CHAPITRE 2

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POV Sarah

Bon, je viens de finir une énième fois mon livre préféré de mon hauteur préféré, va falloir que je trouve une autre occupation parce que je n'ai vraiment plus du tout, mais alors plus du tout envie de lire. En fait il faut juste que je m'aère l'esprit, sinon je n'arrête pas de penser à eux. Moi qui ai du mal à lier d'amitié avec des gens, j'ai trouvé ça presque naturel avec Tom et les autres, c'était très étrange...

N'ayant plus de quoi m'occuper dans ma chambre, je décide de consulter mes mails lorsque je sens mon portable vibrer dans ma poche. « Bon, je passe te prendre demain soir, petite tenue de rigueur... on part en chasse avant la grande soirée de samedi. Pas de mais, je serai chez toi à 21h, bisous ».

Raaaa Julie je te déteste ! De toute façon il faut que je lui raconte un peu ma journée, je décide donc de composer son numéro. Une sonnerie... une seconde puis une troisième... elle se fout de moi ou quoi, elle vient de m'envoyer un message et elle ne me répond pas ? C'est je décide de raccrocher que j'entends finalement le déclic du combiné, suivi d'un « allo ? » timide.

- Et ben quand même, j'ai cru que t'allais jamais me répondre !

- Et tu as eu raison de le penser... j'ai trop peur de me faire engueuler pour demain. – Répond elle craintivement.

- Mouai, je devrais mais bon ! T'as prévu quoi au fait, parce qu'un vendredi soir...

Elle me parle donc de son programme en long, en large et en travers pour finalement m'annoncer que nous passerons la soirée dans un nouveau bar à la mode de la capitale... Elle est à je ne sais combien de kilomètres, et malgré cela, elle en sait plus sur les sorties nocturnes de Paris que moi... c'est aberrant !

- Tu sais quoi, je débarque chez toi à 19h comme ça, on mange ensemble, je te prépare et on file.

- Attend, attend ! Comment ça « tu me prépares » ?

- Oh arrête, si je te laisse faire tu vas te mettre un bas de jogging avec un pull à col roulé.

- T'as pas l'impression d'exagérer un peu là ?

S'en suit une étude complète de ma garde robe pour aboutir à la conclusion que j'étais beaucoup trop timide pour oser me mettre en valeur.

- T'as fait l'ENA pour sortir une connerie pareille. C'est pas nouveau que je suis timide, et il est hors de question que tu m'habilles. Je vais ressembler à une nana en chaleur…

- Bah merci pour la réputation. Je pense avoir un peu plus de bon goût que ça… et puis je ne ressemble pas à une pouf quand même !

- Mouai c'est vrai… mais j'ai peur que tu veuilles en faire un peu trop en fait.

Comme elle a si bien l'habitude de le faire d'ailleurs.

- Tu ne me fais plus confiance ?

- Biensûr que si espèce d'idiote… Bon ça va t'as gagné, je me remets entre tes mains expertes.

Je l'entends rigoler, ça m'a trop manqué. Je ne lui dirais pas, mais je suis très contente de la voir demain, ça fait une éternité et demi qu'on ne s'est pas vues. Elle s'est lancée dans la psycho et se livre corps et âme à ses études, ne voulant pas prendre de retard. Et puis surtout, ses parents ont déménagé à Lyon, la distance forcement ça n'aide pas. Elle me manque trop, trop, trop, et ça m'arrange bien qu'elle décide de venir plus tôt.

- Je viens te chercher à la gare à quelle heure alors ?

- Oh laisse tomber, je prendrai les transports sinon avec l'heure de pointe on va mettre trois plombes pour rentrer. Alors rien de nouveau dans ta vie de recluse sinon ?

- Ah, ah, ah très drôle. Et bien si, figure toi que j'ai eu un accident de voiture ce matin et…

- QUOI ? – Se met-elle à hurler avant d'enchaîner mille questions. Et tu me dis ça que maintenant ? Qu'est ce qui s'est passé ? Comment ça se fait que tu sois déjà à la maison ? Dis-moi que tu n'as rien ?

