais trouvée prise dans une chambre entourées de garçons qui ne se gênaient pas d'agir comme tel –une bande de vrai porcs, et c'est peu dire-, sans savoir comment réagir, où même quoi faire. Je dois le dire, si jamais je ne m'étais pas retrouvée avec Devon et Gil, je me serais probablement devenue aussi extravertie qu'une vielle moule moisie. C'est bien parce qu'ils m'avaient adressés la parole, avec leur personnalité naturellement joueuse et contagieuse, que j'avais osé sortir de ma carapace et d'être celle que je suis maintenant. Du moins, en partie.

Attention, on croirait qu'ils se trouvent à être de véritables bon samaritains. Ce n'est pas le cas.

Certes, ils m'ont aidé à sortir de ma coquille, mais pas de la meilleure méthode. Tout simplement dit, c'est en m'ordonnant de répondre à leur moindres désirs que j'avais décidé en avoir assez. D'accord, il est vrai qu'aujourd'hui encore, je demeure leur elfe de maison format de poche. Mais un elfe de maison haut gradé, si l'on veut. Puisque, et je le dis avec une énorme fierté, on ne me demande plus de leur apporter leur déjeuné au lit, mais de faire le tour de la table des Serpentards pour leur apporter ce qu'ils souhaitent lorsque par malchance nous nous retrouvons à l'autre bout de la table. Un véritable progrès!

Ce n'est pas pour me venter, puisque, tant qu'à faire ma vantarde, je choisirais des gens bien plus civilisés et beaucoup moins agaçants, mais je sais bien qu'ils se sont un peu attachés à moi. C'est à se demander pourquoi, d'ailleurs, mais je n'ai pas vraiment envie de m'aventurer dans ce genre de détails. S'ils me respectent assez pour me traiter comme l'un des leurs, c'est bien assez pour moi.

C'est aussi pourquoi j'en avais profité, plus tôt, pour me procurer moi-même mon propre esclave temporaire –Black.

Si mes deux faux amis avec qui je partageais ma chambre depuis la première année me traitaient ainsi, notre quatrième colocataire, lui, n'avait rien de bien inquiétant. Mason s'occupait de ses affaires sans se préoccuper de nous depuis au moins cinq ans, bientôt six, celle-ci venant tout juste de commencer. Le plus clair de son temps il avait le nez enfoncé dans ses bouquins, les jumelles solidement collés sur le pif, sans porter attention à ce qui se déroulait autour de lui, et on remarquait à peine sa présence. Je l'aimais bien pour cela, je dois le dire.

J'enfilai mon pyjama, profitant du fait que j'étais seule pour prendre mon temps, sachant que je ne pourrai pas me le permettre avant un bon bout de temps. Je considérai retirer les bandes de tissus qui empêchaient ma micro-poitrine de paraitre afin de pouvoir dormir plus confortablement, mais décidai de les garder au cas où, même si j'avais l'impression d'étouffer sous celles-ci.

Une potion me permettant de la cacher aurait été bien trop parfaite et convenante, mais la prendre comme un médicament à chaque matin était hors de question, je préférerais toujours souffrir étouffée sous ces affreuses bandes plutôt que d'avoir à faire quelque chose comme cela pendant plus d'une centaine de jours. De plus, il n'existait aucun sortilège capable de donner le même résultat.

J'étais toujours une fille. Ce n'était pas quelque chose qui me faisait honte contrairement au reste de ma famille, et modifier mon corps magiquement me faisait craindre qu'un jour, je me mettrais vraiment à maudire le corps dans lequel j'étais née, et c'était quelque chose qui me terrorisais bien plus que d'être mise à jours devant toute la communauté pur-sang, ou même magique, tout simplement.

Je poussai ces réflexions d'un côté de mon cerveau, me disant que bientôt je serai endormie et bien loin de ces inquiétudes, et finis enfin par enfiler le vieux t-shirt qui me servait de pyjama au fur et à mesure que mes yeux s'habituaient à la noirceur.

Est-ce que j'ai dit enfilé?

Oh. Non, bien sûre que non, ce serait bien trop beau ne trouvez-vous pas?

Au fur et à mesure que je baissais mon chandail, par pur hasard, en tournant ma tête sur le côté, perdue dans mes réflexions, je remarquai la lueur d'une paire de lunettes.

