Nos Corps A La Dérive
Les blas-blas de Xérès : Re-bonjour à tous et à toutes, nous voici réunis pour un second chapitre. Déjà je suis particulièrement touchée par le nombre incroyable de reviews/de MP/de mails que j'ai reçues pour ce début de fiction. Je crois que c'est un des meilleurs départs de toute ma vie et j'ose encore à peine y croire. Alors UN GRAND MERCI à vous ! Vous avez tous d'innombrables théories sur ce qui va se passer dans cette fiction, certaines s'approchent de la vérité, d'autres pas du tout ahah mais c'est un plaisir de vous voir aussi enthousiastes dès le premier chapitre. Place à la lecture !
Merci à tous ceux qui ont déjà follow/fav ce premier chapitre, ainsi qu'à PouleauPotter, Piitchoun, Charliee3216, MissMalefoySlytherin, il suffira d'un signe, Elisendre, Eliane Gil, Cécile, gege19822002fr, Lyly Ford, Miss Pika42, FroggyL, Akai-ito-san, didoupanda, MissDraymione, SwanGranger, mon chéri, laloudu77, Jesalynda, ecathe38, Acide'nette, JudorangeHp, Winlie-chan, Drasha, malfoyswand, Plumty, Mikasa, Love the Original Family, Marion, Hellt, Capuche, Eliana Debrey, Miliedu12, Carboplatine, flolive, Ela, SnowandSilver, Popo, PlumeDeSerpent, Wizzette pour leurs reviews. RAR :
Elisendre : ahah oui, il est prévu que Harry et Ron restent de gros enfoirés dans cette version, même si ce ne sera pas aussi présent dans l'histoire. J'ai beaucoup plus étoffé le background cette fois, et j'espère que le résultat sera moins creux et bâclé qu'il y a 10 ans ! Merci pour ta review ! :)
Cécile : Merci beaucoup ! Je voulais m'amuser à essayer de transposer les événements des livres dans un monde réel et je me suis aperçue comme ça qu'en vrai, Harry serait un gros masochiste et un danger public ! ahah. Merci pour ta review et bonne lecture !
Anonyme du 11 janvier : je me suis pas mal retourné le cerveau pour imaginer comment conserver un système de maisons sans répartition et je me suis dit que les types comme Malfoy détesteraient être logés à la même enseigne que les gens aux moyens plus limités. Mais je voulais que l'école accepte tout de même ces gens malgré le fait que c'était un pensionnat de luxe. La solution était donc là ! Ahah si tu as un humour douteux, on devrait bien s'entendre, j'ai le même ! ^^ Merci pour ta review !
Didoupanda : ahah bon je ne peux pas trop répondre à ta review sans spoiler donc je me contenterai d'un grand merci pour tes compliments et ton message ! ahah Gros bisous et bonne lecture !
Drasha : ahahah en effet il faut s'attendre à tout avec moi, et je compte bien vous faire soupçonner tout Poudlard avant de véritablement révéler les tenants et aboutissants de cette histoire. Tu vas peut-être changer d'avis rapidement sur Draco. Genre dans ce chapitre. Ahah. Tu me diras ce que tu en penses. Bises et merci pour ta review !
Mikasa-es-tu-casa : décidément je ne m'en lasserai jamais de cette vanne. Ahah. Quel plaisir de te revoir parmi nous (« miaou », deuxième vanne pourrie je suis en forme). Harry et Ron n'étaient déjà pas des enfants de cœur dans la première version mais tu ne peux pas le savoir, du coup ! C'est pas plus mal, l'ancienne était toute pourrie. J'espère que ce chapitre te plaira aussi et gros bisous !
Marion : Tu as raison, il faut chercher beaucoup plus loin que ça pour trouver le mobile de l'agression de Binns ) ça ne pouvait pas être aussi simple, ahah. Harry et Ron ne sont pas de gentils garçons dans cette histoire, donc tu pourrais vite changer d'avis ! Et à contrario, Draco pourrait bien te surprendre dans ce chapitre, puisqu'on va faire une petite incursion dans sa vie et ses pensées. Gros bisous et merci pour ta review !
Capuche : il s'est écoulé 10 ans entre la première version et celle-ci, j'ai beaucoup écrit entre temps et mon style n'avait plus rien à voir. La première version ne me plaisait plus du tout (j'ai d'ailleurs hâte de la supprimer), c'est pourquoi j'ai tout revu de A à Z. Contente que tu y voies une évolution ! :) Merci pour ta review et bonne lecture !
Miliedu12 : ahah tu n'as eu que le point de vue d'Hermione dans le premier chapitre et peut-être que le second va révéler une situation bien plus complexe qu'elle n'en a l'air. Je rappelle aussi que le Dramione (même s'il a une place essentielle dans l'histoire) n'est pas l'intrigue principale. Elle tourne autour d'eux deux bien entendu, mais pas autour de leur amour/relation/etc. en tant que tel. Haha tu as répété la citation à ta mère ! Alors, elle est d'accord avec ou pas ? xD Merci pour ta review et bonne lecture !
Ela : non non ne t'excuse pas pour le léchage de pompes. J'aime le léchage de pompes. Je suis POUR le léchage de pompes. Le léchage de pompes devrait être remboursé par la sécurité sociale et reconnu pour ses bienfaits sur la santé. Ahah. Merci pour ta review et ta fidélité ! Bonne lecture !
Popo : Merci pour ta review ! J'espère que la suite continuera de te plaire ! :) Bonne lecture.