- Arrête de gueuler comme ça ! J'ai juste tué mon vilain pare-choc mais moi ça va. J'ai percuté l'arrière d'un van et y'avait des mecs super sympas dedans.

- Des ou un mec super sympa ?

- Heu… ils étaient tous très gentils, mais c'est vrai qu'il y en a un qui m'a un peu plus marqué que les autres. Je sais pas pourquoi, il avait une tête de gentil… et puis… fin… voilà quoi.

Je l'entends rigoler et se ficher de moi.

- Et ben, tu es toujours autant expressive. Tu ne peux pas tout simplement dire qu'il était très mignon et que tu es tombée sous son charme ?

Je grogne sans répondre… non je ne peux pas dire ça. Et puis de toute façon c'est très exagéré ce qu'elle dit là !

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POV Tom

Le stresse commence à monter au fur et à mesure que nous approchons de la radio, et comme d'habitude on fait des pronostics sur notre arrivée. Je range mon iPod au fond de mon sac, Georg se passe nerveusement la main dans les cheveux, la jambe de Bill n'arrête pas de trembler… seul Gustav a l'air serein, rien de bien inhabituel en soi. Notre véhicule s'engouffre dans le garage souterrain et nous voila accueillie par le responsable événementiel de la radio.

- Bonjour, j'espère que vous avez eu bon voyage...

Je ne l'écoute déjà plus, toutes ces banalités me saoulent ; que Bill joue son rôle de leader du groupe, ça me fera des vacances. J'en profite simplement pour serrer la main des différents gardes du corps présents. Ca me fait toujours rire de savoir qu'on a des gardes du corps mais bon, la sécurité avant tout. Je crois que nos mères ne nous laisseraient pas faire ce que l'on fait sans ça. Les pauvres, elles se font assez de soucis comme ça, alors si on peut les rassurer un peu.

Nous suivons le responsable à travers le parking, puis au bout de quelques minutes les premiers hurlements arrivent jusqu'à nous. Etant en tête de file, je lève le bras pour saluer tout ce monde, et suis rapidement suivi par les autres ; comme d'habitude la foule est composée essentiellement de filles, qui redoublent de hurlements en voyant qu'on leur fait signe... Dieu que j'adore mon job !

Je me retourne lorsque je sens que l'on me tire par le bras, c'est Bill qui me tend un marqueur et le marathon peut alors commencer. On s'approche doucement des fans qui nous attendent sans doute depuis le matin même. Où que l'on soit ils sont toujours présents et sans eux, on n'en serait certainement pas là. C'est pour ça qu'on prend toujours un peu de temps pour eux !

Je commence à signer machinalement tout ce qui se présente, un CD, une pochette, un classeur, un portable, un tee-shirt, y'a même une fille qui me fais signer son décolleté. J'enlace rapidement une ou deux personnes plus accessibles et refait les mêmes choses pendant encore cinq minutes. Les photos s'enchainent aussi à une vitesse ahurissante, sourire, signer, sourire et signer encore. On ne se rend pas compte comme ça, mais c'est super physique comme truc. Et finalement les gardes du corps nous demandent de les suivre pour rentrer de nouveau dans l'immeuble. Mr-j'organise-tout en profite pour reprendre la parole tout en nous conduisant vers un petit groupe de personnes.

- Je vous présente Isabelle, Nadège, Lola et Sandrine qui ont gagné notre jeu. Elles assisteront à votre interview à l'antenne et auront la possibilité de vous poser une seule question chacune.

Mouai, rien de bien nouveau en somme. Tout le groupe fait la bise à ces jeunes filles et je crois que l'une d'entre elle a des problèmes à respirer après l'embrassade de Bill. Je leur fais un clin d'œil histoire d'enfoncer le clou et surtout pour le plaisir de les entendre glousser un peu… pourtant je n'arrive pas à enlever le visage de Sarah de mes pensées, c'est dingue ça !

