_____________________ Du désir à l'amour_______________________La mère éplorée courut vers nous en pleurant toutes les larmes de son corps. Je me penchai fébrilement vers Bella, essayant d'évaluer la gravité de ses blessures et celles de l'enfant.
- Bella !Criai-je,Bella !
Elle se redressait déjà, l'enfant n'avait rien, elle le tendit à sa mère, un sourire grimaçant sur ses lèvres.
- Bella, tu es blessée, où as-tu mal ? Dans ma tête, c'était la panique, je n'osais la toucher de peur de lui faire encore plus mal.
- Edward ? Murmura Bella, que... fais-tu là ? Oh ! Elle venait de réaliser que la voiture sur laquelle elle s'appuyait était la mienne. Non Edward, je vais bien ! Couina-t-elle,juste quelques bleus, rien de cassé, rien de bien glorieux ! En plus, je n'ai pas été touchée par la voiture, ce n'est que le choc sur les pavés !
Je venais d'apprendre une nouvelle facette de sa personnalité. Elle était courageuse. Elle n'aimait pas se plaindre. Un grognement monta de ma gorge, mes pensées se tournaient vers la responsable du drame. La mère ! Je tournai mon visage vers elle dans l'intention de lui dire ma façon de penser.
- Oh! made...moiselle, oh mon... dieu, comment vous re...merciez, comment vous pr...ouvez ma reconnaissance ? Elle sanglotait, serrant son enfant à l'étouffer !
- Ce n'est rien Madame, je me trouvais simplement plus près que vous pour attraper ce petit imprudent. Vous voyez, je n'ai rien !
- Il vous faut voir un médecin ! S'assura la femme, elle commençait à reprendre pied, ses paroles n'étaient plus hachées. Je ne puis vous laisser rentrer sans soin !
- Ne vous faites pas de soucis Madame, je me charge d'emmener mademoiselle à l'hôpital !
- Je vais bien ! Répéta Bella, je suis infirmière, je sais que je n'ai rien Edward !
Et s'adressant à la maman,
- je vais aller dans mon service à l'hôpital, ils vont m'examiner, rassurez-vous ! Rentrez chez vous maintenant et prenez soin de ce petit.
- Je m'appelle Vera Bugles et voici mon fils Henry.
Bella caressa la petite fossette qui creusait le menton du petit. Un sourire radieux vint éclairer le visage de l'enfant.
- Allez vite vous faire soigner Mademoiselle ! Dit Vera, et encore toute ma reconnaissance !
Prenant Bella par le bras, je la poussai gentiment dans la voiture. Une fois installée, je me jetai littéralement derrière le volant, voulant qu'elle voie un médecin le plus rapidement possible.
- Edward ! Je ne veux pas voir de médecin, je vais bien !
- Pas question, je vous emmène à l'hôpital !
- Edward ! S'enflamma-t-elle, je n'ai que quelques bleus ! Son ton commençait à monter dans les aigus.
- Inutile de discuter, je veux que vous voyiez un docteur !
J'étais renfrogné derrière mon volant. J'entendis Bella soupirer. Elle avait certainement vu que rien ne me ferait changer d'avis. La route jusqu'à l'hôpital ne m'avait jamais paru si longue. Enfin nous étions arrivés, je me précipitai pour ouvrir la porte à Bella, lui prenant le bras pour l'aider à parcourir les derniers mètres.
- Infirmière! Criai-je en arrivant dans la salle.
Une blouse blanche apparut subitement devant moi.
- Cette demoiselle vient de se faire renverser par une voiture, vite occupez-vous d'elle !
J'entendis Bella saluer sa collègue et lui assurer qu'elle n'avait que des bleus. Je grognai en me retournant vers l'infirmière.
- J'exige que vous examiniez Bella sur-le-champ ! Proférai-je d'une voix de centaure. Qu'elle soit d'accord ou pas n'entre pas en ligne de compte !
Bella et sa collègue me regardaient ébahies. Puis deux éclats de rire retentir dans le hall. Maintenant, elles allaient me prendre pour un fou dangereux. Je patientai depuis une petite demi-heure lorsque je vis arriver Bella souriante.
