A/N : Voilà une deuxième partie ! Elle est un peu longue, mais j'espère qu'elle vous plaira.
Bonne lecture !
La porte claqua lourdement, laissant un lourd silence derrière elle. Puis, après quelques longues secondes, il se remplit de petits reniflements, d'un besoin d'air, d'un besoin de faire quelque chose.
Korra était plantée là, au milieu de la pièce, debout et effondrée. Elle ne savait que faire, son cœur battait à tout rompre, faisait mal dans sa poitrine. C'était comme s'il n'envoyait plus de sang à son corps, mais des larmes à ses yeux, à chaque battement.
Chaque pulsation était plus lourde, plus douloureuse, plus infectieuse. Et dans cette maladie qui s'attaquait à chaque parcelle de son corps, Korra voulait se recroqueviller en boule, s'oublier alors que des larmes s'écouleraient sur ses joues. Mais elle n'en fit rien, sa colère la renforçant, lui permettant de ne pas sombrer. À la place, sa main se glissa inconsciemment dans sa poche. Elle rencontra un objet un peu cartonné. Korra fut surprise qu'il y ait quoi que ce soit dans cette poche, elle ne se rappelait pas ce qu'elle avait pu y laisser. Puis, en sortant le mystérieux objet, Korra se rappela.
« Asami Sato »
C'était le nom que la carte laissait voir au centre, et en dessous un numéro de téléphone portable. Presque mécaniquement, Korra sortit son téléphone et tapa le numéro. Son portable émit plusieurs interminables sonneries pendant lesquelles l'esprit de la jeune femme complètement perdu dans le vague, comme si elle était elle-même inconsciente de ce qu'elle était en train de faire. Puis, soudainement ça s'arrêta. Et Korra comprit qu'il allait falloir parler. Mais pour dire quoi ?
La nuit était tombée, et Asami travaillait avec seulement une petite lampe de bureau pour s'éclairer. On lui avait souvent dit que ce n'était pas très bon, mais perdue dans son travail, elle oubliait souvent de penser à elle-même. Seulement, quand il fut bien plus de vingt-deux heures, elle se dit qu'il commençait à se faire tard. Si elle voulait travailler le lendemain à tête reposée, il fallait qu'elle aille se glisser sous ses couvertures !
Alors, elle commença à rassembler ses affaires. Une fois qu'elle eut attrapé sa veste, son sac, elle sortit du bureau et aperçut une petite lumière dans un autre bureau : celui de son père. À coup sûr il avait lui aussi perdu la notion du temps. Généralement, ils essayaient de se la rappeler mutuellement. Il semblait donc qu'aujourd'hui c'était au tour d'Asami d'aller chercher son père.
Elle marcha vers la porte, et l'ouvrit pour découvrir son père, assoupi, éclairé seulement par une petite lampe comme la sienne. Elle sourit de douceur, alors qu'elle s'approchait à pas de loup vers son paternel endormi. Elle plaça une main sur son épaule, et une autre sur son bras, le secouant doucement pour qu'il se réveille sans peine.
« Papa, tu t'es endormi sur ton bureau… Viens, on rentre à la maison », murmura-t-elle.
Il marmonna quelque chose à propos d'un moteur, et de paperasse, et elle secoua la tête, constatant encore une fois que son père pensait définitivement trop au travail.
« Papa… », commença-t-elle de nouveau, alors que la sonnerie de son téléphone la coupa.
Zut ! Elle essaya de faire taire la bête électronique, mais ses mains décidèrent de s'orner de la plus belle maladresse qui soit, et son père se réveilla. De son côté, Asami s'efforçait de garder le téléphone, qui était mystérieusement devenue une savonnette, dans ses mains.
« Asami, dit-il d'une voix ensommeillée essayant d'ajuster ses lunettes, qu'est-ce que tu fais ?