Pourquoi est ce que tout un coup je me mets à penser à elle ? En fait ça m'a fait tellement plaisir de parler avec elle sans arrières pensées que j'aimerais vraiment qu'elle soit là à la place de l'une de ces filles qui nous dévorent des yeux comme si elles espéraient une demande en mariage. Deux d'entre elles sont d'ailleurs des clones de Bill avec des cheveux noirs, le piercing à l'arcade et les mitaines… ça me fait toujours bizarre. La troisième est une asiatique qui porte une magnifique mini-jupe et la dernière est une blonde aux yeux verts, ils sont jolies c'est vrai mais ils me paraissent si fades en comparaison de ceux que j'ai vu ce matin…

Et je repars immédiatement dans mes pensées, putain elle était vraiment sympa… c'était mimi sa timidité face à nous alors qu'elle ne nous connaissait même pas. Bill me file soudain un coup d'épaule pour me ramener sur Terre, je me retourne vivement vers lui et il me dit en un allemand très rapide pour que la traductrice n'y fasse pas gaffe :

- Tu penseras à elle plus tard !

Raaaahh mais merde, est-ce que je vous ai déjà dit que ça m'énervais ce lien débile que mon frère et moi avons ? Non parce que c'est le type d'exemple parfait… je ne veux pas qu'il pense que je pense à elle… Je ne veux pas qu'il sache que je pense à… putain il vient de me redonner un coup d'épaule ! On s'échange un regard qui en dit long mais que personne ne peut saisir et suivons le groupe. Une fois que nous avons fait connaissance avec les animateurs, on s'installe tranquillement dans le studio mais une des filles me colle d'un peu trop près, et sous le regard plus que surpris de Bill, je décide de m'asseoir entre Gustav et Georg. Une fois ce problème réglé, les questions commencent à fuser.

Tout y passe, la musique, une journée type avant un concert et le stresse qui va avec, les diverses coupes de cheveux de mon frère et bien évidemment les filles. D'habitude c'est à ce moment là que choisie Bill pour me refiler le bébé en répondant assez systématiquement « C'est à mon frère qu'il faut demander ces choses là ». Mais bizarrement aujourd'hui c'est lui qui parle, faut dire que c'est une vraie pipelette et que quand il commence, il en faut beaucoup pour l'arrêter.

« Toutes vos fans se demandent si vous êtes toujours célibataires et si oui, est ce que vous pourriez entreprendre quelque chose avec l'une d'entre elles. »

Question qui revient régulièrement, je me demande si nous aurions autant de fans en étant en couple. J'écoute mon frère se sortir de ce traquenard avec toujours autant d'habileté tout en souriant.

- Vous savez, avec l'emploi du temps que nous avons en ce moment, ce ne serait vraiment pas un cadeau que d'être avec l'un d'entre nous. Nous côtoyons peu de filles, ce qui veut dire qu'effectivement il est tout a fait possible qu'une histoire naisse avec une fan, tout comme il est possible qu'elle naisse avec une personne qui ne nous connaisse pas du tout d'ailleurs.

Tiens, cette fin est nouvelle… d'habitude il termine sur « … une fan ». L'animateur décide, après ça, de faire une pause musicale ce qui permet à tout le monde de se rafraichir un peu. Il s'approche de moi en me tendant notre premier album puis m'explique :

- Ma copine est folle de vous depuis la première heure, ça ne vous embête pas de me signer ça ?

- Nan biensûr !

Je prends le CD et récupère le livret à l'intérieur pour griffonner un petit mot et le fait ensuite circuler à Gus et les autres. Je ne sais pas si sa copine parle allemand mais faudra faire avec. On nous fait signe de nous réinstaller autour de la table, la publicité arrivant à son terme… 3… 2… 1 et le mec du son nous fait signe.

