Note : le nom « vif » vient de « l'assassin royal » de Robin Hobb. Ce n'est qu'une appellation et mon vif n'a rien à voir avec le sien. C'est juste une façon de rendre hommage à cette série captivante.
Renaissances
Chapitre I :
Snape ! Il aurait dû se douter que Snape préparait quelque chose ! Il cessa de se débattre et tenta de freiner les brusques accélérations de son cœur. Et chacun des battements sourds qui résonnait dans ses tympans faisait écho à ce nom : Snape Snape Snape. Pourquoi ? Que lui voulait-il ?...
Il tenta de faire le tri dans le vent malsain des pensées et des interrogations toutes sans réponses qui ravageaient sa lucidité. Snape Snape. Le Snape d'habitude si calme et si pragmatique. Le même Snape qui engourdissait à présent son épaule à force de trop la serrer. Il ferma les yeux. Il se devait d'être fort devant l'ennemi. Il se devait de tenir tête. Rapprochant sa main libre de l'étui de sa baguette, il puisa un peu de courage dans la vision évanouie du Lord et de la chute cendrée de sa nuque :
« - Que faites-vous ? » demanda-t-il de la voix la plus atone qu'il aie pu trouver.
L'autre s'agita, sa respiration devint erratique et sa poigne se referma un peu plus sur le haut de son bras.
« - Que t'a-t-il dit. Que t'a dit le Lord ? » demanda Snape d'un grondement menaçant et retenu.
« - Rien qui ne vous concerne. Lâchez moi ! » Répliqua sèchement Draco.
Le fait que le mangemort le tutoie lui rappelait crûment les longues années de subordination à Poudlard. Il n'était plus un gamin inoffensif, ce temps était révolu !
« - Réponds-moi. Réponds ! »
Draco fit mine de se débattre et ses doigts purent enfin descendre le long de sa cuisse. Un manche froid et lisse, rassurant, emplit la paume de sa main.
« - Ne fais pas ça. » lui interdit Snape.
« - Et pourquoi ? » demanda le jeune blond en en enfonçant la pointe de sa baguette juste en dessous de la pomme d'Adam du mangemort.
Il l'obligea à reculer et se dégagea du mur, s'offrant une porte de sortie si l'attitude de son aîné devenait trop menaçante. Il avait beau s'être beaucoup entraîné ces derniers temps, Snape restait cent fois plus puissant.
« - Ne bougez pas et mettez vos mains sur votre tête. Je n'hésiterais pas à vous stupéfier si vous tentez quoique ce soit. »
Snape leva un sourcil narquois. Il s'exécuta néanmoins.
« - Ma baguette est dans la poche extérieure de ma robe. Prends là si tu tiens vraiment à me rendre impuissant. »
C'était une bonne idée, admit Draco. Mais le seul fait que ce soit le mangemort lui même qui l'ai proposée lui enlevait brusquement toute envie de la mettre en pratique. Et puis il ne tenait pas à s'approcher trop près de celui qui l'avait violement immobilisé l'instant d'avant.
« - Le Lord te fait confiance ? » retentit la voix grave et ironique. « Il se dévoile sans masque devant toi, il semble retrouver le chemin perdu de son humanité et il se bat pour la restauration de la puissance sorcière perdue ? »
Draco se retint d'essuyer sa main moite sur sa robe. Snape n'était qu'un charognard envieux et cupide des grâces du Lord. Il venait récupérer ses morceaux de la curée et intimider le chiot pour le rayer de la longue liste de ses concurrents. Snape n'était en fait pas différents des autres.
« - Que me voulez-vous ? »
- Fais attention à toi Draco. Le Lord joue avec les masques comme un nourrisson joue avec ses dix doigts. C'est dans sa nature. Il revêtit, superpose, élague, réajuste ses personnalités comme un parfait styliste. Ne te laisses pas prendre dans la ronde infernale de ses charmes. »
Draco eut un sursaut en arrière mais il reprit rapidement contenance. Il savait les mangemorts prêts à beaucoup de choses pour mener à bien la lutte sans merci des grâces du Lord, mais de là à le rabaisser. De là à vouloir émousser les certitudes d'un nouveau pour ensuite le faire passer pour un traître aux yeux du Lord ! Snape lui apparaissait maintenant bien différemment du professeur partial et laconique. Il suintait d'envie et de cupidité, de rapacité et de convoitise. Le vautour faisait de grands cercles dans le ciel et fondait sur la première carcasse en vue.
« - Je pourrais vous livrer au Lord et lui répéter ce que vous venez de me dire.
- Non.
- Si, je pourrais crier maintenant et demander à voir le Lord.
- Non. »
Draco cilla. Snape semblait si sur de lui et si confiant que l'envie le démangeait d'appeler le Lord à l'instant même. Celui-ci serait sûrement mécontent d'apprendre que le pilier stable même dans la tourmente comme il l'appelait, tentait de corrompre les mangemorts dans son dos. Pas que Snape puisse être accusé de traîtrise, non, mais ses tentatives perfides pour atteindre la place de bras droit du Lord seraient mises à jour. Et Draco espérait que l'endolorissement sourd qui traversait son omoplate serait vengée par une ou deux séances publiques de doloris.
Et tout en réfléchissant, il ne s'était pas rendu compte que le stupéfix était bouillant de s'envoler de sa baguette, n'attendant plus que l'incantation pour détendre ses ailes vermeilles. C'est pourquoi il ne pu s'empêcher de murmurer le sort lorsque Snape eut un brusque sursaut et s'élança vers lui avec toute la force et la puissance de son corps entraîné. La suite fut une explosion d'éclats écarlates aveuglants, une main ferme et diaphane de rouge sur son épaule endolorie et une voix sourde dans son oreille :
« - Ne te fies pas à l'apparence monsieur Malfoy. »
Puis, la lumière almandine se résorba et Draco eut juste le temps de voir une sombre cape claquer sous une arcade avant que celle-ci ne s'évanouisse.
Il resta stupéfié pendant quelques secondes, se demandant s'il devait poursuivre Snape. Puis, lorsque les claquements réguliers des pas du mangemort s'effacèrent progressivement et s'évanouirent enfin dans le brouhaha organique du château en pleine activité, il décolla enfin ses pieds des dalles de granit.
Traversant le hall vers l'arcade derrière laquelle Snape s'était enfui, il parcouru le couloir d'une enjambée pressée et saccadée, le buste en avant comme s'il allait tomber d'une seconde à l'autre. Il traversa quelques salles, certaines petites, humides et oppressantes ; d'autres vastes, lumineuses, et dont le plafond montait si haut dans la brume qu'il était impossible d'en percevoir plus d'une ombre floue. De sombres formes noires et encapuchonnées le dépassèrent à plusieurs reprises, lui adressant un vague salut à peine rendu.
Il lui sembla arriver dans sa chambre une éternité après avoir vu Snape, mais peut-être était ce aussi dû à cette onirique sensation de se déplacer dans le château comme on pourrait le faire dans de l'eau, ou mieux, dans un brouillard poisseux et consistant. C'est donc avec soulagement qu'il referma la porte derrière lui et qu'il s'écroula sur son lit, fermant les épais rideaux baldaquins. Il s'allongea sur le dos, reposant sur une épaisse couverture bordeaux, son univers se composant uniquement de ces plis de velours sombre qui retombaient de chaque côté d'un ciel rouge. Draco avait tendance, même si c'était illusoire, à se renfermer sur ce matelas doux et tendre, entouré de tissus moelleux qui protégeait son frêle corps des vents hurlant de l'extérieur.
Car, aujourd'hui plus que jamais, il avait compris que ce château était une jungle sinistre et froide. Si l'attitude des mangemorts de basses extractions était plus assimilables à celle de petits rongeurs terrifiés et attirés en même temps par la danse mortelle du serpent ; celle des partisans proches du Lord tenait plutôt de la ronde infernale des chacals. En fait, elle était réellement assimilable à une arène : une cinquantaine de sorciers étaient confinés dans un château, le seul et unique candidat qui parvenait à remporter le trophée sortait vainqueur, les autres croupissaient éternellement dans ce labyrinthe fangeux. La promesse de victoire était la grâce du Maître, et bien sur, tous les coups étaient permis pour l'obtenir.
Le jeu avait tout son lot de sang, de sexe, de secrets, de coalitions et de corruptions.