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Chapitre 2 : Cuthbert
« … C'était horrible, vous savez ? Vraiment horrible… Il y avait ce pauvre vieux monsieur qui sortait du pub où il avait certainement pris une bière ou deux devant le match d'Arsenal… je ne veux pas dire par là qu'il était ivre, mais le match venait de se terminer et il sortait du bar, alors j'en ai conclu que… Enfin bref, il était là, il s'apprêtait à traverser la rue et… Oh Seigneur, monsieur l'agent, vous auriez dû voir avec quelle violence son agresseur lui est tombé dessus ! Il est arrivé par derrière, comme un diable hors de sa boîte, armé d'une batte de cricket ! Oui parfaitement, une batte ! Et il l'a roué de coups sans aucune pitié. J'ai hurlé de toutes mes forces, mais il ne s'est jamais arrêté, même après que le vieil homme ait cessé de bouger, il continuait à le frapper.
… Si j'ai vu son visage ? Pas du tout. Il portait une casquette et une écharpe remontée sur son nez. Une écharpe… en plein été. Et un long manteau noir, si long qu'on ne distinguait rien de sa tenue en-dessous. Un type bien louche si vous voulez mon avis… ou alors quelqu'un que le vieux monsieur aurait forcément su identifier… Peut-être qu'il y a une histoire d'argent derrière tout ça. Vous pensez que c'est une histoire d'argent ?... »
Marissa Larkin, témoin principal dans l'agression du professeur Cuthbert Binns date de la déposition, 8 août 2015 15 :35.
~o~
La sensation de l'eau à trente-deux degrés Celsius enveloppant son corps frêle enivrait littéralement Pansy Parkinson. D'un geste lent et souple, elle ondulait des bras dans le liquide transparent et légèrement chloré, le menton et les pointes de sa coupe au carré brune titillant la surface. Elle écoutait d'une oreille distraite les autres occupants du bassin se vanner à tour de rôle sur divers sujets purement masculins. Comme la dernière défaite de Manchester United, le nombre de fois où cet imbécile de Grégory Goyle avait vomi au cours d'une énième soirée alcoolisée, le nouvel épisode de Doctor Who… l'agression de cet idiot de Binns. Bon, peut-être pas si idiot que ça. Pansy aimait bien la Littérature, mais il était hors de question qu'elle l'avoue en présence de ses camarades. Et pour le moment, elle avait simplement envie de barboter sagement dans la piscine couverte des Malfoy en attendant le moment fatidique où elle devrait rejoindre sa maison vide. Elle ne comprenait pas pourquoi Draco et les autres se plaignaient sans arrêt de leurs parents qui étaient toujours sur leur dos.
Moi, j'aimerais bien que mes parents s'occupent de moi.
Mais avec un père chirurgien de renommée internationale et une mère ambassadrice de l'UNICEF qui préférait soigner les enfants des autres plutôt que sa propre fille, elle pouvait toujours rêver.
Le regard brun de Pansy s'illumina en distinguant la Maserati Ghibli noire de Lucius Malfoy se garer dans l'allée gigantesque du Manoir. Au loin, le portail automatique en fer forgé se refermait lentement. Lucius Malfoy s'extirpa de son véhicule, attaché-case à la main et remonta l'allée de graviers après avoir appuyé sur le petit bouton de verrouillage, faisant clignoter les phares un bref instant. Pansy avait toujours éprouvé une fascination presque inquiétante pour le père de son ami Draco. Sa prestance et son assurance, la force que sa mâchoire volontaire et ses yeux de glace dégageaient l'avaient toujours impressionnée depuis son plus jeune âge. On dit que les petites filles passent toutes par un stade où elles voudraient épouser leur papa. Mais Pansy, elle, c'était Lucius Malfoy qu'elle aurait voulu épouser. Avant de grandir et de jeter son dévolu sur quelqu'un de beaucoup plus accessible, bien que largement moins impressionnant : Blaise Zabini. Ces deux-là n'auraient pourtant pas pu être plus différents : l'un était beaucoup plus âgé, blond, la peau pâle, les yeux d'un bleu électrique et sa présence imposait immédiatement le respect. L'autre était un adolescent tout à fait classique, sa peau d'Afro-britannique aussi douce et veloutée qu'un chocolat chaud à la mode espagnole, tandis que ses yeux et cheveux étaient d'un noir de jais. Leur seul point commun : un caractère taciturne et peu loquace. Mais Pansy se fichait pas mal de la quantité de mots qu'ils pouvaient débiter par jour, aussi faible soit-elle… tant qu'ils lui étaient destinés.
« A ce qu'il paraît, Binns est sorti de l'hosto… », déclara Théodore Nott, ses yeux noirs en amande sondant avec amusement ses trois autres comparses de baignade. « Vous croyez qu'il va revenir à Poudlard ? »
« Ça m'étonnerait… avec ce qu'il s'est pris… Vous croyez vraiment que c'est un élève qui a fait le coup ? C'est ce qu'ils ont dit dans le journal… » Blaise grimaça et fit tomber les cendres de sa cigarette dans un cendrier posé sur le rebord de la piscine. Il souffla la fumée et tourna son regard sombre en direction de Pansy, qui fixait un point un peu plus loin dans le jardin. Un coin de sa bouche se souleva. Elle était si mignonne, plongée dans ses pensées, les pointes de ses cheveux mouillés gouttant lentement autour de son cou et le regard rivé sur… Le sourire de Blaise retomba. Il écrasa précipitamment sa cigarette dans le cendrier et se tourna vers Draco, alarmé. Mais celui-ci n'avait rien remarqué, tournant le dos au Manoir et à son allée, et il tira nonchalamment sur le joint qu'ils avaient roulé quelques minutes avant de plonger dans l'eau chaude.