- Bonjour à tous, nous revoici après une courte pause, toujours en compagnie des Tokio Hotel. Je ne sais pas vous mais pour ma part, voici ma partie de l'émission préférée : Nous avons tiré au sort des auditeurs, auditrices en l'occurrence, pour faire partager cette interview avec la possibilité de poser une seule et unique question au groupe… Pas de filet, pas de porte de sortie, n'importe quelle question peut être abordée et ils seront obligés de répondre, c'est la règle du jeu.

Mouhahaha je rigole intérieurement, aucune question ne nous fait peur parce que je crois qu'on a déjà tout entendu. L'animateur nous a expliqué qu'il s'agit d'un rite obligatoire dans son émission, tous les artistes s'y sont pliés de bonne grâce. Nous perso quand on a su ça, on s'est bien marré. Bah oui, ça va enfin changer des typiques « et pourquoi Tokio Hotel » et autre « Est-ce que votre vie à changée »… enfin bon, on espère.

- Alors, la petite au tee-shirt jaune, c'est à toi.

On la regarde tout en attendant sa question mais elle a l'air terrifier de nous parler, qu'est ce qu'elle va nous sortir celle-là ! L'animateur lui fait alors un geste encourageant et elle se lance en bégayant un peu.

- Bonjour à tous. Alors voilà, vous avez commencé à vous développer sur le marché anglais, est ce que ça veut dire que vous tenterez les Etats-Unis aussi ?

Tout ça pour ça ? On n'est quand même pas si impressionnant. Y'en a vraiment qui oublie qu'on a que 18 ans je vous jure. Et puis pour l'originalité elle repassera mais bon, j'avoue que ce n'est pas une question idiote puisque comme l'explique mon frère, on s'est effectivement demandé si oui ou non on tenterait ce marché là, pour le moment en tout cas ce n'est pas à l'ordre du jour.

- Ok, alors maintenant la blondinette c'est à toi.

Et c'est avec plus d'aplomb que sa copine qu'elle demande :

- Quelle est la chose la plus bizarre qu'on vous ait demandé ?

C'est Georg qui s'y colle cette fois : « Personnellement rien de bizarre directement, mais quand on est en concert, certaines pancartes sont très… inhabituelles. Une fois j'en ai vu une qui disait « pause ta basse et vient me déshabiller », j'avoue que ça surprend toujours un peu ».

- Moi une fois dans la rue, j'étais tout seul au téléphone avec Andreas et je voyais qu'une fille devant moi n'arrêtait pas de se retourner. Dés la communication coupée elle s'est approchée et m'a demandé si elle pouvait juste m'enlacer. Elle n'a rien voulu d'autre, même pas un autographe. J'ai trouvé ça très mignon.

Ah, je m'en rappelle de cette histoire. Mon frère est très sensible à ce genre d'attention, il m'avait raconté l'anecdote en rentrant le soir même… et je me rappelle lui avoir demandé pourquoi il n'en avait pas profité pour l'embrasser ce qui m'avait valu une nouvelle tape à l'arrière du crâne. Ah, je crois qu'on attend mon histoire à moi alors… réfléchissons, ah bah oui !

- C'est pas un truc qu'on m'a demandé mais plutôt qui m'est arrivé. On était en plein concert quand pour une raison mystérieuse une fille m'a lancé son string. Pas de bol pour moi, il s'est accroché à ma guitare alors qu'on était en plein milieu d'une chanson. Impossible d'arrêter de jouer pour l'enlever, mais ça me faisait faire des fausses notes. Je me rappelle que Bill m'a regardé l'air de dire « arrête tes conneries tout de suite » mais quand il a vu le petit bout de tissu rouge il s'est approché et l'a enlevé tout en continuant de chanter. La grande classe mon frangin !

Tout le monde rigole… personnellement ça ne m'a pas faire rire sur le coup mais c'est vrai qu'à entendre c'est assez comique. Puis vient le tour de la troisième qui nous demande simplement si nous travaillons déjà sur l'album suivant. Chose rare, c'est Gus qui prend la parole :

- On a effectivement une ou deux musiques de prêtes mais c'est plus dû à l'inspiration de Bill sur le moment qu'à une réelle préparation d'un nouvel album. On bosse au jour le jour et pour le moment on préfère offrir un beau spectacle pour nos concerts, c'est la priorité.

