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J'ai rajouté toute une partie par rapport à la précédente version. Je trouvais que j'avais trop brièvement parlé de la mort de Maugrey. Affaire rattrapée.

oOo

Dans ce chapitre, la plupart des dialogues sont directement issus du livre. C'est tout à fait intentionnel, car le but de cette fiction est de raconter l'histoire du point de vue de Ginny, il fallait donc que je reprenne certains éléments que l'on connaît déjà.

J'ai toutefois ajouté ma petite touche personnelle. Les citations directes du livres se feront bien plus rares dans les autres chapitres (voire quasi inexistantes).

Disclaimer : L'univers et les personnages demeurent la propriété de notre très chère JK Rowling

N'hésitez pas à me faire part de vos impressions !

Bonne lecture !


CHAPITRE 2

Frissons d'anniversaire

...

- Fol Œil est mort.

Les mots de Bill résonnèrent aux oreilles de Ginny sans qu'elle n'en assimile tout de suite le sens. Puis quelque chose sembla s'effondrer à l'intérieur d'elle-même.

- Le maléfice de Voldemort a atteint Fol Œil en pleine tête. Il a été projeté en arrière et il est tombé de son balai... Nous ne pouvions rien faire, rien, nous avions une demi-douzaine de Mangemorts à nos trousses.

La voix de Bill se brisa. Des traces de larmes luisait encore sur les joues de Fleur à la lumière qui filtrait par la fenêtre de la cuisine.

- Bien sûr que vous ne pouviez rien faire, dit Lupin.

Ils restèrent tous immobiles, échangeant des regards. Fol Œil, l'éternel Auror, le survivant par excellence. Mort. C'était impossible.

Bien que personne ne l'ait dit, chacun comprit qu'il ne servait à rien d'attendre plus longtemps dans la cour. Ginny suivit les autres dans la maison comme un automate. Fred et George qui étaient restés dans le salon riaient encore ensemble.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Fred en scrutant leurs visages. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qui est...

- Fol Œil. Mort.

Le choc de la nouvelle transforma le sourire des jumeaux en grimace. Personne ne semblait savoir quoi faire. Tonks pleurait silencieusement dans un mouchoir. Hagrid s'était assis par terre dans un coin de la pièce un peu plus spacieux et se tamponnait les yeux avec un mouchoir de la talle d'une nappe. Ginny se sentait comme engourdie.

Bill sortit une bouteille de whisky Pur Feu du buffet, remplit douze verres et les envoya à travers la pièce d'un mouvement de baguette en direction de chacun d'eux. Ils le levèrent en hommage au guerrier tombé au combat et Ginny but en même temps que les autres. L'alcool lui brûla la gorge et parut lui rendre sa sensibilité, dissipant l'engourdissement et le sentiment d'irréalité de la situation.

- Ainsi donc, Mondingus a disparu ? dit Lupin qui avait vidé son verre d'un trait.

L'atmosphère changea aussitôt et les échanges fusèrent. La tension monta d'un cran en même temps que les suspicions : ils étaient tombés dans un guet-apens, cette crapule de Mondingus avait pris la fuite, et quelqu'un avait laissé échapper la date du transfert d'Harry. Quelqu'un les avait trahis.

Un oppressant silence s'installa, insoutenable. Ginny ne pouvait pas croire que l'une des personnes qui se tenait dans leur salon – dont la moitié était des membres de sa famille – était responsable de cette trahison. Elle observa tour à tour Tonks, Lupin, Kingsley, Hagrid, Fleur. Aucun d'entre eux n'aurait pu...

- Non, lâcha brusquement Harry.

Tout le monde se tourna vers lui, surpris.

- Je veux dire... Si quelqu'un a commis une erreur et a laissé échapper quelque chose, ce n'était pas volontaire, poursuivit-il d'une voix forte. Ce n'est pas sa faute. Nous devons avoir confiance les uns dans les autres. J'ai confiance en chacun de vous, je ne crois pas que quiconque dans cette pièce m'aurait vendu à Voldemort.

Un nouveau silence suivit ses paroles.

- Bien dit, Harry, déclara Fred, inopinément.

- Il faut toujours lui prêter une oreille attentive, ajouta George avec un petit clin d'œil à son frère dont le coin de la bouche tressaillit.

George n'était pas exactement revenu en entier. Il avait perdu une oreille dans la bataille, mais pas son sens de l'humour si l'on en croyait le nombre incessant de blagues qu'il proférait autour de cette partie de l'anatomie.

Ginny hocha la tête silencieusement. Si l'Ordre commençait à douter de ses propres membres, Voldemort avait déjà gagné. La tension demeurait néanmoins palpable, électrique. Lupin dévisageait Harry avec une étrange expression, presque de pitié, qui agaça Ginny.