« Je suis sûr que c'est Draco, le type avec la batte… T'as toujours été un as au cricket », renchérit Théodore en s'esclaffant.
« Bravo, Sherlock, tu m'as démasqué… », railla le blond en levant les yeux au ciel. « Je me demande ce que fait la police : si tu es parvenu à me retrouver avec tous ces indices, ils ne devraient pas tarder à venir me chercher… » Il ricana et tira une nouvelle fois sur son joint en plissant les yeux. De l'autre côté de la piscine, Blaise le dévisageait d'un air totalement paniqué.
« Pour l'agression de ton professeur, je ne sais pas, mais pour la consommation de marijuana c'est probable… », fit une voix glaciale dans le dos de Draco. L'adolescent sursauta, et par réflexe plongea la main tenant le cône illicite dans l'eau avant de tourner la tête si vite qu'il sentit les vertèbres de sa nuque craquer.
« Père ? », balbutia Draco, tandis que le papier à rouler se désintégrait lentement et déversait l'intégralité du tabac amélioré dans la piscine.
« Bonjour Monsieur Malfoy », marmonnèrent précipitamment Théodore et Blaise d'une seule et même voix.
« Bonjour Monsieur Malfoy », reprit Pansy avec plus de légèreté et un grand sourire. Lucius le lui rendit brièvement et avec chaleur, avant de reporter son attention (et son expression à nouveau terne) sur son fils.
« Rassure-moi, Draco, ce n'est pas vraiment toi qui as agressé ce vieil incompétent ? », demanda Malfoy, comme s'il en doutait réellement.
Le fiston leva un regard scandalisé dans sa direction. « Bien sûr que non, ce… c'était une blague… » Il se retourna et lança un regard meurtrier à Théodore, qui pinçait les lèvres pour ne pas rire. Le simple fait que son propre père pose la question au lieu de prendre son innocence comme une évidence blessait Draco plus qu'il n'aurait voulu l'admettre, mais il fit son possible pour ne rien laisser paraître.
« Dommage… », lâcha Lucius avec un soupir déchirant. « Tu aurais au moins fait quelque chose de plus constructif dans ta vie que… ça. » Nouveau regard sévère sur les restes du joint qui flottaient dans la piscine. Il était de notoriété publique à Poudlard que Lucius Malfoy désapprouvait la présence d'un professeur aussi âgé que Binns dans le corps enseignant. Il avait cependant eu beau faire pression sur le directeur et le Conseil d'administration, le vieil homme était toujours là, avec sa voix chevrotante et ses textes désuets. Draco serra les dents et porta à son tour son regard sur les miettes de tabac qui dérivaient à la surface. Puis la chaussure droite impeccablement vernie de son paternel se souleva du sol et vint le heurter sèchement au niveau de l'oreille. « Allez, sors de là. Et nettoie-moi cette merde. »
L'homme s'éloigna cette fois en direction du Manoir, laissant les adolescents immobiles dans la piscine. Seul le ronronnement sourd de la pompe leur parvenait depuis le coffre de la pompe de filtration. Jusqu'à ce que Blaise et Théodore éclatent de rire.
Draco lui-même sembla se détendre quelque peu, même si les paroles de son père l'avaient remué. Il avait l'habitude des remontrances et qu'on lui rappelle qu'il n'était pas bon à grand-chose, mais de là à chercher à aggraver la situation par un flagrant délit de fumette… certainement pas. Une part de lui ne renonçait pas à faire apparaître un jour autre chose que de la déception sur la figure paternelle. Mais ce ne serait manifestement pas pour tout de suite.
« Mec, t'aurais vu ta tête », pouffa Théodore en se lançant dans une imitation de l'expression de Draco lorsque son père avait pris la parole. Les yeux écarquillés, la bouche formant un U à l'envers et tendu comme un arc, le tableau était à peine exagéré, ce qui fit redoubler Blaise d'éclats de rire. « J'ai vraiment cru que c'était la fin… sérieux, ton père me fait flipper parfois. »
Draco sortit ce qu'il restait du défunt joint de l'eau et le posa sur le rebord du bassin. « Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? M'envoyer en pension ? Oh attends, c'est déjà fait… »
« Ton père n'est pas si méchant, il veut juste que tu aies une bonne éducation », le défendit Pansy, avec véhémence. De l'autre côté de la piscine, Blaise se renfrogna aussitôt et Théodore haussa un sourcil narquois. Le béguin de Pansy pour Lucius était évident depuis qu'elle avait cinq ans et Blaise avait toujours éprouvé une jalousie farouche à l'encontre de l'adjoint ministériel.
« Merci, Pans' », railla Draco en tendant un index en direction de la maison. « Si tu veux lui lécher l'arrière-train, il est parti par là. »
Pansy lui tira la langue et projeta une main en avant pour l'asperger d'eau chlorée.
« Tu parles qu'elle veut… », gloussa Théodore avant de refermer la bouche illico en voyant l'expression menaçante de Blaise. « Ça va, c'est bon, détends-toi. On rigole. »
~o~
Nymphadora Tonks, épouse Lupin, avait toujours farouchement détesté les hôpitaux. Que ce soient les couleurs désespérément fades sur les murs, le crissement odieux des chaussures d'infirmières sur le revêtement de sol en linoléum, l'odeur de détergent et de cuisine bon marché qui se mêlait à celle des malades… sans parler de toutes les fois où à Londres, elle s'y était rendue pour assister à des autopsies à la morgue. Non, les hôpitaux n'étaient définitivement pas son truc.