- Hum… Désolée, papa… J'étais venue pour te ramener à la maison, mais le téléphone… Il faut que j'aille répondre. »
Elle sourit rapidement à son père avant de sortir du bureau, tout en regardant le numéro de l'appelant, ou plutôt de l'intrusive personne qui appelait beaucoup trop tard le soir. Et justement, le numéro lui était complètement inconnu. Un peu irritée qu'on la dérange aussi tardivement et à un moment aussi incongru, elle essaya de maitriser le ton de sa voix, pour ne pas paraitre trop agressive lorsqu'elle répondit :
« Asami Sato. »
Ça n'avait pas non plus marché complètement, mais il était tard et elle avait du mal à cacher son agacement. La réponse mit plusieurs secondes à arriver, et Asami eut peur qu'il ne s'agisse d'un canular. Il ne manquerait plus que ça !
« Heeey… Je… Je… hum, je ne sais pas trop comment j'ai fini par vous appeler… J'ai juste trouvé votre carte et… je ne sais pas… »
Sa carte ? Quelle carte ? Elle avait donné une carte, apparemment. Mais elle en donnait à tellement des cartes à ses clients ! Asami essayait de se rappeler cette voix, où elle l'avait entendue. Elle n'osait pas vraiment demander, de peur d'être insultante, à qui elle était en train de parler, surtout que cette personne avait l'air de se demander ce qu'elle faisait à l'autre bout de la ligne !
« Euh… Je peux vous aider en quoi que ce soit ? demanda-t-elle par politesse.
- Je… je ne sais pas… Par les esprits, mais qu'est-ce que je suis en train de faire !
- Euh… Il est tard vous savez… Alors, si je peux faire quelque chose… il ne faudrait pas trop tarder à me le dire. »
Malgré son calme qui commençait à se consumer, Asami plaça un peu d'ironie dans sa voix, la situation trop étrange pour qu'elle n'en rit pas un peu. Elle sourit alors que l'autre femme commençait à s'excuser :
« Par Raava, je suis désolée ! C'est vrai qu'il est tard et… et je n'ai pas pensé ! C'est juste que je viens de me disputer avec mon copain… Oh, et bien sûr la première personne que j'appelle c'est la fille qui m'est tombée dessus avec sa moto ! Je suis tellement désolée ! Je ne sais pas ce qui m'a pris ! »
Tiens, maintenant, on l'appelait pour des problèmes de cœur… Voilà qui était rare, très rare, même inexistant.
La fille qui lui était tombée dessus avec sa moto… D'un coup, Asami se rappela, et sut qui elle avait au téléphone. Ça faisait bien une semaine qu'elle l'attendait ce coup de fil ! Enfin, elle ne l'attendait pas vraiment, elle se demandait juste s'il allait arriver un jour. Puis, elle s'était dit que finalement tout allait bien du côté de la jeune femme aux yeux bleus, Korra, et qu'elle n'avait nullement besoin d'elle.
« Korra ! Je ne vous avais pas reconnue ! avoua Asami, son irritation s'envolant, et une excitation plus secrète gouvernant désormais ses émotions. Je… Hum… Je suis désolée d'apprendre que vous vous êtes disputée avec votre copain… Je peux faire quelque chose ? Vous apporter un pot de glace ? Du chocolat ? Ce que vous voulez ! Je vous l'ai dit, si vous avez besoin de moi, je suis là ! Vous avez surement mieux qu'une inconnue pour s'occuper de vous, cependant… Mais je serai ravie de vous aider.
- Non… Non, vous êtes très bien… Mais… Vous êtes sûre que ça ne vous ennuie pas ? Je veux dire, on ne se connait pas vraiment…
- Eh bien, laissez-moi vous connaitre ! Où êtes-vous ? Je vous y rejoins dès que possible !