- Voilà Monsieur l'impatient ! Je suis ici, j'ai vu un médecin et je n'ai rien !Dit-elle le sourire dans la voix.
Je poussai un soupir de soulagement, le poids qui pesait sur mon estomac disparu. Nous avançâmes gentiment vers la sortie.
- Je vous raccompagne chez vous Bella, venez !
- Je n'ai pas besoin de vous pour rentrer chez moi Edward, je viens de vous dire que j'allais bien !
- Vous allez finir par me contrarier !Je haussai la voix, j'avais bien l'impression de me rendre ridicule, mais je ne pouvais pas m'en empêcher.
Nous étions arrivés près de ma voiture quand je vis qu'elle se retenait de rire. Le ridicule de la situation m'apparut et à mon tour, un fou rire me prit. Le son cristallin de son rire me fit du bien et effaça la tension qui me tenaillait. Elle était devant moi rose de plaisir. Ma main caressa sa joue, elle ne se déroba pas.
- Oh Bella, j'ai eu si peur quand je vous ai vu à terre, ma voix n'était plus qu'un murmure, j'ai cru... Ma voix se brisa.
Une envie folle de poser mes lèvres sur sa bouche me prit. Je me penchai vers elle lentement, lui laissant le temps d'accepter ou pas mon baiser. Ses yeux chocolat se troublèrent, sa bouche s'entrouvrit, elle était sublime. Une chaleur diffuse enflamma le creux de mes reins, mes yeux se perdirent dans l'immensité des siens. Je pris son visage en coupe et ma bouche effleura sa bouche, une fois, deux fois, trois fois, mes mains descendirent le long de son dos, l'attirant toujours plus près de moi. Je voulais sentir son corps contre le mien, sentir sa peau contre la mienne. Je pris enfin sa bouche pour un long et langoureux baiser. Sa bouche ressemblait à une source et je m'y abreuvai encore et encore. Son corps chaud brûlait ma peau. Son souffle chatouillait ma joue, ses lèvres chaudes et douces se moulaient aux miennes. Je frissonnai de désirs, je n'arrivais pas à mettre fin à ce baiser.
Elle s'écarta de ma bouche et vrilla ses yeux aux miens. Je sentis son cœur battre à l'unisson du mien, qu'elle était belle. Jamais prénom ne fût aussi bien approprié. Je la dévorais des yeux. Je voulais graver cet instant à tout jamais dans ma mémoire.
Trop vite à mon goût, elle s'écarta de moi. Je pris sa main et la portai à mes lèvres, elle me sourit. Aucun son, aucun bruit ne vint perturber ce moment. Bella s'installa dans la voiture. Je devais la raccompagner jusque chez elle. Arrivés devant la maison, je l'aidai à descendre. Nous n'avions pas échangé de parole depuis notre baiser, comme si nous ne voulions pas briser la magie de cet instant. Mon regard rivé au sien, je lui baisai la main.
Elle fit un pas puis un autre en direction de la porte. Je laissai retomber sa main. Je repris place derrière le volant et lui jetai un dernier regard.
Je me retrouvai devant chez moi sans savoir comment j'avais fait le chemin du retour. En montant dans ma chambre, j'annonçai à Paula que je me passerais de repas. Je voulais être seul. Jamais mon corps ne m'avait paru aussi vivant. J'étais amoureux. Je ne voulais pas encore en parler à quelqu'un. J'avais peur que mettre en mot mon ressenti, allait l'amoindrir, le rendre normal, banal. Je passai ma nuit entre rêve et réalité, n'arrivant plus à dissocier l'un de l'autre. Je me réveillai à l'aube, impatient de commencer cette journée.
L'envie de revoir Bella me tenaillait. Je savais que j'avais quelques heures devant moi avant de revoir son beau sourire. Je filai aux écuries, sellai mon cheval et filai à ma clairière. Assis dans l'herbe fraîche, je laissai vagabonder mes pensées. Je m'étonnais d'avoir appris autant de choses sur la personnalité de Bella en si peu de temps.
Timide, elle rougissait très facilement,
Malicieuse et pétillante, pour la partie de badminton,
Courageuse, pour se jeter sous les roues d'une voiture pour sauver un enfant,
Vaillante, elle n'aimait pas se plaindre,
Impétueuse, notre télescopage lors de notre première rencontre,
Et pour finir ardente, pour notre baiser.