Gus c'est le plus en retrait de nous tous, il est très calme en apparence et ne parle pas très souvent lors d'une interview... pourtant entre nous soit dit, il n'arrête pas. Il est très perfectionniste et trouve toujours de nouvelles idées pour améliorer une mélodie ou un texte. On se complète vraiment tous et chacun à son rôle à jouer, même si ce n'est pas flagrant pour tout le monde.

A la fin de sa réponse, on se retourne par élimination vers l'asiatique pour écouter sa question, mais pour être honnête avec vous, le regard qu'elle me lance me met un peu mal à l'aise et je sens venir le coup foireux.

- J'ai lu dans plusieurs magazines que pour espérer avoir une chance avec toi, il fallait y aller franco, donc : Tom, passerais-tu la soirée avec moi ?

… Et ben elle ne manque pas de courage en tout cas. Je vois Bill me fixer l'air horrifié, parce qu'il sait que je suis capable d'accepter ce genre de proposition et ça l'angoisse. Je lui lance un petit sourire pour le faire mariner un peu et le vois se prendre la tête entre les mains avant de la relever d'un coup lorsqu'il entend ma réponse.

- Ca serait vraiment avec joie parce que tu es très mignonne malheureusement on a une séance de photos de prévus, impossible d'y réchapper. On remet ça une autre fois ?

Elle rigole mais je vois bien qu'elle est déçue. Le pire c'est que ce soir, on n'a pas du tout de séance photos… je me demande bien pourquoi j'ai raconté ça lorsque j'imagine de nouveau des yeux si verts… encore eux.

- Et bien c'était bien tenté mademoiselle. Merci au Tokio Hotel d'être venus nous rendre cette petite visite. On leur souhaite à tous un très bon concert, personnellement j'y serai donc vous avez intérêt à cartonner les gars !

L'animateur envoie une nouvelle coupure musicale et nous nous retrouvons sur le départ, on dit au revoir à tout le monde et particulièrement à nos fans lorsque l'asiatique revient à la charge en me glissant un morceau de papier entre les doigts tout en me lançant un sourire à faire fondre n'importe quel cœur… sauf le mien dans l'immédiat, putain mais je suis malade ou quoi ?!

De retour dans le van, l'adrénaline retombe nous laissant un peu amorphe. Ca ne nous empêche cependant pas d'échanger nos impressions et de commenter les questions insolites ou récurrentes… et bien sûr nos avis sur les filles présentent avec nous pour l'interview. Et c'est tout naturellement que je commence le débat.

- Vous avez vu celle a côté de Bill, on voyait tout son string… très mignon d'ailleurs.

- Oui !! J'ai vu aussi… trop drôle les petits oursons !

Et puis mon frère revient bien évidemment sur mon mensonge de tout à l'heure.

- Je ne me rappelais pas qu'on avait des photos de prévus ce soir, tu nous expliques ?

- Y'a rien à expliquer, j'avais pas envie de passer la soirée avec elle c'est tout. Je ne vais quand même pas accepter tous les rendez-vous que les filles mignonnes me donnent.

-Bah, c'est un peu ce que tu faisais jusqu'à maintenant, me renvoi Georg… merci pour le soutient.

Et Gus qui me demande ce qu'il y a de marqué sur ce fameux bout de papier qu'elle m'a glissé.

- Une nouvelle lettre d'amour ? Franchement, après la crampe que tu lui as mise à l'antenne, je suis assez surpris de sa persévérance. – Me taquine mon jumeau.

- Bah attend je vais te le dire tout de suite parce que je ne l'ai pas encore ouvert.

Je cherche dans les différentes poches de mon baggy ce satané papier et commence à le déplier. Je reste assez perplexe face à ça.