Etre apparu aux côtés du Lord avait projeté Draco au centre de ces carnivores prêt à tout pour assouvir leurs ambitions. Et la nouvelle de la mort de Lucius et de son remplaçant parmi les Quatres allait se répandre comme un vent de peste chez les initiés. Autant dire qu'il serait regardé de travers pour les jours à venir. Snape s'était déjà fait remarquer, et Draco espérait qu'il n'irait pas plus loin que les simples menaces ; Bellatrix ne manquerait pas de lui montrer son antipathie ; Matthieu lui rappellerait son amertume à travers un regard incessamment voilé, même s'il ne semblerait pas d'humeur belliqueuse.
Quand aux autres, le jeune Malfoy leur avait déplu dès le premier jour, lorsque le Lord lui avait confié les soins de trouver un moyen d'entrer dans Poudlard, et cette répulsion ne risquait pas de s'avorter.
Draco s'étendit sur le dos, les mains croisées derrière sa nuque, le regard perdu dans le velours miteux des baldaquins, et ses yeux s'illuminèrent soudain d'un sourire sincère et douloureux. Le jeu en valait la chandelle. Il pourrait se laisser dévorer le cœur la conscience tranquille, si cet instant devait arriver un jour ; car il avait enfin découvert l'attrait de la vie. Il était à présent initié au monde et à la ronde hypnotique de ses émotions.
Il avait appris l'admiration sans borne et sans conditions, l'enthousiasme suprême, la complicité. La contrariété, l'irritation, celle qui attire des réponses rapides et irréfléchies. L'absence, la conscience lessivée de ses émotions et de ses pensées, les yeux dans le vide. Le don de soit, l'abandon de son esprit à l'autre, la transparence. La colère sourde et brutale, la pulsion de destruction et de mort, la révolte.
Toutes ces choses qu'il lui avait offertes.
Le Lord. Ce nom lui allait si bien…
La seule et unique émotion qui restait sans doute inconnue au jeune Malfoy était peut-être l'Amour. Mais quel piètre sacrifice était-ce par rapport à ce feu d'artifice de joie et de pulsions exubérantes qui venait de jaillir dans son esprit ! Quelle était l'hypothétique attente d'une âme sœur inexistante face à ce bouquet aux milles parfums !
Il bougea légèrement et se tourna sur le côté pour mieux enfouir son visage dans l'oreiller, oubliant le rideau miteux pour le visage gracieux du Lord. Malheureusement, un faux mouvement raviva sa douleur à l'épaule, et même si elle n'était pas insupportable, elle restait assez désagréable pour le sortir de sa rêverie. Quel enfoiré de Snape ! L'image du mangemort encombra son esprit, et il lui sembla qu'une vanne cédait soudain en lui, libérant un flot de terreur dans ses veines. Il se recroquevilla sur lui même, tremblant comme une feuille.
Il avait réussit à se contrôler sur le coup, il avait réussit à masquer sa peur, il avait tenu tête. Mais maintenant qu'il y repensait, il avait l'impression qu'il n'en avait fallu de peu pour qu'il n'y passe. Ce Snape semblait si différent de celui de Poudlard, si terrifiant. Il lui avait semblé apercevoir une lueur de folie dans son regard trouble. Tant de mangemorts aiment le sang, ils sont attirés par la mort comme des papillons sphinx par la lampe. Tant d'entre eux le voulaient six pieds sous terre. Et si Snape avait réellement voulut l'achever, qui aurait pu l'arrêter ? Draco peut-être ? Non. Le mangemort avait détourné son stupéfix d'un revers de main, sans avoir même besoin de sa baguette. Le Lord aurait pu l'en empêcher. Mais le Lord ne serait pas tout le temps là…
Il se retourna encore sur lui-même, évitant d'appuyer sur la zone douloureuse de son dos, et l'oppression humide des baldaquins lui sembla tout d'un coup insupportable. Repoussant les barreaux de son angoisse et les rideaux de son lit, il bondit hors de sa cage, se retrouvant devant le mur gris. Tout plutôt que ce velours sanglant de croûtes pourrissantes et de déchirures malsaines.
Il passa devant son miroir à pied sans un seul regard pour son reflet, alluma le jet de la douche. Puis, il se glissa sous l'eau bouillante, assourdi par son doux ronronnement. La caresse lancinante du jet sur son épaule endolorie, sur son cou, ses flans, ses cuisses… La détente le gagna petit à petit, rongeant l'angoisse, et il se permit un soupir de lassitude.
Il n'avait pas choisi la solution de facilité en devenant serviteur du Lord. Au départ, c'était pour enorgueillir son père, pour devenir le digne successeur de l'empire Malfoy, pour rayer enfin les sangs de bourbe de la population sorcière. A présent qu'il était mangemort depuis deux semaines, il réalisait qu'outre ces différentes raisons apparentes et encrées se cachaient d'autres envies plus malsaines, plus… morbides.
Il ne regrettait pas, loin de là, le Lord était devenu l'être le plus cher à ses yeux mais… Il avait réalisé certaines choses ici, certaines choses qui restent habituellement profondément enfouies dans l'inconscient. Il avait certes accepté sa place parmi les mangemorts pour s'affirmer dans la société. Mais peut-être était-ce aussi pour déverser sa rage accumulée pendant de longues années, pour laisser s'échapper cette attirance refoulée de la douleur, pour exprimer son envie de destruction, sa révolte. Cette rancœur implicite encrée dans chaque cœur adolescent. Et c'était ça aussi qui le terrifiait.
Pourquoi n'avait-il pas tué le vieux fou ?
Il sortit de la cabine et se sécha rapidement, puis, il empoigna sa baguette et se plaça devant le miroir. Snape allait voir !
Il s'entraîna pendant de longue heure. Le cour du temps avait depuis longtemps laissé échapper sa régularité monotone lorsqu'il s'écroula enfin sur son lit, exténué et poisseux, mais lavé de toute angoisse. Il s'endormit.
« « « « « « « « « « ¤ » » » » » » » » » »
« DEBOUT LA DEDANS !! »
Ginny entrouvrit les paupières, juste à temps pour apercevoir une furie basanée et pétaradante s'engouffrer dans sa chambre et tirer les rideaux, déversant un flot de lumière dorée sur le lit ; puis repartir comme elle était venue : en hurlant et gesticulant.
Elle bondit des couvertures, tout de suite complètement réveillée comme à son habitude, et esquissa un sourire amusé et entendant les casseroles tintamarres résonner dans la chambre d'à côté, celle de Ron et de Seamus. Et bien, au moins le réveil est efficace ici, pensa-t-elle. Il fallait bien ça pour sortir les deux marmottes d'à côté de leur sommeil semi comateux...
Elle s'habilla rapidement, passant l'une de ses anciennes robes de Poudlard, et jeta un regard furtif par la fenêtre. Le petit matin qui paressait sur les pentes ondulantes de la montagne l'auréolait d'une aura vivifiante. Il devait être aux alentours de sept heures. Elle sourit et s'étira comme un chat, heureuse de ne pas être en proie à un mal de tête fulgurant : de la soirée qu'elle avait passé avec ses amis, elle ne se souvenait que de quelques flashs orangés et d'une vision trouble et tanguante de la chambre de ses amis. La soirée alcoolisée ne faisait pas ressentir ses fléaux, bien que Ron et Seamus ne pourraient sûrement pas en dire autant.
Elle laissa un moment son regard se perdre par la fenêtre. Le soleil enlevait tout de suite le côté patibulaire de la baraque et transformait le camp en une vaste et lumineuse colonie de vacance... Merci papa merci maman… Au moins, elle préférait ça à l'ambiance sinistre de la veille.
Elle quitta la fenêtre, laissant les vitres grandes ouvertes pour profiter de l'air régénérateur du petit matin et ses senteurs d'herbe fraîchement coupée, et sortit dans le couloir. Un peu plus loin, elle entraperçut la femme qui avait réveillé toute la baraque, avant que celle-ci ne disparaisse dans les escaliers. La porte des garçons était grande ouverte, elle eut la curiosité d'y jeter un coup d'œil. Les matelas avaient étés renversés, leurs propriétaires avec, et c'était à peine si l'on avait pas jeté un saut d'eau sur Ron pour le réveiller.
