Hey à tous !

Me revoilà avec le chapitre 1, qui fut vraiment très plaisant à écrire, même si des imprévus ont encore vu le jour. La scène du milieu comporte en effet des éléments qui n'étaient pas censés arriver là, mais qui se sont naturellement intégrés.

Autrement, un nouveau merci à Illheart pour sa review !

Sans plus attendre,

Enjoy it !


Chapitre 1 : Incertitude

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Des tirs résonnèrent dans la ville, immédiatement suivis de cris effrayés. La précipitation envahit les rues les habitants et les touristes qui buvaient tranquillement un verre en cette fin de soirée se ruèrent à l'opposé des coups de feu. Tous voulaient fuir les lieux de l'affrontement, même si aucun d'entre eux ne savait exactement ce qu'il se passait. La curiosité était souvent un défaut mortel à Shabondy, et personne n'avait envie de courir vers une mort certaine.

La soirée s'était pourtant annoncée radieuse. Malgré les quelques nuages qui parsemaient le ciel orangé du coucher de soleil, ils ne la gâchaient en rien. Dans les rues, les bars étaient bondés, et les serveurs accéléraient le pas pour satisfaire au plus vite les clients. L'humeur était à la relaxation, à la décontraction, voire à la fête pour certains. Personne ne s'était attendu à des échanges de tirs. Habituellement, les mafieux agissaient sous le couvert de la nuit pour régler leurs comptes. Et encore, cela n'était plus le cas depuis plusieurs semaines. Après l'annonce de l'alliance avec Joker, Shabondy, ville du territoire de Teach, était devenue étrangement calme. Personne n'osait causer du grabuge en ces lieux, par peur des terribles représailles qui pourraient alors s'abattre.

Là, en cet instant, l'acte choquait tous les passants, et même les criminels qui se prélassaient tranquillement en terrasse. Ils s'étaient d'ailleurs aussitôt précipités vers l'origine des coups de feu pour attraper l'idiot qui se croyait tout permis sur leur territoire. Cependant, un jeu du chat et de la souris avait rapidement débuté, et l'intrus demeurait insaisissable. Il apparaissait parfois, narguant ses poursuivants, mais aucun d'entre eux ne parvenait à lui mettre la main dessus. Même son identité demeurait encore inconnue.

Et, dans l'ombre d'une ruelle désertée, Law guettait le bon moment. Il prenait son mal en patience, attendant que la diversion de Marco vide le quartier où il se trouvait. Leur plan avait été soigneusement orchestré, et il n'avait que peu de temps pour atteindre son objectif. Tout au plus une demi-heure, en étant optimiste. Il aurait bien aimé avoir une plus grande marge de manœuvre, mais son ami ne pouvait pas lui garantir plus.

Il vérifia rapidement que personne ne se trouvait dans le coin, s'assurant surtout que les gardes du bâtiment qu'il visait avaient quitté leur poste. Il sortit alors de sa cachette et, d'un pas rapide, il rejoignit la fenêtre ouverte qu'il avait repérée un peu plus tôt. Sans attendre, il se hissa à l'intérieur et atterrit dans le couloir, non sans manquer de se vautrer lamentablement. Trois semaines avaient beau s'être écoulées depuis son départ de Jaya, sa jambe lui faisait toujours un mal de chien lorsqu'il forçait et il peinait à marcher correctement.

Grimaçant, il ne s'attarda pas davantage dans ce couloir. Le temps lui manquait déjà, alors il était inutile d'en perdre bêtement. Et surtout, il ne devait pas se faire voir. Si une course poursuite débutait, il était sûr de se faire attraper, à moins qu'il n'ait le temps de se défendre. Un couteau entre les mains et au corps à corps, il devrait pouvoir s'en sortir sans trop de difficultés, mais il n'en avait pas la certitude absolue.

Il chassa cependant de son esprit ces scénarios funestes et se concentra sur sa mission. Il ne s'était pas introduit par pure envie dans l'un des repères de Joker à Shabondy. Marco avait certes soutenu son plan, mais il lui avait rappelé à de nombreuses reprises à quel point c'était suicidaire. Si un membre de la Family pointait le bout de son nez, leurs chances de survie seraient bien maigres. Il n'était clairement pas en état de leur échapper, et l'idée de retrouvailles avec l'Empereur ne l'enchantait guère. Si possible, il préférait de loin s'abstenir.

Il avançait donc prudemment dans le repère, fouillant rapidement les salles qu'il savait vides de tout occupant. Il ne recherchait certes rien de précis, mais il espérait bien mettre la main sur quelques dossiers qui pourraient lui être utiles. Dans sa situation, de nouvelles informations pourraient se révéler salvatrices. La Marine avait récemment décidé de le traquer, et cette annonce ne lui disait rien qui vaille. À chaque fois qu'il avait l'impression que cela ne pouvait être pire, un nouvel évènement lui prouvait le contraire et l'entraînait avec lui dans une chute sans fin. Il avait beau avancer, il ne voyait pas le bout du tunnel.

Le seul point positif qui subsistait était l'anonymat relatif de Marco. Le Gouvernement mondial ignorait encore son implication, ou avait choisi de le laisser en dehors des recherches pour ne pas s'attirer les foudres de Barbe Blanche. Il ne savait pas ce qu'il en était réellement, mais c'était au moins un avantage dont ils pouvaient profiter. Si tous deux avaient été recherchés, la situation aurait nettement été plus compliquée, voire impossible à gérer.

Trouver un abri après leur départ de Jaya avait déjà été une épreuve en soi, car avec les dernières révélations, ils avaient désormais les quatre Empereurs aux trousses, sans compter la Marine. En d'autres termes, et en caricaturant un peu, ils étaient seuls face à l'ensemble des forces de la région. Ils n'avaient techniquement nulle part où se cacher, et ils risquaient à tout moment de se faire repérer. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ne savaient même pas à quoi s'attendre exactement s'ils se faisaient capturer. Ils demeuraient sans réponse à la question « Que leur arriverait-il ? ». Ils s'étaient néanmoins mis d'accord sans même en parler sur le fait qu'ils n'avaient tous deux aucune envie de le découvrir.

Plongé dans ses pensées, il manqua de vigilance, et il dut se cacher précipitamment dans la première salle accessible. Un peu plus, et il se faisait repérer par un mafieux qui arpentait les couloirs. Sa situation l'angoissait trop, il ne parvenait à se concentrer convenablement. Il ne pouvait même pas s'allumer une cigarette pour se détendre, cela nuirait à sa discrétion.

Il soupira longuement, se résignant à faire avec, et entreprit de fouiller la pièce où il se trouvait. Un carton attira bien vite son attention, et il en étudia le contenu avec soin. Finalement, son manque de prudence lui serait utile. Les dossiers qu'il avait dénichés lui semblaient prometteurs. Il les feuilleta, les lisant en diagonale afin d'effectuer une sélection. Il devait préserver sa mobilité, et il ne pouvait donc pas fuir avec une dizaine de pochettes bien épaisses. De plus, à trop en voler, Joker devinerait bien vite sa présence en ces lieux.

Il laissa donc de côté tous les rapports comptables qui ne lui seraient d'aucune utilité. Nuire aux affaires de l'Empereur n'était pas dans ses plans, il cherchait plutôt à lui échapper pour l'instant. Néanmoins, il prit soin de conserver celui qui concernait son alliance avec Teach. Il contenait peut-être quelques renseignements intéressants il lui faudrait régler ça avec Smoker.

Finalement, sa récolte fut moins fructueuse qu'il l'aurait pensé, mais cela ne l'étonnait pas vraiment. Il n'était que dans un repère annexe, Shabondy n'était même pas sur le territoire de Joker. Il était évident qu'il ne trouverait pas grand-chose ici. Il connaissait les méthodes du Natif, toutes les données clefs étaient détenues à Roanapura, mais il n'était pas assez suicidaire pour y mettre les pieds.