Celui de Pré-au-Lard, en revanche, n'avait absolument pas changé depuis qu'elle avait quitté la ville de son enfance près de dix ans plus tôt. Les corridors étaient toujours peints de la même couleur jaune pastel et il y régnait une ambiance qui tenait plus de la maison de retraite que des services d'urgences constamment débordés de la capitale. Certainement à cause de la population vieillissante de Pré-au-Lard et de l'absence des élèves de l'internat voisin de Poudlard en cette fin de mois d'août. Elle esquissa un sourire attendri en passant devant le couloir qui menait à l'aile pédiatrique du bâtiment et où elle se souvenait avoir passé de longues heures avec sa mère à attendre qu'on lui plâtre un bras ou une jambe. Pas ma faute si j'adorais le skateboard et grimper aux arbres…, gloussa intérieurement la jeune femme.
« Par ici… »
La jeune inspectrice de police sortit de sa rêverie et tourna la tête vers son nouveau partenaire. L'inspecteur en chef Kingsley Shacklebolt avait dépassé la barre de la cinquantaine et comme on pouvait s'y attendre de la part d'un homme de son âge exerçant la profession de gardien de la paix, il était relativement bourru et souriait peu. Il avait eu plusieurs fois l'occasion de passer commissaire au cours de sa carrière mais il se disait « homme de terrain » et avait toujours refusé de « visser son vieux derrière sur un fauteuil de bureau ». Nymphadora l'avait écouté patiemment relater ses aventures avec les agriculteurs ivres au volant de leurs tracteurs, ou ses véritables guérillas contre les adolescents du coin qui s'amusaient à taguer l'intérieur d'une vieille cabane désaffectée aux abords du village, qu'il qualifiait carrément de « vrais petits vandales, parfaitement ! ».
Mieux valait ne pas lui dire qu'elle-même avait coffré deux violeurs en série et aidé à démantelé un réseau de grand banditisme qui gangrenait tout Londres, et seulement au cours des douze derniers mois. Alors certes, les tags et les tracteurs fous étaient un problème sérieux… mais elle pensait pouvoir gérer.
Elle suivit Shacklebolt dans un autre couloir et ils arrivèrent bientôt devant une porte gardée par un autre policier, plus large que haut, et à la moustache rousse bien fournie. So british…, pensa-t-elle en tâchant de dissimuler son sourire narquois.
« Chef… », balbutia le roux en se redressant, ce qui tendit quelque peu la chemise de son uniforme au niveau de son ventre proéminent. Nymphadora recula imperceptiblement, de peur qu'un des boutons ne cède et ne vienne la percuter en plein front. Toutefois, les fils tinrent bon et la moustache s'agita quelques instants avant qu'il ne prenne la parole. « Le Directeur de Poudlard est avec lui… Dumbledore. J'ai vérifié, il est sur la liste des visiteurs autorisés ! » Pour appuyer ses paroles, il sortit une feuille pliée en quatre de sa poche, tandis que Shacklebolt hochait la tête sombrement.
« Je sais, oui… Gardez l'œil ouvert, sergent. Fol-Œ… euh l'inspecteur Maugrey viendra vous relever d'ici deux ou trois heures. »
« Bien, chef ! », clama le subalterne en se raidissant une fois de plus.
Alastor Maugrey, que ses collègues du commissariat de Pré-au-Lard avaient amicalement surnommé Fol-Œil en raison de son œil de verre mal fixé qui remplissait son orbite gauche, était lui aussi un sacré numéro. C'était lui qui avait accueilli Nymphadora lors de son premier jour au commissariat et lui avait présenté avec un sérieux presque caricatural chacun des membres de sa nouvelle équipe, ainsi que les différents « foyers de délinquance » répartis dans la ville. La jeune femme avait eu du mal à garder son sérieux en réalisant que les foyers en question étaient principalement des maisons inhabitées où les jeunes venaient boire quelques bières et s'amuser, et elle avait carrément pouffé lorsque Maugrey avait désigné chaque point sur la carte en ponctuant son geste d'un « Vigilance constante ! » tonitruant. A ce moment-là, elle aurait pu jurer avoir vu son œil de verre pivoter dans sa direction pour la fusiller du regard. Mais elle avait dû rêver…
Shacklebolt poussa la porte de la chambre et lui fit signe d'entrer. A l'intérieur, outre le vieil homme décrépi et au visage couvert d'hématomes à différents stades de résorption, se trouvait un autre individu lui aussi relativement âgé. Sa longue barbe argentée tombait mollement sur son costume strict et son veston démodé, d'où pendait la chaîne dorée d'une montre à gousset. Nymphadora sourit. Il n'avait pas changé d'un iota depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu…
L'homme leva le nez dans sa direction, sembla un instant surpris puis son visage s'éclaira d'un large sourire. « Mademoiselle Tonks ! »
« Professeur Dumbledore », le salua sobrement la jeune femme, qui n'oubliait pas qu'elle venait ici dans le cadre de ses nouvelles fonctions. Elle lui adressa toutefois un sourire discret qui fit pétiller les yeux bleu clair de son interlocuteur. « Je suis ravie de vous revoir… et c'est Inspecteur Tonks, à présent. »
Albus Dumbledore hocha la tête d'un air appréciateur et ce fut au tour du vieux patient de s'agiter sur son lit médicalisé. « Tonks ? Nymphadora Tonks ? Ça par exemple ! Nymphadora Tonks, de Gryffondor ? »
« Bonjour, professeur Binns », le salua-t-elle en souriant franchement, cette fois-ci.
