Bonne lecture.
Le trajet jusqu'au cabinet s'était bien déroulé.
Son rendez-vous avec Morell, un peu moins.
Il ne comprenait pas ce que cette femme attendait de lui. Derek essayait. Vraiment. Il limitait ses rencontres avec Laura parce qu'il avait compris que c'était bénéfique pour eux deux sur le long terme et il restait actif, acceptait globalement toutes les offres professionnelles qu'on lui proposait et ne passait plus ses journées prostré chez lui. Mais ce n'était pas suffisant pour la psychologue. Elle ne cessait de lui rabâcher de s'ouvrir, lui répétait qu'il devait s'autoriser à rencontrer de nouvelles personnes, à nouer des relations. Ces remarques le faisaient rire intérieurement.
Un rire grinçant.
Les quelques fois où il s'était « ouvert » aux gens, cela s'était terminé dans la douleur. Derek n'allait certainement pas réitérer cette erreur. De plus, il n'était pas de bonne compagnie et le jeune loup-garou ne voulait pas devenir un poids pour quelqu'un d'autre. Ses pensées étaient trop noires, son tempérament trop inconstant. Il était, de manière générale, un insupportable personnage.
Derek avait fini par se murer dans le silence tandis que Morell le fixait calmement. Elle connaissait son avis sur la question mais continuait de lui dire d'essayer. Il s'entêtait à rester silencieux dès qu'elle abordait le sujet. Elle souhaitait qu'il parle, même si c'était juste une brève discussion sur le temps ou un simple « bonjour ». Derek ne voyait pas en quoi dire « bonjour » à un inconnu allait l'aider à aller mieux. On lui avait dit « bonjour » deux fois aujourd'hui et cela l'avait mis mal à l'aise.
La thérapeute avait fini par lâcher l'affaire et l'avait encouragé à continuer ses efforts avant de lui dire qu'il pouvait s'en aller. La séance était censée se poursuivre pendant encore 10 minutes mais Derek n'allait certainement pas se plaindre. Il s'était levé de sa chaise en un bond et avait quitté la pièce après avoir grogné un « au revoir » qui lui avait valu un sourire amusé.
Il soupira de soulagement en franchissant la porte du cabinet.
Il ne savait pas pourquoi son cas amusait autant Morell mais son attitude avait tendance à le mettre sur les nerfs. Il y était habitué, cependant. Cela faisait un an qu'il allait la voir et deux années de plus qu'il la connaissait, à travers les récits de Laura. Elle essayait toujours de pousser à bout ses patients afin de voir si leurs limites évoluaient, si elle pouvait en attendre davantage d'eux.
Derek détestait ça, même s'il devait admettre que cela fonctionnait plutôt bien. Après tout, c'est grâce à cette méthode qu'il avait commencé à travailler.
La nuit tombait déjà et le froid s'infiltra à travers sa veste laissée ouverte. Le jeune homme frissonna un instant, le temps que son corps s'habitue au changement de température, avant de se diriger en direction de sa voiture. Il la laissait toujours un peu plus loin puisqu'il n'y avait pas de place pour se garer devant le cabinet. Derek bifurqua en direction de Marcy avenue et marcha un moment. Le quartier était calme, un silence qui ne lui était pas coutumier, lui qui vivait près de Manhattan et de ses grandes artères. C'était un vieux quartier qui regroupait des familles et des gens aux revenus modestes. Le froid avait fait fuir la plupart des habitants et Derek avançait seul dans les rues bordées d'immeubles couleur terre. Sa voiture enfin en vue, il accéléra le pas.
Derek allait monter à l'intérieur quand la devanture éclairée d'une supérette l'arrêta en plein mouvement. Le jeune homme venait tout juste de se rappeler qu'il n'avait plus rien à manger chez lui. Il hésita un instant. Le magasin en bas de son immeuble serait toujours ouvert s'il rentrait maintenant. Le loup-garou savait toutefois qu'il ne ressortirait pas une fois qu'il serait arrivé et qu'il finirait par sauter le diner.
Ce n'était pas la première fois que cela se produisait.
Le regard inquiet de Laura lui revint en mémoire et il grogna, sachant qu'il allait culpabiliser s'il ne faisait pas ses courses maintenant, comme l'adulte responsable qu'il était supposé être. Décidé, il referma sa portière et traversa la rue sans prendre la peine de regarder autour de lui. Ses sens plus développés que ceux des humains lui permettaient cette petite folie. Il ne prenait pas vraiment de risque cependant, il n'y avait pas un chat.
Un carillon retentit quand il entra à l'intérieur du magasin et Derek grimaça un instant quand le son résonna dans ses oreilles, avant de saluer le caissier d'un signe de tête. Il réfléchit un instant à ce dont il avait besoin pour préparer son diner. Il n'avait pas très faim et était fatigué rien qu'à l'idée de devoir cuisiner. Le jeune homme finit par s'arrêter devant les briques de soupe. Ça ferait l'affaire. Il y en avait trois sortes : poireau, potiron et tomate. Le choix était vite fait.