Vous savez lorsqu'il nous faut quelques instants avant de prendre conscience dans quel dégât nous nous trouvons? Ce fut l'un de ces moments. Le pire dans tout cela, c'est qu'il me fallut bien plus de temps que la normale, c'était à la limite du ridicule.

Figée, je tentai de déchiffrer ce qui se trouvait à être… des lunettes volantes?

Non. Une tête. Des cheveux noirs, un nez et une bouche...

Ma gorge se noua lorsque, dans l'horreur, malgré l'obscurité écrasante, je reconnus notre quatrième colocataire, Alan Mason, qui ne me quittait pas des yeux, le visage fermé, un livre sur la cuisse.

Je ne bougeai pas, les yeux ronds, immobile.

- Euh…

« Euh »? Vraiment? C'est tout ce que tu trouves à dire après m'avoir vue, non seulement, me déshabiller entièrement devant toi, mais de découvrir le secret que je m'étais efforcée de cacher depuis mes premiers jours à Poudlard, étouffée par la peur pendant autant d'années? « Euh »?

Je baissai violement mon chandail en lui faisant dos, le temps de reprendre mes esprits et de ne pas faire quelque chose d'encore pire. Ah! Si la chose était même possible.

D'accord, d'accord. Calmons-nous. Qui sait, peut-être qu'il n'a rien vu. Ce n'est pas comme si nous étions en plein jours, et puis, il n'y a même pas d'éclairage en plus. Et puis comment est-ce qu'il fait pour pouvoir lire dans un noir pareil lui? À moins que ses yeux ne se soient… Non non non, tout va bien. Tout va très bien. Je suis sûre qu'il n'a rien vu du tout. Tout ce qu'il me reste à faire c'est de réagir normalement. Allez Cal, sort ton plus beau sourire et tourne toi par Merlin.

Je tournai la tête très lentement, avec toute la force mentale qui me restait en ce moment.

- Mas-

- Une fille hein?

- -on…

C'est fini. C'est terminé. Ma vie est fichue. Cinq and d'enfer, pour que tout termine comme ça. Et dire que j'avais angoissé tout l'été pour cette sixième année ratée. Je venais tout juste de la commencer, et mon manque de précautions se résultait à ça? C'en est presque drôle.

Non, en fait c'est plus triste qu'autre chose.

Qu'allait-il advenir de moi maintenant? De mes parents? De moi Dieu du ciel!

Allait-on se moquer comme jamais? Ma famille marquerait-elle l'histoire pour avoir donné naissance à la fille la plus bête que la Terre n'ait jamais connue? Mon visage allait-il se retrouver sur des emballages de chocogrenouilles?

- Hm, c'est vrai que quand on y pense ce n'est pas si étonnant que ça. Ça explique même beaucoup, ah ah.

« Ah, ah » ?

- Non, Mason? Ce n'est pas ce que tu crois, je… je… je…

Inutile de mentionner le fait que je continuai à bégayer d'une voix tremblante jusqu'à ce qu'il ne me coupe la parole, si?

- Relaxe, dit-il en soupirant, je n'ai pas l'intention dire quoi que ce soit. Ce n'est pas comme si j'avais quelque chose à en gagner de toute façon, ajouta-t-il d'un air désintéressé et si calme que je cru parvenir à sentir mon affolement se transformer graduellement en colère

Ce n'est pas comme s'il venait de traiter mon plus grand secret, ma plus grande peur, et le fait que je me sois déshabillée devant lui désintéressant, ou quelque chose du genre.

- Dé-désintéressant? Répétais-je d'une voix que je voulais calme, mais qui trahissait une véritable indignation mal contenue.

Il haussa un sourcil, presque surpris.

- J'ai dit quelque chose qui te dérange? répondit-il, sincère.

Je rêve ou il le fait exprès?

- Tu ne vas vraiment pas en parler à personne? osais-je en ignorant complètement sa réplique, toujours sur les nerfs.

- C'est ce que j'ai dit non?

Je serrai les poings.

Je ne suis pas certaine de comprendre son raisonnement. Rare sont ceux qui garderaient un secret pareil à eux-mêmes. Surtout en sachant que la personne au secret ne soit liée à une famille de sang-pur, prêts à faire n'importe quoi pour que son précieux honneur ne soit pas ternit. Autrement dit, s'il le désirait vraiment, il pourrait se mettre au chantage et récupérer une belle grande somme en résultat de toute cette histoire. Étais-je supposée croire qu'il n'en ferait réellement rien?