Elle réprima un éclat de rire : oui, vraiment très dynamique ce réveil. Et puis ce n'était pas souvent qu'elle avait le plaisir de voir son frère avec une telle gueule de bois. Ron le matin, c'était déjà quelque chose ; mais Ron, le matin, qui cuve sa bière au beurre… Un spectacle à ne pas manquer.
Elle se passa la main dans les cheveux : la première journée s'annonçait vraiment bien.
« - Salut. Bien dormi ?» s'éleva une voix pâteuse dans son dos.
Elle se retourna :
« - Oui, très bien merci. Et toi ? » répondit-elle.
Adèle lui fit un sourire. Elle avait les lèvres boudeuses et le visage voilé par le sommeil. Ses traits étaient réguliers et agréables, encadrés par de fines mèches de cheveux châtains clair. Elle s'était mis un coup de crayon noir qui attirait le regard vers ses yeux dorés. Autant de choses que Ginny n'avait pas remarqué la veille, trop occupée et excitée pour y prêter attention.
« - Mouai. »
Adèle esquissa un coup d'œil dans la chambre :
« - Tiennent toujours autant l'alcool ceux-là. » maugréa-t-elle.
Puis, elle partit vers le rez-de-chaussée et se grattant le crâne chevelu.
Ginny quant à elle, retourna dans le couloir et se demanda quelle était la chambre de Harry. Il avait disparu dès que le repas avait été terminé la veille, sans chercher même à trouver une excuse pour s'éclipser. Mais elle était vraiment décidée à le prendre à part et à avoir une discussion sérieuse avec lui. Elle en était toujours à ses réflexions quand une porte s'ouvrit, laissant le passage à une Hermione fraîchement lavée.
« - Salut Herm ! Dis, je ne voudrais pas paraître indiscrète mais… C'était qui cette femme qui s'amusait à se balader avec des casseroles. Bonjour le réveil en douceur !
- Ah, ça !... Tu t'y habitueras. Je n'ai pas eut le temps de voir mais d'après le bruit de pétard, je mettrais ma main à couper que c'était Fuü. Elle était comment ?
- Et bien… Les cheveux tressés jusqu'aux omoplates, noire…
- C'était Fuü. » la coupa-t-elle avec un petit rire. « Détonante hein ?
- Ouai plutôt. Je plains Ron et Seamus. »
Hermione haussa les épaules :
« - C'est une méthode comme une autres pour les réveiller. »
Ginny acquiesça.
« - Dis, tu ne sais pas où est Harry ?
- C'est habituellement le premier à descendre. »
Et tout en parlant, elle prit la direction des escaliers.
« - La journée commence dès le réveil » expliqua Hermione. « L'heure varie : il peut être deux ou onze heures du matin même si généralement c'est vers sept heures. On doit immédiatement descendre dans la cour des Pierres, celle par où tu es rentrée hier soir, avant même d'avoir pris le petit déjeuné. C'est là-bas que se passe le premier cour de la journée, le seul où tout les novices sont réunis. On l'appelle la cour des Pierres car les profs nous font courir en rond, tout en maintenant une pierre de volume variable en lévitation au dessus de notre tête. Suivant notre niveau, elle est plus ou moins grosse. C'est un exercice d'endurance physique autant que mentale. Ensuite, les novices vont prendre leur petit déjeuné et se répartissent dans les différents cours. »
Elles débouchèrent dans un nouveau couloir, puis rejoignirent le hall d'entrée. Et au fur et à mesure qu'elles approchaient de la sortie, de pâles figures exsangues et endormies surgissaient de couloirs où d'escaliers adjacents.
« - Et c'est quoi mon emploi du temps ? » Demanda Ginny alors qu'elles débouchaient dans la cour des Pierres illuminée par l'air vif et piquant du matin.
« - Tu vas me suivre pour aujourd'hui. Et demain, tu choisiras toute seule. »
La jeune rousse n'eut pas le temps de lui réponde qu'une furie noire l'avait saisi par le bras et entraînée vers le centre de la cour, près du tas de pierre.
« - Tiens, reste ici et attends que j'ai fini. » lui dit Fuü d'un ton joyeux.
Elle était un peu plus grande que Ginny, avec de longues jambes musclées et fuselées. Son bassin étaient plutôt étroit et ses épaules gracieuses. Son visage était d'un ovale typé et ses prunelles d'un noir chaleureux. Sa peau brune, l'arrête marquée de son nez et l'amande harmonieuse de ses yeux trahissait des origines indoues. Elle se déplaçait avec un équilibre et une détente caractéristique des combattants. Chacun de ses gestes était gracieux, économique et rapide. Elle irradiait un certain charme détonnant et exubérant bien qu'elle ne soit pas particulièrement belle.
Fuü, se répéta Ginny. C'était donc une prof ? La femme qu'elle avait aperçue ce matin, une casserole dans chaque main, et qui avait arraché les couvertures des lits de Ron et Seamus était donc censée être un adulte responsable ! Elle éclata de rire. Cet endroit lui plaisait décidément de plus en plus.
Elle attendit donc avec bonne humeur que Fuü aie fini, profitant au maximum des rayons chaleureux de l'astre et des senteurs de cannelle qui émanaient des pavés tièdes. Une file de novices c'était formée devant son professeur, Harry en premier. L'enseignant et l'élève échangèrent des mots de bonjours, et, au grand étonnement de Ginny, ceux de Harry étaient compréhensibles, teintés d'une politesse docile. Sans qu'une seule incantation ne soit prononcée, une pierre de la taille d'un poing s'éleva du tas de gravas et se déposa en douceur devant le jeune homme.
« - Immobile et en silence. » déclara Fuü.
Sans comprendre, Ginny vit le front de Harry se plisser de rides de concentrations ; puis, la pierre décolla et suivit son possesseur qui commença à courir. De la magie sans baguette ! Il avait fait de la magie sans baguette ! Elle n'eut pas le temps de se remettre de sa stupeur qu'un nouveau jeune homme, le suivant dans la liste c'était avancé. Il venait probablement de Dumstrang car ses traits étaient tirés en arrière en une harmonie typiquement slave. Ses cheveux ondulés et ses yeux pétillants étaient d'un noir profond. Fuü lui présenta une pierre bien plus grosse que celle de Harry, mais elle l'autorisa a utiliser à prononcer la formule. Ainsi débuta le long défilé des quarante et un novices. Hermione était la dernière et Ron et Seamus manquaient.
Ginny vit passer des élèves de tous âges, de toutes origines, de tous accent. Les novices formaient une assemblée hétéroclite et pas une seule des grandes ethnies ne manquait à la liste. Les asiatiques aux longues mèches lustrées précédaient les cheveux d'ange des nordiques ; les teints cuivrés d'Amérique du sud succédaient aux peaux diaphanes des Russes, celles sombres et chatoyantes des africains ; des araméens, des américains, des coréens, des australiens, des espagnols, des maliens et des français se mêlaient parfaitement à la masse anglaise.
Et quand Fuü eut terminé et que tous les élèves courraient, chacun avec sa pierre ; Ginny se sentit un peu comme un soleil entouré d'une multitudes de planètes qui gravitaient autour. Des météorites de toutes tailles l'entouraient, l'enlaçaient, l'encerclaient ; tournant, tournant jusqu'à lui faire perdre pied.
« - Bienvenue dans la boîte ! » s'écria une voix joviale à sa gauche.
Elle tourna la tête et fut soulagée de rencontrer le regard de Fuü, point fixe au milieu de tous ces mouvements perpétuels. Un peu plus et elle se serait crue dans le paradis des Tanathonautes.
« - La boîte ? » s'étonna-t-elle.
« - Et bien, oui. » s'expliqua la combattante, en se frottant la nuque d'un air gêné. « C'est bien comme ça que vous appelez le camp d'entraînement, nan ?...
- Je ne sais pas trop, je viens d'arriver. »
Fuü sembla tout de suite plus à l'aise et reprit l'assurance du professeur :
« - Oui, je sais. C'est pourquoi je vais te faire passer un petit test ce matin. Juste pour me rendre compte de ton niveau. Viens voir et sort ta baguette. Tu étais en quelle année d'étude à Poudlard ?
