Voici le second chapitre de mon histoire. Ça fait pas mal de temps que je l'ai écrite (elle était déjà prête quand j'ai posté le premier chapitre) mais j'ai préféré attendre.

Personellement je le trouve mieux que le premier chapitre, qui était surtout une introduction à ce qui allait se passer.

Enjoy !

Chapitre 2

Odd racla sa gorge, cherchant désespérément à rompre le silence pesant dans lequel la chambre avait était plongé. Aucun de ses compagnons ne lui prêta d'attention, tous les regards se trouvant concentré au centre de la salle.

Il eut beau chercher, aucune plaisanterie apaisante ne lui vint à l'esprit. C'était vraiment le moment rêvé pour tomber en panne. Enfin, peut-être que les autres n'auraient pas vraiment apprécié non plus…

Retenant à grande peine un soupir nerveux, il ramena ses genoux vers lui, et y déposa un petit animal au pelage brun clair, afin de le blottir contre son corps. Le chien tremblotait un peu, encore traumatisé par les événements de ce matin. Par chance, il avait sauté dans son tiroir dès que les premières mini-explosions avaient eu lieu, et aucunes étincelles ne l'avaient touché. Personne n'avait même entendu ses jappements désespéré, tant la panique s'était rependue dans Kadic. Personne ne faisait attention à rien. Une seule chose importait : Fuir.

Caressant avec douceur son ami à quatre pattes, il observa à nouveau les cinq personnes qui l'entouraient. En face, sur le lit de Stern, se trouvait Yumi, les lèvres pincés, le regard sérieux. Elle tenait contre elle sa meilleure-amie, qui avait abandonné les bras du brun pour se blottir dans les siens. Aelita était encore parfois parcouru de tremblements, mais elle avait tout de même réussi à retenir ses pleurs, bien que ses yeux rougis prouvaient qu'elle y avait succombé peu avant.

Le regard du blond se posa à sa droite, sur le corps tendus d'Ulrich, assis avec Odd sur son lit. Aussi tendu que la japonaise, celui-ci avait serré ses poings dans des boules, prêtes à cogner, activité à laquelle il avait bien failli s'adonner quelques minutes auparavant.

Au fond de la salle, assis sur la chaise de leur bureau, Jérémie. Les bras croisés, jambes écartés, l'air strict, il avait l'attitude d'un juge prêt à donner sa sentence, ou plutôt, dans ce cas, à empêcher la conversation de dérailler.

Les yeux aux diverses teintes de violets et de gris de l'italien se posèrent alors de nouveau au centre de la salle, point où tous les regards se rejoignaient, toisant tous avec un mélange de fureur et de compassion, un adolescent de leur âge, aux yeux et cheveux sombres.

William passa sa main dans ses cheveux, pourtant déjà assez décoiffés, l'autre main dans ses poches. L'expression déconcertée de son visage parlait pour lui. Cela faisait tant de temps qu'il n'avait pas était réuni avec tous les membres du groupe, l'idée que c'était pour une raison aussi importante le bouleversait. Surtout quand il songeait que ce n'était autre que lui qui avait convoqué cette petite « réunion ». Il devinait que les autres en auraient parlé, bien sûr, mais entre eux. Sans doute n'aurait-il pas eu son mot à dire.

L'ambiance dans la salle était plus tendue et électrique que si toutes les prises du collège y avaient déversé leur énergie au même instant. Il faut dire que les événements du midi avaient été plus que catastrophiques… William jeta un coup d'œil discret à Jérémie. Quand il pensait qu'il avait été à deux doigts de le frapper, lui…

ººº

Évidemment, quand Aelita avait enfin réussi à contenir ses larmes, le brun avait proposé de rejoindre le collège. L'agitation était telle qu'il était facile de deviner que le gymnase n'avait pas était le seul scénario de ce qu'il persistait à considérer une « attaque ». Étant les derniers à arriver dans la foule d'élèves, ils avaient tentés de se faire le plus petit possible. Bien heureusement, personne n'avait fait attention à eux, et ils arrivèrent juste à temps pour écouter la fin du discours du directeur, Jean-Pierre Delmas.

- … que la situation est parfaitement sous contrôle, sachez qu'il n'y a plus rien à craindre. Nous ferons venir des techniciens vérifier les générateur, et trouverons la cause de cet incident. Pour l'instant, sachez seulement que vous ne courrez plus aucun risque dans les bâtiments des chambres, que nous vous prions de rejoindre sur le champ. J'apprécierais que les externes et demi-pensionnaires quitte le secteur et retourne chez eux. En attente d'en savoir plus, les cours sont annulés.

Cette nouvelle eut pour effet de soulager tout particulièrement le jeune Dunbar bien, très bien… cela lui laisserait tout le temps possible afin de mettre les choses au point avec la petite bande de « guerriers ».

Il aperçut d'ailleurs le petit groupe en question de l'autre côté de la cour. Tous semblaient avoir vu un fantôme ce qui, selon le point de vue, était bel et bien le cas. Jérémie et Odd étaient bien les plus excités. Le premier cherchait désespérément quelqu'un dans la foule, les yeux emplit d'inquiétude (il lui fut facile de comprendre que sa préoccupation avait à voir avec la demoiselle qui logeait toujours dans les bras du brun). Odd, lui, ne cessait de regarder la fenêtre de sa chambre avec nervosisme (dans son cas, William comprit plus tard qu'il craignait tout simplement qu'il soit arrivé quelque chose à Kiwi, ou qu'il ne se soit fait repérer).

- Viens, Aelita, allons les rejoindre.

Celle-ci acquiesça doucement. Bien qu'elle fût tout à fait capable de marcher, ses joues pâle et ses yeux exorbités indiquaient qu'elle ne s'était toujours pas remise du choc, raison pour laquelle il gardait une main contre sa taille, prêt à la rattraper en cas de chute.

C'est dans cette position qu'ils s'approchèrent. Ulrich fut le premier à les repérer, et alerta ses amis, l'air surpris. William, libre d'arrière-pensées, ne songea pas une seule seconde que leur position pouvait évoquer quelconque gestes amoureux, et ne comprenait donc pas pourquoi Jérémie le regardait d'un air aussi outré.

Juste lorsque le génie s'approchait, réclamant des explications, et que William ouvrait la bouche, prêt à en donner, Aelita trébucha légèrement contre une pierre, l'esprit dans un autre monde, qu'elle avait laissé derrière elle plusieurs semaines en arrière. William, dans un geste réflexe, serra ses deux bras autour de son ventre, oubliant les marques que le coup qu'il avait porté à la jeune fille avait laissé, et la douleur que celle-ci ressentait toujours à cet endroit précis.

Lorsque qu'un cri faible s'échappa des lèvres rosées de son amie, le brun ne pensa pas non plus que, vu sous un certain angle, l'on ait pu penser qu'il l'avait frappé, ou lui ai fait le moindre mal. Cependant, lorsqu'il releva la tête, c'est un informaticien furieux et un allemand protecteur qu'il vit, à quelques pas de lui, se rapprocher de lui à grande vitesse.