« Ça par exemple », répéta le vieil homme en étirant ses lèvres ridées et encore tuméfiées. Il faisait peine à voir et Tonks se fit mentalement la promesse de retrouver et de faire payer celui qui avait osé s'en prendre de la sorte à un vieil homme sans défense. « Vous n'avez absolument pas changé, pas vrai, Albus ? » Le directeur hocha silencieusement la tête. « A part peut-être vos cheveux. Ils étaient… bleus à l'époque, je crois ? »
« Et verts, et blonds, et roses… », énuméra Dumbledore en riant. « Un véritable arc-en-ciel ! Ce vieux Rusard est toujours traumatisé, à ce propos. Depuis cette époque, dès qu'il voit un élève arborer une couleur capillaire un tant soit peu excentrique, il est subitement pris de palpitations… »
Tonks éclata d'un rire aigu au souvenir du bon vieux concierge psychorigide et boiteux de son ancienne école, mais s'arrêta aussitôt en voyant le regard désapprobateur de son supérieur. Bon sang, je l'avais presque oublié celui-là…
« Navré d'interrompre ces touchantes retrouvailles », maugréa Shacklebolt qui enfouit les mains dans ses poches en fronçant les sourcils. « Mais nous ne sommes pas ici pour une visite de courtoisie comme vous pouvez vous en douter… Inspecteur en chef Kingsley Shacklebolt, je suis- »
« Déjà venu m'interroger, oui… », l'interrompit Binns en tournant la tête dans sa direction. « Je me souviens. Je suis vieux et blessé, pas sénile. »
Les yeux bleus de Dumbledore pétillèrent de plus belle et Nymphadora dut se retenir de rire, tandis que son collègue se raclait la gorge pour reprendre contenance.
« Hum… oui, bon… je suis venu vous présenter la nouvelle inspectrice chargée de l'affaire. C'est elle qui reprend votre dossier, c'est pourquoi je voulais qu'elle vous rencontre afin que vous lui racontiez vous-même vos souvenirs de l'agression. J'estime qu'il lui sera plus utile d'entendre les faits de votre bouche plutôt que de simplement les lire dans nos rapports. »
« Je n'ai rien contre, évidemment… », acquiesça-t-il en faisant signe à Tonks de s'asseoir où elle le jugerait opportun. Avec un sourire pincé, elle s'avança près du lit et s'installa dans un fauteuil en skaï démodé de couleur marron, sortant son calepin de sa poche. Dans l'absolu, elle n'avait pas besoin de prendre de notes puisque les déclarations de Binns avaient déjà été rapportées dans les pièces du dossier. Mais c'était sa manière à elle de s'approprier l'affaire, en notant quelques détails, le ressenti de la victime, mais aussi son propre ressenti vis-à-vis du témoignage… Chacun sa méthode.
« Bien, je vais vous laisser tranquilles… J'étais de toute façon sur le départ », déclara Dumbledore en serrant chaleureusement la main de son collègue, qui esquissa un pauvre rictus de guingois. « Inspecteur… j'imagine que nous aurons l'occasion de nous revoir, puisque vous êtes de retour dans la région. »
Tonks opina du chef, se promettant de l'inviter à dîner dès que leur nouvelle maison serait présentable et que les derniers cartons auraient été déballés. Quelle ne serait pas la surprise du vieux directeur lorsqu'il réaliserait que le professeur de Littérature anglaise qu'il venait d'engager pour remplacer Cuthbert Binns n'était autre que son conjoint ! Peut-être même le savait-il déjà ? Après tout, Remus avait passé son entretien d'embauche final quelques jours plus tôt, le lendemain de leur emménagement. Peut-être l'avait-il mentionné ?
Shacklebolt hocha solennellement la tête lorsque Dumbledore passa près de lui pour quitter la chambre et referma la porte. Tonks appuya sur l'extrémité de son stylo pour faire sortir la mine et la posa sur le papier.
« Professeur, racontez-moi ce dont vous vous rappelez de cette soirée-là… essayez de vous remémorer chaque détail, même les plus idiots. Un reflet, une odeur, certaines choses peuvent paraître banales et avoir cependant leur importance. »
Le vieil homme approuva et croisa lentement ses mains fripées sur les draps. « Je vais faire de mon mieux, même si je ne pense pas vous être bien utile. J'étais en congés à Liverpool chez ma sœur… c'est une vieille dame très gentille, vous savez, mais elle ne partage pas mon amour du ballon rond. Elle voulait regarder Britain's Got Talent ce soir-là mais Arsenal jouait contre Manchester… Alors je suis allé au pub du coin pour regarder le match. »
Tonks hocha la tête et baissa un instant les yeux pour noter Soirée au bar non planifiée = le suspect l'observait depuis un moment. C'était la seule solution, la théorie de l'acte gratuit et aléatoire était vraisemblablement à écarter.
« J'ai pris quelques bières sur place, l'ambiance était relativement bonne dans le pub. Il n'y avait qu'un seul supporter de Manchester dans le lot, alors il se faisait tout petit, vous comprenez… » Binns s'esclaffa. « Enfin bref, j'ai discuté un moment avec deux autres vieux croutons comme moi… et puis je suis retourné chez ma sœur. Je me souviens qu'il faisait encore bon malgré la nuit tombée et toutes les fenêtres du voisinage étaient ouvertes, pour faire un peu d'air. »
« Personne n'est sorti en même temps que vous du pub ? », demanda Tonks sous l'œil attentif de Shacklebolt.