- J'étais censée entrer en sixième année. »
La guerrière hocha la tête :
« - Je veux que tu me fasses léviter la plus grosse pierre que tu estimes pouvoir élever pendant quinze minutes. »
Ginny acquiesça. Le wingardium leviosa était l'un des premiers sortilèges que l'on apprenaient en entrant à Poudlard et elle le maîtrisait parfaitement depuis de longues années. Elle choisit donc la plus grosse roche qu'elle trouva –un basalte d'environ cinq cent kilogrammes- et l'éleva à quelques deux mètres de hauteur. La pierre semblait aussi légère qu'une plume. Elle tournoyait lentement dans le ciel, comme un joyau aux milles éclats dans son écrin.
Fuü regarda sa montre, et tandis qu'elle adressait un sourire encourageant à Ginny, elle se retourna vers les novices qui courait toujours autour de la cour, leur hurlant d'aller plus vite et les traitant de larvettes. Les élèves semblaient de plus en plus épuisés, mais leur bourreau hystérique se faisant un honneur de courir à leurs côtés pour augmenter la cadence. Il y eut même un moment où elle dû pousser à moitié une jeune fille pour ne pas qu'elle s'arrête, tout en déversant un chapelet de jurons à l'encontre des petites volontés. Seul Harry semblait échapper à ce harcèlement qui poussait les plus faibles à aller jusqu'au bout de leurs forces.
La jeune rousse les observait tranquillement du coin de l'œil, un sourire amusé sur le bout des lèvres. Elle vit plus qu'elle ne regarda Harry s'écrouler à la limite de son champ de vision, sa pierre retombant avec un petit bruit mate près de sa tête. Fuü fut près de lui en quelques enjambées. Elle parut lui prendre le poux, caresser l'angle de sa mâchoire, et en une minute, le jeune homme était debout et se dirigeait vers le réfectoire. La combattante cria quelques noms, et les plus éreintés des coureurs le rejoignirent, reposant leurs pierres sur le tas de grava.
« - Que lui est-il arrivé ? » demanda immédiatement Ginny dès que Fuü soit revenue auprès d'elle.
« - Comme d'habitude. Il se force trop et il ne veut pas m'écouter quand je lui dis de s'arrêter et surtout, de bien dormir. Alors il tombe un peu de fatigue. Il en fait trop. Les quinze minutes sont passées, tu peux relâcher. »
Ginny se retint de poser les questions qui lui pendaient au bout des lèvres : Fuü n'avait apparemment pas envie d'en parler. Elle reposa donc sa roche en douceur, et non sans un certain soulagement. Elle avait remarqué que, même si le sort de lévitation était facile, le maintenir pendant une longue durée pompait de l'énergie. Un minuscule cailloux de la taille d'une bille vint se poser devant elle.
« - Sait-tu ce qu'est le vif ? » demanda alors Fuü.
Et comme Ginny n'en avait aucune idée, la petite pierre s'éleva de nouveau et vint graviter autour de sa tête. Elle retomba finalement, et deux grosses roches jaillirent du tas de gravas pour venir délicatement se poser devant la jeune fille. Fuü s'assit sur la plus haute, et invita la rousse –qui commençait à comprendre que les mouvements bizarres des pierres étaient contrôlés par la guerrière- à en faire de même.
« - A ton avis, à quoi sert ta baguette magique ?
- A lancer des sorts. »
La réponse lui semblait évidente. Elle remarqua pourtant qu'elle ne satisfaisait pas son professeur. Elle chercha donc plus loin, hésitant sur chaque mot, cherchant l'approbation sur le visage de marbre noir de la guerrière :
« - Et bien… Je suppose que c'est un sorte de… catalyseur qui… permet changer… de transformer notre… magie en puissance, en sortilèges quoi… Non ? Je n'en sais rien… »
Fuü acquiesça :
« - Et si on continue dans cette optique. A quoi sert la formule que l'on prononce ?
- Je… peut-être à… regrouper notre… magie. »
Ginny sécha : elle avait sérieusement l'impression de se répéter. L'inspiration l'avait fuie, emporté en un coup de vent. Et, tandis que le regard insistant et exigeant de Fuü semblait l'empaler, elle éprouva une certaine once de compassion pour les artistes désertés du souffle divin. Un silence s'éternisât avant que le professeur se lève soudain pour crier aux novices qui courraient toujours de partir petit déjeuner. Dès qu'elles furent seules, Fuü se rassit et fixa de nouveau son regard brûlant sur Ginny. Quand elle parla, son ton était empreint d'une certaine solennité mystique et la jeune rousse eut l'impression d'être initiée vraiment à l'intimité de la boîte :
« - Et bien, c'est un peu brouillon mais l'esprit y est. » dit-elle. « Tu as raison quand tu dis que la baguette est un catalyseur. Là ou tu t'égares, c'est quand tu dis qu'elle cumule ta magie. Car non, elle ne puise pas dans ton être, sans quoi tu ressentirais un profond épuisement lorsque tu invoques un sortilège. Elle tire son énergie du monde qui t'entoure. La fatigue qui te submerge quand tu utilises ta baguette, celle que tu as forcément dû sentir tout à l'heure, est mentale. Elle est dû à l'effort intellectuel intense que tu produis lorsque tu t'efforces de maintenir un sortilège et donc un pont de transfère d'énergie. La baguette te permet d'accumuler la magie qui t'entoure, qui se trouve dans le sol, les pierres, l'air, les arbres, l'eau, le ciel, les étoiles. Toute cette magie autour de nous est omniprésente et se régénère très rapidement après que tu y ais puisé.
« Ta magie à toi, celle qui se trouve dans ton corps et dans ton esprit est appelée vif lorsqu'on l'utilise. Elle reste intacte lorsque tu utilises ta baguette. C'est pourquoi des personnes ne possédant que très peu de magie dans leur être –de vif- peuvent toutefois lancer des sorts avec baguette. La formule que l'on prononce pour invoquer les sortilèges, elle, sert seulement de détonateur : elle libère l'énergie accumulée et la transforme au bon vouloir du sorcier.
« Ce camp d'entraînement, la boîte comme les novices l'appelle, accueille des sorciers de tous âges qui ont déjà acquis une maîtrise basique de la sorcellerie traditionnelle et dont la magie personnelle -le vif- est supérieure à la normale. Nous leur apprenons à cultiver cette magie, celle qu'il possèdent dans leur corps. Nous leur enseignons comment augmenter leur potentiel, comment utiliser celui-ci, comment résister aux puissantes montées de fatigue qui la suivent, comment, enfin, devenir plus puissants et plus dangereux que les sorciers traditionnels. Nous formons des tueurs.
« Nous sommes longtemps restés dans l'obscurité, mais la guerre nous a décidé à recevoir de nombreux novices dans l'optique de supprimer la puissance maléfique de Voldemort. En contrepartie, nos élèves nous doivent une totale soumission et un engagement sans faille. Il est évident qu'ils sont aussi tenus au secret concernant leur enseignement et l'existence de cette communauté. En répondant oui à la question de Kiaran hier : Acceptes-tu de rejoindre notre ordre ; de te plier à ses règles ; de te soumettre à son jugement ; d'apprendre au mieux ce qui te sera enseigné dans le seul et unique but de servir sa cause et de combattre ses ennemis ? ; tu as accepté de t'éloigner de ta famille pendant une longue période, six mois ou plus, pour te consacrer entièrement à ta formation. Le camp d'entraînement est totalement coupé du reste du monde, et tu ne pourras pas le quitter sans passer par l'un des maîtres, de tes professeurs. Il n'y a pas de retour en arrière.
« Maintenant que ceci est clair, je vais tester tes capacités au vif. Allonge toi sur le sol, ici. Ferme les yeux, je vais mettre la petite pierre sur ton front. Voilà, tu la sens ? Essaye de faire le vide dans ton esprit, écarte toutes tes pensées. Je sais que c'est dur. Les dalles sont tiédies sous ton corps. Tu ressens chaque rayon de soleil sur ta peau comme une caresse lente et rassurante. Recule ton esprit dans les tréfonds de ton être. Abandonne la maîtrise de ton corps, abandonnes tes perceptions. Tu ne sens plus le sol qui meurtrit ta nuque, tu flottes sur un duvet inodore. L'apathie te gagne. Tu abandonnes tes dernières barrières et perds pied. N'aies pas peur. Laisses-toi aller… Bien. Ton esprit est attiré vers le haut comme si une sorte de courant partait de la pointe de tes pieds pour remonter vers ta gorge et ton crâne. Suis ce courant, laisse toi emporter, tire vers le haut.