- Qu'est-ce que tu fous, William ?

Surpris, celui-ci relâcha immédiatement sa prise sur sa protégée, qui tomba directement dans ceux du blond.

- Jérémie…

Aelita sentit un nouveau sanglot la parcourir, en partie pour la souffrance qu'elle venait d'endurer, mais également parce qu'elle venait de réaliser que, dans les bras de William, la seule preuve de réconfort qu'elle désirait recevoir n'était autre que les caresses et l'attention de son génie. Elle se laissa donc aller à l'enlacer, aussi fort que ses petits bras le lui permettait, espérant que celui-ci ne la repousserait pas.

Cependant, lorsqu'il eut l'occasion d'apercevoir ses petits yeux rougis, un sentiment de haine le fit frémir, et c'est d'un geste brusque qu'il quitta les bras de son aimée, pour foncer vers un William absolument pétrifié.

- Connard, qu'est-ce que tu luis as fait ?!

Le coup surpris tout le monde. William était si occupé à tenter de calmer les nerfs d'Ulrich, qui avait analysé la situation de la même façon que Jérémie, qu'il fut à deux doigts de voir les étoiles. Dans un réflexe surhumain, il eut juste le temps d'arrêter le poing, d'une puissance supérieur dont il avait cru Jérémie capable. Même Ulrich n'osa piper mot.

- Jérémie !

Il ne le laissa pas finir Jérémie repartit à l'attaque, mais ses coups furent alors plus maladroits, dépourvu de la rage animale du premier. Il était dans un tel état de rage que Stern lui-même le sépara du brun, afin de tranquilliser son ami, pas du tout dans son état normal.

La situation ne semblait pas pouvoir aller plus mal, lorsque quelque chose détourna leur attention. Un petit cri faible, prononcé par une voix brisée, sans force…

- Jérémie… arrête…

Tous se tournèrent vers l'origine de cette requête. Aelita, que Yumi serrait contre son cœur, les regardaient avec un mélange de stupeur et d'horreur. Son regard était tout particulièrement subjugué par Jérémie. Elle ne l'avait jamais imaginé combattre. Et pourtant, il était là, devant elle, à montrer crocs et griffes pour elle…

- Jérémie… Il ne m'a rien fait… William… Il m'a sauvé la vie…

Ils n'auraient pas pu être plus stupéfaits. Même Odd, qui était sur le point de se jeter dans la mêlée quand Aelita était intervenu, regardait le brun avec surprise. Il lui avait sauvé la vie ? Mais de quoi ?

C'est alors que leur revint en mémoire les incidents électriques. Cela avait vraiment du les affectés, pour que la situation dégénère ainsi…

Belpois et Dunbar se jaugèrent un instant, l'un avec un mélange de remerciement et de honte, l'autre tout simplement mal à l'aise.

- William…

- Je comprends que tu aies mal pensé, Jérémie…

Cela eut beau le rassurer, Jérémie considéra que cela n'excusait par vraiment ses actes. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Lui, pourtant si calme, si appliqué, se jetait dans une bagarre aussi hargneuse ? Vraiment, il avait besoin de sommeil…

- Que s'est-il passé exactement ? interrogea Yumi, afin d'en finir avec cet épisode plus que gênant pour le groupe, tout en tapotant le dos de sa meilleure-amie.

- Ne serait-il pas mieux d'en parler ailleurs ? proposa William. Loin d'oreilles indiscrètes…

Les cinq amis se questionnèrent un instant des yeux. Une « réunion militaire » avec William ? Cela impliquait-il de le reprendre dans la bande ?

Ulrich et Yumi se jetèrent un regard entendu. Lui restait tendu, sur ses gardes, aussi bien pour la bataille qui avait failli avoir lieu que pour ses tympans qui vibraient toujours douloureusement. Il haussait les épaules, faisant signe à la japonaise qu'il acceptait, même si cela le dérangeait au plus haut point. Après tout, ils avaient mis Dunbar dans le coup il y a quelques mois, il était juste qu'il participe dans leurs délibérations, non ? En tout cas lorsqu'il avait vécu les faits, et pouvait témoigner… C'était une aide de plus.

Et puis, c'était bien pour cela qu'ils lui avaient demandé de s'intégrer, non ? Pour les aider, tout simplement. Et pour rien d'autre.

- Je suis d'accord. Déclara la japonaise, aussi bien pour elle-même que pour son meilleur ami. Je propose que l'on aille tous dans la chambre de Jérémie.

- Pourquoi pas plutôt dans la nôtre ? fit Odd. Je suis mort de trouille pour Kiwi, il faut que j'aille voir s'il va bien…

Jérémie acquiesça. Tant mieux. Il n'était pas sûr de l'état de son ordinateur et préférait ne pas avoir ce spectacle déplorable sous les yeux pour délibérer.

- Bien. Allons-y.

Sans plus oser regarder celui qu'il avait failli rouer de coups, il se retourna, et, tenant la main d'Aelita, il se dirigea vers les chambres, suivis par tout le petit groupe, prêt à avoir la discussion la plus important depuis bien longtemps.

ººº

Et voilà comment ils en étaient arrivés là, à cette situation de stress constant, tous regroupés dans la chambre que partageaient Ulrich et Odd, attendant que quelqu'un ne rompe le silence, et ne prenne la parole.

Ce quelqu'un fut Jérémie, qui toussota doucement avant de s'adresser à William, sans encore oser le regarder dans les yeux.

- Bien, William. Raconte-nous ce qu'il s'est passé.

Nerveux, l'américain jeta un dernier coup d'œil à l'assemblée qui l'entourait, et surtout à celle à qui il avait auparavant sauvé la mise. Après une dernière seconde de doute, il se lança.

- Eh bien, hum, j'étais seul dans le gymnase en train de réparer des appareils pour Jim…

- À cette heure ?

- Ouai, j'avais était puni. Et donc, Aelita est arrivé, elle avait perdue quelque chose, un cahier je crois, elle est allé le chercher dans les vestiaires. Elle allait ensuite partir mais les lumières ont commencé à clignoter. Je lui ai donc conseillé d'éteindre le disjoncteur. Elle y est allé, mais comme elle prenait pas mal de temps, je suis allé voir. Je l'ai entendu me dire qu'elle l'avait trouvé, mais à ce moment j'ai entendu des bruits bizarres, et j'ai senti une sensation étrange, comme si j'avais la chair de poule, donc je suis quand même allait vérifier si tout allait bien. Quand je suis arrivé, Aelita avait la main sur une manette, elle était rigide mais tremblait un peu elle était en train de se faire électrocuter. J'avais toujours un bout de bois en main – pour des réparations, une longue histoire –, alors je l'ai frappée avec pour l'en dégager. Je me suis ensuite tournée vers elle, mais j'ai senti quelque chose derrière moi, alors je me suis retourné. Des câbles se dirigeaient vers moi, alors j'ai planté le bois dans l'appareil, à ce moment j'ai entendu comme des explosions j'ai pas attendu de voir de quoi il s'agissait, j'ai soulevé Aelita de terre et ont ai sorti en courant du gymnase. Après un moment on s'est dirigé vers le bâtiment où se trouvaient tous les autres, et c'est là qu'on vous a rejoint.