Oh, Bella, que la semaine va me paraître longue sans te voir. Je devais rejoindre ma compagnie ce soir. Sautant sur mes pieds, je détachai mon cheval, l'heure des soins de mon père approchait. Je grimpai sur Titan et me dirigeai vers la maison. Mes parents étaient au salon, écoutant les nouvelles à la radio.
- Ah Edward mon chéri te voilà !
- Oui maman, dis-je en me baissant pour poser un baiser sur sa joue. Comment va votre santé père ?
- Je suis un peu indisposé ce matin, mais rien de grave mon fils !
- Alors ! Murmura ma mère, raconte-moi un peu ce qu'il t'arrive ! Tu t'es sauvé comme un voleur hier soir ! Tu n'as pas voulu manger ! Que se passe-t-il ?
Je posai mon regard sur ma mère, je savais que j'aurais droit à un interrogatoire en règle. Sa tendance à me couver était attendrissante. Me rendre heureux était sa tâche principale.
- J'ai dû m'absenter pour une affaire urgente ? Je devais voir une personne et c'était très important.
- Y a t-il un rapport avec ton départ ? Souffla-t--elle.
- Non maman, répondis-je rapidement. Je me serais mis des gifles pour n'avoir pas compris qu'elle interpréterait mon départ précipité de cette manière.
- Je devais .... voir une fille ! Continuai-je.
- Ohhh !Un sourire radieux éclaira son visage. Et c'était urgent ? Continua-t-elle, malicieuse.
Elle attendit ma réponse avec une tension grandissante.
- Oui maman... je ... je suis amoureux ! Soufflai-je.
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii enfin ! Cria ma mère. Oh mon chéri ! Qui est-ce ? On la connaît ? Comment est–elle ? Allez raconte, raconte, raconte vite !
Mon père éclata de rire. Il regarda ma mère trépigner comme une enfant le jour de Noël, elle rayonnait.
- Elisabeth chérie, tu es à croquer ! Allez fils ! Me dit-il, un rire dans la voix, dépêche-toi de lui répondre ou elle va défaillir !
- Bon ! Oui vous la connaissez ! ... C'est... Bella !
- Bella ? Qui est Bella ? S'étonna mon père.
Je vis au regard de ma mère, qu'elle avait deviné.
- Isabella Swan !Souffla-t-elle. Elle me prit dans ses bras, posant sa tête contre mon torse, elle pleurait. Je suis tellement heureuse Edward ! Continua-t-elle la voix pleine de sanglots.
Je ne savais pas si elle s'adressait à mon père ou à moi quand elle prononça Edward. Habituellement, elle nous différenciait toujours en accolant mon chéri, pour moi, et mon amour, pour mon père. Peut-être s'adressait-elle aux deux finalement. Je l'enlaçai et la serrai contre moi, en la berçant. Ses larmes de bonheur me touchaient encore plus que sa joie.
- Je t'aime maman ! Lui murmurai-je au creux de l'oreille.
Jamais petit-déjeuner ne fût plus réjouissant que celui-là. Mes parents étaient tellement heureux pour moi. Nous savourions ces instants de bonheur, l'ombre de mon départ enfoui au fond de nos têtes.
Assis sous le porche, j'attendais depuis un petit moment Bella. Lorsqu'elle apparut au bout de la rue, je m'élançai vers elle, m'arrêtant à quelques mètres d'elle. J'éprouvai une certaine réserve, je ne voulais pas la brusquer. Je lui laissai l'initiative de nos retrouvailles. Une subite rougeur enflamma ses pommettes à ma vue et un sourire éblouissant vint éclairer son visage. Elle franchit les derniers mètres en un temps record et me sauta dans les bras. J'écrasai ma bouche sur la sienne avec une impatience égale à la sienne. J'avais la sensation qu'un trou se comblait dans ma poitrine. J'avais été en manque. En manque de Bella. Quand je mis fin à notre baiser, j'avais le souffle court. Prenant Bella par la taille, nous franchîmes ensemble le seuil de la maison.
- Tes parents vont nous voir ! Murmura Bella intimidée.
