Chapitre 2 : les histoires d'amour commencent mal en général
Le paysage brumeux défile par la fenêtre. D'un ennui mortel. Cléo mange des chocogrenouilles depuis au moins une demi-heure : je mets ma main à couper qu'elle ne mangera rien ce soir pour cause de régime de rentrée. Les feuilles de salade de Poudlard doivent avoir un ego surdimensionné depuis que Néfertiti est arrivée là-bas.
Severus a fini de lire son ouvrage pour sorciers renfermés qui cherchent à concocter des philtres d'amour et somnole en ouvrant un œil toutes les deux minutes.
-Dis, Néfertiti, tu vas arrêter de te goinfrer ?
Elle me jette un emballage vide dessus et regarde Rogue d'un air hautement supérieur. Je l'entends presque murmurer « on est jamais tranquille » et je lui fais un sourire entendu. Nous aurions bien aimé discuter de la scène avec les Maraudeurs et de l'impact qu'elle risque d'avoir sur ma relation déjà non existante avec Sirius.
Mais nous n'avons même pas le temps de nous plaindre comme il se doit en ce jour de rentrée qu'un nouvel intrus ouvre la porte du compartiment.
Regulus Black.
-Zinnia, Cléo…
Il s'incline presque devant nous et nous adresse son plus beau sourire, mais il n'égalera jamais son grand frère, le pauvre.
- Severus, je peux te parler cinq minutes ?
L'intéressé hoche la tête et sort à la suite de Regulus.
-Enfin un peu de tranquillité.
-Je ne te le fais pas dire. Il n'arrêtait pas m'observer, c'était proche de l'indécence.
-Jamais contente. Enfin, nous n'avons sûrement pas longtemps alors passons au sujet croustillant. Je n'aurais jamais cru que tu puisses répondre à Sirius Black de cette façon !
Elle a pris un ton pour prononcer « Sirius Black » qui rappelle celui de la groupie hystérique et qui ne me plait guère.
-C'est pas parce qu'il est beau que je vais le laisser te transformer en poulet rôti.
-Pourquoi en poulet rôti ?!
Gloussement incontrôlable.
-Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Sûrement parce que c'est le seul sort qu'il connaît !
-Phase de dénigrement activée. Black devrait préparer ses mouchoirs.
-Pourquoi ?
-Parce qu'avec toutes les méchancetés mêlées d'admiration que tu t'apprêtes à débiter, il y aurait de quoi pleurer.
Je lui fais un sourire amer.
-Tu croyais que j'allais rester à saliver devant lui pendant qu'il vous traitait comme des scroutts poilus ?
-Un instant, peut-être bien que oui. Mais quand même Zin' « j'en fais des quiches lorraines pour nourrir le Tiers-Monde » !
-Ça s'appelle le recyclage des ordures. C'est un truc moldu que j'ai vu dans le journal cet été.
-J'espère que quand tu sortiras avec lui tu ne l'appelleras pas « ordure » parce que c'est mauvais pour le romantisme.
-Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Tu sais bien que je ne sortirais jamais avec Sirius.
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
-Il ne m'a même pas répondu et il m'a regardé…tu as vu la manière dont il m'a regardé ?!
-Il était gêné.
-Tu arriverais à convaincre un condamné à mort que le juge n'a pas choisi de le condamner.
-Tu n'es pas condamnée à mort, que je sache.
-Non, mais c'est encore pire.
Le retour de Severus et de Regulus annonce la fin de cette passionnante discussion sur les dix raisons qui font que la vie est merveilleuse. La vision de Sirius qui me dévisage comme s'il allait vomir des limaces n'en fait malheureusement pas partie.
-Quoi de beau les filles ? nous demande Regulus.
-Rien de particulier.
-Comment ça rien de particulier ? Zinnia a littéralement fait fuir ta vermine de frère !
-Oh, ça…
Severus a sur le visage une telle expression d'admiration que j'ai l'impression d'avoir remporté la coupe du monde de Quidditch à moi toute seule.
-Qu'est-ce que tu lui as dit pour rabattre son clapet de traître ?
-Je lui ai suggéré…
-D'écraser la citrouille pourrie qui lui sert de tête sur la moquette et d'en faire des quiches lorraines pour nourrir le Tiers-Monde !
-On peut dire que la haine t'a inspiré !
Cléo s'étouffe de rire dans son écharpe et je ne lui accorde même pas un regard lourd de menaces.
Les garçons se mettent à déblatérer sur le compte des gens comme Sirius qui semblent être la racine de tous les problèmes de la société actuelle. Il porte un lourd fardeau, le pauvre. Je me désintéresse de cette conversation à tendance politique et renonçant à imaginer Rogue en ministre de Magie le moins populaire de l'histoire de l'humanité, j'observe Regulus.
Il est beau, c'est indéniable. Mais il n'a pas le charme mystérieux de son frère, ni son sourire de séducteur sûr de lui, ses cheveux sont plus courts. Il est naturel, il n'a pas l'air de poser comme s'il faisait la couverture de Sorcières Hebdo. C'est étrangement ce qui me fait le plus d'effet chez Sirius.
J'aperçois par la fenêtre la gare de Pré-au-Lard dans l'obscurité. J'enfile ma robe de sorcière par-dessus mes vêtements et quitte le compartiment suivie de Cléo et de Severus.
Nous descendons sur le quai, Hagrid fait signe aux premières années de le suivre et nous nous dirigeons vers les calèches qui nous emmènent au château. Les bonnes vieilles habitudes.
Je frôle Lupin en avançant dans la nuit et il me regarde d'un air suspicieux, comme si j'avais l'air d'être sur le point de commettre un atroce crime de sang.
Je ferais mieux de m'attendre au pire en ce qui concerne les Maraudeurs, car la vengeance est un plat qui se mange froid, peut-être même aussi glacé que le dernier coup d'œil de Sirius dans ma direction à peine trois heures plus tôt.
Nous montons dans les calèches tirées par les Sombrals que j'ai bien heureusement la chance de ne pas voir et nous arrivons au château. Cléo et moi restons silencieuses durant le trajet. Nous prenons ensuite place dans la Grande Salle, en essayant de nous éloigner le plus possible de Rogue car je ne tiens pas à l'entendre raconter à qui veut l'entendre mes exploits Blackiens de tout à l'heure. Les Maraudeurs sont installés à la table des Gryffondor et ils me tournent le dos. IL me tourne le dos.
La répartition commence.
-Jones !
La petite blonde est envoyée à Serdaigle.
-Samstein !
Le garçon aux cheveux bouclés et qui tremble de tous ses membres rejoint quelques instants plus tard la table des Pouffsouffles.
-Hupper !
Une rousse plus grande que les autres est accueillie par les Gryffondor avec un tonnerre d'acclamations.
-Silverman !
Le brun aux yeux perçants est envoyé chez nous, à Serpentard. Alors que nous l'applaudissons, toute la salle se retourne vers nous, y compris Sirius. Pourtant,lorsqu'il m'aperçoit, il détourne vite la tête comme si mon regard lui brûlait les pupilles.
Cléo me lance un coup d'œil gêné et dit :
- C'est sûr que s'il prend les choses comme ça, c'est pas gagné d'avance.
Toujours là pour me remonter le moral.