Son discours fini, William toussota, mal à l'aise. Le reste des membres présents semblaient réfléchir à son histoire, sans un mot. Seul Jérémie douta.

Il avait senti, dans la façon dont William remettait en place son col, dans sa gêne, et dans le regard qu'il lançait aux autres qu'il gardait quelque chose pour lui. Cependant, le français doutait fort que son camarade n'accepte de lui en faire part. En faîte, il donnait tout simplement l'impression d'attendre un verdict, ou des explications pour se confier aux autres.

Ce fut en quelques sortes ce qu'Ulrich lui offrit une minute plus tard, rompant le silence dans la salle.

- Il s'est passé quelque chose de semblable de notre côté. Odd, Yumi et moi, on était dans la salle de musique, à vous attendre, quand les lumières ont commencé à clignoter. Mais ensuite, plusieurs appareils ont commencés à se mettre en marche, des instruments, les haut-parleurs… Ça devenait insupportable.

- Ouai, c'était carrément horrible ! repris Odd, son visage exprimant plutôt bien à quel point il avait ahi cette expérience. J'en ai encore mal aux tympans, y a même des fenêtres qui ont explosés à cause des vibrations.

- Est-ce que vous avez entendu la sirène d'alarme et la sonnerie du collège ?

L'italien et l'allemand se jetèrent un regard curieux, tout comme Yumi, à peu près aussi stupéfaite. Tout trois semblaient réfléchir, mais ce fut de nouveau Ulrich qui prit la parole le premier.

- Je ne crois pas, non.

- On a rien entendu, Jérémie.

- Mais bon, vu le boucan dans la salle des fêtes… intervint Yumi. Et puis, nos tympans vibraient tellement que ça m'étonneraient pas qu'on ne l'ai juste pas remarqué. Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose d'autre ?

Jérémie acquiesça. C'était sans doute son tour de raconter sa version des faits.

- Comme vous le savez presque tous – il dédia un coup d'œil à William – je m'étais rendu à ma chambre. J'y étais presque quand diverses sonneries et alarmes ont commencés à sonner, et les lumières clignotaient aussi. J'étais inquiet, mais je suis quand même entré pour récupérer le CD d'Aelita. J'allais ressortir quand j'ai remarqué que mon ordinateur, que j'étais sensé avoir éteint ce matin, était resté à moitié allumé. L'écran commençait à envoyer des images bizarres, rouges et noir, et j'ai senti un courant électrique dans l'air, sans doute semblable à ce que William a dit ressentir. Ensuite j'ai vu des étincelles en jaillir et il émettait de drôle de bruit, donc j'ai décidé de filer en vitesse. Des lumières ont commencé à exploser dans les couloirs, tout comme pour vous.

Il y eut un nouveau silence, plus court, lors duquel chacun évaluait l'expérience de l'autre (Odd s'évertuait à penser que la sienne avait était très, très chiante), pour en tirer quelque chose de concis.

- Eh ben, réagit à nouveau Ulrich, qu'elle situation…

- Mais ce n'est pas tout.

Tous les regards se dirigèrent vers la belle japonaise, qui s'était très légèrement dégagée de l'emprise d'Aelita pour se pencher plus en avant, vers ses autres camarades.

- Qu'y a-t-il ?

- J'ai reçu un appel de mon père. Ma mère est aux urgences. Cela n'a pas eu lieu qu'ici. Plus de la moitié de Paris a était touchée.

Cette fois, ce fut des regards consternés que tous échangèrent. Odd fut le premier à demander, la voix chargée d'inquiétudes :

- Ta mère va bien ?

- Oui, elle va s'en remettre. Elle a quelques brulures superficielles sur le bras à cause d'un appareil qui a explosé près d'elle, et plusieurs blessures pour être tombé en tentant d'éviter des lampadaires qui explosaient sous la tension. Comme mon père a aussi eu des soucis à son usine il l'a appelé pour savoir si elle allait bien, et il l'a tout de suite conduit à l'hôpital. C'est pour ça qu'Hiroki est moi on est encore ici : comme on allait bien, papa nous a demandé de rester à l'abri ici le temps qu'il s'assure que maman n'avait rien de grave.

- C'est terrible. Assura Ulrich. Il doit avoir pas mal de blessé en ville, heureusement que rien de trop grave n'est arrivé ici.

À cette annonce, Jérémie tourna la tête vers Aelita, toujours blottie contre son amie.

- Aelita, tu devrais vraiment aller te reposer à l'infirmerie.

- Mais je vais bien, je t'assure. C'est passé.

- Tu t'es fait électrocuté, ce n'est pas rien. S'il te plait, promet-moi que tu iras voir Hollande pour qu'elle t'examine.

Aelita l'observa un instant, avant de capituler. Elle savait qu'il disait cela pour son bien, et elle savait de source sûre, pour l'avoir vécu ou vu plusieurs fois auparavant, que ce genre de chose pouvait être très nocif pour les humains.

- Très bien.

- Bien. Je pense qu'on sait tout ce qu'on devrait savoir. Jérémie observa l'assemblée qui se tenait devant lui une fois de plus. Il ne nous reste plus qu'à attendre le verdict des autorités, et si j'en ai l'occasion, j'aimerais jeter un coup d'œil par moi-même.

- Jérémie…

- Je serais prudent, Aelita, je t'assure. Personne ne me verra. Bien, si personne d'autre n'a rien d'autre à dire.

Un toussotement attira son attention. Comme il s'y attendait…

- Et bien, hum, il y a encore quelque chose…

Tous se tournèrent à nouveau vers le jeune Dunbar, qui n'avait pas pipé mot depuis la fin de ses explications, toujours debout au milieu de la pièce. Il semblait hésitant, mais il ne pouvait plus reculer désormais.

- Oui, William ?

- Et bien, il y a quelque chose que je ne vous ai pas encore dit, à propos de l'incident dans le gymnase.

Ça, il l'avait bien compris. Ne lui restait plus qu'à savoir quoi.

Jérémie s'accommoda à nouveau contre le dossier de chaise, bras croisés, et toute ouïe.

- On t'écoute.

- Et bien… William eut bien du mal à démarrer. Après avoir frappé le disjoncteur, quand les câbles allaient me toucher, à côté, il y avait comme un écran de contrôle, et là… … Je l'ai vu.

Il y eut un nouveau silence, encore plus court que le précédent, pendant lequel chacun se demander de quoi diable pouvait-il bien parler.

Jérémie et Ulrich furent les premiers à avoir un mauvais pressentiment, bien vite suivi par Yumi.