Son accord était tombé à l'eau, il avait dû se rendre à l'évidence. Se faire repérer dans la cité du vice l'avait condamné et avait entraîné sa perte. Il avait cru pouvoir s'en sortir avec cette possible alliance avec le Roux, puis avec Barbe Blanche, mais il avait été trop optimiste. Son passé l'avait brutalement rattrapé, lui rappelant que sa vie tenait à un fil. Lachésis était tellement craint et haï dans les milieux criminels qu'un pas de travers pouvait causer sa mort. La simple mention de son nom provoquait des réactions virulentes, car il était cette ombre qui planait sur les mafias ennemies, prêtes à leur ravir leurs secrets. Sa réputation le précédait, et cela ne l'avait jamais vraiment dérangé jusqu'à présent. Il s'était fait à cet anonymat constant, l'appréciant même, car il pouvait se fondre dans la masse sans difficulté. Un seul évènement avait changé son point de vue sur la question, mais il repoussa immédiatement son simple souvenir. Il ne voulait pas s'en rappeler encore.

Tenant fermement le dossier qu'il avait récupéré, il sortit de cette petite pièce après s'être assuré que le couloir était désert. Il ignorait combien de temps s'était écoulé exactement, mais il préférait partir maintenant plutôt que de risquer de voir les mafieux revenir. De toute façon, il doutait d'obtenir de nouvelles informations réellement intéressantes s'il attardait davantage en ce lieu, et il avait promis à Marco de se montrer prudent.

Il rebroussa donc chemin, mais un détour s'imposa à lui pour éviter un groupe de mafieux qui discutaient tranquillement. Heureusement pour lui, aucun d'entre eux ne l'avaient aperçu, et ils n'avaient même pas l'air de savoir ce qui se tramait dehors ou qu'un intrus les avait infiltrés. Il soupira brièvement de soulagement avant de se remettre en route. Rester trop longtemps au même endroit pouvait lui être fatal.

Cependant, il ignorait clairement où le menait ce couloir, et il ne pouvait pas faire demi-tour. La chance jouait contre lui, et les criminels avaient emprunté le même chemin que lui. À tout moment il risquait de se retrouver cerné si d'autres gardes surgissaient devant lui. Se cacher devenait alors une priorité s'il comptait s'en sortir.

Hésitant, il finit par entrer dans une pièce après avoir collé son oreille contre la porte pour vérifier que personne ne s'y trouvait. Il espérait maintenant que sa mauvaise étoile n'allait pas s'acharner sur lui, car il ne faisait pas le poids face à quatre mafieux, sans compter les renforts qu'ils pouvaient appeler. Il avait beau être doué un couteau entre les mains, il manquait de mobilité à cause de sa jambe et esquiver des balles sur une courte distance relevait de l'impossible.

Néanmoins, ils passèrent devant la porte sans s'arrêter, discutant gaiement de la soirée organisée le soir même dans l'un des bars de la ville, et il les entendit s'éloigner. Ils ne se doutaient absolument pas qu'ils venaient de laisser s'échapper leur ennemi. Il soupira de soulagement, et s'accorda un moment de répit. Ou plutôt, c'est ce qu'il aurait dû faire.

Il s'était lourdement trompé. Le silence de la pièce était trompeur, car il y avait bel et bien quelqu'un ici, et il ne s'en était même pas rendu compte. Il resta longtemps sans bouger, presque figé. Il avait envisagé beaucoup de scénarios avec Marco, aussi divers que variés, mais ils n'avaient jamais songé à celui-là, à aucun instant. Rien ne leur avait permis de l'imaginer après tout, mais ils auraient tout de même pu prévoir de le revoir un jour, qu'importent les circonstances d'une telle rencontre.

Malgré les trois semaines passées, il le reconnaîtrait entre mille. Entre ses taches de rousseur qui parsemaient son visage, ses yeux chocolat, ou encore ses mèches corbeau un peu longues qui tombaient à leur guise en lui donnant un air enfantin trompeur, l'erreur lui était impossible. Un seul nom apparaissait dans son esprit, l'unique réponse possible Ace.

Il ne sut quoi faire et il resta encore immobile un moment. Le commandant ne soufflait mot non plus, visiblement choqué de le voir là. Ils se dévisageaient longuement, sans esquisser le moindre geste. Le temps semblait s'être suspendu, ses pensées avaient l'air d'avoir déraillé. Qu'avait-il fait pour se retrouver face à l'une des rares personnes qu'il ne voulait pas voir sous aucun prétexte ?

Et puis, qu'est-ce qu'il foutait là aussi ? Comment se faisait-il que le gamin soit aussi dans un repère de Joker ? Il n'avait plus aucune raison de chercher des informations, il avait déjà obtenu celle qui lui manquait depuis le départ, l'identité de Lachésis qu'il n'aurait de toute manière jamais pu dénicher dans un dossier. Alors pourquoi était-il là ? Cela lui paraissait si illogique.

Ou plutôt, il n'avait pas fait attention aux détails, trop hébété de le retrouver là. Ace était assis par terre, les mains liées dans le dos avec des menottes attachées au mur par des chaînes, ne lui offrant aucune liberté de mouvement. Il comprit alors rapidement que cette pièce était une salle de détention, des lieux aménagés par Joker afin de duper leurs ennemis. Habituellement, ces derniers se ruaient généralement vers les sous-sols où se trouvaient des cellules classiques, mais les prisonniers n'y étaient que rarement. Personne n'imaginait qu'il puisse être dans des pièces comme les autres, aux portes indistinctes. Sans savoir, ou sans essayer au hasard, impossible de les trouver.

Les pièces du puzzle s'emboîtèrent lentement dans son esprit. Pour une quelconque raison, Ace s'était fait attrapé par les hommes de l'Empereur de Roanapura, et il était depuis retenu ici. Plusieurs questions germèrent aussitôt dans son esprit, n'obtenant aucune réponse. Pourquoi n'était-il pas encore mort, alors qu'il avait fait foirer plusieurs de ses affaires ? Pourquoi n'était-il pas amoché ? À part les traces d'un coup ou deux, il n'y avait rien d'autre, pas même une goutte de sang. Il ne comprenait pas, tout était obscur. Il ne savait même pas quoi faire. Tout s'embrouillait dans sa tête, et le regard choqué du mafieux ne l'aidait en rien.

Devait-il le laisser là ? Il se souvenait clairement de sa haine et s'il le libérait, il risquait de se faire tuer dans la foulée. Il avait tué son frère après tout, il savait ce qu'il risquait en restant avec lui. Cependant, lui comme Marco n'avaient jamais imaginé que Joker lui-même dévoile son identité aux hommes de Barbe Blanche. Seul Wiper avait vu le danger, s'opposant fermement à ce qu'il aille à Jaya, et il ne l'avait pas écouté.

Il n'avait aucune garantie qu'Ace ne tente pas de l'abattre une fois libéré, mais il ne pouvait pas non plus l'abandonner à son sort. Il ne pouvait pas le laisser entre les mains de Joker, le condamner à une mort certaine, même si elle aurait techniquement déjà dû arriver. Il n'avait aucune raison de ne pas l'aider, si ce n'est la menace d'une mort imminente. Et encore, il l'avait cherchée. Il méritait la haine du commandant pour ce qu'il avait fait, et il ne se défilerait pas. Qu'il tente de le tuer ne le surprenait même pas, cela tombait sous le sens. Il n'avait donc pas voulu se venger du traitement subi malgré les lois des Natifs, il avait préféré l'épargner. Il ne pouvait pas le tuer, même s'il risquait sa vie.