"Reviens un peu vers moi, la pierre sur ton front devient d'un blanc coupant. Elle te ronge la peau, te l'oxyde, se déverse à l'intérieur comme de la fonte. Le torrent qui te mène jusqu'à la sortie de ton corps est de plus en plus violent. Il se déverse à l'extérieur et enveloppe le monde qui t'entoure. Roule toi dans sa douceur et sa force. Tu décides de le soumettre à ta volonté, tu veux qu'il retire cette goutte d'acier fondu qui transperce ton front. Tu l'exige, tu plis ce flot et en fait ton allier. Tu repousses l'intrusion de toutes tes forces. Tu pousses… Elève le. Eloigne le. Ne laisse plus le feu te mordre !… »
Ginny sentit brusquement deux mains fermes la saisir par les épaules et la secouer violemment. Son premier réflexe fut de bondir et de se reculer. Elle prit ensuite conscience du soleil éblouissant, de l'ombre de la baraque en face d'elle, et juste en dessous, d'une forme sombre et svelte. Fuü. Elle se détendit d'un seul coup et eut honte de sa réaction. Levant son regard vers le professeur, elle se gifla mentalement pour ne pas transparaître ses tremblements et sa honte.
« - Et bien, tu es dans la norme. » fit la combattante d'un ton étrangement froid bien que magnanime. « Tu devrais maintenant rejoindre les autres au réfectoire. A bientôt. »
Sidéré, Ginny regarda bêtement la femme disparaître derrière une porte, se déplaçant toujours avec ce mélange d'enthousiasme et d'équilibre qui semblait la caractériser bien que la déception ralentissait un peu sa marche. Elle secoua ensuite sa tête, comme pour en chasser une pensée absurde, franchit le porche menant au hall, puis l'escalier ; guidée, encore une foi, par les sons de voix.
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Draco fut réveillé en sursaut par de sonores coups de heurtoir. Il bondit des draps humides et jaillit de son lit comme un animal sur le qui vive. Depuis combien de temps frappait-on à sa porte ? Il avançait prudemment vers le battant en chêne massif, se demandant encore s'il allait l'ouvrir ou pas, quand une voix traversa le bois, accompagnée d'une flopée de coups sourds :
« - Malfoy ! Le Lord veut te voir. » gronda Dimigus.
Le martèlement cessa et Draco perçut des pas décroissants et pressés derrière de la porte. Quand il fut sur que l'autre était parti, il se précipita dans la salle de bain pour détacher cette affreuse odeur de suint qui s'accrochait obstinément à sa peau. Il était soulagé de ne pas avoir eut à ouvrir à Dimigus car sa simple vue lui donnait des sueurs froides. C'était peut-être enfantin, mais le teint parcheminée d'albinos du mangemort et le rouge carmin de ses yeux ainsi que je de ses lèvres l'assimilait aux illustrations de vampires que Draco contemplait avec frayeur sur ses livres d'enfance. De quoi avoir des cauchemars…
Après avoir fait une brève toilette, il enfila une robe de sorcier par dessus son jean et sa tunique, vérifia la présence de son étui à baguette autour de sa cuisse droite, réajusta son col, avança sa main vers le verrou de la porte tout en ayant en tête le sort de déverrouillage…
Non… Il ramena ses doigts vers sa poitrine, comme s'il avait eut peur de se brûler. Le métal de la poignée semblait rougeoyer dans l'ombre du chêne. Draco ne le voyait pas avec ses yeux, il le sentait avec son cœur. Sa gorge étouffée lui criait à plein poumon que la porte allait l'ébouillanter ; ses tripes tordues lui renvoyaient des goûts de bille amère. Fallait-il réellement passer de l'autre côté ? Fallait-il de nouveau se lancer dans l'arène ? Ne pouvait-il pas rester ici en bon spectateur, et attendre la fin du jeu à l'abris des regards venimeux ?
Non… Le Lord veut te voir. Le Lord veut te voir. Le Lord veut te voir.
Il l'attendait de l'autre côté de la porte, au centre du cirque. Et il valait le coup de se faire vautour parmi les rapaces. Draco passa ses mains sur son visage comme pour en effacer toute trace d'émotion et se redressa lentement, puisant des forces dans l'image qu'il s'était fixée. Et lorsqu'il estima qu'il était assez fort pour affronter la journée, il déverrouilla le battant et se glissa de l'autre côté, le refermant soigneusement derrière lui.
Comme toujours, la traversée du château se révéla être une intense séance d'apnée. Presser le pas. Ne pas s'arrêter devant les regards sévères. Ne pas prêter attention aux longs couloirs de cachots humides. Presser le pas. Ne pas réagir lorsqu'on vous fait un sourire hypocrite. Eviter les silhouettes encapuchonnées. Presser le pas. Être cordial, mais pas trop. Presser le pas. Garder un visage d'ambre figé. Presser le pas…
La nouveauté était ces chuchotements haineux et ces frissons primitifs qui agitaient les mangemorts sur son passage. Et Draco sentait que les sorts de douleur et de mort n'étaient jamais bien loin lorsqu'il traversait un groupe d'hommes conspirateurs. L'air malsain. Mais il parcourut les quelques centaines de mètres et de marches d'une allure inébranlable, scotchant du mieux que possible un masque hautain sur son visage.
Il dépassa le mur contre lequel Snape l'avait plaqué la veille et franchit l'arcade envahie par un lierre émergeant d'un carré de terre enraciné dans les dalles. La vaste salle était vide à l'exception d'une forme sombre vers la porte du fond, derrière l'estrade. Dès que ses yeux se posèrent sur la silhouette du Lord, Draco sentit la peau de son visage se détendre et ses rides soucieuses s'envoler loin au dessus de sa tête. Il ne cessa d'avancer, se dirigeant droit vers son maître tout en tentant de dissimuler son malaise. C'était inutile bien évidemment : comme le lui avait fait remarqué le Lord, son masque s'effritait dès qui entrait en sa présence, et il devenait alors aussi transparent que l'eau.
Il traversa la salle, remarquant que le cadavre de son père avait été retiré, puis se hissa sur l'estrade et s'immobilisa, servile, à quelques mètres du Lord. Indiciblement envoûtant et lumineux. Son maître lui fit un sourire et disparut derrière une porte, invitant Draco à en faire de même. Celui-ci le suivit sans un mot, il n'était jamais allé dans cette partie du château. Ce n'était pas que ça lui soit interdit, mais il n'y avait jamais été invité, et l'exploration n'était pas son fort, surtout dans un repère de hyènes hostiles et belliqueuses.
C'est donc avec curiosité et respect qu'il engouffra à la suite du Lord dont la démarche animée et bondissante traçait un sentier lumineux vers l'inconnu. Il débouchèrent du couloir sombre et bas de plafond dans une salle rectangulaire, de taille raisonnable, et dont les murs étaient tapissés de fenêtres magiques et illusoires qui ouvraient sur des paysages féeriques et lumineux.
« - C'est une salle d'entraînement. » dit le Lord. « Je l'utilise pour enseigner moi même ma propre science. Autant te dire qu'avec mon emploi du temps surchargé, je ne l'ai pas trop utilisée ces derniers temps.»
Sa voix était douce et audacieuse, presque débarrassée de ce sifflement rauque qui faisait habituellement d'elle une danse hypnotique et terrifiante du serpent. Son charme était plus calme, bienveillant. Draco ne ressentait ni peur, ni gène, ni anxiété comme la vieille. Non, plus qu'une plénitude teintée de respect et d'admiration.
« - Merci. » répondit-il, car il ne voyait pas que dire d'autre.
A ces mots, le Lord bondit presque sur place et sa baguette apparue dans sa main. Il sourit en tournoyant jusqu'à arriver au centre de la pièce.
« - Et bien, en garde sire Malfoy, dernier de sa lignée.
Draco eut un hoquet de surprise quand il se rendit compte que le Maître ne plaisantait pas. Il avança en boitillant vers le centre de la pièce, ayant soudain l'impression que ses jambes étaient de granit, sa nuque de bois et sa bouche de sable, se sentant comme l'albatros sur le pont du navire. Il aurait dû exploser d'allégresse, pourtant. Mais le simple fait de devoir lutter contre ce divin combattant lui coupait toute envie belliqueuse.
Il arriva à quelques mètres du Lord.