Le loup-garou tendit la main vers la brique de soupe à la tomate mais arrêta son geste quand il perçut un mouvement du coin de l'œil. Son attention se concentra immédiatement sur la personne qui venait d'apparaitre dans son champ de vision, si bien qu'il ne vit pas tout de suite la main qui venait dérober la brique qu'il était sur le point de prendre.
Derek n'avait pas senti le jeune homme arriver et même s'il était concentré sur l'étalage à ce moment-là, cela ne lui ressemblait pas. Le loup-garou avait toujours les sens en alerte quand il n'était pas chez lui. Laura le traitait souvent de parano à cause son comportement et Morell appelait ça un état d'hyper vigilance. Les deux termes ne lui plaisaient pas.
Il était juste prudent.
« Excusez-moi, j'ai besoin de ceci. », déclara distraitement l'humain sans même le regarder. Il fit ensuite un demi-tour sur lui-même, manqua de peu de fracasser le rayon avec son panier en plastique et étudia les paquets de pates qui se trouvaient sur les étagères.
Derek cligna des yeux lentement avant de réaliser ce qu'il venait de se passer. Puis Il grogna en constatant que ce rustre venait de prendre la dernière brique de soupe à la tomate.
« Excusez-moi mais j'en ai besoin aussi », répliqua-t-il impulsivement. Il n'allait certainement pas manger de soupe au potiron. Il détestait le potiron. Deux grands yeux étonnés croisèrent les siens alors que le voleur tournait la tête dans sa direction.
« Hein ? » eût-il le culot de s'exclamer.
Derek fronça les sourcils, agacé par la tournure que prenait les événements. Il regrettait son choix maintenant, il aurait dû rentrer chez lui sans s'arrêter dans cette stupide supérette.
« J'allais prendre cette brique. Ma main était à deux centimètre quand vous avez surgi de nulle-part et que vous me l'avez prise », gronda-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.
Et Morell qui voulait qu'il ait des interactions sociales. Franchement. Elle ne savait pas quel genre d'individus se baladait dans les rues.
Le jeune homme resta muet un instant, un des fils de son gilet à capuche coincé entre les dents. Ses grands yeux ambrés l'observaient étrangement et Derek eut le temps de remarquer le nombre impressionnant de grains de beauté qu'il avait sur le visage avant que l'inconnu prenne la parole :
« Oh pardon, j'ai pas fait attention. Il me fallait de la soupe, vous voyez et mon ami Scott n'aime que celle à la tomate alors quand je l'ai vue, je l'ai prise sans réfléchir, répondit-il avec de grands gestes et un sourire gêné.
La colère de Derek retomba d'un coup. Il observa l'expression ouverte de cet étranger et se demanda un instant pourquoi il avait réagi aussi violemment pour une brique de soupe. Cela ne lui ressemblait pas. Il était du genre à laisser tomber (en grognant) et à se rabattre sur un paquet de chips plutôt que de se fatiguer à engager la parole avec quelqu'un qui, en plus, venait de lui piquer son diner.
Le plus jeune le fixa à son tour silencieusement, redoutant peut-être une autre réflexion de sa part.
Les yeux marron parcouraient son visage avec une attention déconcertante qui le fit tressaillir. Une lueur étrange se logea dans le regard de son interlocuteur après un instant et Derek s'affola. Il eût la sensation abrupte que l'inconnu pouvait lire en lui, qu'il pouvait voir les démons qui s'agrippaient férocement à ses épaules, les nuages noirs qui obscurcissaient ses pensées et les cadavres qui s'accumulaient à ses pieds. Il avait bien conscience que c'était idiot mais cette impression d'être mis à nu le terrifia et il tenta de se raccrocher à la réalité pour ne pas sombrer.
« Ce n'est pas grave. », marmonna-t-il mécaniquement.
Mais comme pour le contredire, des flashs de souvenirs surgissaient déjà dans son esprit. Le feu dansait devant ses yeux, les voix déformées par les cris résonnaient dans ses oreilles, la fumée infiltrait ses poumons et l'odeur de brûlé putréfiait l'air autour de lui.
Derek était de nouveau là-bas.
Son corps se pétrifia tandis que son cœur se mettait à battre frénétiquement.
Il devait sortir d'ici. Tout de suite. Une sueur froide le fit frissonner violemment. Il sentit ses crocs s'allonger et dans un dernier regain de conscience, il se souvint de garder sa bouche fermée pour les dissimuler. Des points noirs dansaient devant ses yeux. La nausée ne tarda pas suivre et il se mit à suffoquer.
Derek sentit le contrôle lui échapper sans rien pouvoir faire…
Euh ça va ? Vous êtes un peu palot là…
Ok vous commencez à respirer bizarrement, c'est pas bon ça, pas bon du tout… parce que si vous commencer à paniquer comme ça bah…je vais me mettre à paniquer aussi vous voyez. Donc si vous pouviez arrêter ça serait bien…
Bordel… Je veux pas voir quelqu'un mourir dans un rayon d'une supérette… merde on est même pas au rayon confiserie ça craint…
… Et merde. Ne panique pas Stiles et aide-le monsieur à dépaniquer…
… Allez, on respire !
1… 2… 3…
Respire.