- Ne t'inquiète pas pour ça Bella, ils t'adorent déjà.
- Tu leur en as parlé ?
- Oui, je ne peux rien leur cacher, ils me connaissent trop bien.
- Oh ! ... Que... quel... comment ont-ils pris la chose Edward ?
- Ma mère a crié et pleuré...Je vis Bella se tendre, inquiète quand je marquai un temps d'arrêt dans la phrase avant de terminer sur, ...de joie !
- Oh Edward !S'écria-t-elle en me bombardant le torse de ses poings.
Ma mère arriva à ce moment-là, stoppant net la réaction de Bella. Cette dernière s'empourpra de plus belle, on aurait dit une enfant s'attendant à une réprimande de sa maman. Mon rire tonitruant la fit sursauter.
- Mmrrr... !Grogna-t-elle en me donnant un dernier coup sur le torse, montrant son mécontentement.
- Edward chéri, cesse de taquiner Isabella !Elle s'avança les bras écartés pour accueillir Bella. La serrant contre sa poitrine, elle ajouta : Bonjour mon enfant, soyez la bienvenue dans cette maison !
Bella était rose de confusion.
- Bonjour madame Masen !Balbutia-t-elle, Merci pour votre accueil... Je vais ... de ce pas m'occuper de votre époux.
Elle s'esquiva rapidement en direction de la chambre de mon père. Je la suivis des yeux, déplorant déjà son absence. Maman me regardait fixement, les yeux brillants.
- Tu as un regard très parlant mon chéri ! J'ai l'impression de voir le regard de ton père quand je dois m'absenter !
Je quittai la pièce sur un dernier sourire à ma mère. Parvenu au salon, je me mis au piano pour tromper mon attente. Quelque temps plus tard, le rire de Bella retenti à l'étage. Je refermai le couvercle du piano et couru la rejoindre. Les soins terminés, elle rangeait les affaires dans sa sacoche. Appuyé au chambranle de la porte, je la regardais.
- Je vais faire la commission au docteur Cullen pour qu'il passe dans la journée, Monsieur Masen. En attendant, ne faites pas d'imprudence, dit-elle en souriant.
- Ce n'est pas la peine de faire perdre son temps au docteur pour si peu ! Ce n'est rien qu'une petite toux, rien de bien méchant !
- Ne vous en faites pas, le docteur Cullen sera content de vous rendre une petite visite, je sais qu'il vous a en grande estime ! A demain monsieur Masen !
Dès que la porte fut fermée, nos mains se joignirent. Il fallait que je la touche, qu'elle soit là, à mes cotés.
- Je te raccompagne à l'hôpital ! Je n'ai pas envie de te quitter déjà !Soufflai-je en la regardant dans les yeux.
- Merci, moi non plus je ne désire pas m'éloigner de toi !
Passant mon bras autour de sa taille, je l'emmenai vers ma voiture.
- Si tu le désires Edward, viens me chercher à 14 heures ! Souffla-t-elle timidement. J'aurai fini mon tour de garde !
- Oui, bien sûr que je le désire Bella ! M'écriai-je.
J'avais à nouveau le cœur en fête. J'allais la revoir encore aujourd'hui et c'est avec le cœur moins lourd que je la déposai devant l'hôpital. J'attendis qu'elle ait disparu à l'intérieur des bâtiments pour démarrer.