-Ah.

Un bruit sec me coupa de mes réflexions.

Je baissai les yeux sur le livre qui venait de toucher le sol alors qu'il était ouvert presqu'au milieu, et que les pages en avaient subi le dommage et se retrouvaient pliés.

- Oh, je ne peux quand même pas lire un livre aussi endommagé, Mason détacha son regard de son livre pour me regarder dans les yeux avec un sourire angélique, ça te dirait d'aller m'en chercher un nouveau?

Ah. Je vois.

Le lendemain matin, une scène horriblement familière me tira hors de mon sommeil pour me ramener à la réalité.

- Mais non, c'est Mitchie qui a la plus grosse, t'as des yeux ou pas?

La ferme.

- Tu me demande si moi j'ai des yeux? La blague! Si tu arrêtais de regarder que les blondes tu verrais à quel point tu as tort!

- C'est pas ma faute si les blondes en ont des plus gros que les autres!

Oh Merlin, par pitié faites qu'ils se taisent.

J'étampai mon oreiller de plumes sur le dos de ma tête, tentant d'étouffer les voix des deux abrutis qui se débattaient comme si le sort de Poudlard en dépendait.

Grosse erreur. Mon action ne fit que leur signaler mon réveil.

- Tiens, tu en pense quoi toi, Cal?

J'en pense que je veux dormir.

Je ne répondis pas, m'efforçant de mon mieux de leur faire croire que j'étais toujours endormie.

Ça ne fonctionna pas. Gil a cet espèce de don pour savoir qui est réveillé et qui ne l'est pas. Il en est très fier, pour tout dire, malgré l'inutilité de celui-ci.

- C'est pas la peine de prétendre, tu ne peux pas me tromper, dit-il avec une voix de poseur ridicule, de toute façon t'es partit avant nous.

Ça ne veut pas dire que j'ai eu plus de sommeil qu'eux. Je me souviens très bien les avoir entendus arriver, en jurant contre les maraudeurs, mais en plaisantant quand même de la panique des professeurs.

Je dis ça, parce que je ne crois pas avoir dormit pendant plus de quinze minutes. Bien trop affolée pour fermer l'œil pendant assez longtemps.

Hier, après m'être débattue pendant une bonne minute sur le fait que, utiliser la magie pour réparer ce fichu bouquin reviendrait au même que d'aller en chercher un nouveau lorsque la bibliothèque sera ouverte –aujourd'hui, et aussi beaucoup plus rapide, après m'être fait mentir au visage que ce ne serait pas la même chose, j'ai finis par abandonner et de me laisser tomber dans mon lit.

À quoi bon. Je savais qu'il ne me laisserait pas utiliser un réparo pour la simple raison que son unique but était de me torturer. Voir qu'il y prenait grand plaisir.

Je ne sais pas pourquoi. Est-ce que c'est quelque chose chez moi, qui hurle le mot masochiste? Parce que j'ai l'impression que le mot court, comme quoi, faire de moi un elfe de maison est une activité des plus plaisantes. Il ne me resterait plus qu'à mettre mon nom sur des parchemins distribuables et qui sait, je deviendrais peut-être l'elfe le plus célèbre de toute la Grande-Bretagne.

Et si mes parents m'avaient mentis? Et si, à la place d'être une véritable Cosgwell, j'étais en réalité le résultat d'une aventure avec Richard, notre elfe de maison?

Et, oui, en passant, nous avons bel et bien nommé notre elfe de maison Richard. Ne me posez pas de questions, je ne suis pas la cause de cette cruauté. C'est ma mère, en fait, qui était, de ce que l'on m'en a raconté, tombée folle amoureuse de ces romans romantiques –que je suspecte être érotiques, chose qu'elle dénie dur comme fer en dépit de la couverture évidente- qui raconte une aventure, oh si déchirante, entre une sorcière pur-sang et un sorcier né-Moldu, Richard.

Enfin. Tout ça pour dire que je commence réellement à en avoir marre d'être traitée comme une servante. J'arrive à peine à me libérer de Gil et Devon que je parviens à me trouver un nouveau contrat avec quelqu'un d'encore plus sadique? Ce n'est pas juste. Avoir su que j'arriverais dans ce monde avec si peu de chance, je ne serais pas sortie du ventre de ma mère, tout aurait été mille fois mieux pour tout le monde.