Il soupira longuement, ayant finalement pris sa décision. Un peu plus ou un peu moins, quelle différence ? Il était déjà dans une situation précaire. Les seules choses qui lui importaient pour l'instant, c'étaient les promesses faites à Marco. Ne pas mourir, et ne pas commettre les mêmes erreurs.

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oOo

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Le calme régnait sur Roanapura alors que la nuit tombait doucement. Pas un seul incident n'avait troublé cette quiétude de toute la journée. Certains commerçants fermaient leur étal pour profiter de cette superbe soirée avec leur famille. Les températures clémentes incitaient les habitants à se promener sur les quais, à admirer les caravelles qui avaient jeté l'ancre pour plusieurs jours. Les enfants s'émerveillaient de ces marins qui voguaient sans cesse sur les mers, et se précipitaient pour rejoindre le vieil homme assis sur son tonneau, fumant sa pipe. Avec son chapeau pointu rapiécé, et sa robe grise usée par les voyages, ce vieillard célèbre dans le coin pour ses feux d'artifice contait des histoires d'époques lointaines, suspendant le temps l'espace d'un instant. Petits et grands se prenaient à cette féerie créée de toutes pièces, et écoutaient ces épopées de l'héritier déchu se dressant contre le royaume oppresseur. Les connaisseurs d'art souriaient doucement, reconnaissant là le plus ancien livre jamais écrit de leur région, « Les Chroniques d'Aphorgäss », mais appréciaient pleinement cette revisite orale des antiques légendes. D'autres préféraient au contraire rejoindre la crique et son sable fin pour profiter de cette eau claire, et rester dans le monde réel. Ils se baignaient sous les étoiles, et piqueniquaient au bord du rivage, admirant la lune qui se reflétait dans la mer.

Aucun Ro'an ne se souciait réellement des derniers évènements, et de ces rumeurs qui secouaient la ville. L'habitude avait pris le pas sur l'agitation qui bouleversait le quotidien des mafias. Ils avaient foi en la famille Donquixote qui dirigeait la ville, ainsi qu'en Joker, maître de l'ombre de leur cité. Ils accordaient toute leur confiance à ces deux personnes, et continuaient sereinement leur existence. Ils passaient outre la dernière découverte morbide.

Un commandant de Barbe Blanche avait récemment été retrouvé, passé à tabac puis assassiné dans une sombre ruelle. Monkey D. Luffy, un jeune adulte qui avait vécu de nombreuses années à Roanapura. Plusieurs marchands le connaissaient bien, et sa mort les avait surpris, mais ils ne s'en étaient pas spécialement préoccupés. Les affaires mafieuses ne concernaient que les criminels. Si ce jeune s'était fait abattre sans la moindre justification, alors il avait dû contrarier les puissants de cette région. Les règlements de compte étaient courant dans la cité du vice, plus personne ne s'en formalisait.

L'hypothèse des Érinyes avait été soulevée. Ces mystérieuses déesses vengeresses auraient très bien pu être responsables, mais le corps n'avait pas été retrouvé sur leur territoire, et leur marque était également absente. D'autres suppositions avaient alors fusé, mais aucune d'entre elles n'avaient été confirmées. Deux semaines s'étaient alors écoulées, et les Ro'ans avaient oublié, retournant à leurs petites habitudes.

Les mafias en revanche subissaient cette atmosphère électrique. Un tel acte pouvait déclencher une guerre imminente entre les Empereurs, alors elles étaient toutes sur le qui-vive, guettant l'étincelle qui allumerait la mèche. Cependant, la revendication tant attendue n'arriva jamais. Le mystère demeurait aussi opaque qu'une nuit sans lune et l'explication de ce meurtre injustifié se révélait hors de portée.

Et derrière sa fenêtre, Joker jubilait, un large sourire sur les lèvres tandis qu'il observait les lueurs de la ville. Aucune preuve n'existait, aucune accusation ne pourrait être portée à son encontre. La mort de ce commandant ne lui incomberait pas alors que sa part de responsabilité était indéniable.

Sans en subir les conséquences, il affaiblissait les forces de l'Empereur rival. Cet assassinat réduisait la confiance qui lui était accordée, et les partenaires commerciaux se tournaient alors vers le maître de Roanapura. Cette tension avait un effet plus que bénéfique pour ses affaires, et il comptait bien en profiter jusqu'au bout.

Cependant, les rumeurs commençaient également à mentionner l'implication de Lachésis. L'absence de preuves et de revendication lui permettait d'éviter les répercussions néfastes, mais il préférait faire preuve de méfiance. Il n'aimait pas le savoir sur le devant de la scène, le voir attirer l'attention. Son anonymat était la clef de sa puissance alors il devait le préserver. Personne ne connaissait sa réelle identité, il n'était qu'une ombre crainte de tous. Certains prétendaient même qu'un immortel des temps anciens se tenait en réalité aux côtés de Joker.

Les Érinyes n'étaient pas les seules divinités qui se manifestaient dans la région. La cité du vice semblait être le cœur des démonstrations surnaturelles. Selon les murmures soufflés dans les bars, les trois Moires seraient également présentes en ce bas monde. Lachésis en était une preuve flagrante, et l'apparition en parallèle de Clotho et d'Atropos ne pouvait pas n'être qu'une simple coïncidence.

Les Moires maîtrisaient le destin de tout mortel. Clotho tissait le fil de la vie que Lachésis déroulait, puis Atropos adjugeait la mort des individus en le coupant. Trois grands criminels arboraient désormais leur nom, et cette question passait d'une oreille à une autre. Bénédiction ou incarnation divine ?

La stupidité des civils affligeait Joker, mais il profitait de cette niaiserie ambulante pour accroître la réputation sinistre du membre de sa Family. Le nom de Lachésis faisait frémir même les mafieux les plus aguerris, et aucune tentative de meurtre à son encontre n'avait abouti. L'évidence tombait comme une sentence implacable il était impossible de l'atteindre et il menacerait toujours les ennemis de l'Empereur de Roanapura.

La porte s'ouvrit brusquement, interrompant ses réflexions. Il ne prit cependant pas la peine de se retourner, il savait parfaitement qui se tenait derrière lui. Il ne connaissait qu'une personne pour faire preuve d'autant de désinvolture face à lui.

Je t'ai déjà dit de frapper avant d'entrer, Law.

Un silence lui répondit, le laissant perplexe. Il aurait déjà dû recevoir une réplique nonchalante, comme à chaque fois. C'était bien la première fois que le brun modérait ses paroles en sa présence.

Il se retourna alors, l'observant avec une certaine suspicion. Il n'aimait pas son regard, ni ce sac sur ses épaules. Le moment était mal choisi pour partir en voyage, il préférait le garder à ses côtés par prudence. S'il perdait son anonymat à cause de la tension actuelle, il serait alors la cible d'attaques répétées et meurtrières, et il ne le permettrait pas.

Il s'était toujours demandé ce que pensaient les mafieux lorsqu'ils voyaient pour la première fois Lachésis, peu de temps avant de mourir. Devant eux se présentait un simple jeune homme d'une vingtaine d'années, avec des cheveux noirs coiffés en bataille, des prunelles orageuses qui jetaient un regard glacial sur ses victimes, et son pull jaune qu'il ne quittait jamais. Les criminels découvraient alors que, pendant tout ce temps, ils avaient été apeurés par un gamin. Même les plus endurcis se décomposaient face à cette révélation.

– Que veux-tu, Law ? l'interrogea-t-il directement.

Il ne venait jamais le voir sans qu'il le lui demande ou sans une excellente raison. Il n'était pas dupe, il savait d'avance que la réponse ne lui plairait pas. Il connaissait très bien ce regard d'acier lourd de reproches, et la discussion s'annonçait tumultueuse.

