Comme toujours, Ron était le dernier de la liste, lorsqu'il s'agissait de passer devant un examinateur. Il avait donc tout loisir d'observer les réactions multiples des autres élèves qui sortaient déjà de la salle. Du sourire euphorique à la discrète lueur de soulagement au coin de l'oeil, plus rien ne pouvait lui échapper, après cinq longues années de pratique assidue.
L'épreuve de Divination était la seule à ne pas se dérouler dans la Grande Salle, et pouvait s'étendre sur plusieurs heures.
Assis sur la dernière marche de l'escalier en colimaçon de la Tour, il repassait dans son esprit tous les candidats dont il avait noté les mimiques. Parvati et Lavande arboraient une mine éclatante, et s'étaient immédiatement lancées dans un décryptage complet de leurs visions.
Ce devait bien être les seules.
Avec horreur, Ron réalisa que les visages qu'il avait vu défiler un par un semblaient tous aussi dépités. Harry lui avait lui-même adressé une grimace révélatrice avant de retourner dans leur Salle Commune pour réviser l'astronomie. Le gryffondor tenta de se persuader un instant que Seamus Finnigan paraissait plutôt fier de lui avant de se rendre à l'évidence : l'examen allait définitivement être d'une complexité hors norme.
Dans une soudaine montée d'angoisse, Ron se jeta sur son exemplaire de l'Oracle des Rêves, posé à ses cotés sur la pierre. Malheureusement, ce fut pour lui le moment que Zacharias Smith choisit pour descendre de la Salle de Divination.
- C'est à toi, grogna-t-il d'un ton morne.
Ron attendit qu'il eur disparu de son champ de vision pour emprunter l'échelle argentée, et se glisser à travers la trappe, non sans avoir jeté un dernier regard emplit de désespoir à son livre.
En entrant dans la petite pièce, il fut aussitôt submergé par son habituelle odeur d'encens. Il y régnait une chaleur étouffante et une bouilloire de cuivre, chauffée par les flammes d'une cheminée au manteau encombrés d'objets divers, répandait un étrange et capiteux parfum qui donnait presque la nausée. L'examinateur avait pris place dans le grand fauteuil près du feu, qui accueillait auparavant le professeur Trelawney.
Ron resta un moment planté à coté de l'entrée, les bras ballants, et ce ne fut qu'après un petit toussotement étranglé de sa part que le professeur Tofty se rendit compte de son arrivée. Il le fixa pendant une fraction de secondes, les sourcils légèrement froncés.
- Et bien, Monsieur Weasley, approchez vous !
Son ton était sec. Il avait passé toute la journée dans l'atmosphère oppressante de la classe, et semblait être profondément agacé par l'inaction de l'élève en face de lui. Ses yeux fatigués parcouraient machinalement ce qui l'entourai, sans jamais se fixer plus de quelques secondes.
Tandis que Ron s'avançait d'un pas quelque peu haché, son regard se posa soudainement sur une boule transparente, mais qui semblait emplie de vapeur d'eau. Son coeur rata plusieurs battements. Tout son esprit lui hurlait de reculer, mais l'expression sévère du professeur Tofty l'en dissuada aussitôt.
Il se souvint alors des mots de Fred, il y avait quelques années de cela : "Souviens-toi, Ronnie ! Les boules de cristal sont les pires ennemies des personnes saines d'esprit, petit frère..."
- Asseyez-vous et dites moi ce que vous arrivez à distinguer dans cette boule de cristal.
Ron s'asssit en grimaçant dans le fauteuil mangé par les mites. Après avoir jeté un bref coup d'oeil au vieux sorcier, il se pencha prudemment au-dessus de la sphère argentée.
Plusieurs minutes d'un silence de plus en plus pesant s'écoulèrent, durant lesquelles le jeune Weasley s'efforça de trouver une quelconque signification aux profondeurs insondables de volutes blanches. Le mouvement paresseux des fumées lui embrumait l'esprit et l'empêchait de réfléchir.
"Ouvrez votre troisième oeil ! Réveillez vos dons enfouis au plus profond de votre être !"
Son regard glissait parfois sans qu'il ne s'en rende compte sur le bois moisi de la table et son pied battait la cadence au rythme du tic-tac de l'horloge.
Soudain, il se figea.
Ce n'était pas grand chose, un simple éclat, mais ça avait suffit à retenir son attention. Ron s'approcha d'un coup de la paroi vitrée, les yeux écarquillés de surprise.
- Ça ressemble à un visage...
Le professeur Tofty sursauta, et haussa un sourcil intéressé.
- Parlez-moi en, demanda-t-il en rajustant ses lunettes qui avaient glissées le long de son nez. Décrivez donc ce visage.
Ron plissa les paupières, et balança la tête de gauche à droite.
- Je crois qu'il s'agit d'une femme... quoique vu sous cet angle, on pense plutôt à un homme. Oui, c'est bien ça : un homme extrêmement âgé, car il a des rides vraiment partout. Je ne vois pas précisément ses yeux... ils ont l'air comme recouvert par quelque chose.
Il était tellement proche de la boule que son propre nez, constellé de tâches de rousseur, touchait le cristal glacé.
L'examinateur, curieux, se pencha à son tour au-dessus de la table.
- Ooh ! Et ça ? Qu'est-ce que c'est ? s'exclama Ron, grisé à l'idée d'apercevoir une vision. Par Merlin, quelle horreur ! Une énorme verrue, sur le nez...
Grimaçant de plus belle, l'air passablement dégoûté, il leva la tête vers le professeur Tofty.
- J'imagine que vous...
Ron s'interrompit, et sentit son estomac se retourner.
Le vieux sorcier s'était reculé et contemplait le Gryffondor avec une hostilité grandissante.
- Je crois que nous allons en rester là, Mr Weasley, dit-il d'une voix glaciale. Vous pouvez quittez la salle.
Ron l'entendit à peine, le regard rivé sur l'enorme verrue, posée sur le nez ridé du sorcier.
