CHAPITRE DEUX
Sèche tes larmes
De l'autre côté de la ville, à l'hôpital de Central, le colonel Mustang rangeait méticuleusement ses vêtements dans le sac de sport que le lieutenant Hawkeye lui avait apporté la veille. Le médecin l'avait autorisé à sortir mais, contrairement à ce qui était convenu, ce n'était pas sa subordonnée qui passerait le chercher mais le sous-lieutenant Breda, cela à cause de fichiers en retard que Riza avait accepté de prendre en charge. En repensant au moment où elle le lui avait annoncé, il soupira bruyamment, regrettant l'absence de la jolie blonde qui lui avait tenu compagnie durant les deux premiers jours où il était arrivé dans ce bâtiment qu'il détestait à cause des odeurs de déshynfectants mélangés à d'autres produits médicaux.
FLASHBACK
La guerre était terminée, le "père" des homonculus venait d'être vaincu par le jeune alchimiste d'Etat, Edward Elric. Alphonse avait récupéré son corps d'origine mais demeurait toujours allongé sur le sol, la longue veste rouge de son frère le recouvrant suite à sa nudité. Cet enfer était fini et Hohenheim laissa éclater sa joie en pleurant tandis que Roy était tombé à genoux, ne se faisant pas encore à l'idée d'avoir perdu la vue. Cependant, lorsqu'il entendit distinctement des pas se rapprocher de lui, il releva la tête. La personne courait, les cailloux crissant sous ses pieds.
" - Colonel ! S'exclama une voix féminine.
- Lieutenant ! Vous allez bien ?
- Oui mais c'est plutôt à moi de vous poser la question, vous avez l'air d'être anéanti. Ma foi, je peux vous comprendre... Je suis sincèrement désolée, je n'ai rien pu faire pour les empêcher de se servir de vous.
- Tu n'as pas à t'excuser, tu étais blessée et je me devais de te protéger, répondit-il de façon virulente.
- Je n'ai pas tenu ma promesse... Moi aussi j'ai pour but de veiller sur vous, quoique vous en pensiez ! Insista-t-elle en serrant les poings.
- Je préfère cette situation mais n'en parlons plus, tu veux bien ? Comment va ton épaule ?
- Elle me fait souffrir mais grâce à Mei Chan, je suis encore vivante, je lui dois énormément ! Déclara-t-elle en souriant à la fillette.
- Je vous en prie, mademoiselle Hawkeye. Je me suis spécialisée dans l'alchimie médicale pour sauver des vies et je ressentais le devoir de vous soigner, répondit la brunette.
- Merci beaucoup. Colonel, nous devrions aller à l'hôpital maintenant car l'alchimie ne peut pas tout résoudre. Tout comme vous, j'ai besoin d'être examinée, dit-elle en s'adressant de nouveau à son supérieur."
Sans prévenir, la jeune femme lui prit la main et l'aida à se relever. Le beau brun esquissa un léger sourire et leur corps fut parcouru d'un agréable frisson. Malgré leur complicité, ils n'avaient jamais osé se toucher sauf quand Mustang avait accepté de brûler son tatouage, résultant des recherches de son paternel. Au fond de leur coeur, ils savaient pertinemment qu'ils étaient habités par les mêmes sentiments mais préféraient respecter le stric règlement des armées.
FIN DU FLASHBACK
Soudain, Roy fut interrompu dans ses pensées par des coups frappés à la porte. Il attendit quelques secondes, histoire de reprendre contenance avant d'autoriser la personne à entrer.
" - Bonjour, colonel ! Le salua gaiement le sous-lieutenant Breda. Heureux de quitter cet endroit ?
- Bien sûr ! Vous savez à quel point je déteste ces lieux qui sentent la mort, répondit le susnommé.
- Je vois. Dans ce cas, comme vous avez l'air d'être pressé, nous pouvons y aller !
- Entendu, j'enfile mon manteau et nous y allons."
Dix minutes plus tard, Mustang était arrivé devant son immeuble. Il fut guidé par son collègue qui l'accompagna jusque sa porte d'entrée.
" - Nous sommes devant chez vous, colonel. Je vais donc vous laisser, fit Breda en s'inclinant.