Le vieux secoua la tête. « Non. Et cela, j'en suis certain. Les autres sont restés pour un dernier verre. La plupart n'étaient pas pressés de retrouver leurs femmes… mais j'étais fatigué et je savais qu'il faudrait un moment à Janice pour me raconter dans le détail chacune des prestations validées ou refusées par le jury de Britain's Got Talent. Mieux valait rentrer maintenant si je voulais parvenir à me coucher avant l'aurore… »
Tonks esquissa un sourire, l'invitant à poursuivre. S'il était sorti seul, ce n'était à priori pas un des gars du pub qui s'en était pris à lui. Pour l'instant, tout ce qu'elle entendait confirmait les premières suppositions de ses collègues.
« J'étais sur le point de traverser la chaussée quand j'ai perçu un mouvement sur ma gauche, un peu plus loin. Quelqu'un approchait, avec un long manteau qui semblait bien lourd. En tous cas beaucoup trop lourd pour la saison. Et une écharpe aussi. Je me souviens avoir pensé qu'il y avait vraiment des gens bizarres, mais je n'ai pas imaginé qu'il pourrait en avoir après moi. C'est un quartier calme, en général. J'ai donc détourné le regard… et la suite vous la connaissez. »
« Il a sorti une… batte de cricket et vous a frappé, c'est bien cela ? », demanda Tonks en inclinant la tête sur le côté.
« Honnêtement, je ne saurais pas vous dire. J'ai entendu l'air siffler près de mon oreille gauche, une demi-seconde avant l'impact. Après ça, les coups se sont enchaînés si vite que j'ai perdu connaissance avant même de comprendre ce qu'il m'arrivait… »
« Vous n'avez donc pas vu cette personne, ni avec quoi elle vous frappait ? »
Binns secoua de nouveau la tête. « Non. Je le sais parce que des témoins l'ont dit aux policiers, mais je n'ai rien vu du tout. Ni la batte, ni le visage de ce garçon. »
« Comment pouvez-vous être sûr qu'il s'agit d'un individu de sexe masculin, dans ce cas ? », demanda-t-elle, les sourcils froncés.
« Sa démarche. Il marchait comme un homme, vous savez… à grandes enjambées, les pieds assez écartés. Pas de manière délicate ni légère comme une femme. »
Tonks pinça les lèvres, se retenant de lui dire que certaines des femmes qu'elle avait rencontrées dans les quartiers difficiles de Londres n'avait absolument rien de léger ni de délicat, mais nota tout de même la remarque de Cuthbert Binns dans son calepin (assortie toutefois d'un point d'interrogation).
« Est-ce que vous vous souviendriez d'autre chose depuis la dernière fois que nous nous sommes vus ? », demanda Kingsley en dévisageant le vieil homme. « Un détail supplémentaire ? Quelque chose qui vous aurait échappé la première fois ? »
Le professeur Binns émit un léger grognement et regarda tour à tour les deux policiers, hésitant. Nymphadora dut sentir son incertitude et lui adressa un sourire encourageant. « Même si vous n'êtes pas sûr de vous à cent pour cent… dites toujours. »
Binns hocha plusieurs fois la tête, comme s'il tentait avant tout de se convaincre lui-même avant ses visiteurs. Puis de sa voix chevrotante de grand-père, il reprit :
« Il y a quelque chose qui m'est revenu dernièrement… mais, je ne sais vraiment pas si… bon Dieu, c'est peut-être mon esprit qui me joue des tours… Avec tout ce qu'ils disent dans les journaux, sur un éventuel élève qui aurait fait le coup… »
« Peu importe, essayez quand même… », le pressa-t-elle avec douceur.
Un soupir. Les lèvres du vieux professeur tremblèrent.
« Juste avant que je ne perde totalement connaissance… Il a dit… Je crois qu'il a dit :… Je suis désolé, j'étais obligé, je suis désolé… »
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Sa manette de PlayStation en mains, Draco appuya frénétiquement sur plusieurs touches pour que son personnage effectue un double coup de pied sauté retourné en plein visage de son adversaire. Théodore poussa un grognement, ripostant par une avalanche de coups de poings qui eut raison des efforts désespérés du blond pour le mettre K.O. Le personnage de Draco s'écrasa lourdement au sol, sous les applaudissements de la foule en délire. Ou plutôt de Théodore en délire. Abandonnés par Pansy et Blaise un peu plus tôt dans l'après-midi, les deux amis avaient trouvé refuge dans la chambre de Draco et avaient passé leur temps à maltraiter leurs manettes respectives. A présent le soleil se couchait sur les quartiers chics de Londres et la chambre gigantesque de l'adolescent plongeait petit à petit dans la pénombre.
« T'as gagné parce que je n'y voyais plus rien… la télé me fait mal aux yeux quand la pièce n'est pas bien éclairée », maugréa Draco en fusillant son ami du regard.
