Poufsouffle
Acte I
" Les Larmes "
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Une fois de plus, il s'était endormi sur son livre dans le bureau des préfets. Il y passait souvent ses soirées, parce que la salle était rarement fréquentée en dehors des réunions hebdomadaires et il pouvait y être tranquille. La pièce était ronde et chaleureuse, agencée comme une bibliothèque avec les étagères de livres qui recouvraient les murs, mais avait le charme d'une Salle Commune aux couleurs des quatre Maisons. En tant que Préfet-en-Chef, il pouvait l'utiliser à sa guise en dehors des réunions et ne s'en privait pas. Plus silencieuse que la bibliothèque où les élèves de première année piaillaient constamment, Scorpius y était au calme. Il avait l'habitude d'y faire ses devoirs, ou de s'y rendre le soir, de choisir un livre dans les rayons, et de l'ouvrir pour s'occuper, simplement parce que ce qu'il y lisait le passionnait.
La veille au soir, il avait choisi un livre sur la guérilla menée par les Gobelins et leur chef Lakrasse en 1207 contre la souveraineté des Sorciers, mais le sommeil l'avait finalement gagné vers deux heures du matin.
Sa montre à gousset le réveilla à six heures, comme tous les matins, et il étouffa un bâillement en relevant la tête du livre sur lequel il s'était endormi. Il mit un moment à se rappeler de l'endroit où il était, et soupira lorsque ce fut le cas. Il retira les lunettes qu'il portait pour lire et les rangea dans son sac avec le reste de ses affaires, attrapa son livre et se leva. Il rangea Rebellions Gobelines sur l'étagère consacrée à l'Histoire de la Magie et quitta la pièce en la fermant derrière lui à l'aide d'une des clés qui lui avaient été confiées lorsqu'il avait été nommé Préfet-en-Chef avec Lucy Weasley.
Il traversa le château en direction des cuisines, et lorsqu'il eut passé la nature morte menant à celle-ci, il s'arrêta devant les tonneaux en bois bloquant l'accès à la Salle Commune des Poufsouffle et frappa doucement du poing sur le deuxième en partant du bas, au milieu de la deuxième rangée. Le passage s'ouvrit, et il avança de quelques mètres pour enfin accéder à sa Salle Commune. Il fut aussitôt enveloppé par la chaleur confortable du feu qui brûlait tranquillement dans l'âtre et bercé par le chant mélodieux des plantes que le professeur Chourave avait jadis entassées le long des grandes fenêtres qui entouraient la pièce. Il grimpa l'escalier en colimaçon pour se rendre à son dortoir, qu'il partageait avec trois autres garçons de septième année, dont Thomas Oxley, son seul ami, et ne fut pas étonné de les voir encore tous endormi. Sans bruit, il alla s'enfermer dans la salle de bain après s'être débarrassé de son sac et de sa robe de sorcier, et laissa l'eau chaude le réveiller doucement.
Lorsqu'il sortit de la salle de bain moins d'une demi-heure plus tard, ses camarades étaient finalement réveillés. Il enfila son uniforme, ajusta sa cravate, et attrapa son sac.
- Tu me gardes du bacon ? L'interpella Thomas en bâillant bruyamment.
Scorpius leva les yeux au ciel mais accepta, avant de quitter le dortoir pour aller déjeuner. Il sortit de la Salle Commune sans oublier de se baisser pour ne pas se cogner la tête dans l'ouverture, et se dirigea vers la Grande Salle en retraversant le château.
Les mains enfouies dans les poches, Scorpius tourna à l'angle d'un couloir en pensant distraitement au devoir de Défense que le professeur Lanoix leur avait donné la veille, lorsqu'il tomba sur une silhouette à la chevelure rousse qu'il ne connaissait que trop bien. Son corps se tendit et il manqua de trébucher sur une des dalles sauteuses lorsqu'il vit Rose Weasley, seule, en train de pleurer, à une heure bien trop matinale pour elle. (Tout le monde savait que la princesse des Gryffondor n'était pas une personne matinale, d'où sa fréquente absence aux petits déjeuners.)