- A-Attendez ! Avez-vous oublié que je n'ai plus la capacité de voir ? Paniqua légèrement le bel homme.
- Ne vous en faites pas, colonel. Je vous laisse entre de bonnes mains, murmura-t-il à l'oreille de son supérieur.
- Q-qu'est-ce que... Débuta-t-il avant de s'interrompre en entendant le bruit d'une clef insérée dans une serrure. Il y a quelqu'un ?
- Calmez-vous, colonel, le rassura une voix féminine. Hayate, au pied !"
Le chien remonta les escaliers avant de s'assoir près de sa maîtresse qui lui offrit une caresse en signe de récompense. Puis, elle lui fit signe d'entrer pendant que son chef ne bougeait plus avant de s'approcher doucement de celui-ci.
" - J'espère que vous ne m'en voulez pas pour ne pas être venue vous chercher à l'hôpital. Je vous ai menti, les dossiers étaient terminés mais je devais ranger votre appartement pour ne pas que vous tombiez, au cas où vous chercheriez à vous promener dans la pièce, avoua-t-elle.
- Je ne t'en veux pas... Mais j'aurais aimé que tu sois honnête avec moi, après tout, nous nous connaissons depuis plus de quinze ans maintenant et je croyais que nous n'avions aucun secret l'un pour l'autre, rétorqua-t-il.
- Pourquoi rendez-vous les choses aussi difficiles... ? Dit-elle, la voix tremblante."
Tout à coup, les larmes coulèrent le long de son beau visage. Comme s'il le voyait, Roy tendit une main vers sa figure et la posa délicatement sur sa joue. En sentant l'eau salée sur son pouce, il soupira longuement tout en s'approchant d'elle.
" - Riza... Ne pleure pas. Je sais que je ne peux plus voir tes larmes mais je peux sentir ta peine, comme si mes autres sens s'étaient décuplés. Ecoute... Commença-t-il avant d'être coupé par la jolie blonde.
- Non ! C'est toi qui va m'écouter ! Tu te voiles la face, Roy... ! Toutes ces filles avec lesquelles tu as eu des rapports, tu ne les as jamais aimées ! J'ai vu à quel point tu as eu peur de me perdre lorsque cet imbécile m'a transpercé la gorge mais tu n'as pas eu l'audace de me dire que tu m'aimais ! Tu es un lâche, Roy Mustang !
- Riza... Je n'ai pas besoin de te le dire, tu le sais depuis longtemps. Cependant... Je dois t'avouer que tu as raison, comme je te l'ai déjà dit, je ne supporterai pas de te perdre ! Je tiens énormément à toi parce que je suis amoureux."
L'interpellée entrouvrit la bouche, surprise.
" - Je vais regretter de ne plus pouvoir voir ton joli visage, tes formes généreuses, tes yeux magnifiques... C'est mon plus grand regret mais... Si j'avais eu à me sacrifier pour te sauver la vie, je n'aurais pas hésité une se..."
Il ne put terminer sa phrase qu'elle s'était jetée dans ses bras, sanglotant violemment. Elle enfonça son visage dans l'épaule de son colonel tandis qu'il lui enserrait la taille. Ils restèrent dans cette position quelques minutes avant qu'elle ne se détache légèrement du beau brun, observant ainsi ses lèvres qu'elle rêvait d'embrasser depuis si longtemps. Malgré tout, elle ne céda pas, bien décidé à ce que ce soit lui qui fasse le premier pas.
" - Eh bien, colonel... Même si vous ne possédez plus la vue, vous ne perdez pas de temps, fit une voix familière."
L'intéressé esquissa un sourire moqueur.
" - Je ne suis pas le seul, pas vrai ?
- C-Comment savez-vous que je ne suis pas seul ? Questionna Edward.
- Disons, que même si on m'a oté la vue, je possède toujours mon sixième sens.
- Bonsoir, Colonel, le salua Winry.
- Qu'est-ce que vous faites là ? S'enquit le lieutenant.
- Nous nous installons à côté ! S'enthousiasma la mécanicienne. Ed est venu ici pour pouvoir enseigner l'alchimie aux nouvelles recrues !
- C'est pas vrai... On n'est pas dans de beaux draps, chuchota Mustang à l'oreille de sa belle."