« C'est ça, ouais, à d'autres… » Théodore sauta sur ses pieds puis s'étira de tout son long pour atteindre du bout des doigts l'interrupteur près de la porte. L'ampoule du plafonnier s'illumina aussitôt. « La voilà, ta lumière. Mais je parie que je t'éclaterai quand même à la prochaine partie. »
Draco poussa un soupir et jeta sa manette sur la moquette, avant de bâiller longuement. « J'en ai marre de jouer, de toute façon. »
« Dégonflé », railla Théodore en levant les yeux au ciel. Ceux-ci se posèrent ensuite sur un livre étrange, dont la couverture était plus que connue ces derniers temps. Le jeune homme esquissa un rictus, prit Cinquante Nuances de Grey entre ses doigts et l'agita devant lui en s'esclaffant. « Tu lis ça, toi ? Je croyais que c'était pour les femmes au foyer désespérées. »
Draco jeta un bref regard en direction du livre et haussa les épaules. « Non. »
« Donc ce livre s'est retrouvé tout seul sur ton bureau ? C'est probablement de la magie… » Devant le mutisme de son ami, Théodore retourna l'ouvrage sous toutes les coutures et remarqua la gommette beige sur la couverture. Il ouvrit la première page et vit qu'on avait rajouté au tampon encreur un nom et une adresse. « Le Café Litté… Mais… ce n'est pas là où travaille Hermione ? »
La moue boudeuse de Draco s'accentua, tandis que le sourire moqueur de Théodore, lui, atteignait des sommets. « Qu'est-ce que t'en sais ? », bougonna le jeune Malfoy, les sourcils froncés.
« Elle me l'a dit. »
« Genre, elle te parle à toi ? », s'énerva Draco en le gratifiant d'un froncement de sourcil mauvais.
« On travaille souvent à la bibliothèque, ensemble et oui, on parle en bossant. Tu le saurais si tu prenais la peine de lui causer normalement ne serait-ce que vingt secondes. »
« C'est exactement ce que j'essaie de faire, figure-toi ! », se défendit le blond en poussant du pied sa manette pour se donner une contenance.
« Sans l'agresser ? » Le silence retomba dans la pièce mais fut malgré tout plus éloquent qu'une véritable réponse. « C'est bien ce que je pensais. Draco Malfoy, tu n'es qu'un idiot. »
« Mais j'y peux rien, moi, si elle est toujours en train de me juger ou de m'insulter. Forcément, ça part en live à chaque fois ! » Il écarta les bras vivement. « Tiens, la dernière fois que j'y suis allé, je me suis dit que je ne dirais rien pour ne pas l'énerver et elle a quand même trouvé le moyen de m'emmerder parce que j'ai oublié de dire bonjour ! »
« Les gens normaux disent bonjour quand ils entrent quelque part, cher ami », ricana Théo en croisant les bras. « Toute une éducation à refaire… »
« De toute façon, elle me déteste. A chaque fois qu'on se retrouve dans le même périmètre, on finit dans le bureau du vieux Dumby, à l'infirmerie ou en retenue avec Rusard. Je ne vois pas pourquoi je m'obstine. »
« Parce que t'es complètement mordu depuis la première année d'internat ? Parce que vous êtes les deux plus gros handicapés du sentiment que Poudlard ait jamais connu ? » Théodore baissa les yeux sur l'exemplaire de Cinquantes nuances et ricana. « Ou parce que d'après ce bouquin, le coup de poing qu'elle t'a mis dans le pif en troisième année équivaut à des préliminaires ? » Une des chaussures de Draco passa en sifflant près d'une oreille de Théodore, qui esquiva le projectile à la manière d'un matador. « Olé ! »
« Va te faire voir… », marmonna Draco, qui souriait faiblement malgré tout. Théodore avait raison, ceci dit. Depuis la première fois qu'il avait posé les yeux sur l'improbable tignasse d'Hermione Granger près de sept ans plus tôt, il avait eu envie de l'embêter. Elle n'était ni incroyablement belle, ni incroyablement intelligente, ni même incroyablement riche… Elle travaillait dur, cependant, au détriment de tout le reste, y compris de sa vie sociale ou extra-scolaire. Une tête d'ampoule pareille, c'était un vrai plaisir de la titiller. D'autant plus qu'elle n'avait pas la langue dans sa poche et qu'elle répliquait systématiquement à chacune des piques que Draco lui envoyait. Et plus l'animosité de Granger avait grandi à son égard, plus il avait éprouvé l'envie de la pousser dans ses retranchements.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu'à ce que cet imbécile de Ronald Weasley sorte brièvement avec elle en cinquième année, avant de la larguer comme une vieille chaussette pour cette idiote de Lavande Brown. Et de lui briser le cœur. Draco n'avait pas du tout aimé cela. C'était un peu comme si Weasley avait piétiné son jouet préféré. Brusquement, Hermione avait perdu toute répartie et s'était plongée plus que jamais dans les bouquins. Ensuite, l'autre grosse brute de Krum l'avait séduite au début de la sixième année. Draco savait que ça ne durerait pas entre eux : Granger méritait beaucoup mieux qu'un sportif gavé aux protéines et dont les seuls sujets de discussion étaient le rugby, le rugby… et le rugby.
« Au fait, tu savais qu'elle et Viktor ont rompu ? », demanda nonchalamment Théodore en faisant semblant d'être très intéressé par le contenu du roman érotique. Du coin de l'œil, il vit la tête blonde se redresser vivement.