- Vous pensez que je suis un imbécile ? demanda Harry avec force.

- Non, je pense que tu es comme James, répondit Lupin. James aurait considéré la méfiance à l'égard de ses amis comme le comble du déshonneur.

Harry voulut ajouter quelque chose mais Lupin se détourna pour s'adresser à Bill. Ils s'accordèrent pour aller chercher le corps de Maugrey. Molly fit une maigre tentative pour les retenir mais Bill ne lui en laissa pas le temps et se montra implacable. Ils devaient le faire avant que les Mangemorts s'en emparent avant eux.

Personne ne chercha plus à les arrêter et Lupin et Bill prirent congé. Tout le monde se laissa alors tomber sur une chaise ou un fauteuil. Sauf Harry. Qui exprima brusquement son envie de partir, lui aussi, les prenant une nouvelle fois au dépourvu.

- Je ne peux pas rester, dit-il en se frottant le front à l'endroit où se creusait sa cicatrice. Vous êtes tous en danger tant que je suis ici. Je ne veux pas...

Mais personne ne le laissa finir. Ginny se retint de lever les yeux au ciel ; Harry avait la fâcheuse tendance à vouloir s'éloigner des gens pour les protéger. Ils venaient de le ramener sain et sauf, Fol Œil y avait laissé sa vie et George son oreille... Il ne pouvait pas songer à partir. Pas maintenant, songea-t-elle malgré elle. Et tout le monde se chargea de le rappeler à l'ordre.

- … nous avons tout organisé pour pouvoir rester ensemble et veiller sur toi...

- … tous les efforts que nous avons faits ce soir n'auraient plus beaucoup de sens si tu partais.

- … après tout ce qu'on a subi pour t'amener ici ?

- … pense un peu à mon oreille.

- Fol Oeil n'aurait pas voulu...

- JE LE SAIS ! hurla soudain Harry pour les faire taire.

Le silence se fit à nouveau. Harry haletait, comme s'il peinait à supporter la pression qui était en train de l'écraser et Ginny eut un pincement au cœur ; il était comme pris au piège, elle le sentait rongé par la culpabilité. Il ne fut pas plus compris lorsqu'il essaya d'expliquer comment sa baguette avait agi toute seule, le sauvant ainsi de Voldemort. Personne ne crut réellement à son histoire, Ginny non plus n'avait jamais entendu dire que les baguettes lançaient des sorts de leur propre chef.

Contrarié, Harry marmonna avoir besoin d'air frais, posa son verre et quitta la pièce sous le regard des autres.

- Je crois que nous avons tous besoin d'un peu de repos, déclara Arthur en posant une main sur l'épaule de sa femme.

- Je vais attendre Remus et Bill ici si ça ne vous dérange pas, dit Tonks.

- Je comptais veiller moi aussi, approuva Fleur.

- Moi je vais plutôt m'allonger dans un vrai lit, avoua George qui demeurait encore très pâle.

Bien qu'elle fusse soulagée de la santé mentale de son frère, Ginny ne pouvait s'empêcher de frissonner à la vue du trou béant qui remplaçait à présent son oreille. C'était l'œuvre abjecte de Severus Rogue, anciennement membre de l'Ordre du Phénix, professeur de Potion puis de Défense contre les forces du mal à Poudlard. Aux dernières nouvelles, l'assassin de Dumbledore, de nouveau Mangemort, bel et bien au service de Lord Voldemort.

Fred aida son jumeau à se mettre debout et à monter les escaliers. D'un commun accord, Ron et Hermione partirent rejoindre Harry dans la cour de derrière plongée dans l'obscurité. Ginny les observa, hésitant un instant à les suivre, puis se ravisa. Harry avait, pour l'heure, besoin de ses amis.

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Dans les jours qui suivirent, le choc provoqué par la mort de Fol Œil hanta la maison. Ginny s'attendait toujours à le voir franchir la porte de derrière de son pas claudicant, comme les autres membres de l'Ordre qui entraient et sortaient pour apporter les nouvelles.

Comme seule l'action semblait parvenir à lui occuper l'esprit, elle mit du cœur à aider sa mère aux préparatifs du mariage. Malgré qu'elle se portait volontaire en permanence pour n'importe quelle tâche, Molly s'obstinait pourtant à donner la priorité à Harry, Ron et Hermione, les surchargeant de travail plus que de raison. Les moments qu'elle partageait seule avec Harry étaient de ce fait encore plus rares. Elle s'efforçait cependant de maintenir autant que possible leur complicité qu'elle sentait toujours présente entre eux.

Ginny doutait que sa mère agisse dans le seul but de détourner leurs pensées de Fol Œil et des terreurs qu'ils avaient endurées au cours de leur récent voyage. Elle semblait surtout s'appliquer à les tenir éloigner les uns des autres.