Pourtant, malgré les apparences, Joker n'appréciait pas de se prendre la tête avec lui. Il était son petit protégé, cet enfant dont il s'occupait depuis de nombreuses années. Rien ne l'avait obligé à le prendre sous son aile, il aurait très bien pu le laisser là, au beau milieu de cette ruelle enneigée. Et pourtant, il avait décidé de le recueillir et de veiller sur lui, au lieu de le condamner à mourir de froid. Il lui avait ensuite offert un nouveau logis, une nouvelle famille. Il lui réservait même encore quelques ambitions secrètes dont il ne lui avait toujours pas fait part. Il attendait le bon moment, peut-être une fois les rumeurs dissipées.

– Je pars, finit par répondre sèchement Law.

– Refusé, s'opposa-t-il aussitôt. Avec la situation actuelle, il est inutile de prendre des risques supplémentaires.

Un rire moqueur lui répondit il arqua un sourcil de surprise, bien que cela soit difficilement visible avec ses lunettes.

– Le grand Doflamingo a peur des rumeurs, maintenant ?

– Si tu perds ton anonymat, tu es mort, rétorqua-t-il froidement. C'est ce que tu veux ?

– Je pars, répéta Law sans prêter attention au reste. Définitivement.

Il le dévisagea un instant, cherchant à vérifier s'il avait bien entendu.

– Et je ne te laisse pas le choix, ajouta-t-il.

Cette fois-ci, ce fut à son tour de rire. Ce gamin ne manquait pas de cran, mais son hilarité passagère dissimulait une colère sourde qui montait rapidement en lui. Il ne tolérait aucun départ au sein de sa Family, et surtout pas le sien.

– Tu comptes m'imposer quelque chose, toi ? Je crois que tu as perdu de vue ta réelle position.

– Tu n'es pas le seul Natif à disposer de quelques contacts.

Le ton de la menace le fit le dévisager sévèrement. Les plaisanteries les plus courtes étaient les meilleures, et Law devait apprendre à s'arrêter à temps.

– Tu vas me laisser partir. Tu n'aimerais pas que certaines informations soient dévoilées à tes rivaux.

– Ne fais pas quelque chose que tu regretteras amèrement, Law, tonna-t-il froidement.

– Je t'adresse la même remarque. Si je ne peux pas quitter Roanapura et vivre comme je l'entends, un ami sera chargé de révéler tes secrets à qui veut les obtenir. Je n'hésiterai pas à réduire ta famille à néant si tu t'opposes à ma décision.

Il serra brusquement les poings pour contenir sa colère. Il allait finir par frapper ce stupide gamin. Il l'appréciait, mais certaines limites ne devaient être franchies sous aucun prétexte.

– Tu crois vraiment que cette menace suffira, Law ?

– Tu n'as qu'à essayer. Si je ne suis pas parti avant ce soir, cet ami a ordre de lâcher les premiers renseignements. Pour toi qui veux faire preuve de prudence, je te le déconseille. Surtout avec la situation actuelle, tu le dis toi-même.

Il respira profondément pour tâcher de se calmer. Il fallait qu'il se retienne de se jeter sur lui pour l'enfermer dans le manoir. Faire usage de la violence ne le dérangeait habituellement jamais, mais il savait pertinemment que ce n'était pas la solution. Il ne tenait pas à dégrader davantage leurs relations, déjà qu'elles avaient souffert ces dernières années.

Il soupira alors longuement, contenant sa colère. Même s'il désirait au fond de lui l'empêcher de partir, il ne voulait pas non plus l'enchaîner. Il trouverait donc une solution pacifique à ce différend simplement pour lui.

– Que veux-tu, Law, en échange de ton silence ?

Il perçut très bien cette faille dans son masque glacial. Son protégé ne s'était probablement pas attendu à ce qu'il lâche prise aussi facilement. D'ordinaire, ses habitudes le poussaient plutôt à s'accrocher à ses désirs, quitte à les imposer aux autres.

– Que tu me laisses partir, définitivement. Lachésis disparaît, je quitte ton réseau, et surtout, tu n'interfères plus dans ma vie. La seule chose qui puisse nous relier est notre nature de Natif, mais je ne te suis pas lié, alors cela ne t'est d'aucune aide. Bien entendu, si tu ne respectes pas ta part du marché, je révèlerai tout.

– Et si toi, tu révèles la moindre information, cet accord sera caduc, et j'aurai alors la possibilité de te retrouver.

Law se contenta d'hocher la tête. Les conditions et les contraintes étaient claires, sans ambiguïté. Il ne percevait aucune entourloupe, mais cela ne lui convenait pas pour autant. Il refusait de le voir disparaître aussi simplement.

– J'accepte, mais à une seule condition. Je tiens à te voir, le temps d'une journée, une fois par mois.

– Pas question, s'opposa-t-il aussitôt avec fermeté.

Il s'était attendu à ce refus immédiat. Il avait volontairement voulu cette condition trop contraignante. Il commençait avec l'irréalisable, pour ensuite aboutir sur des négociations qui lui seraient favorables. Il ne céderait pas. Si son protégé partait, il conserverait au moins un lien avec lui.

– Law.

Encore une fois, sa voix calme et posée sans la moindre trace de menace le déstabilisa. Il ne savait plus sur quel pied danser. Sa main tâtonna les poches de son jean, mais Joker l'interrompit. Il savait exactement ce qu'il avait en tête.

– Pas de cigarette ici, tu le sais, rappela-t-il calmement.

Sa main nerveuse se posa sur sa nuque, maladroite. Il n'avait jamais compris pourquoi fumer le détendait autant, ou plutôt son hypothèse lui déplaisait. Son frère Corazon avait toujours été proche de son protégé, alors cela pouvait bien être un souvenir.

– Qu'est-ce que tu veux alors ?

Il retint son sourire satisfait. Même s'il n'avait pas pu prévoir son départ soudain pour une raison qui lui échappait, il le connaissait suffisamment pour anticiper ses réactions. Ses tics et ses gestes qui semblaient anodins n'avaient plus de secret pour lui.

– Je te l'ai dit. Te voir, le temps d'une journée.

– Pourquoi ?

– Mes raisons ne te concernent pas.

Il n'avait qu'à les deviner par lui-même, il en avait parfaitement les capacités. Il devait seulement faire abstraction de cette haine qui l'habitait. Joker n'était pas aveugle, ni insensible, il la percevait très bien, et ce n'était pas la première fois. Cela faisait plusieurs années qu'il la sentait, tant dans son attitude que dans son regard.

Malgré tout, il n'en tenait pas compte. Il préférait, comme en cet instant, lui rappeler que leur relation n'avait pas été aussi vacillante par le passé.

– Une fois par an, finit par céder Law.

– Une fois tous les six mois, le reprit-il. Personne ne sera au courant, pas même Vergo. Ce sera juste entre nous deux, aucune contrainte lors de cette rencontre, pas une seule menace dissimulée. Je n'essaierai pas de te ramener.

– Je ne…

– Tu ne peux pas me faire confiance ? l'interrompit-il. Tu sais pourtant que je suis un homme d'honneur. Je ne reviendrai pas sur les termes de cet accord, et si je devais employer la force, je le ferais maintenant. T'ai-je déjà menti ?

Une seule fois, en vérité, mais il n'était pas le seul. À ce moment-là, il avait menti au monde entier, et Law n'en avait toujours pas conscience. Il continuerait donc de passer sous silence ce cas particulier.

– Où ?

Le jeune Natif détournait la conversation, comme il le faisait souvent lorsque le sujet le dérangeait. Ou plutôt lorsqu'il ne voulait pas reconnaître quelque chose.

– Je te laisse choisir le lieu de la rencontre, à Roanapura cependant. Tu n'auras qu'à m'envoyer une lettre pour m'en informer, avec la date.