« - Et bien. Prends ta baguette ! » l'incita le Lord avec un mouvement du bras.
Il semblait plus joyeux et impatient qu'un enfant la veille de noël. Draco le regarda en cillant quelques secondes, puis il se rappela à lui même et empoigna sa baguette. Le touché glacé et humide du bois de saule parcouru son bras et il eut l'impression que son cerveau émergeait d'une brume engourdissante. Il se positionna.
De longues et interminables minutes passèrent. Dans un tressaillement, Draco embrassait la scène cristallisée du regard et se sentait de plus en plus inconfortable au fur et à mesure que les secondes déroulaient leurs volutes flottantes. Le temps passait, et il se demandait toujours s'il devait attendre ; lancer un sort, mais lequel ? Et le Lord le regardait en souriant affablement d'un air si jeune et heureux qu'il lui donnait envie de rebrousser chemin, lui qui devait se débattre dans les filets infâmes et humides d'araignées voraces.
Puis, il sentit un sort enfler dans sa poitrine, chatouiller ses lèvres. Un sort mineur, pour commencer.
Il raffermit sa prise et murmura la formule, voyant la lueur violette naître à l'extrémité de sa baguette, puis se lancer vers la silhouette du Lord. Il n'eut pas le temps de battre des cils qu'un éclair émeraude emplit ses pupilles et que des ténèbres givrées jaillirent de terre pour s'accrocher à sa robe et le submerger dans une marée chaotique !…
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La première chose que Draco sentit lorsqu'il se réveilla, fut l'engouffrement piquant de l'air dans ses poumons. Puis, il perçut la lumière chaude et pourprée à travers ses paupières translucides. Il ouvrit les yeux et distingua la silhouette du Lord, digne d'un navire élancé traçant les flots, accroupi à sa gauche. Il accepta le carré de chocolat qu'il lui offrait et le remercia avec les yeux.
Le Lord lui tendit la main pour l'aider à se relever et Draco l'empoigna sans tergiverser. Il y avait eut un temps où il aurait mesuré les implications, les effets et conséquences de son acte ; mais il lui semblait être maintenant dans une autre dimension. Un monde où le Lord n'était qu'un homme parmi les autres, aîné par son âge et son expérience, amical par son caractère et son charisme, jeune par son tempérament et sa silhouette, complice par un regard… Peu importait si ce même homme manipulait et tuait au dehors. Seuls comptaient l'instant présent et cet éternel adolescent qui était, Draco s'en sentait persuadé, la véritable identité de Voldemort.
Le jeune homme sentait un courant chaud et audacieux parcourir son corps. Et lorsqu'il se dressa devant son adversaire, les souvenirs des cours de duel à Poudlard émergèrent de sa mémoire. Il tenta de reproduire la position de combat enseignée par Snape –maudit soit-il- lors de sa deuxième année.
« - Bien. » apprécia le Lord. « C'est déjà mieux. Tu es en situation d'attaque. Rapproche ta baguette de ton torse et recule un peu ton pied droit pour te mettre en position de défense : je suis plus fort que toi. »
Draco tenta de se placer du mieux qu'il pu. C'était une étrange sensation que de recevoir les conseils du Lord. Il avait la double impression de se trouver devant un professeur sévère et un camarade de classe jovial. Il remonta son regard vers les yeux pourprés du mage et… eut juste le temps de baisser la tête pour éviter un sort carmin qui lui fonçait droit dessus ! Il roula instinctivement sur le côté. Prononça un rapide experliarmus avant de bondir précipitamment face à un autre jet lumineux ! Quand il releva la tête, le Lord était aussi droit qu'auparavant, un masque hideux à la place du visage, et une nouvelle éruption de sorts se dirigeait méchamment dans sa direction !
Suivirent des instants criblées de cahots, de bonds, de brûlures, de hargne. Draco rebondissait dans toute la pièce, frôlé de partout par les ponts éblouissants, jetant des sorts tout de suite écartés, pestant contre ce Lord statique et inatteignable. Il matérialisa finalement un mur devant lui, le protégeant temporellement de la pluie douloureuse, entendant le rire satanique de Voldemort mêlé à la cascade du béton qui s'effrite progressivement. Il ne doutait pas un instant que le Lord était capable de faire disparaître son abri d'un cou de baguette. Mais l'Autre préférait faire durer le plaisir. l'Autre jouait avec lui !...
Adossé au béton convulsé, Draco sentit une colère sourde et indicible grandir dans sa poitrine et déferler dans son esprit, rasant sa lucidité à grand coups de siphons rageur et de rouleaux mousseux.
« - Sort de ta cachette petit dragon, que je te brûle, que je te, râpe, que je te calcine… »
La voix était traînante, bien qu'empreinte de cette même puérilité et jovialité qu'auparavant. Le Lord était un gamin, venant de remporter sa victoire, et luttant contre lui même pour ne pas laisser exploser sa joie. Draco, lui, se sentait écartelé entre sa rage et ses doutes, sa pulsion et ses remords. Le désir de se battre réellement implosait en lui comme les sorts colorés des deux côtés du mur ; mais le barrage pâle et translucide de son esprit freinait toute envie de violence : bondir hors de cet abri, c'était laisser la voie libre à toute cette Hargne, c'était l'Envie de voir le sang s'écouler du corps diaphane du Lord, c'était le Besoin d'entendre ses suppliques…
Et la peur des sentiments incontrôlables de Draco, la peur de ses pulsions animales, la peur de lui-même le clouait sur place, repoussant la vague de haine…
« - Et bien, Malfoy. » retentit la voix. « Comptes-tu rester un lâche jusqu'à la fin de tes jours ?! Comptes-tu te cacher derrière ta tombe et fuir comme un animal blessé ?! Ainsi, Potter aura réellement déteint su toi ! »
C'en fut trop pour Draco, et des ténèbres sanglantes envahirent son esprit pour bondir hors de l'abri réconfortant du mur, face à la silhouette sombre d'un Lord rieur. Les couleurs se troublèrent tandis que des effervescences éclatantes se dressèrent de toutes parts. Les assourdissants frôlements des jets lumineux. La douleur insaisissable au torse. La forme noire semblait plus proche. Les étoiles déréglées tourbillonnant sous ses orteils. Le temps ralenti. Le bras brûlant. Le rire. Le noir…
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La luminosité de la pièce éblouit les iris rétrécis de Draco. Il eut un hoquet de surprise en sentant le froid tranchant d'un poignard sur sa carotide, et, plus pesant encore, la présence chaude et impériale du Lord le maintenant fermement cloué au sol. Par réflexe, ses pupilles cherchèrent et plongèrent dans les prunelles rubescentes. Le mage retira son couteau, sans pourtant se relever. Il eut un sourire contrit.
« - Je ne savais pas que tu faisais des crises. »
Draco sourit faiblement. Des crises de violence ? de démence ?...
« - Désolé pour tout à l'heure. Je ne voulais pas te pousser à bout. C'est juste que, les gens ne donnent vraiment le meilleurs d'eux même que lorsque leurs actes sont guidées par un esprit de revanche. »
Le jeune homme cilla : tout était pardonné. Comment croire que le Lord avait prémédité alors qu'il enveloppait Draco de son inquiétude et de ses remords ? De la chaleur de ses yeux. De la présence fraternelle au dessus de son corps.
« -Tu sais, je crois que nous allons devoir s'entraîner à gérer ce petit problème. Autrement, tu pourrais redevenir cette bête furieuse, et je sais par expérience que ce n'est pas agréable. »
Le Lord avait une odeur de puissance, un goût d'éternelle jeunesse.
« - En tout cas, ta force s'est considérablement accrue lors de ta crise. Tu as donc beaucoup de potentiel. Le tout, c'est de permettre l'entrée de la haine, tout en gardant un certain contrôle sur elle. Ne jamais la laisser gouverner ton corps et ton esprit. »
Draco acquiesça et une question franchit ses lèvres avant qu'il n'ai pu la retenir :
« - Ca vous est déjà arrivé de perdre contrôle ? »
Il regretta tout de suite son impertinence car le visage du Lord s'était assombrit à la seconde même où les mots s'étaient écoulés de sa gorge. Le mage se leva.