Depuis que Ron et Hermione avaient annoncé au début du mois de juillet qu'ils ne retourneraient pas à Poudlard et partiraient avec Harry dans une mission que leur avait confié Dumbledore, sa mère s'était mise en tête de les faire parler afin de connaître leurs projets. Son père et Lupin leur avaient posé des questions mais n'avaient pas insisté. Ginny avait également essayé de soutirer quelques renseignements à Hermione certains soirs, en vain.

Harry n'était pas dupe et lui confia ses propres doutes concernant le bien fondé des intentions de sa mère un soir alors qu'ils mettaient la table pour le dîner.

- Je crois que maman s'imagine qu'en vous empêchant d'être ensemble et de faire des projets, elle pourra retarder ton départ, lui murmura-t-elle.

- Et qu'est-ce qui va se passer, à son avis ? marmonna-t-il avec colère. Elle pense peut-être que quelqu'un d'autre va aller tuer Voldemort pendant qu'elle nous retient ici à cuisiner des vol-au-vent ?

Bien qu'elle se préparait à ce qu'Harry se lance dans une mission pareille depuis leur rupture, l'entendre lui dire ainsi, sans détour, la glaça d'effroi. La mort récente de Fol Œil flottait encore dans son esprit, rendant la réalité de ce futur proche plus terrible encore.

- C'est donc vrai ? C'est ce que tu vas essayer de faire ?

- Je… non… je disais ça pour rire.

Mais Ginny savait qu'il ne plaisantait pas. Une urgence soudaine la saisit, réalisant pour la première fois combien ces yeux émeraudes pourraient tout à coup cesser de brûler, et son corps tout entier réclama plus de proximité avec celui d'Harry. L'arrivée de son père, son frère Bill et de l'Auror Kingsley qui rentraient tout juste du ministère au même moment freina fâcheusement son ardeur. Elle se retrouva néanmoins serrée contre Harry pendant tout le repas et apprécia chacun de leur contact, tandis que lui-même semblait s'appliquer à ne pas lui effleurer le bras.

L'arrivée des Delacour le lendemain les empêcha de se retrouver seuls à nouveau.

Molly fut intraitable quant à l'allure de chacun ; Ginny échangea ses vieilles baskets usées qu'elle affectionnait contre des chaussures presque neuves, Ron chercha une paire de chaussettes identiques, et Harry essaya vainement d'aplatir ses cheveux en bataille. Ginny et les autres éprouvaient déjà une franche animosité à l'égard de la famille de Fleur alors qu'ils les attendaient à l'arrière de la maison dans la cour ensoleillée.

Les Delacour n'étaient pas foncièrement méchants, juste un peu trop grandiloquents au goût de Ginny. Ils se révélèrent des hôtes plaisants et serviables, contents de tout et ravis d'aider aux préparatifs du mariage. La cohabitation fut plus simple que Ginny ne l'aurait espéré, même s'il lui arrivait de vouloir frapper la petite Gabrielle chaque fois qu'elle jetait son regard de braise sur Harry. Elle fut surtout soulagée de ne pas avoir à partager sa chambre avec celle-ci ou sa future belle-sœur.

Le jour suivant, au matin du 31 juillet, Ginny se réveilla avec la boule au ventre. C'était l'anniversaire d'Harry et un dîner était prévu pour fêter sa majorité.

Elle resta immobile un long moment sous les couvertures, observant en silence Hermione qui se préparait. Elle sortait de sa valise le cadeau qu'elle avait emballé avec soin pour l'offrir à Harry.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ginny en se redressant.

- Un Scrutoscope, répondit Hermione en levant les yeux vers elle.

- Ah oui, son ancien ne marchait pas très bien.

La gorge nouée, Ginny détourna le regard pour éviter celui plus éloquent de son amie. Si Hermione s'interrogeait sur la nature de son cadeau, elle eut la décence de ne pas lui poser de questions, et Ginny l'en remercia. Elle comprenait sans doute que ça ne la regardait pas, ou peut-être ne voulait-elle simplement pas l'importuner.

Ginny sortit brusquement de son lit et se dirigea vers son placard, incapable de supporter plus longtemps le regard d'Hermione. Elle n'avait pas besoin de sa compassion. Du coin de l'œil, elle vit Hermione amorcer un geste, comme pour lui parler, puis se raviser. Elle attendit quelques secondes, hésitante, puis quitta la chambre lorsque Ginny lui tourna résolument le dos.