Law finit par acquiescer, un peu excédé face à cette partie de l'accord qu'il n'avait pas prévue. Il raffermit sa prise sur son sac, et reprit une certaine contenance.

– Respecte ta part du marché, déclara-t-il froidement.

– La place de Lachésis sera toujours tienne, Law, lança Joker en guise d'au revoir.

Son protégé fit ensuite volte-face et quitta la pièce, claquant la porte au passage. L'Empereur se permit alors un sourire, qui se figea néanmoins rapidement. Sa colère qu'il avait contenu tout ce temps refaisait désormais surface.

Un dossier sur la table basse lui rappela la venue d'un marchand et receleur de Water 7. Bien. Il irait défouler ses nerfs sur ce malheureux qui ne saurait quelle tempête s'abattait soudainement sur lui.

Un raclement de gorge lui fit ouvrir les yeux. La lumière du jour baignait son bureau il devait être midi passé. Il se redressa, comprenant qu'il s'était assoupi dans son fauteuil. Son esprit avait ensuite fait le reste, le ramenant à cet élément déclencheur de la situation actuelle. Non… Le problème devait être antérieur, autrement Law ne serait pas parti aussi subitement. Un détail lui échappait encore, même s'il sentait qu'il touchait du bout des doigts la vérité. Il commençait enfin à l'entrapercevoir.

Quelle n'avait pas été sa surprise en apprenant le lien entre son protégé et le commandant de la première unité de Barbe Blanche. Désormais, il cernait mieux ces fameux contacts qui avaient été mentionné ce jour-là, ceux qui avaient la capacité de dévoiler toutes les informations le concernant. D'autres Natifs qu'il ne connaissait pas, et il ne pouvait que saluer l'ingéniosité de Law.

Cependant, maintenant qu'il en apprenait un peu plus chaque jour, cette affaire ne l'inspirait guère. Elle refluait des odeurs morbides du passé, des réminiscences de plans dangereux qui ne devaient pas renaître. Fisher Tiger n'avait pas été exécuté pour que ses stupides ambitions refassent surface. Et savoir Law mêlé à toute cette histoire nourrissait en lui une colère grondante. Il ne l'avait pas tué pour son insubordination quatre ans plus tôt pour devoir le faire maintenant. Il refusait de le perdre de cette manière. Pourquoi devait-il se sentir obligé de reprendre la tâche de ses parents ?

Joker était loin d'être stupide. Peu d'informations lui suffisaient amplement pour comprendre et établir de tels liens. Les Trafalgar avaient toujours été impliqués dans les manigances de Tiger, raison pour laquelle ils avaient été supprimés, au même titre que les Fushicho. Laisser en vie des traîtres pareils était intolérable, surtout lorsqu'ils violaient les lois des Natifs. Les enfants avaient certes été épargnés, car ils étaient restés en dehors de cette sinistre affaire, mais visiblement cela n'avait pas été suffisant. À croire qu'éradiquer la menace entièrement, même celle qui n'était que potentielle, était la seule solution.

Il exécrait cette situation qui mêlait attente et suppositions répétées. Il détestait aussi cette sensation qui lui indiquait que la mort de son protégé semblait inéluctable. Il s'y opposait farouchement. Pourquoi le passé le rattrapait-il maintenant ? Cette fois-ci, il ne pourrait pas valider l'élimination pure et simple de la menace. Il l'avait acceptée, des années plus tôt, lorsqu'il avait été question d'assassiner Tiger et ses alliés. Certains avaient échappé aux mailles du filet, comme Nico Robin et Roronoa Zoro, mais tous les autres avaient été abattus. Seuls les enfants avaient survécus, car ils n'avaient pas à payer pour les erreurs de leurs parents. Cependant, personne n'avait prévu qu'ils se décident à déterrer ce sombre projet macabre.

Il soupira longuement, exaspéré. Il n'aurait jamais dû mêler ses sentiments personnels aux affaires des Natifs. À l'époque, dès qu'il avait entendu le nom des Trafalgar, il aurait dû le mettre à la porte au lieu de faire de lui son protégé. Il aurait dû savoir que cela aurait fini par lui apporter des ennuis. À présent, il était partagé entre leur pérennité ainsi que leurs lois internes, et ce lien privilégié qu'il avait créé avec Law. Entre son devoir et sa famille.

Ses mains se crispèrent automatiquement sur les accoudoirs du fauteuil alors qu'il repensait à ce dilemme qui se présentait à lui. Un sourire mauvais se dessina sur lèvres, accompagné d'un rictus qui n'annonçait rien de bon. En vérité, la solution était toute trouvée, et il n'avait pas eu à y réfléchir bien longtemps. Comme à son habitude, il allait la jouer retors, selon ses propres règles.

Il se moquait pas mal du Conseil et de sa décision. Même si cela l'avait passablement énervé malgré le visage souriant qu'il affichait en politique, il avait déjà placé ses pions pour se préparer à cette éventualité. Les tentatives de la Marine seraient vaines et n'aboutiraient pas leur cible demeurerait hors de portée, insaisissable.

Cependant, son agacement provenait plutôt de la réunion du Cercle. Les Sahman Hadrim avaient été exécrables, et même avec son alliance avec Boa Hancock, il lui avait été impossible d'obtenir gain de cause. Les autres familles avaient prôné l'élimination la plus preste de la menace, et lui avaient reproché son imprudence. La Voie des Natifs avait été utilisée sous son nez, et il n'avait toujours pas mis la main sur le responsable. Il avait beau avoir manifesté avec fermeté sa volonté de régler cette affaire en interne, les autres n'avaient rien voulu savoir. Les Nefertari notamment n'avaient pas dérogé une seule seconde de leur position, et ils avaient rapidement été soutenus par les Riku. À deux voix contre deux, la situation ne connaissait certes aucune avancée majeure, mais cette division avait été suffisante pour que le Conseil ne tourne pas en sa faveur.

Nefertari Cobra, chef de sa famille, avait été particulièrement intransigeant. Il avait beau connaître la droiture de cet homme, il aurait préféré qu'il fasse une entorse juste pour cette fois. Le noble d'Arabasta avait tempêté contre lui, implacable, alors qu'il tentait de justifier ses choix. « Tu ne peux te targuer d'aucune prérogative supplémentaire, Doflamingo ! Les Trafalgar ne te sont aucunement liés, alors tu n'as aucun droit de veto à opposer sur cette décision du Cercle. Tu connais parfaitement nos lois, un simple Hayreni ne peut s'en prendre directement aux Sahman Hadrim. Nous ne pouvons tolérer cet écart. » Il avait longuement pesté contre Cobra qui lui mettait des bâtons dans les roues, mais sa décision était irrévocable.

Un nouveau raclement de gorge le tira de ses pensées. Il daigna alors lever la tête, à l'affût de cet intrus qui osait déranger sa tranquillité. Néanmoins, il ne fit aucune remarque lorsqu'il aperçut Vergo, droit comme un i, patientant calmement à côté de son fauteuil. Son bras droit avait en effet tous les droits d'être là, surtout qu'il n'avait pas formulé la demande de rester seul un moment.

Il profita de ce silence pour s'étirer longuement, achevant de s'extirper des dernières limbes du sommeil. Il ajusta sur son nez ses lunettes qui avaient glissé pendant sa sieste inopinée, puis jeta un œil à la fenêtre. Le ciel bleu éclatant contrastait sévèrement avec la situation. Même si rien de réellement contrariant n'était arrivé, tout ne se déroulait pas comme il l'aurait souhaité. Malgré ses directives, Teach avait pris des initiatives non désirées qui avaient de fortes chances de se retourner contre lui. Un nouvel handicap s'ajoutait à sa situation déjà complexifiée par la droiture des autres Sahman Hadrim. Le chemin jusqu'à son but s'obstruait un peu plus, et il ne parvenait pas à le dégager convenablement.