- Tu as vu quoi ?

William scruta ses camarades, cherchant un signe pouvant indiquer qu'ils l'avaient compris. Comment ne pouvait-il pas deviner ? Tout ces accidents, c'était si clair…

- William ?

- J'ai vu son symbole, Jérémie. Le même que sur le SuperCalculateur. Le même que sur Lyokô.

Impossible.

Inconcevable.

… Improbable ?

Plus aucun doute ne planait à propos de ce que William voulait dire, même si aucun n'osa exprimer ce qu'il avait sous-entendus de façon claire. Car c'était juste impossible. Impossible…

- Tu te rends compte de ce que tu viens de dire, William ?

- Oui.

- C'est une accusation très forte. Tu ne peux pas dire ça à la légère.

- Non, je t'assure que je l'ai vu, Jérémie. Il était là, sur l'écran. Je n'invente rien. Juste au moment où j'allais me faire attaquer par des câbles.

- …

- Jérémie ?

- Tu crois que tu aurais pu l'imaginer sous la tension ? Le confondre avec un autre ?

- Ne me dis pas que tu ne comprends pas. C'était lui, Jérémie !

Un gémissement à peine audible, parvint tout de même à se faire entendre dans la salle. Le français et l'américain se détournèrent tout deux de leur conversation pour observer Aelita. Celle-ci venait d'afficher une expression de douleur. Jérémie devina que plus que physique, cela devait sans doute être une souffrance psychologique.

- Ça va aller, Aelita ?

Yumi et Aelita échangèrent une série de murmures. Jérémie la vit acquiescer, avant de poser sa tête sur l'épaule de la japonaise, et prêter à nouveau attention à la conversation, comme pour leur faire oublier sa réaction d'antan. Yumi, quant à elle, réaffirma sa prise sur les épaules de son amie.

- Écoutez… tenta William. Je vous assure que je sais ce que j'ai vu. Le symbole était là, sur l'écran. Croyez-moi, je le reconnaîtrais entre milles.

Un nouveau silence, plus long, plus pesant, s'installa.

Jérémie, Ulrich et Yumi échangèrent des regards entendus. Odd, quant à lui, se contentait de regarder ses genoux avec intérêt, rendu nerveux par la situation, et les restes de soupirs d'Aelita l'empêchant de risquer une blague.

William, lui, était sans aucun doute le plus nerveux de tous. Il réalisait qu'un dialogue silencieux, le concernant sans doute en partie, avait lieu sous ses yeux sombres entre la plupart de ses juges.

Et surtout, il sentait peser sur lui le regard vert de la jeune fille qui trônait toujours dans les bras de la japonaise. C'était peut-être bien le pire. Cherchant à chasser le chat qui occupait sa gorge, il se la racla, attirant malgré lui l'attention du reste du groupe, qui sembla lui donner la parole, chose qu'il regretta presque immédiatement.

- Hum… Alors, quelles sont vos conclusions ?

- Avant de prendre des décisions, il nous faudra faire quelques vérifications encore. Ce n'est peut-être pas aussi grave que ce qu'il paraît.

Le brun se reteint de soupirer. Jérémie ne le croyait toujours pas, et il soupçonnait les autres de faire de même. Aelita elle-même, qui avait pourtant observé les mêmes faits que William, se résistait à accepter la situation.

- Et que comptez-vous faire ?

Dès que nous aurons l'occasion, nous jetterons un œil sur les circuits du gymnase du collège. Si possible, on verra plus en profondeurs la salle de musique et les extérieurs, dès que les recherches des professionnelles seront finies.

- Et l'ordinateur ?

L'ensemble du groupe observa l'ex guerrier, sceptique.

- Lequel, celui qui a explosé ? s'étonna Jérémie, repensant à son pauvre appareil, qui avait rendu l'âme devant ses yeux.

- Le SuperOrdinateur. Précisa William, détachant soigneusement chaque syllabe, s'assurant ainsi que tout le monde comprenne. Vous allez vérifier s'il se passe quelque chose d'anormal ?

Il y eu un nouveau silence tendu. Ulrich étouffa un grognement, obtenant ainsi l'accord silencieux de Yumi. Jérémie lui-même paru dérangé. Odd fut le seul à hocher la tête et à se pencher vers lui, prêtant plus d'attention à la conversation.

- Je te rappelle que nous avons éteint le SuperCalculateur, William. Cela vaut également pour le SuperOrdinateur.

- On ne peut pas prendre de risques. Si il s'agit bien de Xana… - il avala sa salive, réalisant que c'était la première fois que l'un d'entre eux prononçait ce nom depuis le début de la conversation… et peut-être même depuis que celui-ci avait supposément était éliminé - … si c'est bien lui, il faut absolument le stopper avant qu'il n'aille plus loin. S'il s'agissait bien d'une attaque, il a gagné une force spectaculaire ! Toute une ville d'un coup, Jérémie ! On ne peut pas faire face à cela tout seul ! Pas sans le SuperCalculateur. Pas sans Lyokô.

- Tu, William, n'est pas en position de décider de ce que nous pouvons faire ou non.

Le jeune homme reçut ses mots comme une série de coups de poignards. Jérémie l'excluait ouvertement du groupe. Depuis le début ce de débat, ils ne l'avaient pas inclus dans ce "nous".

- Je suis également un Lyokô-Guerrier, il me semble.

- Tu as était un Lyokô-poids plus qu'autre-chose, William.

L'intéressé fit volteface, dévisageant son adversaire de toujours, Ulrich. Celui-ci le provoquait ouvertement, toujours commodément assis sur le lit de Odd, aux-côtés de ce-dernier, qui révisait désespérément toutes ses blagues dans l'espoir dans trouver une appropriée pour adoucir l'ambiance.

- Allons, les gars… Pas la peine d'en faire tout un fromage, hein ? D'ailleurs, en parlant de fromage, ah ah, est-ce que je vous ai raconté que…

- Tu as un problème, Ulrich ?

- Oui. Oui, il se trouve bien que j'en ai un. Tu t'es conduit comme un gosse dès ta première virtualisation, tu as désobéi aux ordres, tu t'es bêtement laissé posséder et tu nous as mis des bâtons dans les roues pendant des mois au lieu de nous aider à vaincre Xana. Tu n'es pas un Lyokô-Guerrier, William. Tu ne l'as jamais était.

- Ahah, et alors à ce moment, je lui ai sorti que…

- Je voulais juste aider.

- Ben joli coup !

- Ecoute, je sais bien que j'ai fait une erreur, mais tout ce que je demande c'est une chance de me racheter.

- En t'inventant des histoires sur Xana ? Charmant !

- Alors à ce moment, Anaïs m'a dit que…

- Calmez-vous les gars… tenta Jérémie. Pas la peine de le prendre sur ce ton.

- Mais tu vas le laissez nous mener en bateau comme ça ?!

- JE NE MENS PAS ! Aelita, dis-le leur !

