Chapitre Second ! Toujours écrit par Elena Careira ^^
Le troisième sera bel et bien écrit par moi ! ^^ (bha oui quand même)
Bonne lecture ! ;)
CHAPITRE SECOND
Une sensation de froid contre sa joue. Ses doigts se crispèrent contre un carrelage gelé, qui devait l'être d'autant plus qu'Angel savait sa peau très froide. Il ouvrit les yeux. Penché sur lui, il y avait un individu étrange qui portait un chapeau haut-de-forme, tenait à la main une canne à pommeau argenté, avec une tête de mort, avait le visage livide et les yeux soulignés de noir.
Le Démon. Le Démon de l'épisode 84. Avait-il quelque chose à voir avec les créatures qui avaient demandé à l'ange de les suivre plus tôt ? Avec ce Maître ?
Angel était allongé par terre, dans une salle carrelée de noir, où le sol était si brillant qu'il s'y reflétait dans les moindres détails. Il n'y avait aucun meuble.
Le Démon le regardait avec dans les yeux une infinie douceur, mêlée d'un peu de mélancolie et de tristesse. D'intelligence, aussi. Un regard qui attaqua aussitôt le cœur d'Angel, qui tendit aussitôt la main vers lui, comme pour le sortir de toute cette tristesse.
« Tu vas mieux ? demanda lentement le Démon. »
Douceur. Compassion. Sa voix était délicate et suave, pleine de franchise et en même temps de désespoir. Il semblait prêt à fondre en larmes, mais souriait. A vous en faire pleurer.
« Un peu mieux. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Tu t'es jeté du haut d'un précipice. Tu t'es empalé sur des rochers en bas. »
Angel frémit et porta aussitôt la main à son ventre. Il souleva la chemise blanche : il y avait des marques rouges et profondes.
Un cri d'horreur lui échappa.
« Je suis … est-ce que je … est-ce que je suis … »
Il ne parvenait pas à prononcer le mot, trop choqué. Le Démon hocha lentement la tête.
« Et alors … où est-ce que je suis ? En Enfer ? »
Angel tremblait. Le Démon se pencha sur lui et lui caressa la joue. La matière lisse et légère de son gant blanc contrastait avec la rigidité de la peau de l'ange.
« Oui. Oui, tu es en Enfer. Mais tu n'es pas mort sur les rochers, non. Ça fait trois jours que tu es ici. Aucun organe vital n'a été touché, fort heureusement. C'est un miracle. Tu perdais simplement beaucoup de sang. Je me suis servi de Mathieu pour te faire des transplantations.
- Mathieu ? Il va bien ? »
Quel imbécile ! Il avait sauté en risquant le tout pour le tout ! Il n'avait pas pensé au malade qu'il avait promis d'aider. Après tout, sa propre mort, il s'en fichait. Mais avoir provoqué celle d'un autre … inadmissible ! Choquant ! Horrible !
« Je me suis aussi occupé de lui. Rassure-toi, il va s'en sortir. Il délire toujours, mais est en bonne voie de guérison.
- Mais un instant … si je suis mort … comment ? Puisque j'ai survécu à … »
C'était un peu trop compliqué. Le Démon murmura :
« Ici, on est dans une sorte de monde aléatoire. Ce n'est pas tout à fait l'Enfer chrétien ou grec. Il y a ceux qui sont à mi-chemin entre la mort et la vie. Mathieu en fait partie. En ce moment même, son corps est dans le coma. Le Maître veut sa mort. Par contre, ceux qui sont déjà morts ont encore l'apparence humaine pendant quelques temps. Il faut qu'ils continuent à s'alimenter, à boire, tout ce qui maintient un vivant en bonne santé, pour conserver l'énergie qui leur permet de garder une apparence humaine. Et des ailes d'ange, mais j'y viendrais plus tard. S'ils se laissent dépérir, ils perdent toute volonté et tout ce qui leur reste d'humanité. Ils deviennent les Démons. Ceux qui t'ont attaqué.