- C'est quoi ce délire ? – Dis-je tout haut.

Il s'agit simplement d'une publicité d'un bar quelconque, apparemment super branché. Et c'est Gustav qui vient à mon aide.

- Je crois qu'elle t'a laissé le mot derrière, espèce de débile !

Je lui balance une peluche qui se trouvait jusqu'alors dans le sac « souvenirs de fans » et retourne le papier. « A charge de revanche, j'y serais toute la soirée avant de rentrer demain dans le nord, n'hésite pas à passer après tes photos » suivi d'une grosse marque de rouge à lèvres. Quand je vous disais qu'elles étaient toutes folles de moi !

Je lance le papier vers mon frère qui était si curieux de savoir de quoi il s'agissait et me remet à écouter ma musique. Deux minutes après je me fais secouer comme un prunier par ce même frangin.

- Putain mais ça va te rendre sourd ton bordel ! Ca fait quinze fois que je te demande si tu vas y aller ?

- Tu rigoles ou quoi… je suis trop naze ce soir et puis se sera beaucoup plus marrant si on sort tous ensemble vendredi, non ?

- Tu sais que je me demandais ce que tu avais fais de mon frère pendant un moment ? Super programme, vous venez les gars ? – Demande t-il aux deux autres qui s'empressent d'accepter.

Avec un peu de chance, ça me changera les idées…

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POV Sarah

Est-ce que vous avez remarqué que l'événement tant redouté arrive toujours avec d'autant plus de rapidité ? C'est comme ça que je me retrouve à être vendredi soir, il est 18h53 et je suis en train d'ouvrir la porte à ma future ex-meilleure amie.

- Salut ma puce – elle me saute dessus pour me serrer dans ses bras – tu m'as trop manqué !!!

Comment lui en vouloir après ça... elle me connaît trop bien et je sais qu'elle ma eue par les sentiments, mais que voulez-vous. On se fait un câlin jusqu'à ce que ma mère me demande très gentiment de fermer la porte.

- Sarah ! Ferme cette porte tout de suite, tu fais rentrer tout l'air froid ! Oh bonjour Julie, comment vas-tu ? Ton train n'a pas eu trop de retard ?

Pourquoi est-ce qu'elle est adorable avec tout le monde sauf avec moi... Je sais qu'elle n'approuve pas mon année sabbatique mais ce n'est pas une raison pour me la faire regretter tous les jours quand même. Finalement on monte dans ma chambre et Julie se jette sur mon lit, prend un coussin qu'elle cale contre son torse tout en me demandant d'ouvrir mon armoire.

- T'es chiante, tu ne veux pas qu'on parle un peu avant de commencer les festivités ? Ca va faire un mois qu'on ne s'est pas vues...

- C'est vrai t'as raison. Alors tu as rêvé de ton beau sauveur toute la nuit ? Tu ne m'as pratiquement rien dit de lui d'ailleurs, il ressemble à quoi ?

- Bon d'accord t'as gagné, jupe ou pantalon ?

Elle a le chic pour trouver le sujet qui me met mal à l'aise et elle le sait, pourquoi est-ce que ma meilleure amie adore sortir, voir des gens et s'éclater dans la vie ? Je suis sure que vous pensez que je suis une fille ennuyante à souhaits mais pas du tout, avec les personnes que je connais bien ça roule tout seul. Elle me lance alors un grand sourire, qui veut clairement dire qu'elle a une idée derrière la tête, tout en me demandant :

- Où as-tu rangé l'ensemble que je t'ai offert pour ton dernier anniversaire ?

J'ouvre, non que dis-je, j'écarquille les yeux de surprise alors qu'elle me regarde très sérieusement.

- Non, non, non il est hors de question que je mette ça ce soir !

- Et pourquoi, ça te va super bien et en plus ça te met en valeur de partout.

- En valeur ?? Mais tout le monde va me prendre pour une allumeuse !