Rose Weasley était synonyme de problème. Avec ses interminables jambes, ses tâches de rousseur, ses longs cheveux raides et roux, et ses grands yeux bleus amoureux, elle ressemblait à son père des pieds à la tête, à l'exception du petit nez hautain qu'elle avait hérité de sa mère. Elle était futée, intelligente, riait toujours trop fort, et était constamment entourée d'une ribambelle de cousins, de cousines, d'amis, et d'admirateurs. Si Scorpius, un solitaire, appréciait d'être seul, Rose en revanche ne l'était jamais. C'est pour cela qu'il hésita un bref instant lorsqu'il la vit assise dans une alcôve en pierre, la tête enfouie dans ses genoux, en train de pleurer toutes les larmes de son corps.
Il s'approcha maladroitement et s'éclaircit la voix. Elle ne bougea pas d'un cil et continua de sangloter faiblement, le visage dans ses genoux. Scorpius fronça les sourcils et toussota un peu plus fort cette fois. Il n'obtint aucune réaction de sa part et fronça les sourcils. Il n'était habitué ni aux filles, ni aux larmes, et sûrement pas à une fille en pleurs comme Rose Weasley.
Rose Weasley ne pleurait jamais. Elle souriait constamment et semblait heureuse en permanence. Même l'année précédente, lorsque son petit ami de longue date l'avait quittée publiquement après un match de Quidditch, elle avait ravalé sa fierté et souri.
L'idée même que Rose puisse être triste au point de pleurer était inexplicable.
Peut-être que c'était pour cette raison, ou peut-être que c'était simplement parce qu'il avait l'impression que c'était son devoir en tant que Préfet-en-chef, mais Scorpius soupira et alla s'asseoir près de la jeune fille, bien qu'il ne sache absolument pas ce qu'il était censé dire ou faire.
- Euh… Rose ? Tenta-t-il d'une voix basse.
A sa grande surprise, la jeune fille releva la tête vers lui et il se perdit un moment dans ses grands yeux bleus larmoyants et irrités ; elle devait sûrement pleurer depuis des heures. C'était la première fois qu'il lui adressait directement la parole. La première fois qu'il était aussi près d'elle sans y avoir été forcé par un professeur qui les aurait fait travailler ensemble pendant un cours. Il l'observa avec embarras pendant un moment, sans savoir quoi dire. Il vit un changement s'opérer brusquement en elle lorsqu'elle se redressa et fronça légèrement les sourcils avec ce qui semblait être un regard déterminé, bien que sa lèvre inférieure tremblait au-dessous de celle du haut, trahissant sa fragilité émotionnelle. Elle essuya son visage d'un revers de la manche, mais ses yeux rouges et bouffis trahissaient les larmes qu'elle avait versées.
- Désolée, dit-elle en se redressant.
Elle se leva, lissant frénétiquement les pans de la jupe de son uniforme, puis elle leva les yeux vers lui et se força à sourire. Il savait qu'elle se forçait, parce que même s'il la connaissait peu, il la côtoyait depuis trop d'années pour se laisser berner par un sourire aussi fragile que celui-là.
- Tu es sûre que ça va ? Demanda-t-il avec hésitation en se levant à son tour.
Elle hocha vivement la tête et son sourire s'élargit davantage encore.
- Tout va bien ! Juste des trucs stupides, des histoires de fille… rien de grave.
Peu convaincu, Scorpius ne chercha pas pour autant à la forcer à se confier. Ils n'étaient pas amis après tout, et quoi que ce fusse qui ait pu mettre la jeune fille dans cet état, ça ne le regardait pas.
- D'accord, hésita-t-il en la regardant suspicieusement, comme s'il s'attendait à ce qu'elle s'effondre.
- Mais merci, Scorpius, ajouta-t-elle en levant les yeux vers lui.
Cette fois, son sourire artificiel mua en un petit sourire timide qu'il ne lui connaissait pas, mais il sut tout de suite qu'il transpirait de sincérité, parce qu'il y avait, dans son grand regard bleu lumineux, un éclat qui ne trompait pas.
Il hocha la tête et regarda Rose s'éloigner. Lorsqu'elle disparut au détour du couloir, ce fut comme si rien ne s'était passé, et Scorpius reprit à son tour son chemin vers la Grande Salle.