- Je… euh… Très bien… Chez moi. Je suis chez moi. »
Asami sourit à cette réponse, alors qu'elle s'apprêtait à lui répondre, un peu taquine, et pleine d'ironie :
« Vous vous rendez compte que je ne sais pas où chez vous est, n'est-ce pas ? Après, je veux bien deviner, mais si je dois faire toutes rues de Republic City, j'en ai pour un moment…
- Oh, non ! Enfin, oui ! Enfin, désolée… Je… je vis au 87 rue de l'Avatar, finit la femme, un peu lamentablement. »
Asami rit, même si elle se sentait un peu coupable de la rendre mal à l'aise.
« Très bien, Korra, reprit-elle, souriant une nouvelle fois. Je devrais pouvoir être là dans… »
Elle regarda l'heure sur son téléphone, avant de continuer :
« Une vingtaine de minutes, au mieux.
- Dans ce cas, j'attendrai une vingtaine de minutes, au moins. »
Le ton léger et confiant qu'elle prit surprit Asami, et lui arracha un nouveau sourire.
« Alors… À toute suite ?
- À tout de suite. »
Même avec cette réponse, Asami écarta simplement le téléphone de son oreille, et regarda les secondes défiler, jusqu'à ce que son doigt se décide à taper sur le bouton rouge, et raccrocha.
« Qui était-ce ? demanda son père, qui était surement sorti de son bureau pendant la conversation. Une amie à toi ?
- En quelque sorte, répondit-elle, même si elle ne qualifierait pas Korra d'« amie », pour l'instant.
- Je pensais que je connaissais tous tes amis, pourtant…
- Oui, enfin, c'est la fille sur qui je suis tombée quand j'ai eu mon accident.
- Oh ! Elle est blessée ?
- Non. Pas physiquement en tout cas. Mais je lui ai promis d'aller la voir, donc j'y vais !
- Très bien. Tu penses rester la nuit là-bas ?
- Non… Je veux dire, je la connais à peine, je ne vais pas m'inviter chez elle… Je rentrerai surement plus tard dans la nuit. »
Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle courait à l'aide de cette fameuse personne qu'elle connaissait à peine… À vrai dire, elle s'en fichait un peu. Elle aimait simplement pouvoir être utile !
« Comme tu voudras. Fais juste attention sur la route.
- Oui, je sais, papa ! »
Elle leva les yeux au ciel, exaspérée, puis embrassa son père.
« À demain ! Passe une bonne nuit ! Et pas question que tu retournes dans tes papiers dès que je serai partie ! Tu vas te coucher, d'accord ? »
Hiroshi rit à l'inquiétude de sa fille, comme elle se moquait de la sienne. Elle était certes plus jeune, mais elle ne manquait pas de donner des leçons à son vieux paternel, surtout concernant la masse de travail qu'il avait pris l'habitude de faire pendant la nuit. Mais il n'était pas dupe, et il savait bien que sa fille faisait la même chose de son côté. Il espérait simplement qu'elle ne s'endormirait pas trop sur son bureau et penserait à rentrer chez elle plus de fois que lui… C'était une très mauvaise habitude à prendre.
Il se sentait un peu coupable parfois, en se disant qu'il lui avait montré un trop mauvais exemple. Il la voulait simplement heureuse, or le travail seul ne garantissait pas le bonheur.
C'était simplement une très bonne distraction de ce que l'on ne voulait pas voir. Une très rentable distraction ! Mais au niveau personnel, l'épanouissement n'était pas toujours vraiment là… On ne pouvait pas vraiment dire que travailler dans un bureau nous faisait rencontrer beaucoup de monde.
Il ne voulait pas ça pour sa fille, qui n'avait pas encore connu plus que ce qu'il qualifierait de relations courtes et pas très sérieuses ; des amitiés lointaines, des amours futiles. Cependant, lui, il avait connu la passion, de très belles amitiés, il avait été heureux comme il ne l'était pas permis avant de s'enterrer vivant sous un amas de travail. Elle, elle s'enterrait avant même de vivre ! C'est pourquoi il était content qu'elle s'inquiète pour une autre personne, même si c'était juste la femme sur laquelle elle était tombée. Peut-être qu'à long terme, elle pourrait se faire des amis grâce à cette rencontre. C'est tout ce qu'Hiroshi espérait.