Je me demandais comment je passais mon temps libre avant. Je ne m'ennuyais jamais. Maintenant, plus rien n'avait d'importance hormis Bella, mais qu'avais-je fait les dix-sept années précédentes ? Avec un soupir, je me dirigeai vers le premier café du coin. C'était la première fois que j'entrais dans ce lieu. Je choisis une table un peu à l'écart, je n'avais pas envie d'être dérangé par le va-et-vient incessant du bar. J'observai les personnes présentes. Au bar, un homme bien charpenté discutait avec un client, tout en lui versant un café. Dans un coin reculé, un couple d'amoureux se contemplait les yeux dans les yeux. Un peu plus loin, un petit homme maigre sirotait un verre de blanc en lisant le journal. La serveuse virevoltait entre les tables. Mais la personne qui attira mon attention fût une toute jeune femme assise sur un tabouret de bar, elle se tenait presque immobile, le regard rivé sur la porte d'entrée. J'avais le sentiment qu'elle attendait ardemment l'arrivée de quelqu'un. Les cheveux noir corbeau, les yeux d'un ambre lumineux, un visage d'ange, elle ne m'attirait pas physiquement, malgré sa grande beauté. Mais, quand son regard se posa sur moi, ses yeux s'agrandir et un étonnement passa dans son regard. Et dans ce même laps de temps, un quart de seconde, pas plus, j'eus le sentiment de voir une sœur perdue depuis la nuit des temps. Je détournai les yeux, quel drôle d'idée me passait dans la tête. Depuis l'entrée de Bella dans ma vie, je ne me reconnaissais plus. Je souris à cette pensée. Oui Bella m'avait changé. Tout à coup, le visage de l'inconnue se transforma et un sourire éblouissant vint l'éclairer. Elle se leva et se dirigea vers un homme en uniforme.
- Tu m'as fait attendre,lui dit-elle d'une voix harmonieuse.
L'homme s'inclina devant elle et lui prit la main pour la baiser.
- Je m'en excuse infiniment Mademoiselle !
C'est en entendant la voix de l'homme que je compris qui il était. C'était mon capitaine, le capitaine Jasper Hall. Une multitude d'émotion passa sur son visage. La façon dont ils se dévisageaient l'un l'autre me donnait le sentiment d'être de trop, d'empiéter dans un jardin privé. Je me détournai d'eux, je les entendis se diriger vers le box voisin du mien. Je devais m'en aller, ne voulant pas être indiscret. Je me levai pour partir et sortis rapidement. Un sourire sur les lèvres, je repensai à l'expression du visage de mon capitaine. Jasper avait lui aussi une petite amie et très jolie de surcroît. Moi qui le croyais « marié » à l'armée, c'est vrai qu'il était très secret. Je ne savais rien de sa vie, sauf qu'il venait de Philadelphie. J'étais content pour lui, il méritait d'être heureux aussi.
Aussi !!! Mes pensées quittèrent instantanément Jasper. Bella, ma Bella que je devais revoir d'ici peu. Finalement, j'avais bien fait de m'arrêter dans ce bar, ma rencontre avec Jasper avait au moins eu le mérite de me faire passer le temps. Dans vingt minutes, ma sirène allait sortir. Je me dirigeai lentement vers l'entrée de l'hôpital.
- Edward ! Entendis-je tout à coup.
Quelle douce musique pour moi, j'aurais reconnu cette voix au milieu d'un million d'autres. Je me retournai, elle vint vers moi en courant. Je la saisis à bras le corps et la fis tournoyer autour de moi. Dieu que j'étais heureux.
- Que veux-tu faire ? Lui demandai-je.
- Je ne sais pas ! Et toi, que désires-tu ?
- Etre avec toi, c'est tout ! Répliquai-je en accrochant son regard.
- Alors ça me va, pour moi aussi ça me suffit !Dit-elle en souriant.
- Mmm, bon, que dirais-tu d'une balade à cheval Bella !
- Aïe... ben heu... je ne sais pas monter Edward, je suis désolée !
- Et si tu montais avec moi ! Je te prendrai devant moi, tu ne risqueras rien ! Je te promets de ne pas te laisser tomber !
- Bon... on peut toujours essayer ! Répliqua-t-elle d'une toute petite voix.
- Bella ! Je la serrai dans mes bras. S'il y avait le moindre risque, je ne te le proposerais pas !
- Ok ! Alors, allons-y !
Lui prenant la main, je la ramenai vers la voiture. En quelques minutes, nous atteignîmes la maison. Je sellai rapidement mon cheval. Bella le regardait avec crainte, c'est vrai qu'il pouvait être impressionnant pour elle, elle est si menue. Je la pris dans mes bras et la déposai sur Titan. D'un bond, je la rejoignis. Je passai un bras autour d'elle et la serrai contre moi.
D'un coup de talon, je fis avancer Titan. Je sentis le corps de Bella se tendre, elle était crispée, je souhaitais qu'elle se détende. Nous avançâmes lentement dans le chemin forestier, il faisait doux. Les cheveux de Bella me chatouillaient le menton, je me penchai vers sa nuque et y déposai un baiser. Elle tressaillit et ses muscles se détendirent.