Rose Weasley était une fille étrange et il avait tout intérêt à l'éviter elle et ses problèmes, s'il ne voulait pas s'en attirer lui-même.
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Les Poufsouffle partageaient leur premier cours de la journée avec les Serdaigle – comme c'était bien souvent le cas. Pour les élèves qui avaient gardé la Botanique pour leurs ASPIC, les cours étaient dispensés depuis le début du trimestre dans la serre numéro six, où le professeur Londubat conservait les plantes les plus dangereuses et les plus intéressantes. Un peu avant le début des cours, Scorpius s'y rendit avec Thomas, emmitouflés dans leur cape d'hiver et leur écharpe assorties aux couleurs de leur Maison.
- Tu sais, si je ne te connaissais pas aussi bien, dit soudain Thomas en pointant distraitement sa baguette sur ses gants pour les rendre auto-chauffants, je pourrais croire que ce n'est pas vraiment dans le bureau des préfets que tu passes la nuit…
- Qu'est-ce que ça veut dire ? S'étonna Scorpius en penchant la tête sur le côté sans comprendre.
Thomas leva les yeux au ciel, un sourire amusé accroché à la commissure de ses lèvres.
- Tu as presque dix-huit ans, Scorpius… Et à cet âge, quand un garçon regagne sa chambre sur la pointe des pieds au petit matin, ça ne veut généralement dire qu'une seule chose…
Comprenant enfin où son ami voulait en venir, Scorpius leva les yeux au ciel avec agacement. Ce n'était pas la première fois que Thomas faisait une allusion à la vie sexuelle ou amoureuse de Scorpius. Ou plutôt, à son inexistence. Scorpius était parfaitement conscient du fait que n'être jamais sorti avec une fille à son âge faisait de lui une bête curieuse dans une école où les élèves ne semblaient intéressés par rien d'autre, mais pour être tout à fait honnête, il n'en avait rien à faire.
- Tu sais très bien que ce n'est pas le cas, répliqua-t-il d'un ton las.
- Moi je le sais, oui, fit Thomas en haussant les épaules. Mais Rolf et Nigel commencent à se poser des questions. En fait, ils pensent que tu disparais chaque nuit pour retrouver Lucy Weasley.
L'expression amusée de Thomas fit grimacer le jeune Malefoy, qui plongea ses mains dans la poche de sa robe pour réchauffer ses doigts.
- C'est ridicule, soupira-t-il. S'il y a une personne dans cette école qui porte encore moins d'intérêt au sexe opposé que moi, c'est justement Lucy.
- Je sais oui, se marra Thomas tandis qu'ils arrivaient devant la serre numéro six où étaient déjà rassemblés un petit groupe d'élèves. Mais c'est aussi pour ça que tout le monde pense que vous formeriez un couple parfait.
Scorpius haussa les épaules.
- Lucy est une gentille fille, admit-il, mais je ne la connais pas tant que ça.
- Sans compter que tu as juré de rester aussi loin des Potter et des Weasley que possible, n'est-ce pas ? Se moqua son ami.
- Ils sont trop turbulents, grinça Scorpius, et j'aime mieux ne pas être mêlé à toute l'attention qu'ils attirent sur eux.
- « Turbulents » ? Reprit Thomas en fronçant les sourcils.
Scorpius se tourna vers son ami avec un air entendu.
- A la rentrée Lily Potter et Roxanne Weasley ont provoqué une esclandre en en venant aux mains après que Roxanne ait embrassé Donald Belbius, commença Scorpius, la semaine dernière, Rose Weasley se faisait offrir une douzaine de roses blanches en plein cours de Métamorphose pour son anniversaire par son petit-ami qui trouve que proclamer son amour pour elle doit être fait aussi publiquement que possible, ajouta-t-il, et pas plus tard qu'hier, j'ai surpris Albus Potter en train de piéger l'entrée des cachots pour que les Serpentard soient incapables d'accéder à leur Salle Commune sans se faire attaquer par une armada de statues en tutu.
Thomas éclata de rire, tandis que le professeur Londubat arrivait et leur ouvrait la porte de la serre avec un sourire rayonnant.