« Bien, bien, bien ! Je te promets d'aller me coucher directement ! Allez, pars, elle va t'attendre. »
Asami lui sourit en guise de dernier au revoir et, les clés déjà en main, elle sortit des bureaux de Future Industries. Bientôt, elle était dans sa voiture, et les clés sur le contact. Bientôt, la route défilait devant ses yeux, les lumières de la ville, la clarté de la nuit étoilée, et la sombre nuit la dévorant. Bientôt, elle était au 87 rue de l'Avatar. Une étrange vague la secoua pendant qu'elle arrêtait la voiture. Elle resta là, la main sur le contact, un peu perdue.
Qu'est-ce qu'elle faisait là déjà ? Oh oui, elle était venue pour Korra, la réconforter… alors qu'elle la connaissait à peine… Ça risquait d'être compliqué. Asami était prête à relever le défi, mais elle se demandait quand même quelle mouche l'avait piquée ! Pourtant, sa main était déjà sur la portière, et un instant après, elle se tenait devant la porte à frapper trois coups distincts.
La porte s'ouvrit rapidement, et la personne qui l'avait ouverte déserta à la même vitesse. Asami haussa un sourcil, perplexe, mais avança dans la petite maisonnette. Elle referma la porte, et après un court couloir se trouva dans une salle, qui semblait être un salon, et face à face avec Korra. Elle observa minutieusement la femme, apparemment nerveuse, qui se frottait l'arrière du cou avec sa main.
« Vous êtes venue… Je ne pensais pas que vous viendriez, avoua Korra d'un air penaud, refusant de croiser le regard de jade.
- N'ai-je pas dit que je viendrais ? répondit Asami.
- Si… Mais je… C'est très bizarre… non ? »
À cela, Asami explosa de rire. Les yeux couleur océan, ouverts d'étonnement, croisèrent enfin les siens alors qu'elle répondit :
« Ça l'est ! Mais je vous ai dit de m'appeler si vous aviez besoin de quoi que ce soit, alors me voici. Mais… puisque c'est tellement bizarre pour nous deux, pourquoi nous ne nous assiérions pas et discutions comme deux amies ?
- Ça me semble très bien… Vous voulez boire quelque chose ou…
- J'ai dit comme deux amies, la coupa Asami. »
Korra la regarda étrangement, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Alors, Asami dut prendre les directives.
« Donc, Korra, veux-tu vraiment boire quelque chose ? Je prendrai la même chose que toi dans ce cas. Sinon, on peut juste s'asseoir sur le canapé.
- En vrai, je voudrais bien une bière, répondit Korra en se dirigeant vers une autre pièce, vers le réfrigérateur. Ça te tente ? Par contre, j'ai que de ces daubes aromatisées que Bolin m'a laissées. Tu me diras, c'est mieux pour lui, l'alcool ne le réussit pas bien des fois… »
Entendre Korra parler de cette façon, très décontractée, et entrer dans son jeu de la sorte, fit naitre un sourire sur le visage d'Asami. Voilà, de cette façon, c'était beaucoup mieux !
« Ça ne me dérange pas… Je suis plus vin de toute façon. Après, je t'avouerai que je n'ai pas bu beaucoup de bières aromatisées. Ça sera l'occasion ! C'est quoi les gouts ?
- Hum… Fruits rouges ou citron… Bon, il n'y a pas tellement de choix non plus, mais comme je l'ai dit, c'est loin d'être mes préférées.
- Fruits rouges pour moi !
- Et donc, je prendrai citron. »
Korra ramena deux bières, qu'elle portait dans une main, et un décapsuleur chien-ours polaire, qu'elle tenait dans l'autre. Elle déposa les boissons sur une petite table, les ouvrant ensuite. Quand ce fut fait, elle tendit la sienne à Asami en lui souriant.