« - Reprenons. » dit-il d'une voix flottante et tranchante, sifflante. « J'aimerais que tu maîtrises le sort d'unicité d'ici la semaine prochaine. Si tu le contrôles bien, il empêche tes adversaires de te renvoyer tes propres sorts. Les boucliers aussi sont nécessaires car, même s'ils ne repoussent pas tous les effets secondaires d'un sort, ils en atténuent les symptômes. Très utile lorsque tu es pris au dépourvu. »
Draco détourna les yeux de la lueur froide et triste qui s'était allumée dans les prunelles du Lord. Un brin de culpabilité se nicha dans sa gorge à le vue de la roideur du corps ordinairement si souple du mage.
Il se redressa, et le contact lisse et plein de sa baguette dans sa paume le réconforta un peu.
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Ginny arriva au réfectoire qui était en pleine ébullition. C'était une grande salle tout en longueur et au plafond bas. Le bois et la pierre étaient omniprésents, s'entrelaçant en sombres arcades, cheminées brutes et poutres brisées. Les nombreux chandeliers pendus aux murs et au plafond compensaient agréablement le manque de fenêtre, baignant la salle dans une chaleur feutrée et archaïque. Deux tables allongées se faisaient face, grouillant de pains, de beurres, de laits chaud et froid, de pichets de jus de fruits, et de jeunes gens braillards.
Elle reconnut tout de suite ses amis et rejoignit rapidement leur bout de table, se demandant si Harry serait de meilleure compagnie que la veille. Par un heureux coup du sort, la seule place vacante était entre le jeune homme en question et Adèle, en face du beau ténébreux de la veille. Elle lança un salut en cantonade et fit la bise au brun, remarquant une foi de plus son air avachit et ses cernes inquiétantes.
« - Salut Harry ! »
Aucune réaction.
« - Tu sais faire de la magie sans baguette ! Je n'en revenais pas quand je t'ai vu… »
Aucune réaction.
« - Mais tu es sur que ça va ? Qu'est-ce qui t'est arrivé tout à l'heure ? Tu t'es évanoui ?.. »
Aucune réaction.
« - Tu sais, tu m'a beaucoup manqué pendant les vacances… »
Toujours aucune réaction.
Elle releva la tête, agacée. Il fallait croire que, comme la veille, les corn-flakes aussi ramollis et blanchâtres que des chenilles agonisantes sur une flaque de sperme de cheval du bol de Harry étaient plus intéressant qu'elle-même. Ginny se détourna et avisa un verre de jus d'orange, trop dégoûtée pour avaler autre chose ; et lançant un regard noir au sourire amusé du beau ténébreux au passage.
« - Alors… Tu as réussi le test ? » lui demanda Adèle.
« - Quoi !... Si tu parles du truc débile de Fuü comme quoi il faut utiliser le vif ou je ne sais quoi, non ! je ne l'ai pas réussit. » répondit-elle d'un ton plus brusque qu'elle ne l'aurait voulut.
« - Va y, attaque-moi je ne te dirais rien. Il faudra que tu te calmes un peu si tu ne veux pas te mettre tout les novices sur le dos et moi la première. »
Ginny tourna la tête et rencontra le regard franc de la blonde. Sa colère s'envola tout de suite en y lisant la plus sincère franchise dénuées d'agressivité. Elle baissa les yeux.
« - Oui, excuse moi. C'est juste qu'il m'énerve. » avoua-t-elle avec un coup de tête et un regard noir en direction de Harry.
« - Tu ne seras pas le première ni la dernière à qui il fait cet effet là. » acquiesça une voix claire et méthodique devant elle.
Et à la minute où la phrase avait franchi les lèvres du beau ténébreux, son nom était revenu en mémoire de Ginny.
« - Zabini ! » s'écria-t-elle. « L'année dernière… tu es le serpentard que j'ai…
- Giflé. » compléta le jeune homme avec une moue affligée. « Oui, crois-moi je n'ai pas besoin que tu me le rappelles. Et si ça ne te dérange pas, je préfèrerais que tu m'appelles Blaise, c'est moins impersonnel que Zabini. On peut se le permettre après de tels instants d'intimité… »
La jeune rousse cligna plusieurs fois des yeux, totalement prise au dépourvu. Soudain un vent d'hilarité la traversa et elle tomba sur la table, secouée par des éclats de rire incessants.
« - Je ne sais pas comment je dois le prendre. » maugréa le jeune homme.
« - Si j'étais toi, je me vexerais. » lui conseilla Adèle. « Tiens, passes moi le pain s'il te plait.
- Mais je suis vexé. » trancha Blaise en s'exécutant.
« - Ah... Dis moi, c'est quoi cette histoire de gifle ? Merci.
- Tu ne veux pas savoir. De rien.
- Mais si. »
Blaise soupira et se leva pour taper dans le dos de Ginny qui s'étouffait à moitié avec son verre de jus d'orange. Puis, il se rassit et se servit un bol de thé.
« - Comme quoi je tournais trop autour de son copain. » grommela-t-il.
Adèle resta interloquée, puis les connections se firent :
« - Toi ! » s'écria-t-elle. « Oh non c'est trop drôle ! Tu est homo ?!... Et tu fantasmais sur le… »
Elle éclata de rire, manquant de tomber du banc.
« - Vous aviez l'air de bien vous amuser à Poudlard. » dit-elle, hilare, en se beurrant une tartine.
« - Simple erreur de jeunesse. » rectifia le brun.
Entre temps, Ginny s'était remise de sa surprise et avait récupéré son souffle. Elle envoya un sourire lumineux et taquin à Blaise :
« - Il est célibataire maintenant tu sais. J'ai cassé l'année dernière et les quelques histoires qu'il a eues depuis n'ont pas durées. Avec un peu de chance il est en train de se découvrir une attirance pour les mecs. Tu as le terrain libre.
- Ca fait longtemps que j'ai arrêté le fantasmer sur des crétins de grinffondors. » répliqua le serpentard.
« - C'est qui le mec en question ? » demanda Adèle qui n'arrivait pas à masquer sa curiosité.
« - Je te le répète : tu ne veux pas savoir.
- Mais répondez moi à la fin ! Ou alors changez de sujet, vous commencez à être lourds là ! » râla-t-elle en enfournant rageusement sa tartine.
« - Ok. »
La rousse et le brun s'échangèrent un dernier regard complice et la discussion prit fin sur un rapide « Je t'expliquerai ».
« - Alors… » Demanda Hermione. « Comment a réagit Fuü quand elle a vu que tu avais loupé son test du vif ? »
Ginny sentit la mauvaise humeur reprendre possession de son esprit :
« - Elle s'est cassée. Elle était froide, distante, presque en colère. Vous avez réussit vous ? »
Les autres hochèrent tous négativement de la tête.
« - Seul Harry y est arrivé. » précisa Blaise.
« - Je ne comprend vraiment pas pourquoi elle a réagit comme ça. Elle était souriante, surexcité. Et quand je me suis réveillée elle avait l'air morose. »
Le brun hocha les épaules.
« - Moi je sais. » confia Adèle. « Elle a fait un pari avec Kiaran l'autre jour.. Et elle l'a perdu… Vous voyez, Kiaran prétend que la seule et unique manière de faire réagir le vif de novices inexpérimentés est de les désarmer pour les attaquer. Le vif est sensé alors réagir face au danger imminent. Kiaran a réussit à faire résister Harry de cette manière. Il paraît que celui-ci lui a inconsciemment envoyer une décharge d'énergie… Fuü affirme qu'on peut aussi réussir par une sorte de relaxation ou de transe. Elle a parié qu'elle réussirait à déclarer ton vif, Ginny, par cette méthode.
- Comment tu sais ça ? » s'étonna Hermione.
« - J'ai mes sources. » répondit-t-elle avec un regard malicieux. « Fuü a bien essayé de t'hypnotiser, non ?
- Oui. » admit la rousse. « Ca ma fait pensé aux exercices bouddhistes que faisait maman. »
Il y eut un grand silence et elle se sentit soudainement très inconfortable. Pourquoi avait-il fallut qu'elle parle avant de réfléchir ?!...
« - Elle n'en a fait que pendant un trimestre. » Précisa-t-elle. « Une idée de mon père… Et donc, ils avaient parié quoi Fuü et Kiaran ? » Demanda-t-elle précipitamment, se félicitant de ce brillant changement de sujet.
« - Deux mois de corvée. » Dit Adèle avec un sourire au bord des lèvres.