- Tu te sens mieux ? Lui demandai-je.
- Oui, susurra-t-elle, ce n'est pas si désagréable finalement !
- Pour moi, je trouve très agréable de faire du cheval avec toi dans mes bras !
- Parle-moi de toi !Dit-elle tout à coup, j'aimerais connaître tout de ta vie.
- Chez nous les Masen, nous sommes militaires de père en fils. Mon père est capitaine de vaisseau dans l'US Navy, mon grand-père était colonel dans l'US Army. Depuis ma plus tendre enfance, je baigne dans ce milieu. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais voulu faire autre chose que de suivre leur exemple en entrant dans l'armée. C'est pourquoi, dès le secondaire, je suis entré dans cette école de sous-officier. Et maintenant, je te présente le sous-lieutenant Edward Masen ! Précisai-je en riant.
- Et tu comptes rester ici ou tu vas aller en Europe ? Souffla-t-elle.
Je sentis son dos se tendre, son souffle devint court, saccadé. Naturellement, elle avait tout de suite vu où menait la conversation. Il fallait qu'elle sache, je ne voulais rien lui cacher. Je savais qu'elle aurait mal, que j'aurais mal. Je sentis mon cœur se déchirer mais je lui devais la vérité.
- Mon unité doit partir dans quelques semaines Bella ! Murmurai-je.
J'arrêtai mon cheval et la serrai dans mes bras. Je la sentis désemparée, son corps eût quelques soubresauts. Elle prit deux longues respirations avant de se retourner vers moi. Quand je croisai son regard, ses yeux étaient brillants et ses lèvres tremblaient.
- As-tu déjà une date de départ ? Demanda-t-elle la voix tendue.
- Plus ou moins dans trois semaines !
Elle me serra dans ses bras avec une force, une vigueur peu communes pour un être aussi menu. Je la sentis trembler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Mon cœur battit la chamade, je m'en voulus pour la douleur qu'elle ressentît, j'en voulus à l'idiotie des guerres, j'en voulus au fou qui voulait annihiler la liberté des gens, j'en voulus aussi au destin qui m'avait fait la rencontrer... Non... Non... Ce n'était pas vrai, comment regretter de la connaître, comment regretter son amour, comment regretter mon amour pour elle ? Non, je ne devais pas regretter, je ne pouvais pas regretter ... Non ... Elle desserra son étreinte et me regarda.
- Ça ne nous laisse pas beaucoup de temps, n'est-ce pas ? Prononça-t-elle la voix plus ferme.
- Oui, je suis désolé !
- Ne le soit pas Edward ! Je suis heureuse d'éprouver ce que je ressens pour toi, même si la vie nous sépare ... un temps !
- Je t'aime Bella ! Je pris son visage entre mes mains et embrassai ses yeux, ses joues, ses cheveux, ses lèvres doucement, tendrement, encore et encore.
- Je t'aime aussi Edward ! Me dit-elle dans un souffle. Oh oui je t'aime.
Un long moment plus tard, je remis mon cheval en marche, le corps de Bella serré contre moi, sa tête posée au creux de mon cou. Le silence nous entoura, nous profitions pleinement de l'instant présent. Puisque les minutes nous étaient comptées, nous allions jouir de chaque seconde ensemble.
L'après-midi touchait à sa fin, il fallait raccompagner Bella. Je la déposai devant chez elle, un dernier baiser, un dernier regard et je repartis vers mon contingent.
Arrivé à la caserne, je retrouvai mes camarades de chambrée. Nous devions partir très tôt le lendemain matin pendant cinq jours, pour une dernière manœuvre. Je préparais mon paquetage tout en discutant avec Ben et Dylan, mes voisins de lit.
- Alors Ben ! Qu'as-tu fais depuis samedi ? Lançai-je
- Nonnnnnn !S'écria Dylan, non ! Edward, t'es stupide ou tu le fais exprès ? Ben va à nouveau nous rebattre les oreilles avec ANGELA par-ci, ANGELA par-là !
Sur un éclat de rire général de la chambrée, Dylan reprit :
- Raconte-nous plutôt ce que toi tu as fais ! Ça sera certainement plus intéressant que les Amours de Ben !