Quelqu'un que je suspecte être Devon, dû à sa force sérieusement effrayante, me retira mon oreiller d'entre les doigts avec une facilitée énervante.

- Hé si tu ne veux pas nous répondre dépêches-toi quand même avant qu'on parte sans toi, dit-il de sa voix puissante.

Je sursautai presque. Je jure que, l'an dernier, ces deux-là n'étaient pas aussi virils. Ils l'étaient quand même assez, certes, mais pas autant.

Je dois avouer que pendant un instant, cette proposition me sembla tentante. Si j'étais chanceuse, on ne remarquerait pas mon absence lors du premier jour de classes, et je pourrais ainsi passer la journée à dormir et à me complaindre dans mon malheur. Puis je me remémorai le fait que, même ici, je n'étais pas complètement libre, partant du fait que Mason pourrait surgir à n'importe quel moment, et décidai donc de me lever en prenant bien soin de regarder en direction de son lit, question d'être sûre à cent pour cent qu'il n'était pas toujours là, silencieux comme à son habitude, le nez dans l'un de ses bouquins.

Bien, il n'y avait personne. Avec chance, entre Devon et Gil, peut-être qu'il ne m'approchera pas de la journée.

- Tu aimes ce genre de bouquins? dit Black avec un air dédaigneux en faisant référence au livre sur le coin de la table, Trucs faciles pour le parfait elfe de maison.

Air qui, soit dit en passant, n'avait pas quitté son visage depuis le moment où je l'avais croisé entre deux tournants de couloir pour lui remémorer notre entente.

Je me suis dit que, tant qu'à passer une sixième année misérable, autant la passer avec des bonnes notes. Aussi difficile qu'il me l'est de l'admettre, il semblerait que son imbécilité n'ait pas affecté ses résultats scolaires jusqu'à aujourd'hui. C'est quelque chose que j'ai remarqué lorsque, dans certains cours, alors que je cherche du regard tous ceux qui tout comme moi, envisagent la possibilité de se jeter par la fenêtre et de tenter de ne faire qu'un avec l'herbe et d'y rester jusqu'à ce que le mot métamorphose nous sorte du crâne, je le vois toujours réussir bien trop aisément. C'en est particulièrement irritant, même.

Pour tout dire, je ne croyais pas qu'il viendrait. Pas simplement parce qu'il lui a fallu une bonne demi-heure avant de mettre les pieds dans la bibliothèque, mais aussi parce qu'il aurait tout aussi bien pu refuser. Partant du fait que, leur coup terminé, je n'avais absolument aucun moyen de prouver que les maraudeurs étaient bel et bien derrière la folie d'hier dans la grande salle, même si cela ne serait sans doute surprenant pour personne. Il semblerait donc que Black ait un certain sens de l'engagement. Bien fait pour moi. Je crois. Je ne suis toujours pas en amour avec l'idée de passer du temps avec un abruti qui n'arrive toujours pas à se remémorer mon nom.

- T'as quelque chose contre les elfes de maisons? lui demandai-je sur la défensive.

Il leva ses yeux gris au ciel, et je sentis mon cœur accélérer un peu. Juste un peu.

Je jure que si je me mets à rougir rien que parce que ses yeux sont terriblement beaux, c'est la goutte de trop et je rentre chez moi dès que possible. Je préfèrerais bien plus que ma théorie d'elfe de maison soit véridique, plutôt que de le laisser me voir rougir comme une véritable idiote. Après tout, ce n'est qu'à cause de cette théorie que j'ai commencée à prendre Richard en pitié. J'ai pensé que le livre serait une bonne idée.

Non, il n'était pas pour moi. Je ne suis pas tombée aussi bas, pas encore.

- Pas celui-là, lui, dit-il exaspéré tout en pointant le deuxième livre du menton.

Je posai les yeux sur le livre de Mason, 1001 façons d'être désagréable et courtois.

- Vu que c'est ta devise je me suis dit que ça nous ferais un sujet de conversation, répondis-je du tac au tac.

Il eut un sourire amusé –presque aussi terrible que ses yeux, mais ça je ne l'avouerai jamais à haute voix- en haussant un sourcil.

- Tu trouves que je suis courtois?

Tu manques le point, là.

Je m'apprêtai à lui répondre mais un coup de tonnerre me prit par surprise. Je fermai les yeux pendant quelques secondes et pris une grande inspiration.