- Reconnais quand même qu'on ne s'ennuie jamais avec eux, dit-il en suivant Scorpius dans la serre. C'est un peu comme regarder un soap opéra, mais sans les affreux décors en cartons.
Scorpius grogna tout en accrochant sa cape à l'un des porte-manteaux.
- C'est exactement pour ça que je les évite, lâcha-t-il d'une voix égale.
- Vraiment ? Ça n'a rien à voir avec le fait que tu es un Malefoy et que vos familles se détestent depuis la nuit des temps ? Se moqua Thomas en se plaçant à côté de Scorpius autour de l'immense plan de travail où étaient posés plusieurs pots de Snargalouf, sur lesquels ils travaillaient depuis le début du trimestre.
Thomas, qui était Né-Moldu, n'avait jamais très bien compris toutes ces anciennes querelles familiales, surtout quand il n'y avait plus aucune animosité entre Scorpius et le reste de la progéniture Potter-Weasley. Certes, ils s'évitaient et n'avaient jamais échangé plus que quelques mots courtois les uns envers les autres depuis qu'ils étaient à l'école, mais Thomas trouvait quand même toute la situation hautement ridicule.
Scorpius, quant à lui, repensa brièvement au visage bouffi et larmoyant de Rose. Il se demanda vaguement ce qui avait pu la mettre dans cet état, avant de reporter son attention sur son ami.
- Rien à voir. Je parle avec Lucy tous les jours, et j'ai même parlé avec Rose ce matin, dit-il en haussant les épaules.
Ce n'était pas exactement la vérité, mais ce serait suffisant pour se débarrasser des questions de Thomas un moment. Ce dernier regarda son ami suspicieusement, les sourcils légèrement froncés au-dessus de ses yeux chocolat.
- Rose Weasley ? La petite princesse de Gryffondor ?
- Hmm, acquiesça Scorpius en enfilant ses gants en peau de dragon.
- Vous avez parlé de quoi ? S'enquit Thomas, qui ne croyait pas un mot de ce que racontait son ami.
S'il y avait une Weasley qu'il évitait plus que tout, c'était Rose. Rose et son sourire un peu trop charmant, ses longues jambes, sa répartie aiguisée, sa bande d'amies pipelettes et pleurnicheuses, et les drames qu'elle semblait semer derrière elle comme le Petit Poucet semait ses miettes de pain.
- Pas grand chose, dit Scorpius en haussant les épaules.
Il ne tenait pas particulièrement à expliquer à Thomas qu'il était tombé sur une Rose Weasley en train de pleurer toutes les larmes de son corps. Ça ne le regardait pas, et il doutait qu'elle apprécie qu'il aille raconter à tout le monde dans quel état il l'avait trouvée, exposant ainsi sa vie privée et des fragilités que personne ne semblait savoir qu'elle avait.
Heureusement pour Scorpius, le professeur Londubat commença à leur donner les instructions pour le rempotage des plants de Snargaloufs, et Thomas fut forcé d'écouter et de se taire.
A la fin de l'heure, le professeur Londubat leur rappela qu'ils ne devaient sous aucun prétexte manquer leur entretien pédagogique l'après-midi même et les encouragea à prendre leur avenir au sérieux. Les ASPIC étaient dans quelques mois, et il était plus que temps qu'ils décident de la voie qu'ils voulaient emprunter lorsqu'ils passeraient définitivement les portes de Poudlard.
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Après le cours de Botanique, Scorpius et Thomas se séparèrent. Scorpius suivait le cours d'Arithmancie, qu'un petit nombre d'élèves seulement partageaient avec lui. En entrant dans la salle du professeur Vector, Scorpius fut surpris de ne pas y voir Rose. C'était le seul cours – mis à part la Métamorphose – qu'ils avaient en commun depuis qu'il avait abandonné les Potions après ses BUSE, mais elle était habituellement toujours la première arrivée, assise au premier rang à côté de sa cousine Lucy. Il ne s'en formalisa pas et s'assit près de la fenêtre, à sa place habituelle. Lorsque le cours commença et que leur professeur leur demanda de dessiner une nouvelle charte, il ne put toutefois s'empêcher de se demander si son absence avait quelque chose à voir avec l'état dans lequel il l'avait trouvée ce matin-là.