– Doflamingo.

Vergo n'avait certes pas bougé d'un pouce, mais il désirait sûrement aborder directement la raison de sa venue au lieu d'attendre encore.

– Qu'y a-t-il, Vergo ?

– Pourquoi ne pas tuer directement Law ?

Il dévisagea longuement son bras droit, tant suspicieux qu'étonné. Il ne l'entendait que rarement contester ses décisions, et si d'ordinaire il ne s'en contrariait pas, ce n'était pas le cas en cette journée, ou plus exactement sur ce sujet.

– Je ne crois pas t'avoir autorisé à juger mes choix, rétorqua-t-il, autoritaire.

– Je m'interroge seulement sur tes réelles motivations. Tu ne t'étais pas opposé la dernière fois.

– La dernière fois ?

– Tu connais les dangers du Cercueil d'acier froid, Doflamingo. Tu sais très bien qu'on ne peut pas le laisser vivre.

Nous y voilà. En bon Natif qu'il était, Vergo tâchait d'assurer leur pérennité en essayant de le replacer sur le bon chemin. Cette voie qui le conduirait inextricablement vers la mort de son protégé.

En même temps, accepter cette fatalité ne devait pas être bien compliqué pour lui. Son bras droit nourrissait une certaine inimitié envers les enfants, et Law n'y avait pas échappé. L'indifférence et le mépris avaient construit et jalonné leur relation assez chaotique, et Joker avait dû composer avec. Alors quand il avait compris que ce stupide gamin, en plus de les avoir plus ou moins trahis, jouait désormais avec le feu, il avait immédiatement approuvé sa mise à mort. À peine sortis de la réunion du Cercle, Vergo lui avait asséné des propos similaires à ceux de Cobra. « Un Hayreni a la stricte interdiction de s'en prendre aux Sahman Hadrim. Même s'il était Lachésis, tu ne peux pas laisser passer ça. »

Les règles internes aux Natifs commençaient franchement à lui sortir par les yeux, car elles ne faisaient que contrarier ses plans depuis le début. Et si même son plus loyal officier s'y mettait, il ne parviendrait jamais à s'extirper de ce bourbier.

– N'oublie pas ta position, Vergo, menaça-t-il froidement. Tu as beau m'être lié, tu restes un Hayreni.

Son bras droit hocha simplement la tête, impuissant face à cette piqure de rappel sur leur hiérarchie.

Tout l'essentiel de leur organisation se résumait en une simple phrase : « Cinq seigneurs et leurs vassaux ». Les Sahman Hadrim, composés de cinq familles, trônaient sur l'ensemble des Natifs, et leurs décisions étaient incontestables. Leur ligne de conduite avait toujours été la pérennité de leur ordre, au-delà de la simple survie, et ils ne lésinaient jamais sur les moyens pour parvenir à leurs fins. L'annihilation de la famille Tiger, pourtant l'une des leurs, ainsi que tous ceux qui lui étaient liés, avait été un choix maîtrisé et calculé, malgré son extrémisme, afin d'assurer leur prospérité.

Les Hayreni constituaient leurs vassaux, ces petites familles qui leur étaient affiliées et sur lesquelles reposait en partie leur pouvoir d'action. Leurs lois étaient également très claires, ils ne pouvaient ni s'opposer aux Sahman Hadrim, ni s'en prendre à eux, qu'importe la méthode employée. La violation de cette règle ancestrale conduisait à une mort certaine.

En utilisant la Voie des Natifs de son propre chef, Law avait franchi en parfaite connaissance de cause cet interdit. La peine capitale aurait pu être aisément évitée, mais le Cercueil d'acier froid avait laissé de profondes traces qui supprimaient d'avance toute éventuelle clémence. Et comme les Trafalgar avaient toujours été liés à Tiger, Joker n'avait pas suffisamment d'arguments pour faire flancher les Nefertari et les Riku.

– Pourquoi tu tiens tant à le laisser en vie, Doflamingo ?

La voix de Vergo le tira de ses pensées, et il l'observa calmement. Depuis qu'il était à ses côtés, il ne lui avait caché que peu de choses, et la plupart concernait les affaires des Sahman Hadrim, ou encore sa relation avec Law. Son bras droit ne s'y était jamais intéressé, et il n'avait jamais pris la peine de lui expliquer. De toute façon, il ne lui en aurait jamais donné tous les détails, même encore maintenant.

– Pourquoi cela t'intéresse ? Il n'a toujours été qu'un sale gamin à tes yeux.

– Je cherche à comprendre pourquoi tu refuses de le tuer. Il possède quelque chose qui t'a intrigué, et dont tu ne peux te défaire.

Il resta silencieux un moment, pensif. Pourtant, il possédait déjà cette réponse, car il s'était posé cette même question plusieurs années auparavant. Diamante était venu le voir pour obtenir des explications sur le soudain départ de Law mais il n'avait pas compris pourquoi il l'avait laissé partir. Après tout, n'importe qui d'autre ne s'en serait pas sorti indemne, chantage ou non. Alors pourquoi cette distinction ? Il s'était longuement interrogé, se demandant ce que son protégé avait de plus que les autres.

– Tu t'imagines des choses, Vergo.

La réponse l'avait au départ laissé perplexe, avant qu'il n'accepte cette évidence un peu étrange. Law n'avait strictement rien de particulier qui puisse justifier un tel traitement de faveur. Il tenait simplement trop à ce gamin pour le laisser mourir ou pour le tuer.

– Alors quoi ? Pourquoi tu…

– Cela ne te regarde pas, Vergo, le coupa-t-il froidement.

Il avait toujours autorisé son bras droit à avoir une large liberté de parole, préférant côtoyer une personne franche et honnête plutôt qu'un lèche-botte. Il était d'ailleurs le seul à disposer de tels privilèges, bien que Law ne se soit jamais gêné pour lui dire le fond de sa pensée.

– Tu devrais alors faire attention à ce que la situation n'empire pas. Les autres ne te louperont pas si cela arrive et que tu continues à t'opposer.

Il hocha vaguement la tête, ayant déjà parfaitement connaissance que le temps jouait contre lui. Il devait retrouver son protégé au plus vite, avant qu'il ne soit trop tard. Il avait également placé ses pions de manière à empêcher sa capture par la Marine, notamment par l'intermédiaire de Smoker. Il n'avait plus qu'à abattre ses prochaines cartes.

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oOo

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Ace avait merdé, mais il ne savait pas comment. Il ignorait quel détail lui avait échappé et l'avait conduit dans une situation aussi catastrophique. Qu'avait-il donc fait pour mériter ça ?

Sans qu'il ne s'y attende, il s'était retrouvé dans un traquenard alors qu'il se reposait dans une auberge dans la campagne de Shabondy. Il n'avait rien compris, et n'avait même pas eu le temps de se défendre. Il s'était retiré dans sa chambre après le repas passé en la bonne compagnie de la gérante, et s'était rapidement endormi, éreinté par son voyage. Son réveil avait été à la fois bref et brusque il n'avait pas même eu le temps d'attraper son arme que l'un des intrus l'avait assommé. La fois suivante où il avait repris connaissance, il était solidement attaché au mur, les mains liées, dans une petite pièce au mobilier sommaire. Il ignorait complètement où il était, mais il savait parfaitement qui le retenait prisonnier. Rencontrer Joker en personne avait été une réponse à ses questions des plus efficaces.