C'est un complot. On a cherché le moyen de rendre ma semaine encore plus pénible et voilà que, d'un coup, l'école recommence, on découvre ma vraie identité, je me retrouve prise avec Black et, cerise sur gâteau, c'est une véritable tempête de pluie à l'extérieur, foudre comprise.

Lorsque je rouvris les yeux, Black me regardait d'un œil perplexe.

- On est ici pour un cours de littérature ou tu veux bien t'y mettre? m'empressais-je de répondre en me replaçant droite sur ma chaise.

Il se fâcha.

- Si tu es pour me parler comme ça ne t'attends pas à ce que je reste, sans James je ne serais même pas ici, se plaint-t-il.

- Tu n'avais qu'à me laisser te frapper cinq fois.

- Ne raconte pas n'importe quoi, je ne laisserai jamais un Serpentard…

Il eu un deuxième, fichu bruit de foudre. Je sursautai en silence pour avoir la même réaction que plus tôt, si ce n'est qu'un peu plus énervée.

- Ne me dis pas que tu as la trouille de la foudre?

Je voudrais bien dire qu'il avait dit ça sur un autre ton que celui de la moquerie. En fait, j'aurais aimé dire qu'il n'avait rien dit du tout. Mais il l'avait fait. Il avait osé.

Je lui lançai un regard méchant.

- Black, ferme-la et met toi au travail avant que je te fasse manger ta plume.

Il éclata de rire.

- Sérieux? Non, sans blague… t'es sérieux? Ah ah, la honte!

Heureusement que j'avais trouvé un endroit à l'abri de tous, dans un coin de la bibliothèque. Le fait de l'étriper, maintenant, ici, sans que personne ne le remarque me paraissait presque réalisable.

Oh Merlin, je ne sais pas si j'arriverai à faire ça pendant une semaine. Je commence à me demander si ce ne serait pas mieux de tous laisser tomber.

Je restai assise sur ma chaise, les poings fermement serrés contre les rebords, bouillonnante de rage, la mâchoire serrée.

- Black… parvins-je à dire d'entre me dents.

Il sembla surpris. Visiblement, il ne s'attendait pas à une telle réaction de ma part. Et même à ce point, son sourire ne quitta toujours pas ses lèvres. Presque comme une pompe à rage, de plus en plus que je le voyais, de plus en plus que je commençais à me demander s'il m'était possible de briser une chaise rien qu'avec la force physique. Quelque chose me disait que nous ne tardions pas à le découvrir.

Ou pas.

Je ne plaisante pas. À ce même moment, que l'on pourrait aussi décrire comme le pire, il en eu un troisième. Beaucoup plus gros, et mille fois plus bruyant. Mais ce n'est toujours pas le pire. Le pire, c'est l'horrible gémissement qui s'échappa de ma bouche. Pas juste un faible « ah », ou quelque chose de si inaudible qu'il me serait presque possible d'agir comme si rien n'avait été dit, un vrai gémissement, monstrueusement féminin. Quelque chose que je ne pouvais pas effacer ou rattraper. Au moment où il avait été émis, tout était perdu. Il avait déjà atteint les oreilles de Black.

Le sursaut m'avait forcé à fermer les yeux, et très honnêtement, je n'avais pas du tout envie de les rouvrir. Je savais qu'au moment où je le ferais, je ne pourrais pas m'en échapper. Mais en même temps, même les yeux fermés, ce n'était pas comme s'il m'était possible de m'évaporer juste comme ça, je ne pouvais pas non plus transplaner. C'est ce qui me convainc de les ouvrir l'un après l'autre, lentement, les épaules relevées tant elles étaient rigides et le regard hésitant.

Je m'attendais à le voir se bidonner sur le sol, encore pire que plus tôt, mais à la place de ça, Black avait une étrange expression au visage. Je pourrais même aller jusqu'à dire qu'il était surpris, à la limite du choc.

- Est-ce que ça v…, il s'arrêta en plein milieu.

Silencieuse, je ne le lâchai pas du regard, sans comprendre.

Je rêve ou…

- Je rêve ou tu allais me demander si je vais bien? lui demandai-je sans gêne, moi aussi, presque aussi surprise que lui.

Lentement, une couleur rose écarlate se répandit sur ses joues. Il leva une main pour se couvrir la bouche comme s'il ne voulait pas laisser un son s'en échapper.

Oh merci Merlin, tout cela n'était donc qu'un horrible cauchemar! Puisque, soyons réalistes. Si Sirius Black se met à rougir de la sorte devant quelqu'un comme moi, il est clair que ce ne peut être autre chose que ça.