Il revit le regard perdu et l'expression douloureuse dans ses yeux bleus et s'en voulut un peu de ne pas avoir cherché davantage à savoir ce qui n'allait pas. Mais après tout, elle avait une ribambelle d'amis et de cousins mieux placés pour s'occuper de ses problèmes.
Il reporta son attention sur sa charte et fit de son mieux pour aligner correctement ses chiffres afin d'obtenir un résultat cohérent. Il avait toujours aimé les chiffres et leur rigueur. Ils lui permettaient de se détendre, de se vider l'esprit et de laisser la logique s'appliquer d'elle-même. Comme lui, les chiffres étaient ordonnés, calmes, logiques.
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- Lucy ! S'exclama-t-il en rattrapant la jeune fille après la fin du cours.
La Préfète-en-Chef se retourna et leva un regard chocolat vers Scorpius.
- Il y a un problème ? S'enquit-elle en remontant ses lunettes sur son nez. Tu as pu terminer le planning des rondes pour le mois de novembre ?
- Quoi ? Oh, oui, attends…
Il fouilla dans son sac et en sortit un parchemin propre sur lequel était détaillé à la perfection un planning des rondes pour le mois suivant. Il le lui tendit et elle l'examina attentivement.
- Mais ce n'est pas ce dont je voulais te parler, commença Scorpius.
Il attendit qu'ils soient seuls et que leurs camarades aient déserté le couloir pour reprendre à voix basse :
- Ce matin j'ai trouvé Rose en train de pleurer et… elle n'avait pas l'air bien, et j'ai remarqué qu'elle n'était pas en cours non plus, alors j'ai pensé qu'il faudrait que quelqu'un le sache, et comme tu es la seule de ses proches que je connaisse un peu…
Il était hésitant, mal à l'aise, ce qui fit sourire la jeune Weasley tristement.
- Ce n'est pas étonnant, soupira Lucy avec une grimace embarrassée. Rose est… elle refuse de pleurer devant qui que soit. Quand elle va mal ou qu'elle craque, elle a du mal à se confier.
La surprise devait être évidente dans le regard de Scorpius car Lucy se sentit obligée d'expliquer :
- Je sais qu'elle a l'air très ouverte et très…
- Exubérante ? Proposa Scorpius en fronçant légèrement les sourcils.
- Oui, voilà, exubérante, acquiesça Lucy en hochant la tête. Mais elle est bien plus renfermée qu'on pourrait le croire, et elle a du mal à s'ouvrir aux autres lorsque ça ne va pas. Alors bien souvent, si elle a besoin de… de vider ce qu'elle a sur le cœur, elle s'isole.
La curiosité n'était pas un des défauts de Scorpius, et pourtant, il avait inexplicablement besoin de savoir ce qui avait pu mettre Rose Weasley dans un état pareil.
- Est-ce que tu sais ce qu'il s'est passé ?
Lucy hocha la tête et poussa un long soupir, tout en jouant avec la bretelle de son sac. Visiblement, elle hésitait, ne sachant pas très bien si elle devait lui dire ou non ce qui accablait sa cousine. Mais après tout, la nouvelle se rependrait vite et il serait au courant avant la fin de la journée, alors il valait mieux qu'il l'apprenne de sa bouche à elle.
- Franklin a rompu avec elle, répondit-elle simplement.
Scorpius grimaça. On ne pouvait pas dire que Rose Weasley changeait de petit-ami comme de chemise, mais elle était rarement restée célibataire plus d'un mois depuis qu'elle avait quinze ans. Les garçons s'intéressaient beaucoup à elle depuis qu'elle s'était débarrassée des ingratitudes de la puberté et on pouvait difficilement lui reprocher d'essayer d'être heureuse dans les bras qu'ils lui tendaient. En réalité, elle avait eu trois relations, et toutes avaient duré, jusqu'à ce qu'apparemment, les gentlemans qu'elle avait élus propriétaires de son cœur finissent par se lasser.