Tous les yeux se tournèrent vers la petite créature rose. Odd avala sa salive. Peut-être que les aventures de Anaïs Piquet et le camembert serait pour une autre fois.

Jérémie posa sur la jeune fille un regard plein de tendresse. Elle était toujours sous le choc. Peut-être que sa version n'en serait, malheureusement, que moins fiable.

- Aelita… confirmes-tu la version de William ?

Après quelques instants d'hésitations, elle hocha la tête. William inspira.

- As-tu quelque chose à ajouter ?

- Il serait bon que tu expliques exactement ce dont tu te souviens. Insista Yumi.

Son regard vert croisa celui, plus sombre, de William. Il lui sourit. Elle acquiesça.

- Je me souviens seulement que, en touchant les boutons, je me suis électrocutée. Puis j'ai reçu un coup dans le ventre lorsqu'il –elle ne quitta pas William des yeux – m'a dégagé. Je suis tombée face au sol, puis je me suis tournée et j'ai vu les câbles à approcher William qui s'est défendu. Après quelques secondes, j'ai entendu des explosions. William m'a levée du sol et nous avons couru hors du gymnase. Pour le reste, je soutiens l'explication qu'il vous a donnée.

- Aelita… Jérémie empli ses poumons d'air, sachant que la question suivante serait la plus conflictuelle. As-tu vu l'Œil de Xana sur l'opérateur comme l'affirme William ?

Le sourire et le signe de tête de ce dernier l'incita à continuer. Cela l'attrista. Elle savait déjà qu'elle allait le trahir.

- Je n'ai rien vu.

Ses paroles tombèrent lourdement au sein du groupe, comme s'écroula le sourire de William.

- Aelita…

- Désolée, William – s'excusa-t-elle paraissant sincère. Elle lui était reconnaissante de lui avoir sauvé la vie, mais elle ne pouvait pas pour autant manipuler la vérité. - Mais je n'ai rien vu.

- Mais tu regardais dans la même direction que moi ! Tu avoues même avoir vu les câbles se diriger vers moi.

- Un contre-courant pourrait causer un fait semblable. Assura Jérémie.

- Exact. De plus, toi… tu étais devant moi, William. Et juste devant l'écran. Si l'Œil est apparu, je n'ai pas pu le voir.

- Donc voilà. Aucune preuve. Ulrich se frotta les mains satisfait. Donc, on ne faire rien.

- Mais il a raison. On ne peut pas prendre de risques.

Toutes les têtes se tournèrent d'un même mouvement vers la petite tête blonde qui se trouvait au fond de la sale, collée au mur. William, plus surpris que le reste encore, chercha le regard de l'italien des yeux. Il prenait sa défense ?

Tentant de faire bonne figure, Odd sourit. Il était habitué à être le centre de l'attention, même si ce cas-là était différent.

- Je sais qu'on a tous promis de mener une vie normale, et qu'on en parle pour ainsi dire jamais, mais… est-ce que vous ne vous souvenez vraiment pas des attaques de Xana ?

Yumi et Ulrich s'interrogèrent du regard, puis demandèrent l'avis de Jérémie de la même façon. Qu'étaient-ils sensé répondre à cela ?

Jérémie se contenta de fermer les yeux. Il commençait à comprendre ce que William et Odd voulaient dire. Il s'en souvenait, oui.

Comment l'oublier ?

- Allez les gars, je sais que vous vous en rappelez. Ça a tout de même était deux ans de notre vie. Et seulement un mois est passé depuis que nous nous sommes défaits de Xana et qu'on a dit bye-bye à Lyokô. Vous vous souvenez de ses attaques ? Ça a failli coûter la vie de millier de gens de nombreuses fois, et la nôtre aussi. Si il est de retour, et qu'il a était suffisamment puissant pour s'en prendre à toute une ville, comme l'a déjà dit William, il faut nous en assurer au plus vite. Je sais qu'aucun d'entre nous ne veux repasser par ça –il jeta un coup d'œil discret à Yumi. En deux ans de lutte, elle avait était celle qui avait montré le moins d'enthousiasme au combat, contrairement à Ulrich et lui-même qui se défiait et le prenez souvent comme un concours, William qui le voyez comme un jeu géant, Aelita, qui, malgré tout ce qu'elle en disait, gardait une certaine affection envers le monde qui les avait protégé, elle et son père, et qui avait ensuite était sa prison. Même Jérémie en profitait. Son esprit affamé de connaissances avait découvert les expériences de Franz Hopper avec délice, manipulant lui-même les codes de Lyokô à plusieurs reprises, prouvant son talent. Oui, malgré l'apparence colérique d'Ulrich, et le fait qu'elle se soit elle-même prise très souvent au jeu de Lyokô, Yumi serait sans doute la plus difficile à convaincre. – mais on a peut-être fait une erreur lors de la destruction du virus. On est peut-être encore en mesure de l'arrêter avant qu'il ne prenne plus de puissance. Ce serait le temps d'une attaque. La dernière virtualisation. Peu, mais sans doute nécessaire.

La légère surprise se transforma en stupeur général. Depuis quand était-il si sage, si raisonné ? L'intéressé afficha un air mutin, conscient de l'effet qu'il avait causé sur ses compagnons. Cela l'amusait quelque peu, mais malgré tout il savait la situation sérieuse. Et pour une fois, il n'avait pas « feint », comme souvent il le faisait.

Pour une fois, il avait était vraiment sincère.

- Eh bien… je crois que pour le moment, il vaudrait mieux que l'on se sépare, et que tout le monde se relaxe. Nous verrons tout le reste demain.

Il ne manquait plus à Jérémie que de frapper le bureau d'un petit coup de marteau, accompagné du fameux « la séance est levée ». Tout le monde quitta la chambre et se sépara, Jérémie et Aelita chacun de leur côté. Yumi voulu suivre sa meilleure-amie, mais celle-ci lui fit signe qu'elle préférait rester seule, et après avoir assuré à Jérémie qu'elle irait à l'infirmerie, elle se sépara de ses deux amis. William se dirigea silencieusement vers sa chambre, songeant toujours au discours d'Odd, et se demandant s'il serait invité au débat du lendemain.

Dans la chambre où avait eu lieu le conflit ne restait plus que deux garçons. L'un d'entre eux, brun et musclé, observait le second avec attention. Il n'avait jamais imaginé son meilleur-ami capable de tant de fondements.

Odd, quant à lui, ayant déposé un Kiwi encore tremblotant au sol, vidait son cartable sur son bureau et sifflotait comme si il venait de vivre la journée la plus normale et paisible de sa vie, alors que ses tympans, à l'instar de ceux de la japonaise et de l'allemand, continuaient à vibrer de manière douloureuse –peut-être bien serait-il temps d'aller également demander l'avis de Yolande, d'ailleurs ?

- Tu parlais sérieusement ?

- Hum ? Odd feuilleta un instant son livre de Physique avec un désintérêt palpable avant de le jeter avec le reste.