« - Aie… » Compatirent Blaise et Hermione d'un même voix.
« - Comme la boîte n'est pas un bâtiment magique, » expliqua cette dernière à l'intension de Ginny. « les travaux manuels comme la lessive ou le ménage nous sont imposés à tour de rôle. Zabini doit ranger la table du dîner ce soir par exemple.
- Merci de me le rappeler. » bougonna le brun.
« - Mais pourquoi ne lancent-ils pas de sorts permanents de nettoyage comme à Poudlard ? » s'étonna la rousse.
Hermione haussa les épaules.
« - Je ne sais pas. »
Un brusque et tonitruant éclat de rire général retentit soudain, coupant cour leur discution, et résonnant dans la salle comme dans un énorme amphithéâtre ! Toutes les têtes se tournèrent simultanément vers le bout de table où Fuü venait d'arriver, encaissant les vannes moqueuses et paillardes, et y répondant avec autant de dignité qu'il lui en était permis.
La nouvelle du pari et des deux mois de corvées supplémentaires c'était apparemment rapidement propagée chez certains qui le faisaient bruyamment remarquer à grand renforts de : « Alors, Fuü ! Tu t'es reconvertie en femme de ménage ?! » ou bien « Encore quelqu'un qui a trouver sa vocation… ». Bientôt, les conversations reprirent ça et là, plus excités et bruyantes que jamais.
« - Elle ne va pas s'en remettre la pauvre. » pouffa Adèle. « Vous imaginez ?! Deux mois de corvée doubles : les siennes et celles de Kiaran !
- C'est qui celle-là ? » demanda Ginny en observant une brune pulpeuse se lever et mettre une claque amicale dans le dos de la guerrière. « Non… Qui sont-ils, tous le groupe là-bas ? » précisa-t-elle après réflexion. « Ce ne sont pas des élèves ?
- Qui ça ? Ceux qui ont vanné Fuü ?
- Ce sont les profs. » répondit tranquillement Baise.
Ginny se fendit d'un grand sourire, emplie d'une allégresse sans pareille. En arrivant, elle avait eut peur de devoir faire face à une discipline stricte et rigide. Or, il s'avérait que les maîtres enseignants étaient plus délirants et exubérants que les novices même. Le matin, elle avait vu Fuü se balader le plus sereinement du monde avec un assemblage de casseroles. Et elle voyait à présent les profs écroulés de rires sur leur bol de lait, tentant d'échapper aux tirs de corn-flakes d'une indoue enragée.
C'était le monde à l'envers !…
Elle se rapprocha d'Adèle, cherchant plus de renseignements, et lui demanda :
« - C'est qui l'asiatique qui vient de balancer son bol sur Kiaran ? »
La blonde pouffa :
« - Lee.
- Et la grande brune aux formes avantageuses ?
- Venda. Prof de magie blanche. »
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Il se révéla par la suite que Venda était une femme mure et autoritaire. Une femme pulpeuse sur laquelle, Ginny en était convaincue, les trois quarts les hommes de la boîte fantasmaient. Il était vrai que la ligne droite de son nez et de sa mâchoire, son sourire franc et éblouissant, ses cuisses et ses fesses fermes, son ventre plat et velouté et ses seins lourds faisaient d'elle une belle femme quoique trop plantureuse aux goûts de la rousse. Elle paraissait d'ailleurs prendre parti de son physique pour s'amuser des réactions involontaires de certaines personnes, s'offrant des airs aguicheurs. Il semblait qu'elle détienne un cinquième sens pour déceler les adolescents boutonneux et plein d'hormones.
Et pourtant, outre son côté taquin, elle enseignait sa matière : la magie blanche, avec un sérieux et une compétence certaine. Ses cours étaient essentiellement pratiques, reléguant la théorie à un rôle secondaire. Comme les autres maîtres et grâce aux effectifs réduits, elle enseignait au cas par cas, prenant compte du niveau et de l'objectif de chacun. Ainsi, tandis que Harry s'attaquait à de puissants sortilèges avec baguette dans l'optique de devenir un mage, Ginny tentait de contrôler son vif avec de simples sorts comme le lumos.
Lee, quant à elle, enseignait la magie noire, matière peut recherchée par les élèves. L'art sombre, maléfique, sordide, machiavélique de Voldemort avait fait son chemin dans les esprits et était souvent assimilée à la mort. Lee avait beau répéter inlassablement que les racines de la magie blanche et noire étaient étroitement enlacées, que leur séparation restait très floue, que l'art sombre n'était pas forcément synonymes d'effusion de sang ; ses cours restaient souvent déserts. Peut-être était-ce aussi renforcé par l'apparence gothique de Lee, au visage triste et figé, aux habits noirs.
Pourtant, Ginny avait immédiatement été séduite par l'asiatique, trouvant de l'innocence et de la pureté là où les autres ne voyaient qu'occulte. Elle avait ce corps de petite fille et ce visage d'adulte, cette façon de bonder le torse et de se tourner d'un seul bloc, ces yeux noirs et bridés ouverts sur le monde et ces long cheveux noirs et satinés. Et puis, les anciens avaient toujours conseillé de connaître son ennemi pour mieux le vaincre. Or, en l'occurrence, l'ennemi était Voldemort et sa magie noire…
Lee formait un amusant contraste avec la silhouette droite et éternelle de Kiaran, ses cheveux d'or et ses yeux vert marin. Ginny avait été agacée par la compagnie ennuyeuse du blond lorsque celui-ci l'avait amené à la boîte, le premier jour. Il se révéla qu'il n'était pas réputé pour son éloquence, mais pour son bon sens et son intelligence. Puit de science sans pourtant être rabacheur. D'après certains, il lui arrivait de se dérider et de devenir encore plus exubérant que Fuü… Ginny demandait à voir.
Kiaran n'en restait pas moins assez froid et réservé dans son rôle de professeur, imposant une discipline stricte dans ses cours. Il enseignait l'art des plantes et de leurs propriétés, des potions frémissantes, des poisons mortels, de leurs antidotes… Il enseignait le savoir faire, la méfiance ; il exerçait les sens ; tous ces petits rien qui font qu'un assassin reste en vie.
La dernière des trois matières principales était assumée par Fuü, combattante expérimentée, guerrière redoutable, tornade basanée et surexcité qui se remettait très bien des moqueries de ses collègues. Outre le maniement des armes telles le bâton, l'épée, le sabre, les couteaux, le cimeterre, l'arc, l'arbalète, les étoiles de jet ; elle enseignait l'esprit de survie et l'instinct. Elle apprenait aux novices à laisser leur vif s'exprimer, invoquant boucliers, décharges, mais aussi sorts de confusion, d'affûtage, de dédoublement…
En imposant de sévères entraînements, en épuisant les novices et en les habituant aux douleurs des courbatures, elle les accoutumait aux vagues de fatigue et de souffrance liées à l'utilisation du vif.
Ginny allait très régulièrement à ses cours car elle aimait cette lassitude douloureusement vague qui s'emparait d'elle en fin de journée. Elle aimait que son corps lui rappelle qu'elle était devenue plus forte que la veille. Elle n'avait aucune envie de devenir une mage retranchée derrière ses sorts ; elle voulait combattre, voir ses membres se détendre pour attaquer l'ennemi, participer pleinement et physiquement à la guerre. Même si, pour l'instant, elle restait cachée et insouciante derrière les murs épais et infranchissables de la boîte.
Outre ces trois matières principales, deux autres maîtres venaient une journée par semaine. Lucka, incessamment fourré avec Fuü, avait la silhouette de mannequin, la démarche et le regard de star. Il était aussi jeune que Kiaran était vieux, ne dépassant probablement pas les dix huit ans. Mais tout aussi étrange que cela puisse paraître, on apercevait souvent les deux hommes plongés dans des discutions fraternelles. Lucka enseignait les bases de l'artéfact, la magie qui permet de transformer de simples objets banals en objets magiques.
Carl, quant à lui, venait pour transmettre son savoir en médecine moldue. C'était un vieil homme osseux et tout en longueur, au visage émacié et tanné, aux cheveux noirs, épais et lustrés… Il était très rare de l'apercevoir en dehors des cours car il évitait toute compagnie, rasant les murs et marchant de camps d'ombres en camps d'ombres…
hum hum.
Un deuxième chapitre de terminé, encore plus long que le premier.
review ?
salut !
clairou