« Tu peux t'asseoir, tu sais. Le canapé ne va pas te manger. »
Asami, qui s'était tenue debout et droite jusqu'à présent, se laissa tomber sur le canapé. Il était étrangement mou, et elle crut qu'elle allait couler dedans.
« Enfin, c'est à voir pour le 'le canapé ne va pas te manger', dit-elle un peu ironiquement. »
Korra rit sans gêne, puis s'assit à côté de l'autre femme.
« Je t'assure qu'il n'a pourtant mangé personne jusqu'alors ! Tu dois être à son gout, écoute ! »
La remarque gagna un gloussement de la part d'Asami qui essayait de se repositionner sur le canapé, tout en maintenant en équilibre la bouteille de bière pour ne pas renverser le liquide.
« Alors… comment vas-tu ? demanda Korra, avec un peu de maladresse.
- Je vais bien, répondit Asami, bien qu'elle voulait plutôt savoir comment elle, elle allait. Beaucoup de travail en ce moment…
- Oh ! Du travail dans quoi ?
- Ingénierie. Je travaille pour Future Industries, en tant qu'ingénieur en chef.
- Oh, wow… Ça a l'air d'être important.
- En quelque sorte. Et toi ? Qu'est-ce que tu fais de beau ?
- Mmm… Je perturbe l'ordre public !
- C'est un travail à plein temps ça ? demanda sournoisement Asami.
- C'est énormément de travail. C'est juste que tu ne te rends pas compte de toute la difficulté de la chose. »
Korra prit un air un peu offensé en portant sa main à son cœur, et Asami rit de bonne humeur.
« Très bien, et que fais-tu donc quand tu as un peu de temps libre ?
- De temps à autre, je suis… plein de trucs. Je cours dans tous les sens, j'essaie d'être là pour ma famille et mes amis, mais j'ai un peu de mal à trouver un travail stable à cause de ça. Donc, pour l'instant… je m'occupe de paperasse, faute de pouvoir faire autre chose. Je soutiens aussi une cause pour l'environnement, et la protection des chien-ours polaires, qui disparaissent avec la fonte des glaces. J'essaie d'être plus active, et de m'investir plus professionnellement, mais… pour l'instant, ça ne marche pas très bien. Enfin bon. Tu ne bois pas ta bière ?
- Euh… Tu ne bois pas le tienne non plus, remarqua Asami.
- Vrai, rit Korra. Dans ce cas, buvons-la ensemble ! »
Elles trinquèrent, et presque en même temps, le bord rond, lisse et froid du verre toucha leurs lèvres.
« Je suis pas fan », dit Asami après une gorgée, grimaçant très légèrement.
La bouteille au liquide citronné quitta les lèvres de Korra, tout comme un rire à peine voilé.
« Ouais, je sais, moi non plus. Et encore… t'as pas essayé celle aux poivrons. C'est… spécial. Après ça, je peux dire que j'aime celle au citron. »
Les deux femmes continuèrent à parler joyeusement, leur conversation ponctuée de nombreux rires et sourires, sans se soucier de l'heure qui passait, ni de la fatigue qui commençait à les atteindre. Trop plongée dans leurs activités, elles en oubliaient l'appel de leur lit, et de leurs corps fatigués. Elles parlaient essentiellement de tout et de rien, apprenant à se connaitre, face à face sur le canapé, sirotant très légèrement leurs bières, pas mauvaises mais pas bonnes non plus, de temps en temps.
Quelques fois, Asami se demandait si elle devait évoquer la dispute que Korra avait eu avec son copain — Mako, avait-elle appris — et qui lui avait causé de l'appeler en premier lieu. Mais elle n'en fit rien et profita simplement du temps qu'elle passait avec l'autre femme. Alors que la nuit avançait, les bouteilles de bière se vidèrent, et la conversation était toujours aussi vivante.
« Tu en veux une autre ? demanda Korra, qui vit que la bouteille d'Asami était vide.