La rouquine fixait l'intérieur de son armoire d'un regard vide. Elle n'avait rien acheté pour Harry. Rien fabriqué non plus. Elle avait pourtant réfléchi tous le mois de juillet, mais rien ne lui avait paru assez important. En vérité, il y avait une chose qu'elle souhaitait vraiment lui offrir. Quelque chose de très personnel, qu'elle n'avait jamais offert à personne, mais qu'elle était prête à lui donner. Était-il seulement prêt, lui, à le recevoir ?

Elle mit du temps à choisir ses vêtements puis observa l'étendard doré flottant au sommet du grand chapiteau blanc qui était au niveau de la fenêtre de sa chambre. Elle songea au mariage de Fleur et Bill. Aurait-elle un jour la chance de connaître à son tour un bonheur pareil ? Elle imaginait mal son avenir avec quelqu'un d'autre qu'Harry. Mais Harry devrait affronter Lord Voldemort, et… Elle ne voulait pas penser à l'issue d'une telle bataille.

- J'ai presque fini les bagages, dit la voix étouffée d'Hermione dans les escaliers. J'attends simplement que le reste de tes caleçons soient lavés, Ron.

Le cœur de Ginny s'emballa doucement dans sa poitrine. Elle n'aurait sans doute pas d'autre occasion dans la journée pour... parler en toute intimité avec Harry. Elle prit son inspiration et ouvrit la porte de sa chambre avec force.

- Harry, tu veux bien venir un instant ?

Elle ignora Ron et Hermione qui continuèrent de monter les marches et retourna dans sa chambre en laissant la porte ouverte. Harry entra d'un pas hésitant et s'intéressa à la décoration, fuyant son regard. Dans un effort considérable pour ne pas trembler, Ginny leva les yeux vers lui et prit une profonde inspiration, le cœur battant à tout rompre.

- Joyeux anniversaire, dit-elle.

- Ouais… merci.

Elle le fixa sans ciller, presque avec défi. Mais Harry ne semblait pas vouloir l'affronter et peinait à la regarder droit dans les yeux. Il tenta de faire la conversation en parlant de la vue, mais elle n'y prêta aucune attention. Elle voulait aller jusqu'au bout.

- Je ne savais pas quoi t'offrir, avoua-t-elle.

- Tu n'es pas obligée de me faire un cadeau, lui dit-il d'une voix basse pleine de remords.

- Je ne savais pas ce qui te serait utile, poursuivit Ginny sans noter sa remarque. Rien de trop grand parce que tu ne pourrais pas l'emporter avec toi.

Le regard plus long qu'Harry posa sur elle lui donna du courage. Elle s'avança vers lui, son cœur battant douloureusement dans sa poitrine. Ils étaient très proches à présent, elle pouvait voir les moindres détails de son visage. Peu importe combien il avait pu changer au cours de sa scolarité, elle le trouvait toujours aussi beau. L'air grave qui creusait à présent ses traits reflétait la maturité qu'il avait acquise trop tôt, et produisait un terrible effet chez Ginny oscillant entre désir et admiration.

- J'ai donc eu l'idée de t'offrir quelque chose pour que tu te souviennes de moi, au cas, par exemple, où tu rencontrerais une Vélane pendant que tu seras parti faire je ne sais quoi.

Son cœur tambourinait contre sa poitrine. Elle appréhendait sa réponse.

- Pour être franc, je ne crois pas que j'aurai beaucoup d'occasions d'inviter des filles à dîner, là où je serai, dit-il sans la quitter du regard cette fois.

Le cœur de Ginny se desserra quelque peu. Sentant la chaleur de son corps tout près du sien, elle ferma les yeux quelques secondes avant de murmurer :

- C'est l'espoir que j'avais.

Elle l'embrassa alors avec fougue, espérant ne jamais oublier le goût de ses lèvres, l'odeur de sa peau, la douceur de ses cheveux. Harry lui rendit aussitôt son baiser, la serrant un peu plus contre lui, l'invitant à ne jamais s'arrêter. Ginny se mit à oublier où ils étaient. Elle passa une main fébrile dans ses cheveux décoiffés, tandis qu'il caressait le creux de son dos, elle apprécia chacun de ses gestes et frissonna sous chacune de ses caresses.

Mais Ron détruisit l'instant, ouvrant brusquement la porte de sa chambre, les ramenant violemment à une réalité bien trop froide et sans saveur.

- Oh, dit Ron. Désolé.

- Ron ! s'indigna la voix essoufflée d'Hermione derrière lui.

Il y eut un silence tendu que Ginny brisa en lançant d'une petite voix :

- En tout cas, joyeux anniversaire Harry.

Elle se détourna pour leur donner congé, incapable de supporter plus longtemps la situation, et eut tout juste le temps de voir la mâchoire de Harry se contracter, visiblement furieux contre Ron.

- A tout à l'heure, dit-il dans son dos.

Elle se laissa alors gagner par les larmes, encore secouée de frissons fantômes de leur dernier baiser.