- Oh, moi ! ... Rien de spécial !Répondis-je d'un air détaché.
Ben se redressa et me regarda fixement.
- Oh ! Toi mon gars, tu vas cracher le morceau ! Tu as l'air trop innocent pour être honnête !Assura-t-il l'air goguenard.
- Ah Edward ! Aurais-tu des choses croustillantes à nous raconter ? Renchérit Dylan.
Tous les yeux étaient tournés vers moi, pleins de curiosité. Ceux de Ben avaient une petite étincelle et un sourire fendit ses lèvres.
- Y aurait-il un rapport avec notre sortie de samedi ? Je t'ai trouvé assez ... enjoué pendant ta partie de badminton avec Bella !
- Bella, Bella ! Qui est Bella ? S'exclamait Dylan.
- C'est une amie d'Angela ! Expliqua Ben, nous sommes allés ensemble au bord du lac !
- Alors ? Attendit Ben.
- Oui bon ça va ! Soupirai-je, oui je l'ai revu !
- Et ?
- Et bien... elle est assez... attirante !
- Vu la tête que tu fais, oui elle doit être ASSEZ attirante ! Ricana Dylan.
Je ris, j'avais terminé mon sac et m'installais pour la nuit. La sonnerie d'extinction des feux retentit. Tout le monde se coucha dans un brouhaha et froissement de drap. Les lumières s'éteignirent.
- Eh Ben ! Cria Dylan, pas d'Angela toute la nuit comme la semaine dernière, compris ? Ou je t'assomme ! Assura-t-il.
Me positionnant pour dormir, mes pensées me ramenèrent à Bella. Ma Bella si courageuse. Pas un cri n'était sorti de ses lèvres à l'annonce de mon départ. J'étais abasourdi. Pourtant sa souffrance était visible. Elle était forte et je l'en aimais que davantage. Ma Bella... Bella...
Je me réveillai en sursaut, un objet était tombé sur moi, puis deux, puis trois, une pluie de traversin m'atteignit. On me bombardait littéralement.
- Hé ! Criai-je les bras levés pour me protéger. Qu'est-ce qui vous prend ?
- BELLA ! Prononcèrent plusieurs voix en même temps.
- Tu es pire que Ben, Edward ! Soupira Dylan. Avant, on n'en avait qu'un, c'était déjà pas facile, mais là si tu t'y mets aussi, je démissionne !
Je me sentis penaud. Je devinai aisément à cause de Ben, comment la nuit avait dû se passer.
- Je suis désolé les gars ! Fallait bien que ça m'arrive un jour !Répliquai-je un rire dans la voix.
- Pfffff ! Fît Dylan, la seule chose qu'il me reste à faire, c'est de me trouver une chérie rapidement, comme ça j'aurai mes propres rêves, au lieu de rêver par procuration dans les vôtres ! S'esclaffa-t-il.
Une trompette retentit dans la cour, indiquant l'heure du réveil. Nous avions une demi-heure pour nous préparer et déjeuner, avant le départ pour la manœuvre. A la cantine, les trois quarts des tables étaient déjà occupées. Il nous restait dix minutes pour manger. Attablé devant mon café, j'aperçus non loin de là mon capitaine. Je lui trouvai un air différent aujourd'hui. Une lumière éclairait son visage. Cette pensée me fit sourire, je devais moi aussi paraître différent aux yeux des autres. Mon dieu que tu allais me manquer Bella ! Soupirai-je, cinq jours entiers me séparaient d'elle.
Jamais semaine ne me parut plus longue, les jours passaient, tous plus interminables les uns que les autres. Le vendredi arriva enfin. Arrivé à la caserne, je déposai mes affaires et courus à ma voiture. Le chemin jusqu'à la maison me parut plus long que d'habitude. Je voulais vite me changer et courir à l'hôpital. Paula, la gouvernante, m'attendait dans le hall, le visage grave.
- Votre mère vous attend dans son boudoir, monsieur Edward ! Murmura-t-elle.
- Que se passe-t-il ?M'écriai-je. Un frisson d'angoisse me parcourut. Je m'élançai dans les escaliers, la peur au ventre.