- Franchement, je ne sais pas, premièrement, si c'est une bonne idée, comme je conduis, et ensuite si ça vaut le coup… Le gout n'est pas terrible.
- J'ai qu'à t'en prendre une au citron. Je t'avoue que c'est pas non plus la grande joie, mais personnellement, je la trouve mieux. »
Asami fredonna en réponse, alors qu'elle réfléchissait doucement. Son cerveau commençait à s'éteindre après une journée épuisante de travail, et à cause de l'heure tardive. Il y a maintenant quelques heures, elle s'attendait à être couchée dans son lit, et à ronfler jusqu'au matin suivant à ce moment-là.
Pourtant, elle était là en train de boire et discuter avec Korra, bien qu'elle se rendait compte qu'elle devrait très certainement travailler le lendemain. Après tout, ce n'était que lundi… À voir l'heure, c'était plutôt mardi. Comment allait-elle faire pour tenir le reste de la semaine ? Elle n'en savait rien, et elle n'avait pas vraiment envie d'y penser. Tout ce qui comptait c'était qu'elle puisse profiter du sa nuit, et de la présence chaleureuse de Korra.
Elle ne savait pas vraiment comment, mais à son contact toute trace de fatigue semblait disparaitre, et la simple joie qu'elle éprouvait la gardait du sommeil, et d'une partie de sa raison aussi. Sinon, elle serait surement déjà partie. Mais il y avait quelque chose dans cette simple conversation, quelque chose de tranquille, calme, serein…
Korra lui plaisait. C'était une femme vraiment gentille et drôle de ce qu'elle avait pu voir jusqu'à présent. Passer du temps avec elle était un tel plaisir qu'Asami ferait tout pour le prolonger. Elle en oubliait tout le reste. Absolument tout.
« Qu'est-ce que 'mmmmm' est censé vouloir dire ? sourit Korra, sournoisement. Est-ce que c'est censé être une 'oui' ? »
Asami fredonna une nouvelle fois. Puis, elle tendit simplement la main, déroba avec douceur la bouteille brune que Korra avait dans sa main — l'autre femme n'opposa d'ailleurs aucune résistance —, et posa ses lèvres rouges là où Korra avait posé les siennes pour gouter au liquide citronné.
« Mais je t'en prie, Asami ! Prends donc ma bouteille, se moqua la femme aux yeux bleus.
- Je vois pas où est le problème. Tu voulais que je goute, non ? répondit Asami, joueuse, avec un clin d'œil, et un joli sourire.
- C'est vrai, c'est vrai, rit Korra. »
Son visage pale fendu d'un sourire de sang, la jeune femme rit avec elle. Elle ne ferait pas une telle chose d'habitude, prendre la bouteille de quelqu'un d'autre et boire dedans. Raava, elle buvait à peine dans le même verre que son père ! Pourtant, ça semblait tellement naturel, et tellement pas dérangeant de faire ça avec Korra. Elle se disait qu'elle comprenait un peu mieux certains amis qu'elle avait eus, qui ne se gênaient absolument pas pour ce genre de choses. Et si elle n'avait jamais eu de vrais amis du tout, elle qui avait été bien incapable de se sentir libre de faire ce geste avant aujourd'hui ?
« Alors, cette bière au citron ? finit par demander la femme à la peau brune.
- Elle est meilleure. Mais j'ai bien peur que ce ne soit pas une bonne idée d'en boire une. Je vais, commença à dire Asami avant de sentir une pierre tomber dans son estomac sachant ce qu'étaient les prochains mots, devoir rentrer chez moi… avec ma voiture.