Il s'était attendu à être exécuté sur le champ. La liste de raisons pouvant justifier sa mort était bien remplie, il le savait parfaitement. Il avait sciemment fait foirer plusieurs affaires de l'Empereur, avait manqué de s'en prendre à Vergo, son bras droit, avait volontairement blessé Lachésis, qui était également un Natif, sans compter son appartenance au réseau de Barbe Blanche et sa place de commandant. Pourtant, l'exécution qu'il attendait contre son gré ne vint jamais, bouleversant complètement sa compréhension de la situation actuelle. Si ce n'était pas pour se faire abattre en représailles de tous ses actes, pour quelle raison était-il là ?

Il avait alors dû se rendre compte d'une évidence qu'il n'avait encore jamais aperçue. Joker était imprévisible. Il était impossible de savoir ce qu'il allait faire, ce qu'il prévoyait, ou ce qu'il envisageait de faire. Il avait cette maudite impression d'avoir toujours des coups de retard sur lui, et d'être incapable de le devancer. Il ne parvenait même pas à comprendre ses actions, tout comme il ne saisissait pas pourquoi il n'était pas mort.

L'Empereur s'était tranquillement installé sur une chaise en face de lui, ses stupides lunettes violettes sur le nez, occultant ses yeux, et un sourire en coin sur les lèvres, et lui avait posé quelques questions. Même encore aujourd'hui, plusieurs jours après, il n'en revenait toujours pas. Aucune de ses interrogations ne portait sur sa mafia, sur les futurs plans de Barbe Blanche rien de tout ça. Il s'était contenté de s'enquérir sur la bref période qu'il avait passé avec Lachésis.

Il n'en comprenait pas l'intérêt, et Joker n'avait même pas daigné lui expliquer, malgré sa demande. Le lien entre les deux Natifs était obscur, mais ne l'intéressait pas en réalité. Il s'en moquait éperdument, ce n'était pas ça qui l'aiderait à obtenir sa vengeance. Il n'avait d'ailleurs pas caché sa haine, et il avait bien remarqué que le mafieux avait tiqué, même s'il n'avait rien dit à ce sujet. Qu'importe sa situation, il ne comptait pas abandonner ses plans. Sabo avait beau avoir essayé de l'en dissuader, il l'avait ignoré et avait rapidement quitté Jaya.

Après cet étrange interrogatoire, il n'avait plus revu l'Empereur, ni même personne d'autre en dehors des larbins chargés de lui apporter ses repas. À vrai dire, il ignorait depuis combien de temps il était là, il n'avait plus aucun repère. La pièce où il était enfermé était dépourvue de toute fenêtre il ne pouvait donc pas se servir du soleil pour estimer l'heure qu'il était. Seules les discussions de couloir qu'il entendait partiellement l'aidaient un peu à compter les jours qui s'écoulaient.

Il avait essayé de mettre à profit ce temps pour trouver une solution à sa situation, mais il était incapable d'élaborer la moindre ébauche de plan pour s'échapper. Tant qu'il serait enchaîné au mur, il ne pourrait pas s'en sortir, il avait dû se rendre à l'évidence. Les larbins étaient également trop prudents, et vérifiaient toujours qu'il ne risquait pas de s'enfuir. Sans aide extérieure, il ne parviendrait pas à se tirer de ce mauvais pas, mais personne ne savait qu'il était là. En d'autres termes, il était foutu.

Il n'avait cependant pas prévu ça. Rien ne l'avait préparé à le retrouver dans un tel contexte. Il avait écarquillé les yeux en le voyant entrer dans la pièce, mais son choc avait été tel qu'il n'avait soufflé mot. La haine à son égard avait aussitôt refait son apparition, mais elle avait rapidement été balayée par l'incompréhension. Le célèbre Lachésis transpirait l'angoisse, alors qu'ils se trouvaient dans un repère de Joker. Il n'avait donc aucune raison de craindre quoi que ce soit et pourtant, il restait collé à la porte, écoutant la conversation des mafieux qui s'éloignaient peu à peu.

À quoi jouait-il ? Il ne semblait même pas l'avoir remarqué, comme s'il ignorait sa présence ici. Il restait concentré sur ce qu'il se passait dans le couloir, comme s'il avait peur d'être découvert, ce qui était absurde. Pourquoi Lachésis craindrait-il l'Empereur pour lequel il travaillait depuis des années ?

Il resta figé lorsque leurs regards se croisèrent enfin. Les prunelles orageuses du Natif étaient plus expressives que jamais, le choquant à nouveau. Il découvrait une nouvelle facette qu'il n'avait jamais imaginée, le perturbant toujours plus. Pourquoi lisait-il dans ses yeux toute cette hésitation, tout ce doute ? Cela ne lui ressemblait pas. Même dans les situations les plus périlleuses, il était toujours resté maître de lui, bien que le manque de sommeil le rende plus irritable. Alors pourquoi lui paraissait-il autant désemparé alors qu'il était en territoire conquis ?

Toutes ses propres interrogations le rattrapèrent aussitôt, brutalement. Il ne comprenait plus rien, tout s'entremêlait sans qu'il puisse trouver les réponses qu'il cherchait depuis des semaines. Des questions le hantaient jour et nuit et il lui était impossible de les résoudre sans mettre la main sur la source de ce trouble intérieur. Et maintenant qu'il était en face de lui, il était incapable de prononcer le moindre mot.

Pourquoi l'avait-il épargné ? Il s'était vu mourir ce jour-là, après la trahison de Marco. Il avait senti la balle s'enfoncer dans son corps, mais rien n'était arrivé. Il avait survécu, car Lachésis l'avait laissé vivre, même après qu'il ait tenté de le tuer. Cela ne collait pas avec l'image qu'il s'était créé du meurtrier de son frère. Cette clémence, ou pitié, ne correspondait pas, lui paraissait improbable et illogique.

Puis il y réfléchissait, et plus les faits s'obscurcissaient dans son esprit. Tant d'éléments entraient en contradiction avec ses propres convictions, et il ne savait plus où donner de la tête. Tout était si confus, et la situation présente n'apportait aucun éclaircissement. Il ne comprenait pas l'attitude du Natif, cette angoisse qu'il dégageait, et ce silence n'aidait en rien. Il aurait préféré qu'il dise quelque chose, même si c'était pour l'insulter, pour le railler parce qu'il s'était fait attraper et qu'il allait probablement se faire tuer un jour ou l'autre.

Lachésis finit par sortir de sa torpeur, et posa le dossier qu'il tenait depuis le début par terre. Il s'approcha ensuite de lui et s'accroupit à ses côtés, sortant des objets métalliques d'une de ses poches. Que comptait-il faire ? Il ne lui faisait plus confiance, et se méfiait de lui comme de la peste. Il ne croyait pas non plus en sa soudaine clémence lorsqu'il l'avait épargné. C'était la seule explication qu'il avait trouvée à ce sujet. Il l'avait sûrement laissé vivre pour mieux le tuer ensuite, il ne voyait que ça. Il devait s'apprêter à l'exécuter maintenant, profitant qu'il soit loin de Jaya et attaché.

Mais les secondes continuaient de s'écouler sans que rien de tragique n'advienne. Des petits cliquetis résonnaient dans la pièce. Interloqué, il baissa la tête pour observer ce qu'il faisait. Le Ro'an était en train de crocheter la serrure des chaînes qui le retenaient. Rien ne laissait présager qu'il prévoyait de l'assassiner.

– A quoi tu joues ?

Sa voix n'était même pas haineuse, elle reflétait seulement sa profonde incompréhension. Qu'importe la façon dont il analysait la situation, il ne parvenait pas à obtenir une explication satisfaisante sur la raison de ses actes.

Cependant, aucune réponse ne lui vint. Lachésis demeurait silencieux, l'ignorant complètement. Il continuait d'essayer de forcer le cadenas sans tenir compte de ce qui l'entourait.

– Pourquoi tu m'aides, Lachésis ?