- Ecoute, on va pas passer la soirée ici à décider si oui ou non tu es prêtes à franchir le pas qui te sépare du reste du monde. On va aller manger, tu va prendre une bonne douche pour te donner du pep's, te pomponner et m'enfiler ces fringues.

- Mais je…

Elle lève la main pour me couper la parole tout en précisant « il n'y a pas de mais qui tienne ! »

Je baisse la tête lamentablement pour me diriger vers la cuisine et enfourner une pizza, c'était sans compter sur ma mère qui me trouve en pleine méditation au milieu de la pièce.

- Qu'est ce qui t'arrive, on dirait que tu portes tous les malheurs du monde sur tes frêles épaules.

- Humm, presque. Julie s'est mit en tête de me faire porter ce qu'elle m'a offert pour mon dernier anniversaire.

- Oh ! Elle sort le grand jeu dis donc… elle a décidé de te décoincer un peu ?

Ma mère et moi, nous ne nous comprendrons jamais. Elle ressemble beaucoup à Julie, a toujours adorée sortir et faire de nouvelle rencontre. Je ressemble plus à mon père qui était plus casanier et profitait des gens qu'il connaissait déjà. Il me soutenait toujours parce qu'il savait ce que je ressentais.

- Et quoi que tu puisses penser, ton père aurait été très heureux de te voir profiter de tes vingt ans.

- Maman !

Ce sont les mots de trop et je m'engouffre dans le couloir pour rejoindre ma chambre afin d'éviter une conversation que je sais pesante. Je retrouve Julie sur mon ordinateur en train de parler avec je ne sais qui sur MSN mais dés qu'elle croise mon regard elle coupe tout et sans préambule vient me serrer dans ses bras. Elle me berce quelques minutes puis me demande :

- Il te manque encore ?

- Tous les jours… tout le temps…

Mon père est mort des suites d'une longue maladie, c'était il y a pratiquement deux ans mais son souvenir est toujours très présent en moi. Cette épreuve ne m'a pas franchement aidée à m'ouvrir aux autres, bien au contraire en fait. Je me suis enfermée dans mon monde, étant incapable de prendre une décision d'où mon année de glande, je ne savais tout simplement pas quoi faire après la réussite de mon examen. Enfin bref, Julie me câline quelques minutes supplémentaires avant de me dire :

- Si tu préfères pour ce soir, on se fait une soirée pyjama ?

Mais avant même que j'ai pu ouvrir la bouche ou émettre le moindre son, c'est ma mère qui se trouve dans l'embrasure de la porte qui lui répond.

- C'est hors de question. Vous allez sortir, elle va mettre tes cadeaux qui lui vont si bien et aller s'amuser. Sarah ma puce, je ne sais plus quoi faire pour te faire ressentir les choses mais je t'en pris, profite de ta jeunesse. Laisse enfin le passé là où il est, il est temps pour toi d'avancer.

Puis sans rien dire d'autre, elle pose la pizza cuite sur mon bureau et tout en refermant la porte se tourne vers Julie.

- Apprend lui, s'il te plait, elle n'y arrivera pas toute seule.

Puis elle disparaît dans le couloir.

Je réfléchis quelques instants à ce qu'il vient de se passer et me prends une claque magistrale… j'étais persuadée que ma mère n'approuvait aucun de mes choix alors qu'elle tentait juste de me faire réagir, de me faire reprendre le cours de ma vie là où elle s'est arrêtée après le décès de papa. Je suis chamboulé par tout ça, mais je me relève d'un bon et me tourne vers ma meilleure amie.

- Mange tout ce que tu veux, je n'ai pas faim. Je vais en profiter pour aller me préparer et… comme d'habitude, tu fais comme chez toi.

Elle ne me posera aucune question, comme toujours. Le sujet de mon père est un peu glissant et me froisse rapidement, ça m'a un peu coupé l'appétit mais surtout je ne veux pas m'attarder dessus.