- Tout ce que tu as dit sur Xana… tu le pensais ?

- Bien sûr. On ne peut pas le laisser continuer s'il s'agit bien de lui. Je ne veux pas finir sourd, tu sais.

- Mais… ce que tu as dit à propos de, hum… retourner sur Lyokô…

- Je n'ai pas dit cela.

- Mais c'est ce que tu voulais dire.

- Ouai.

- Alors ? Ça te plairait ?

- Ça ne me dérangerait pas. Quand faut y aller, faut y aller, hein !

- Et William… tu le crois ?

- Il n'a peut-être pas dit la vérité, mais en tout cas, il ne ment pas. Ulrich ouvrit de grands yeux, ce qui parut amuser Odd. Oui, je sais ! Ça peut avoir l'air bizarre, mais c'est ce que je pense. Maintenant, si tu me le permets… – Odd lâcha ses affaires et se dirigea vers la sortie – J'ai quelque chose à faire.

Sur ce, il quitta la pièce, suivi de près par son chien, sous les yeux intrigués d'Ulrich. Pourquoi avait-il soudain l'air si sérieux, si préoccupé ?

Le brun soupira et se coucha sur son lit, respirant profondément, avant d'expirer. Il répéta l'exercice plusieurs fois afin de faire baisser le stress qui l'habitait. Jérémie avait raison, ils devaient se relaxer un peu.

Et Odd était vraiment trop difficile à suivre.

Quelques mètres plus loin, un autre jeune se trouvait appuyé contre un mur. Il ne se trouvait plus qu'à quelques pas de sa chambre, mais il avait eu besoin de s'arrêter et inspirer profondément un moment, tout comme Jérémie, qui observait son ordinateur d'un air triste, sachant qu'il était temps de le réparer, assis sur sa chaise, et Aelita, agenouillée au pied de son lit. Ses yeux étaient clos, comme ceux de la japonaise son tour à un feu rouge, lasse.

William étouffa un gémissement. Il devinait que la situation ne ferait qu'empirer. Ils ne feraient rien si ne les y poussait pas. Et Ulrich ne le laisserait sûrement pas se le permettre…

- Will ?

Il rouvrit les yeux et chercha la source de cette voix. Il trouva rapidement : juste devant lui, un garçon aux cheveux blonds et aux traits de lutin facétieux, d'un mètre quarante-cinq environ, lui faisait face.

Un petit lutin que William ne connaissait que trop bien.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il d'une voix lasse.

- Ça n'a pas l'air d'aller.

- Pas trop, non.

- Ne t'inquiète pas. Ils n'ont pas toujours confiance en moi non plus, mais on fait aller.

William prêta plus d'attention à l'expression du blond. Les mains dans les poches, sourire timide, comme si avouer que ses amis ne le considéraient pas capable de réfléchir comme eux le rendait honteux, il semblait gêné.

- Et tu fais quoi, dans ces cas-là ?

- Foncer !

Cela réussit à le faire rire. Il n'en doutait pas une seule seconde.

Ce fut l'instant que choisi Kiwi pour faire acte de présence : il se rua soudain contre les jambes de William en jappant doucement, cherchant visiblement qu'on lui prête attention. L'étudiant se baissa un peu pour caresser le chien un moment, avant d'oser enfin prononcer les paroles qui lui brulait les lèvres.

- Odd…

- Oui ?

- Merci de m'avoir défendu avant.

- Ce n'est rien. Ils étaient un peu trop sur la défensive, ils vont finir par réaliser que la situation est plus grave que ce qu'elle leur paraît, en tout cas si tu as raison…

Odd ne sut pas comment répondre au regard inquisiteur de William, lorsque celui-ci se redressa, laissant Kiwi se lovait contre ses jambes.

- Odd… est-ce que tu me crois ?

- À propos de quoi ?

- Eh bien… de Xana…

- …

- Tu me crois, ou est-ce que tu te contentais d'adoucir la situation ?

- Écoute… je ne peux pas savoir si tu dis la vérité, mais je sais que tu ne mens pas.

- Je ne comprends pas.

- Oui, Ulrich aussi est resté perplexe. À l'annonce de ce nom, William grimaça. Eh, ne le traite pas si durement. Je sais qu'il a était un peu dur avec toi depuis le début de votre relation, mais que veux-tu, ce sale grincheux n'est qu'un gros jaloux. Je suis sûr que vous vous entendriez bien, si vous faisiez tous les deux des efforts. Vous vous ressemblez pas mal, en fait.

- Dis donc…

- Allez, allez, pas la peine de le prendre mal. Tu n'arrangeras rien comme ça.

- Bon, bon… il capitula. Tu peux m'expliquer ta théorie d'avant ?

- Je ne peux pas savoir si tu dis la vérité, car même toi tu ne peux techniquement pas en être sûr. Peut-être qu'un coup de jus ou l'adrénaline t'a emmêlé et t'a fait revivre un vieux souvenir du temps de Xana. Et je n'étais pas présent pour vérifier. Mais je sais que tu n'invente pas, en tout cas pas volontairement. Tu es sûr de toi, de ce que tu as dit et vu, raison pour laquelle je sais tu ne mens pas. Tu dis TA vérité. Mais après, ce n'est peut-être pas LA vérité. Tu comprends ?

William le détailla un instant avec attention. Odd restait donc neutre. Il n'approuvait pas vraiment ses dires, mais en tout cas, il ne l'accusait pas comme Ulrich de manipuler la vérité.

- Oui, je vois ce que tu veux dire.

- J'espère que tu ne considèreras pas ça comme une trahison. Je ne peux juste pas encore te croire à cent pour cent, mais si ce que tu dis tient debout.

- Ne t'inquiète pas, je comprends. Et merci tout de même. –Odd l'interrogea du regard, n'ayant pas l'impression d'avoir fait grand-chose. – Toi au moins tu me laisses une chance.

William avait l'air si triste, malgré le sourire qu'il affichait, qu'il ne put résister à l'envie de le consoler, bien qu'il ne sache pas exactement comment. Comme maigre tentative, il posa sa main sur son épaule – main que William lorgna avec intérêt – et l'apprêta avec force, un sourire encourageant aux lèvres.

- T'inquiète mec, les autres sont encore un peu sous le choc, mais ils vont finir par s'réveiller. Tout va s'arranger, tu verras. Repose-toi en attendant. Il reste encore longtemps avant le dîner, et Mr Delmas a dit que les électriciens viendraient réviser le collège. Pour une fois, j'préfère me tenir tranquille. Fait de même.

- D'accord. À ce soir. Odd préféra ne pas faire de commentaire face à cette façon, ma foi peu subtile, de mettre fin à une conversation qui se prolongeait trop. Enfin, il n'avait sans doute besoin que d'un peu de temps et de calme.

- À ce soir, Will.

Ils se quittèrent sans un mot de plus, seulement un dernier signe de la main. Odd voulu lui dire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard, sans trop savoir quoi. Le bruit d'une porte se refermant l'en dissuada.