- Oh… Oui, je suppose que tu vas devoir faire ça, répondit tristement Korra. »
Elle était bien trop enchantée par la compagnie de l'ingénieure pour ne pas être profondément attristée par l'idée de son proche départ. À nouveau elle serait seule avec ses pensées. À nouveau elle entendrait la porte claquer, la laissant avec son esprit noyé de chagrin. La présence d'Asami avait été tellement bénéfique. Tout le poids des événements précédents s'était comme envolé. Korra voulait qu'elle reste. Elle ne voulait pas qu'elle parte, ni maintenant, ni jamais. Le temps était comme indéfiniment long, et terriblement court à ses côtés, mais il était aussi immensément agréable. Pourtant, elle savait qu'Asami devait partir tôt ou tard. Si seulement il y avait moyen de la garder un peu plus longtemps…
« Je suis désolée, Korra, dit Asami aussi triste que cette dernière. J'aimerais rester plus… Ce n'est pas l'envie qui me manque mais…
- Et si je te servais cette bière et tu restais pour la nuit ? se surprit à demander la jeune femme, les yeux bleus brillant d'espoir. »
Elle vit les yeux de jade s'ouvrir de surprise, et elle ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, mais les pauvres sons qui en sortirent étaient loin d'être suffisants :
« Je… euh… je ne sais pas, Korra… C'est que… je…
- Laisse tomber. Je n'ai rien dit, la sauva Korra, écartant la proposition d'un geste de la main. Même si cette soirée était très agréable, on se connait à peine… Je suis un peu bête de te proposer de rester… Tu seras surement mieux chez toi. Et puis, tu as besoin de repos… Je suis désolée.
- Ne t'excuse pas ! S'il te plait, dit Asami en lui prenant la main, un léger sourire sur son visage. Je serais ravie de rester, Korra. J'ai rarement passé une aussi bonne soirée, et je voudrais la prolonger encore, et encore. Ce n'est pas bête du tout d'avoir proposé. Tu ne sais pas à quel point je suis contente que tu te sentes assez à l'aise avec moi pour le faire. »
À peine Asami eut-elle fini de parler que Korra, les yeux embués de l'émotion accumulée, se jeta à son cou. Les bras autour du cou d'Asami, et sa tête fourrée dans sa masse de cheveux noirs, elle murmura contre sa peau pale :
« S'il te plait, reste. Tu es la bienvenue ici, n'importe quand. Je ne veux pas que tu partes. Je ne veux pas rester seule… »
Asami ne savait pas quoi dire. Elle était stupéfaite par la proximité soudaine de Korra ; c'était bien évidement pour ça que son cœur battait subitement à grande vitesse : par surprise. Mais elle n'avait pas envie de lutter et oublia son côté rationnel, qui lui ordonnait de rentrer depuis maintenant un moment, son seul but étant de faire plaisir à la femme qui était collée à elle :
« Alors, je reste. Je ne veux pas que tu restes seule. Je ne veux pas partir », dit-elle de manière définitive.
Pendant qu'elle parla, elle plaça une de ses mains sur la taille de Korra, pour la serrer contre elle, et l'autre dans ses cheveux, qu'elle peigna doucement avec ses doigts.
Korra ferma les yeux, se laissant aller à la tranquillité du moment. Ses émotions se calmèrent, et bientôt elle ne sentait plus que les doigts d'Asami caresser longuement son cuir chevelu, emportant quelques mèches de cheveux à leur passage.
Un silence remplit la pièce, mais il n'était ni oppressant, ni dérangeant. Il était juste calme, juste serein.
« J'aime que tu fasses ça », dit Korra avant de s'en rendre compte.
Elle enfouit plus profondément sa tête dans les cheveux de jais, comme pour se cacher de sa réflexion qui teinta ses joues de rouge. Cependant, Asami ne dit rien et continua à la caresser.
Puis, avant qu'elles ne s'en rendent compte, le silence avait repris ses droits et elles étaient toutes les deux endormies l'une contre l'autre.
A/N : Laissez-moi une review pour me dire ce que vous en pensez ! Toujours ravie de savoir ! Je continuerai cette histoire, je sais juste pas trop quand. Je sais que la relation entre Korra et Asami progresse très rapidement, mais je vais quand même leur faire prendre leur temps encore un petit peu. C'était le but quand même ! Merci pour la lecture !
À plus !
Lion