C'était hautement improbable, mais cette idée avait surgi dans sa tête alors qu'il s'efforçait de trouver par lui-même une justification. Mais pourquoi l'aiderait-il, alors qu'il avait tenté de le tuer ? Cela n'avait pas de sens.

Néanmoins, sa question le fit réagir et un long soupir s'éleva.

– Arrête de m'appeler Lachésis, Ace-ya, lâcha-t-il avec lassitude. Ça fait quatre ans que j'ai déserté et abandonné ce nom.

Ace marqua un temps d'arrêt, l'information peinant à parvenir jusqu'à son cerveau. Il devait se moquer de lui. Il ne pouvait pas en être autrement. Pourtant, il ne décelait aucune trace de sarcasme dans son ton, seulement de l'exaspération, et même une certaine amertume. Quelque chose clochait. Cela ne collait pas.

– Quoi ?

– J'ai déserté, Ace-ya, soupira-t-il. Ça fait quatre ans que je ne bosse plus pour Joker. Pourquoi tu crois que Lachésis a subitement disparu de la circulation et que Joker me recherche autant ?

Il avait déserté. Ces trois mots se répétaient inlassablement dans sa tête sans qu'il ne les intègre pour autant. Il ne le concevait pas, même si, inconsciemment, de nombreuses incohérences se résolvaient soudainement. Le Natif ne lui avait visiblement pas menti tout du long de leur voyage, il lui avait seulement dissimulé les éléments les plus importants. Cela expliquait en effet pourquoi Joker était à ses trousses, pourquoi il avait pu le faire chanter aussi facilement, pourquoi il craignait de se faire attraper, même encore maintenant.

Il le dévisagea, comme pour être sûr de ce qu'il racontait, mais il ne percevait aucun mensonge. Juste une vérité désarmante qui le déconcertait. Cela ne faisait que renforcer son trouble.

– Pourquoi tu…

– Pourquoi je t'aide alors que tu as tenté de me tuer ? le coupa-t-il brusquement. Je sais mériter ta haine pour la mort de Luffy, et je l'accepte, fin de l'histoire. Je ne chercherai pas à me venger.

– Mais les règles d…

– Quoi, les lois des Natifs ? l'interrompit-il encore. J'emmerde les Natifs.

Ace ne cacha pas son ahurissement face à de tels propos agressifs. Il ne comprenait plus rien, et il douta un jour de l'avoir réellement compris. Il avait l'impression que la situation lui échappait, il perdait le fil. Il ne le reconnaissait définitivement plus, et le contrôle des évènements lui glissait entre les doigts. Il ne savait plus comment se comporter.

Non seulement il ne niait pas ses actes, mais en plus il ne s'opposait pas à son désir de vengeance. Il en tombait des nues car il ne l'avait jamais envisagé. Il avait toujours pensé que Lachésis lutterait d'arrache-pied pour survivre. Là, c'était comme s'il acceptait de mourir de sa main, presque avec résignation. C'était comme abattre un homme à terre.

Et puis, pourquoi une telle haine envers les Natifs ? Il n'avait certes jamais manifesté un grand amour pour eux, mais il n'avait jamais fait preuve d'une telle opposition non plus. Des éléments lui manquaient, il en avait la certitude, mais il ignorait lesquels. Après tout, trop de mystère entouraient leurs affaires, et il était impossible d'en apprendre davantage pour les non-initiés.

Le cadenas sauta, interrompant ses réflexions, et il se retrouva libéré, les chaînes tombant au sol. Le Ro'an se releva alors, et sa légère grimace ne lui échappa pas. Sa jambe devait encore lui faire mal, se souvenant parfaitement de la balle tirée par Sabo. Même s'il n'était pas encore guéri, il continuait de poursuivre ses plans alors que toute la région le traquait. Il repensa à l'une des questions que Joker lui avait posée. Que cherchait-il à faire exactement pour y consacrer tant d'ardeur ?

– Si tu veux partir, c'est maintenant.

Il ignorait pourquoi le brun l'aidait. Même s'il lui assurait ne pas vouloir se venger, il restait méfiant, car il n'avait pas vraiment répondu à sa question. Ce côté évasif ne l'inspirait guère et il préférait rester sur ses gardes. Néanmoins, il chassa de son esprit toutes ses hésitations et incompréhensions pour se concentrer sur la situation. Il songerait au reste plus tard. Pour l'instant, le plus important était de sortir de là, et refuser cette main tendue était idiot.

Il hocha donc la tête et se leva après s'être longuement étiré. Rester autant de temps assis par terre avait engourdi ses articulations. Il le laissa ensuite prendre la tête de leur duo. Il pouvait certes le conduire droit dans un piège, même si son instinct lui soufflait le contraire, mais il connaissait bien mieux les lieux que lui. Après tout, il ignorait encore dans quelle ville ils se trouvaient.

Les couloirs étaient déserts et silencieux, signifiant que personne ne s'était encore rendu compte de l'intrusion du Natif. Voilà qui faciliterait leur fuite. Il le suivit sans faire un bruit, vérifiant soigneusement qu'aucun mafieux ne risquait de les apercevoir. S'ils se faisaient repérer, la situation tournerait rapidement au vinaigre. Son guide de fortune boitait un peu, et il ne tiendrait sûrement pas le rythme si une course-poursuite débutait.

Pourtant ses craintes lui paraissaient surdimensionnées, car ils sortirent sans encombre du bâtiment grâce à une fenêtre ouverte qui n'était pas surveillée. Tout se passait admirablement bien. Et surtout, il était enfin libre.

Il observa le Ro'an qui épiait la rue, ne lui prêtant pas attention. Rien ne l'empêchait de le tuer maintenant. Il lui tournait le dos, alors il lui serait facile de récupérer son revolver et de l'abattre. Il attirerait certes l'attention, mais le cadavre surprendrait les mafieux et lui permettrait de fuir. L'objet de sa vengeance n'était qu'à quelques mètres de lui, mais il ne bougea pas.

Il ne pouvait pas l'assassiner d'une façon aussi retorse alors qu'il venait de l'aider. Il ne considérait pas avoir une dette envers lui, mais il avait un certain sens de l'honneur. Toutes ses interrogations l'empêchaient aussi de le faire. L'abattre dès à présent signifiait se résigner à ne jamais obtenir de réponses. S'il le tuait, il ne saurait jamais pourquoi Luffy était mort, ce qu'il ne tolérait pas. Il désirait vraiment ces explications, et une seule personne semblait les détenir. Peut-être que Marco savait aussi mais il rechignait un peu plus à s'en prendre à lui, malgré sa récente trahison. L'ancien premier commandant avait été un ami proche, l'un des premiers à l'accueillir dans le réseau.

Des cris interrompirent soudainement ses pensées, et il se sentit brusquement tiré en avant. Les mafieux les avaient retrouvés il ne savait trop comment, et Law lui avait aussitôt attrapé fermement le poignet pour l'entraîner dans sa course.


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Je sais avoir surpris certains de mes lecteurs par ces retrouvailles qui surviennent aussi tôt, mais j'ai conçu leur histoire autour de leur duo, certes catastrophique. Et puis cela crée une situation assez tendue.

On a également enfin les premières réelles informations sur les Natifs, même si on ignore encore beaucoup de choses à leur sujet. Néanmoins, cela permet de voir plus clair sur qui ils sont, et aussi de voir se dessiner une nouvelle force à travers la réunion du Cercle.

Autrement, au programme du chapitre 2 ! On assiste au retour de plusieurs personnages, à vous de deviner lesquels, et on poursuit bien entendu sur Ace et Law qui sont pourchassés par des mafieux !

J'espère que cela vous a plu, et n'oubliez pas que la review est toujours bénéfique à l'auteur !

See ya !