- Mais vous ?
- Ah, il y a une différence. Eux, ce sont les Démons. Je suis le Démon. Avant, ils étaient sous mes ordres. Mais depuis l'arrivée du Maître, ils le suivent. Tout l'équilibre de l'Enfer est un peu perturbé depuis. Il y a un autre moyen de devenir Démon : tout simplement mourir comme un humain. Tu aurais pu quand tu es tombé. La chance a voulu que non.
- Je ne comprends pas. J'aurais du me briser les os. Je ne voyais pas le fond du précipice.
- Ah. Eh bien … »
Le Démon rougit légèrement derrière sa pâleur.
« Eh bien, répéta-t-il, c'est moi qui t'es sauvé. Je t'ai arrêté quelques centimètres avant le sol. Autrement, les rochers t'auraient bel et bien transpercé. Ensuite, je t'ai soigné. Mathieu également.
- Pourquoi ? »
Le Démon haussa les épaules.
« La solitude. Je me sens idiot. Avant, je me plaignais à mes Démons de ne pas avoir de compagnie humaine, que les enfants pleuraient et me ramenaient ici. A présent qu'ils sont partis … je suis un imbécile. J'avais de la compagnie, je ne m'en rends compte que maintenant. Je ne vous demande pas de rester éternellement. Je veux juste avoir quelqu'un à qui parler. Ne serait-ce qu'une heure. »
La simplicité de la demande était touchante. Angel ne sut que répondre. Le Démon continua :
« Je vous aiderai. Mathieu veut détrôner le Maître. Il veut libérer ses amis et sa famille, emprisonnés. Je veux retrouver ma place. Le Maître et moi sommes les grandes puissances en conflit. Il n'y a pas assez de place pour deux en Enfer. Appelez-moi quand vous voudrez, je ferai mon maximum.
- Et mes ailes ?
- Oh. Ça, c'est enfantin. En tant que mort, tu les as automatiquement. Mais comme ce sont des membres nouveaux, les connexions avec ton cerveau ne sont pas bien établies. Elles ne t'obéissent pas encore. Un peu de pratique et il n'y aura plus de problème.
- Et …
- Ça suffit. Viens avec moi, Mathieu ne devrait pas tarder à se réveiller. Nous parlerons tous les trois, c'est tant mieux.
- Une dernière question.
- Je t'écoute.
- Comment est-ce que je pourrais ramener Mathieu à la vie ? Il est dans le coma, comment je pourrais l'en sortir ?
- En le protégeant. En faisant en sorte qu'il ne se tue pas et ne devienne pas un Démon. En renversant le Maître qui le maintient coincé ici.
- Et ce tableau ?
- Ça ? Toutes les personnes qui vont mourir acquièrent peu avant un objet en particulier. Ça peut être un tableau, un téléphone, une sculpture … Quand l'heure sonne, l'objet ouvre les portes de l'Enfer et la victime y est aspirée. Arrête avec tes questions et suis-moi. »
Le Démon dessina du bout de sa canne une ouverture dans le mur. Il y avait un couloir, dont les murs étaient tapissés de miroirs qui se renvoyaient mutuellement leur propre image. Ils s'y engagèrent.
« Je vous demande pardon ? »
Les Démons répétèrent :
« Ils nous ont échappé. L'ange s'est jeté du haut de la falaise avec le prisonnier. »
Le Maître resta longtemps immobile. Ses yeux bleus, écarquillés, reflétaient les flammes des torches qui éclairaient la salle. Dans son regard, il n'y avait ni fureur, ni énervement, ni colère. Simplement de la stupéfaction et de l'incompréhension. Ses doigts tapotaient le métal de son siège, nerveusement. Ses longs ongles pointus et effilés y avaient fait des marques, à force de taper.
Pour lui, c'était impossible. Les Démons ne pouvaient tout simplement pas avoir raté l'ange. Il transportait un blessé !