Il soupira longuement, avant de se retourner, les mains dans les poches, avec une simple caresse à son chien, dont les jappements plaintifs (William l'avait effectivement délaissé sans même une dernière attention) allaient finir par alerter quelqu'un, et s'éloigna, sans but. Il n'avait pas vraiment envie de faire face à Ulrich et ses questions, sans compter sur sa mauvaise humeur.

Un mois plus tôt, il serait allé se reposer à l'usine. L'idée lui parut particulièrement déplacée. Un coup d'œil à son chien, qui se frottait contre ses jambes, toujours vexé que William l'ait ainsi abandonné, lui permis de se décider. Mieux valait se promener un peux aux bois. Si personne ne le voyait, tout irait bien. Restait à espérer qu'Ulrich n'ait pas décidé, comme souvent, de broire du noir en forêt, et qu'Aelita ne se soit pas réfugié à l'Hermitage…

ººº

Autour de la table régnait un silence total. Seul le bruit des couverts qui s'entrechoquaient et de quelques mastications donnait un tant soi peu de vie au repas. Aucun des quatre amis n'osait entamer la conversation. D'ailleurs, aucun n'y tenait vraiment. Seul Odd semblait dérangé par ce manque d'entrain, mais le regard paralysant de son ami allemand l'avait dissuadé de rompre cette ambiance morose. Si au moins sa petite nippone avait était là… Mais non, bien sûr, il était déjà plus de sept heures du soir, heure du soupé, et la lycéenne se trouvait chez elle. Et connaissant la famille Ishiyama, aussi bien l'italien que l'allemand savait très bien qu'après les événements de la matinée, ses parents la garderaient au chaud. Hors de question qu'aucun de leurs enfants quittent le foyer ce soir. Aux dernière nouvelles, Yumi était revenu en trombe à la sortie du collège après avoir reçu un appel de son père, qui venait les chercher, elle et son frère, pour rentrer à la maison, alors qu'elle faisait un tour en ville pour se rafraichir les idées et jeter un œil aux dégâts.

Jérémie espérait au moins qu'ils auraient suffisamment confiance envers Kadic et son proviseur pour la laisser venir aux cours le jour suivant il préférait l'avoir à ses côtés pour la réunion du lendemain. Premièrement, parce qu'il avait besoin de l'avis de tous ses amis pour ne pas créer de nouveaux conflits au sein de groupe (sans être encore tout à fait sûr de désirer sa présence, il élaborait déjà une stratégie pour intégrer William au prochain débat sans trop de rejet de la part de ses camarades).

Deuxièmement, parce qu'il comptait sur elle pour lui faire un petit résumé de la situation en ville, vu que les élèves internes avaient eu interdiction de quitter l'enceinte du collège.

Et troisièmement, parce que Yumi était, depuis le début de leurs aventures, son plus solide appui. La Geisha avait toujours représenté la puissance et la force féminine, d'une façon bien plus remarquée et frappante que sa princesse aux cheveux roses. Elle était l'autre tête pensante, le second leader, juste après le jeune Einstein. Elle n'avait pas l'intelligence et les connaissances du SuperCalculateur de Jérémie ou même d'Aelita, mais elle comptait avec une force physique et de caractère qui imposait confiance et respect à ses compagnons, suffisamment pour réclamer une certain autorité, et l'obtenir. Non, prendre une décision aussi importante que « rallumer temporairement le SuperCalculateur est-il vraiment utile ? » sans elle était tout simplement impensable.

Son attention fut détournée vers l'entrée du réfectoire, où venait d'apparaître un séduisant jeune homme aux cheveux noirs. Leurs regards se croisèrent le temps d'une seconde, pendant laquelle Jérémie sentit son cœur battre plus vite. Gêné, il baissa les yeux vers ses haricots, qui réveillaient soudainement en lui un intérêt hors du commun. Il ne savait pas comment lui expliquer qu'il n'avait rien contre lui et commençait à comprendre son point de vue, petit à petit. Il préférait ignorer pour le moment sa présence, le temps d'avoir les idées claires.

William malinterpréta visiblement son geste, car il détourna lui-même les yeux, la mâchoire serrée, se dirigeant vers la table où lui et quelques amis avaient déjeuné en début d'après-midi, évitant avec prestance le regard appuyé d'Aelita.

La lueur de tristesse qui s'était illuminée dans ses yeux devant un tel rejet n'échappa à personne, et ce fut le regard lourd de reproches d'Odd que Jérémie du esquiver, cette fois.

Par hasard, son regard se posa sur un groupe d'hommes qui conversaient dans la cour. Il reconnu rapidement Jean-Pierre Delmas, leur directeur, Jim, leur professeur de sport et surveillant ainsi que des gendarmes. Il identifia les deux autres individus comme des électriciens, rien de bien surprenant, étant donné qu'ils étaient sensé s'assurer de l'état des lieux. C'est d'ailleurs à cause de leur présence que Jérémie n'avait pas pu commencer ses propres recherches. Et flûte.

Ce qui capta rapidement son attention fut leur air grave. Les techniciens avaient tout juste fini leur compte rendu, et c'était au tour des agents de la loi de sortir leurs propres conclusions. Quand aux deux membres actifs du lycée, leurs expressions étaient passées d'une complète stupeur à une grande inquiétude. L'enfant vit le directeur nier avec force, cependant le plus vieil agent semblait insister.

Après quelques secondes de doute, et après avoir échangé de petits coups d'œil avec Jim, Delmas acquiesça, tout en désignant l'entrée du self d'un geste. Ce fut cependant au professeur Moralès de les accompagner, alors que son supérieur restait un instant dehors, dubitatif. Son regard croisa par hasard, celui, curieux, de Jérémie. Tout deux soutinrent une longue seconde cet échange visuel, comme si chacun attendait une réponse de l'autre. Mais le directeur rompu le lien, et se dirigea à grands pas rapides vers Jim, qui s'apprêtait à entrer avec ses « invités ». L'enfant le perdit de vue.

Pas pour longtemps.

Toutes les têtes se tournèrent vers les nouveaux venus à peine ceux-ci passèrent le palier. L'animation dans la salle fut alors telle que Jim du faire régnait le silence, avant qu'enfin Mr Delmas puisse s'exprimer. Mais au lieu de s'exécuter, il chercha longuement quelqu'un des yeux, alors que les agents de la loi dévisageaient avec méfiance les enfants présents.

Jérémie ignora ce qui fit naître en lui le doute: si son regard dur, le temps qu'il mit à parler, ou le tic nerveux qui gagnait ses lèvres. Dans tout les cas, une seule chose pour lui était sûre: Jean-Pierre aurait préféré être à milles lieux d'ici, que d'avoir à faire ce qu'on lui imposait.

Parce que malgré sa dureté et son apparente froideur, cet homme aimait ses élèves, aussi bien les studieux comme les plus problématiques. Et, à l'instar d'un père, il refusait de faire peser une telle accusation sur l'un de ses enfants.