Trente minutes plus tard, je suis coiffée, maquillée et habillée… prête pour assurer toute la nuit ! Mais au cas où, je récupère deux boissons énergisantes dans le frigo que je ramène dans ma chambre. Julie en a profité pour se faire belle elle aussi, je lui balance une canette et commence à boire la mienne.

On se regarde toutes les deux avec le même sourire aux lèvres, sans se lancer des fleurs ce soir on est canons ! On enfile de quoi affronter le froid de novembre et au moment où on franchit la porte d'entrée, j'aperçois ma mère qui nous regarde partir.

- Attend moi deux minutes Ju'.

Elle acquiesce et referme la porte pendant que je fais demi-tour et me plante devant ma maman. Je crois que ça fait une éternité que je ne me suis pas sentie aussi proche d'elle. Elle remet en place une de mes mèches folles puis m'annonce d'une voix douce :

- Tu es magnifique ce soir. Faites attention toutes les deux et tâche de t'amuser aussi.

Je n'ai pas ouvert la bouche mais je la serre dans mes bras, chose que je n'ai plus fait depuis bien longtemps et tout en la relâchant, je lui murmure un « merci » qu'elle comprendra très aisément.

C'est une bonne demi-heure plus tard qu'on arrive à notre but, le « 911 », bar à la mode ouvert récemment. Il a fallu trouver un parking, puis la rue dans laquelle se situe le bar… en gros on a perdu une bonne demi-heure supplémentaire. Qui a dit que nous n'avions pas le sens de l'orientation ? Un videur se trouve à l'entrée pour faire le tri dans la clientèle, moi qui pensais que les bars étaient en libre accès, je me suis bien plantée… j'espère qu'il ne va pas nous faire chier et qu'on rentrera sans problème. Quelle n'est pas ma surprise lorsqu'il nous aborde avec un sourire de vendeur de dentifrice et qu'il nous ouvre la porte.

- Bonsoir mesdemoiselles, passées une excellente soirée.

J'entends Ju' rigoler comme une écolière et je la regarde d'un air effrayé avant qu'elle ne me rassure rapidement.

- Vaut mieux jouer la dinde de service, tu rentres un peu dans son jeu et ça nous permet de passer la porte encore plus facilement.

- Mouai, si tu le dis.

Pendant un instant j'ai cru que ma meilleure amie était devenue une gourde ! Bref… on passe une minuscule entrée et je scrute alors le lieu où nous allons passer la soirée. Ma première impression est que ce n'est pas très grand. Les boissons sont délivrées au fond de la pièce sur la gauche, le bar est tout en transparence avec des néons violets qui font ressortir tout ce qui est blanc, très sympa. Le mobilier est constitué en grande partie de tabourets et de tables rondes, je poursuis ensuite mon inspection en hauteur. Une zone plus petite encore se trouve à l'étage, avec un bar ainsi que la personne qui s'occupe de la musique et de la où je suis, il me semble entrevoir des banquettes.

Ju' me tire par la manche pour trouver une table de disponible, chose assez facile en ce début de soirée. Je suis triste pour elle quand même mais très contente pour moi, le local est presque vide, le videur doit vraiment être très sélectif. On pose nos manteaux et allons s'installer au bar.

- La première tournée est pour moi mesdemoiselles, pour fêter les plus beaux sourires de la soirée. Qu'est ce que je vous offre ?

C'est le barman qui nous parle, il est plutôt grand, blond aux yeux bleu et très charmant ma foi. Je me retourne vers mon amie, on se sourit toutes les deux et lançons dans un bel ensemble « Tequila ! ».

- Très bon choix, je m'appelle Alex et vous ?

Une fois les présentations faites, Alex nous rapporte les citrons dans une petite coupelle ainsi que la salière. Je prépare le sel et lorsque Ju' est prête, on se lèche la main en même temps, buvons notre boisson d'un coup pour enfin mordre à pleines dents dans l'agrume. On commence à taper la discute avec Alex et après le troisième verre je sens quelqu'un s'installer à côté de moi puis me demander

- Comment ça va Sarah ?