Et puis il s'était jeté du haut d'une falaise. Soit il avait survécu, ce qui était peu probable, soit il était devenu un Démon après la chute.
Mais alors il aurait du rejoindre ses congénères et revenir au manoir du Maître avec eux. L'ange s'en était donc tiré. Le blessé également, sans doute. Le Maître et Mathieu étaient liés. Quand le jeune homme s'était échappé, le Maître l'avait senti et, sans même partir au cachot vérifier, avait expédié ses Démons à la poursuite du fugitif. De toute manière, Mathieu était malade. Il n'aurait pas pu aller bien loin.
Cela faisait trois jours que les Démons arpentaient l'Enfer et qu'ils ne trouvaient rien. Le Maître se forçait à se rendre à l'évidence. Il les avait perdus.
Non. Hors de question. Le Maître ne pouvait pas perdre. Il avait toujours eu ce qu'il voulait, depuis qu'il avait changé. C'était son premier échec.
Il frappa rageusement du poing contre le mur à sa gauche.
« Non ! Mais qu'est-ce que vous avez foutu ?
- Excusez-nous.
- Mais … mais … »
Il ne parvenait à rien dire. Finalement, son visage retrouva son effrayante neutralité, qui n'était troublée que par le grand sourire écarlate, tracé au couteau dans sa peau.
« Allez-vous-en. Je les trouverai et je vous envoie sur leur piste. Allez ! »
Les Démons s'esquivèrent. Le Maître se leva, traversa la salle et ouvrit une petite porte, à côté de celle de l'entrée. Il n'y avait que lui qui avait le droit d'y pénétrer.
Il y avait un fauteuil en cuir et un grand écran de cristal brillant. Le Maître s'installa dans le fauteuil et murmura :
« Montre-moi … où ? »
Une image floue commença lentement à se former sur le cristal, alors qu'une lueur de convoitise brillait dans le regard du Maître.
« Oui … tu crois que tu m'échapperas, petit ange ? »
L'image était en noir et blanc. Le Maître reconnut le Démon, et fut un instant surpris :
« Ah ! Toi ? J'y crois pas ! C'est toi qui me le piques ? »
L'ange était de dos. Ses grandes ailes blanches crevaient l'image de leur éclat. Le Maître grimaça.
« Change de perspective. Ça fait mal aux yeux. »
Les couleurs arrivaient timidement. A présent, l'écran de cristal situait l'image à gauche de l'ange, de sorte que l'on voyait le Démon et le jeune homme de profil. L'être surnaturel tendait au mort une amulette. Il sortit un petit couteau de sa poche. L'ange recula.
« Tiens, tiens, ricana le Maître. Je connais, ça. Tu supportes donc déjà plus tes ailes ? »
Le Démon entailla l'index de l'ange, fit couler quelques gouttes de sang dans l'amulette, souffla dessus en psalmodiant des paroles incompréhensibles. Le Maître ne l'entendait pas mais lisait sur ses lèvres. Le Démon tendit l'amulette au jeune homme.
Les ailes blanches perdirent lentement leur éclat. Elles devinrent plus fines, plus transparentes, puis disparurent totalement.
Le Maître connaissait ça. Les ailes étaient très encombrantes quand on ne savait pas s'en servir, certains morts demandaient alors leur disparition. Bien sûr, il était possible de les faire réapparaître. Il fallait composer une certaine combinaison sur l'amulette.
« Ah, tu n'es plus un ange ? Tu es un ange sans ailes, maintenant. Tant mieux. »
Le Maître ferma doucement les yeux.
« Ange sans ailes … ça sonne bien. »
Il ne prêtait plus attention à ce qui se déroulait sur l'écran de cristal. Ses paupières fermées voyaient défiler des images toutes plus délicieuses que d'autres. C'était l'ange sans ailes enchaîné, devant le Maître. C'était le Démon vaincu, qui capitulait. C'était Mathieu mort, réduit à l'état de Démon et obéissant au Maître.