Cependant, c'est avec sa fermeté habituelle qu'il s'exprima enfin, étant dans l'incapacité de trouver de lui-même ce qu'il cherchait.

- William Dunbar ?

Le silence fut parfait le temps d'une minute, les élèves étant trop stupéfaits pour répondre. L'on échangea des regards, des questions muettes. L'agitation repris lorsque tout le monde entrepris de rechercher l'interpellé, sans qu'aucun n'ose dénoncer sa position une fois trouvée.

- William Dunbar ? reprit le directeur, les sourcils désormais aussi froncés que ceux des agents.

- Je suis ici.

William s'était en effet redressé droit sur sa chaise, défiant tout les regards. Comme d'habitude.

Le proviseur ne prit plus trop de temps à repérer l'un de ses élèves les plus rebelles. Effectivement, ce-dernier se trouvait attablé au fond de la salle, entouré d'autres élèves de Seconde, qui l'avaient jusque là involontairement caché des adultes.

Fier, il ne se démonta pas devant tous les regards qui se dirigeaient droits sur lui, et attendit juste que le proviseur daigne s'adresser à lui. Ce qui ne se fit pas attendre.

- William, veuillez nous accompagner hors du réfectoire, je vous prie. Les agents ci-présents aimeraient vous poser quelques questions.

- Pourquoi, monsieur ?

- Nous préférons faire cela dans le calme. Si vous coopérez avec eux il ne vous arrivera rien. Le rassura gentiment Mr Delmas.

Mais William ne l'entendait pas de cette oreille. L'américain était têtu, et avait pour habitude de ne pas se démonter facilement. Sans compter que les derniers événements ne l'avaient pas vraiment mis de bonne humeur. Il ne comptait pas obéir ainsi sans savoir au moins de quoi il retournait.

- Il me semble que j'ai le droit de savoir ce qu'on veut de moi avant tout, monsieur.

- Dois-je entendre là que vous refusez de coopérer, jeune homme ?

Odd jeta à Ulrich un regard paniqué. Le ton du gendarme s'était montré menaçant, et méfiant. La situation devait être déjà assez épineuse pour que l'on aille chercher ainsi William d'une façon aussi précipitée, sans même daigner attendre la fin du souper.

Et l'attitude du jeune Dunbar ne faisait rien pour améliorer les choses.

- Non, monsieur l'agent, je trouve juste ce traitement trop rude. J'ai droit à quelques explications tout d'abord.

- Très bien, jeune homme, si vous insistez…

- Messieurs, s'il vous plait… tenta d'intervenir Delmas, voyant comment la situation allez finir. Ce n'est qu'un enfant, il ne sait pas ce qu'il dit.

- Non, monsieur Delmas. Laissez. Je vois que ce jeune homme veut se donner en spectacle. Se détournant du Directeur, celui qui semblait être le chef se dirigea à William. Écoute petit, il s'agit d'un sujet sérieux. Nous pouvons t'arrêter pour tentative de sabotage du circuit électrique du collège. Tu dois venir avec nous, que tu le veuille ou non. De gré ou de force, c'est toi qui vois.

Les paroles de l'officier firent régner la stupeur dans la salle. De nombreux murmures commencèrent à se faire entendre de-ci de-là, alors que tous toisaient avec curiosité, surprise, et parfois même peur, le visage devenu livide du brun.

Sans émettre un seul son, William se leva alors, et rejoignit alors les adultes, passant devant un Jim l'observant avec suspicion et un directeur désolé. L'un des plus jeunes officiers posa sa main sur l'épaule de l'élève, semblant vouloir le rassurer, alors que son supérieur acquiesçait, content de sa soudaine docilité, sans pour autant ne montrait aucune trace de compassion.

- Bon choix, jeune homme. Suivez-nous.

Le groupe quitta alors la salle, sans que personne ne dise ou fasse quoique ce soit d'autre pour l'empêcher, ne laissant plus que Jim Moralès. Celui-ci, n'aimant pas trop le rôle que l'on venait de lui laisser, ordonna à tous de finir rapidement leur repas, et de retourner à leurs chambres respectives dans les plus brefs délais.

Et ce fut tout. Il disparut à son tour, laissant une horde d'élèves médusés aux mains de Rosa, la cuisinière, toute aussi stupéfaite.

L'agitation reprit après quelques instants. Rapidement, tous commencèrent à échanger de nombreux avis à propos de ce qu'ils venaient de voir. Il ne venait de quitter la salle que quelques minutes auparavant, mais William, le populaire, séduisant et cool William, venait d'avoir droit à une toute nouvelle foule de rumeurs saugrenues.

À une certaine table, cependant, personne n'osa toucher un mot. Le choc restait puissant, tant ils avaient du mal à croire ce dont ils venaient d'être témoins.

William ? Pirater le collège ? Mais alors… tout ce qu'il avait dit n'était que mensonges ? Impossible… Aelita avait pourtant était présente. C'était elle qui s'était avancée vers le générateur en premier, et il était hors de question de la soupçonner. Il lui avait sauvé la vie, bon sang !

À moins que…

À moins qu'il ne l'ait déjà saboté avant ? En faîte, tout ces évènements étranges avaient commencé juste après l'arrivé de l'anglaise au gymnase. Avait-il eu le temps de toucher quoique ce soit avant cela ?

Mais, qu'était-il des évènements similaires survenus en ville ?

Après un long moment où tous cogitèrent en silence, Ulrich fut, comme souvent, le premier à réagir. Dans un long soupir, qui lui permit de libérer partie du stress dont il était victime, il sortit son portable de sa poche, et composa rapidement un numéro, attendant avec une patience feinte une réponse de son interlocuteur. Aucun de ses camarades ne prit la peine de demander de qui il s'agissait.

Après quelque secondes, une voix féminine finit par décrocher.

- Allô ? Ulrich ?

- Yumi, on a un problème.


J'espère que ce second chapitre vous a plu ! Merci à ceux qui lisent mon histoire.

Ah ! Un dernier détail. Les nationalités des personnages n'étant pas toujours claires (seul Yumi est officiellement japonaise), et chacun disant que tel personnage est de tel ou tel pays, voilà ce que j'ai tiré de mes recherches :
- Jérémie Belpois : Français.
- Ulrich Stern : Allemand.
- Odd Della Robbia : Italien.
- Yumi Ishiyama : Japonaise.
- Aelita Stones : Anglaise.
- William Dunbar : Américain (USA).
(Pour William, ce n'est qu'une hypothèse. C'est l'impression qu'il me donne, et vu la pression des USA sur la série, je le voyais bien être américain. Si il ne l'est pas, Shame on Me. Les choses ne sont pas toujours claires pour Aelita non plus, chaque fan/site disant une chose différente.)
Tout ceci pour éviter tout malentendu, étant donné que j'ai tendance à appeler les personnages par leurs nationalités.