- Je comprends, finit par dire Scorpius en hochant lentement la tête.
Ils s'observèrent sans vraiment savoir quoi dire pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que Scorpius s'éclaircisse la gorge et sourie avec embarras.
- Eh bien… je vais aller déjeuner.
- D'accord, répondit Lucy en souriant amicalement. Et bonne chance pour ton entretien pédagogique tout à l'heure.
- Oh oui, toi aussi.
Il lui adressa un dernier regard et fit demi-tour, s'éloignant pour regagner sa Salle Commune avant de rejoindre Thomas pour déjeuner.
- Scorpius ? L'interpella Lucy alors qu'il avait déjà dépassé le portrait de Vladimir Sanbleu.
Il se retourna et vit son regard noisette le détailler un moment avant de sourire.
- C'est gentil de t'inquiéter pour elle.
Mal à l'aise, Scorpius plongea les mains dans ses poches et haussa les épaules.
- C'est normal, elle avait l'air….
Il ne termina pas sa phrase, mais la jeune fille sembla comprendre quand même. Lucy hocha la tête, sourit, et s'éloigna à son tour, dans la direction opposée.
Il savait que cette histoire n'aurait pas dû le préoccuper autant, et pourtant, chaque fois qu'il essayait de penser à autre chose, les larmes de Rose Weasley venaient le hanter.
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Lorsque Scorpius rejoignit Thomas à la table des Poufsouffle, celui-ci avait déjà commencé à manger. Il s'assit sur le banc, à côté de lui, mais ne toucha pas tout de suite à son assiette, préférant relire brièvement ses notes d'Arithmancie pour compléter ce qu'il n'avait pas eu le temps d'écrire.
- Tu ne sais pas la nouvelle, dit Thomas en voyant Rose Weasley entrer dans la Grande Salle, elle s'est fait larguer par Franck hier soir, apparemment.
Scorpius ne dit rien mais releva la tête pour observer discrètement la jeune fille. Elle se dirigeait vers la table des Gryffondor en souriant, comme si de rien n'était, et se laissa tomber à côté de son petit frère, Hugo, lui parlant avec animation.
- Elle n'a pas l'air si déprimée, ajouta Thomas en haussant les épaules.
S'il ne l'avait pas vue pleurer de ses propres yeux, Scorpius ne l'aurait pas cru. Elle avait l'air tellement détendue, heureuse, et resplendissante, qu'il paraissait impossible de croire que quelques heures plus tôt, elle était une véritable loque. Il entendit son rire grave et chaleureux raisonner dans la Grande Salle depuis la table des Gryffondor, et fronça les sourcils. Comment se faisait-il que personne ne se rende compte qu'elle jouait la comédie ? Comment arrivait-elle à tromper tout le monde ?
- A quelle heure est ton entretien ? Lui demanda soudain Thomas, en tendant le bras pour attraper un petit pain, arrachant Scorpius au fil de ses pensées.
- Treize heures, répondit-il en détachant finalement ses yeux de Rose Weasley.
Il rangea ses notes d'Arithmancie dans son sac et entreprit de remplir son assiette.
Malgré ses efforts pour ne plus prêter attention à la Gryffondor, Scorpius se surprit plusieurs fois à regarder dans sa direction.
Rose Weasley était décidément incompréhensible. Elle passait du rire aux larmes plus vite qu'un Strangulot frappé par un sortilège d'Euphorie et malmenait ses émotions dans l'espoir fou que personne ne remarque vraiment ce qu'elle avait sur le cœur. C'était un peu comme si en prétendant être heureuse en permanence, elle croyait pouvoir l'être un peu.
N/A : Bonjour à tous :) D'abord, laissez-loi vous dire que je suis contente de vous publier ce premier chapitre ! J'espère qu'il ne vous fera pas fuir à toutes jambes et que vous continuerez au contraire d'apprécier cette histoire ! C'est vrai qu'il ressemble plus à un prologue bis qu'à un chapitre, vu qu'il introduit l'histoire et ce qui va suivre, mais bon.
A part ça, je remercie DelfineNotPadfoot pour la correction de ce chapitre, et je vous souhaite à tous un excellent week-end !
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