« Comment tu le sais ? »
Théodore soupira, refermant le livre pour le jeter sur le bureau encombré de son ami. « Mec, il va vraiment falloir que tu lui parles pour de vrai, un de ces jours. »
Une série de coups frappés doucement contre la porte les fit tous deux sursauter. « Ouais ! », vociféra Draco depuis le sol où il était toujours assis. La porte s'ouvrit doucement et le visage pâle de Narcissa Malfoy apparut dans l'interstice. Elle adressa un regard surpris puis un faible sourire à l'attention de Théodore, puis se tourna vers son fils. « On ne dit pas 'ouais', on dit 'oui' ou en l'occurrence 'Entrez'… Ton père et moi, nous t'attendons dans le salon. Nous devons parler tous les trois. Théodore, si ça ne te dérange pas… »
« Mon indigne présence n'est plus la bienvenue en ces lieux. Je partirai donc, Madame, drapé dans ce qu'il reste de ma dignité », déclama Théodore d'un ton théâtral, tandis que Narcissa laissait échapper un gloussement.
« Merci, Théodore… », souffla Narcissa en ouvrant plus grand la porte pour le laisser passer, après que les deux garçons se soient mutuellement frappé le poing droit en guise de salut.
« Au revoir, Madame Malfoy. Bye, Draco, on se voit dans le train lundi ! »
Le blond laissa échapper un soupir las. Il avait presque oublié qu'ils reprenaient les cours dans deux jours. Les heures passées devant la console et dans les eaux chauffées de la piscine familiale allaient lui manquer. En contrepartie, il retrouverait sa tête d'ampoule préférée. Célibataire, en prime. Peut-être que cette dernière année d'internat ne serait pas si pénible après tout.
Toutefois, la mine sombre qu'arbora sa mère aussitôt Théodore parti lui mit quelque peu le doute sur ce point. Père lui avait-il parlé du joint ? Non, Narcissa savait qu'il fumait de temps à autre et le tolérait à condition qu'il ne mette pas sa vie, celle des autres ou ses études en danger. Il y avait forcément autre chose. Mais comment savoir ? A partir du moment où il avait quitté la maison pour l'internat, Narcissa s'était montrée de plus en plus distante avec lui, contrairement à sa petite enfance où elle l'avait couvé comme un œuf en or massif. Ils étaient passés en quelques années d'une relation fusionnelle où ils se disaient tout à une simple entente cordiale. Théodore n'avait peut-être pas tort de dire qu'il était un véritable handicapé du sentiment, mais Narcissa et Lucius Malfoy avaient certainement été de bons professeurs en la matière…
« Qu'est-ce qu'il y a, Mère ? », demanda Draco à voix basse. Il redoutait une réponse. Il ne voulait pas vraiment savoir mais mieux valait une discussion sincère seul avec Narcissa, que la froideur d'un seul sermon en présence de son paternel.
« Il vaut mieux que tu descendes… », murmura-t-elle en pinçant les lèvres. Elle baissa les yeux et recula dans le couloir.
Quelqu'un est mort ou quoi ?
Maladroitement, Draco se mit sur ses pieds, récupéra la chaussure qu'il avait jetée à la tête de Théo quelques minutes plus tôt, l'enfila et suivit sa mère hors de la chambre. La tension qui émanait d'elle était presque palpable et le blond sentit une envie irrépressible de la prendre dans ses bras pour la première fois en sept ans. Le dos courbé, presque honteuse, elle avait l'air si fragile, si loin de la Narcissa altière et fière qu'il connaissait depuis toujours. Il descendit les escaliers derrière elle, jusqu'au rez-de-chaussée où ils passèrent dans le grand salon. Son père les y attendait, confortablement installé dans son fauteuil de cuir et caché derrière le Financial Times. Il rabattit brièvement un coin des pages pour regarder son fils et sa femme, puis reprit sa lecture comme si de rien n'était.
Mal à l'aise, Draco se laissa tomber sur le canapé en face de son père, tandis que sa mère resta debout, immobile et tendue comme un arc, au milieu du salon. Après plusieurs dizaines de secondes de silence total, Narcissa se racla la gorge, comme pour signaler à son époux qu'il était temps d'entamer la discussion. Lucius l'ignora superbement et Draco se mit à jeter des regards interloqués à sa mère, puis à son père invisible derrière son journal.
« C'est quoi le problème ? », demanda l'adolescent, qui perdait patience. Lucius lui jeta un regard courroucé par-dessus le Times, avant de disparaître à nouveau derrière. Manifestement, il semblait bien décidé à achever son article avant de parler. En d'autres circonstances, cela n'aurait pas gêné son fils outre mesure, mais la détresse dans laquelle Narcissa semblait se trouver lui fit perdre patience. « Quelqu'un veut bien me dire ce qu'il se passe à la fin ? »
Son ton excédé eut raison de l'attitude exaspérante de Lucius. Avec un soupir agacé, l'homme plia sèchement le journal, le jeta sur la table basse devant lui et s'enfonça de nouveau confortablement dans son siège, le cuir crissant sous son poids. Et ce fut sans le moindre regard pour sa femme, qu'il prononça ces mots :
« Draco, ta mère et moi nous divorçons. »
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Et voilà, c'est tout pour ce second chapitre. On en sait un peu plus sur l'agression de Binns, ainsi que sur le caractère de notre cher Draco. Alors, je sais, il est complètement OOC mais c'est bien pour ça que je voulais faire un UA, afin d'avoir un peu plus de liberté pour son personnage. Ça en explique un peu plus aussi sur sa présence et son comportement au Café Litté, non ?! Comment le trouvez-vous ?
N'hésitez pas à me donner votre avis, que ce soit ici, en MP, sur Facebook ou sur Twitter et à dans 15 jours pour la suite ! Un OS est également en préparation )
Bisous bisous
Xérès