Ah, et moi qui était si inquiète, quel soulagement! Il ne me reste plus qu'à me réveiller sous les couvertures de mon lit, loin de la peur et de l'angoisse, dans le confort de ma chambre.

Mon excitation ne dura pas bien longtemps alors que l'expression de mon copain de table changea à une vitesse impressionnante, c'en fut plutôt divertissant, je dois l'admettre. Black passa du rouge écarlate au bleu en un claquement de doigts. À la place, il avait désormais une expression de pur dégout sur le visage, comme s'il venait d'être prit par une nausée soudaine.

Je me pinçai le bras. Rien.

- Un mec, un mec, c'est juste un mec, se répéta-t-il à lui-même rapidement sans vouloir me regarder dans les yeux.

- Q-quoi? Demandais-je sincère après qu'une voix masculine n'ait couverte la sienne.

- Je te l'avais dit qu'il était à la bibliothèque, dit Lupin d'un air découragé.

Je fronçai des sourcils. Ah non. C'en était assez pour ma santé mentale d'un maraudeur sur le dos, sans mentionner, le plus crétin des quatre, je ne crois pas être capable de les supporter tous en même temps.

- C'est pas la partie bibliothèque qui m'inquiète, c'est le Sepentard, répondit James Potter d'un air faussement désolé.

- La personne qui a pris l'entente à sa place c'est toi pas vrai? Ajouta Pettigrew en le suivant sur les talons.

Sans couper leur conversations, les quatre Gryffondors approchèrent quelques chaises et prirent place autour de la petite table ou nous étions assis, en nous ignorant tous deux complètement. Black, lui, ne dit toujours pas un mot, perdus dans ses pensées pour je ne sais qu'elle raison.

- Oui mais je pensais qu'une fois fait il oublierait…

- Il oublierait quoi exactement? Dis-je en croisant les bras.

Potter soupira comme si je venais d'interrompre une partie de Quidditch des plus excitantes.

Hah! Ça t'apprendra à faire le prétentieux avec moi. Je ne me laisserai pas marcher sur les pieds par une bande d'imbéciles. Je sais bien qu'avec une situation comme la mienne, je ferais toujours mieux de garder profil bas, mais en même temps, partager une table minuscule avec les maraudeurs devrait être signe que tout ça est bien trop tard maintenant. Dieu soit loué, nous étions plus ou moins à l'abri des autres élèves, dans un coin comme celui-ci.

- De toute façon, qu'est-ce que vous faites ici? Apparemment vous n'avez pas oublié que Black était supposé faire mes devoirs.

Je dis étais parce que jusqu'à maintenant cet imbécile n'est toujours pas parvenu à tenir une plume entre ses doigts.

- Vous preniez tellement de temps qu'on s'inquiétait, répondit Lupin d'un air endormi et désintéressé.

Quand même. Si j'étais capable de faire quoi que ce soit à Sirius Black je l'aurais déjà fait…

Ou pas. C'est vrai que, normalement je préfère toujours me tenir à l'écart. Le plus invisible l'on se fait et le moins de problèmes nous avons. Enfin, dans les cas normaux. Et puis de toute façon, invisible ne veux pas dire, se faire marcher sur les pieds par un sorcier prétentieux et stupide.

Ais-je mentionné qu'il est stupide? Il me semblerait pourtant ne pas avoir utilisé ce terme assez souvent pour définir celui-qui-ne-sait-pas-se-remémorer-un-simple-nom.

- C'est pas de ma faute si il a pris plus d'une demi-heure avant d'arriver.

- Qu'est-ce qu'il a au fait? Demanda Pettigrew d'une voix hésitante en pointant son copain du doigt.

Euh.

- Patmol! s'écria son presque frère en le prenant par les épaules, comme si ce dernier était mourant.

Le concerné le regarda dans les yeux avec un regard vide.

Je tentai de me glisser hors du troupeau subtilement.

- Cogswall, qu'est-ce tu lui as fait! S'écria-t-il d'un air forcé.

C'est intensionnel. Il l'a carrément fait par exprès.

- C'est Cosgwell! M'écriais-je à mon tour, en perdant mon sang froid, à quelque pas de la table déjà, mon sac et mes livres en main.

Autrement dit, le profil parfait du mec coupable qui tentait de s'échapper.