Mais l'ange revenait de plus en plus. Son joli visage d'enfant. Ses cheveux châtains. Le son de sa voix. Ses yeux brillants de malice.
Cet ange qui faisait de plus en plus envie au Maître.
Cet ange qu'il rêvait déjà d'avoir sous la main.
Passer les doigts dans ses cheveux. Lui murmurer quelques menaces. Enfoncer ses ongles dans la chair ferme de sa joue.
La main du Maître, sans même qu'il s'en rende compte, était allée sur son kigurumi et jouait avec les boutons. Il en fit sauter un. Le petit bout de plastique tomba et roula quelques secondes avant de s'arrêter, inerte.
Sa respiration devenait saccadée, il haletait.
Seigneur Dieu, il lui fallait cet ange !
Il y eut un bruit de métal qu'on déplace, puis un cri aigu et le son d'un corps qui s'écrase contre le sol. Le Geek commença à pleurer.
Puis la lumière que le Démon avait en main s'en fut avec lui, et le nom de Geek n'eut plus aucun sens. Dans cette obscurité, qu'étaient les noms ? Des parures inutiles. Seules leurs voix les distinguaient.
Le gamin se traîna sur le sol jusqu'à l'endroit où il dormait, en général. Il se blottit contre un homme un peu plus vieux, qui murmura d'un air paternel :
« Ça va ?
- Oui. Mathieu s'est échappé. Il le recherche. »
Le gamer ne prononçait jamais le nom du Maître. Penser que cet homme avait été son ami le répugnait.
La voix paternelle passa le bras par-dessus les épaules du Geek et le serra contre lui.
Cette voix appartenait au second schizophrène du Youtube français, qui présentait naguère Minute Papillon, avant d'être lui aussi emporté dans le coma par le Maître.
Le noir les engloutissait. D'autres prisonniers vinrent vers eux. Ils se traînaient tous sur le dallage froid du sol, comme le petit gamer. Les pierres étaient pourries, un peu de mousse les recouvrait.
Seules deux voix restaient à l'écart. La première avait depuis longtemps cessé d'insulter les gens pour leur dire bonjour, la seconde était rauque, abîmée et fatiguée.
« Qu'est-ce qu'il voulait au gamin, à ton avis ? demanda la seconde voix.
- Il ne sert à rien. Alors il le change en quelque chose d'utile. »
Un frémissement agita le corps de la première voix en disant ça.
« Je suis désolé, s'excusa la seconde. Je pose des questions idiotes. Mais je m'ennuie. Je rêve d'une clope, d'un verre de Jack Daniel's et d'une pute bulgare.
- Tu peux toujours te faire des illusions. On ne sert à rien. On prend les réserves de bouffe de cette peluche de merde.
- Pas peluche. Tu sais qu'il ne veut plus qu'on l'appelle comme ça.
- Je m'en fous. »
La voix rauque soupira.
« Combien de temps il vous reste ? »
Elle avait parlé fort et s'était adressée à tous les captifs. Ils vinrent vers les deux voix.
« Combien de temps avant d'y passer, vous aussi ?
- Patron, je … »
Le nom sonnait faux. La voix rauque coupa net celle qui était paternaliste avec la voix du gamer.
« Je ne suis pas contaminé. Toi non plus. Mais les autres … combien de temps ?
- J'en sais rien, répondit une voix avec l'accent marseillais. Tant qu'on se bat …
- Le gamin ne se battra pas longtemps. Toi non plus. Ecoutez. On a perdu Seb. On a perdu tous les doubles de Kriss, sauf la Féministe et le Prof de Philo. On a perdu les deux Hippies. On a perdu Alexis. Vous y passerez tous les deux. »
La voix donna un coup de poing rageur contre le sol.
« Je ne finirai pas comme ça. Hors de question. Non. Je ne finirai pas comme ça ! »
Dans le silence qui s'installa ensuite, les mots de cette promesse flottèrent dans l'air un long moment.