Doucement. Voilà.
Boum boum. Boum boum.
1… 2… 3…
C'est bien.
Boum boum. Boum boum.
Encore une fois… on continue…
« 1… 2… 3… on expire », murmurait une voix grave, apaisante.
Boum boum.
Derek ouvrit lentement les yeux et tomba dans les ambres inquiètes du jeune humain. Celui-ci avait emprisonné sa main dans la sienne et la tenait maintenant fermement contre sa poitrine. L'autre main du loup-garou était quant à elle cramponnée à l'étagère et il constata avec soulagement que ses griffes n'étaient pas apparentes. Le cœur qu'il sentait pulser sous ses doigts battait rapidement mais son rythme régulier lui permis de reprendre pied doucement.
Un soupir tremblant lui échappa.
Il relâcha son emprise sur l'étagère et se passa une main sur le visage. Il sentit qu'on lui tapotait doucement la main. Derek sursauta. Il réalisa soudainement la position dans laquelle il se trouvait mais ne put se résoudre à se défaire de l'emprise du plus jeune. La crise laissait place à une fatigue coutumière qui le rendait cotonneux.
« Tu as besoin de t'asseoir ? »
La voix le fit ressurgir à la surface et il cligna les yeux un moment avant de secouer la tête.
Le silence s'étira un moment.
« Qui a dit que tu pouvais me tutoyer ? » finit-il par grogner afin d'essayer de se redonner un semblant de contenance. La honte le consumait doucement mais le tapotement que l'autre lui prodiguait toujours sur la main parvenait étrangement à la tenir à distance.
L'humain éclata de rire.
C'était le genre de rire qui demandait la participation de tous ses membres et qui le fit pencher la tête en arrière, dévoilant ainsi un long cou laiteux. Le loup-garou sentit l'étau qui obstruait sa gorge se desserrer un peu.
« Je m'appelle Stiles », lança ensuite l'inconnu, comme si ce qu'il venait de se passer était tout à fait banal et qu'une présentation constituait la suite logique des choses. Le malpoli avait par ailleurs complètement ignoré sa question.
La situation était irréelle.
« Derek. »
Sa propre voix le fit sursauter.
Le sourire de Stiles s'agrandit. L'humain tenta ensuite de transformer la prise qu'il avait sur la main de Derek en une poignée de main amicale. C'était tellement maladroit que le loup-garou faillit sourire.
Les longs doigts fins se logèrent finalement dans les siens et Derek arrêta de respirer. Une énergie inexplicable remonta le long de son bras et s'enroula autour de son cou en un lien invisible qui le fit frissonner.
Si Stiles ressentit la même chose, il n'en montra rien.
Son regard semblait toutefois troublé. Une lueur étrange dansait dans ses yeux cognac. Derek retira sa main précipitamment et la sensation s'étiola. Le loup-garou profita du silence pour retrouver un semblant de contrôle sur ses émotions. L'humain rangea ses mains dans les poches de son sweat rouge et se balança sur ses talons.
« Eh bien Derek, déclara-t-il en appuyant sur son prénom, c'est un plaisir de te rencontrer. »
Le brun n'arrivait pas à déterminer si le ton de Stiles était ironique. Celui-ci ouvrit de grands yeux devant les sourcils haussés du loup-garou avant de se remettre à parler rapidement :
« … Non pas qu'une crise de panique soit un plaisir. Ugh, non ça jamais… mais tu– enfin, je suis content, d'avoir été là… je suppose ? pour t'aider ? je– hum…, balbutia-t-il avec une nervosité grandissante.
— Ok », l'interrompit Derek afin d'abréger ses souffrances. Il avait le sentiment que le jeune homme aurait pu continuer ainsi longtemps et que le faire taire était la meilleure solution, pour tous les deux.
Un nouveau silence s'installa. L'humain eut le temps d'ouvrir la bouche trois fois, de regarder le contenu de son panier en soupirant et de se passer la main dans les cheveux à deux reprises avant de réunir le courage nécessaire pour reprendre la parole. Derek le savait puisqu'il avait observé tous ses mouvements avec attention, étrangement curieux de voir ce qui allait suivre.
« Tiens, lança finalement Stiles en lui fourrant la brique de soupe dans la main, je pense que Scott pourra se passer de ça. En y réfléchissant, il m'aurait probablement fait la gueule si je lui avais ramené de la soupe pour le diner. Ce mec ne veut tout simplement pas manger sain, c'est insupportable. »
Derek l'écoutait parler sans vraiment comprendre pourquoi il lui racontait tout ça. L'humain sembla se faire la même réflexion puisqu'il arrêta brusquement de parler.
Le silence, encore.
C'était l'occasion de s'en aller, de mettre fin à cette conversation étrange. Quelle était la procédure dans ce cas de figure ? Devait-il trouver une excuse pour s'esquiver, lui serrer la main ? Derek n'en savait rien.
« Bon… Je vais… », marmonna le châtain après s'être gratté la tempe. Il ne termina pas sa phrase mais jeta son pouce en arrière pour illustrer ce qu'il voulait dire.
Derek hocha lentement la tête.
Stiles s'écarta après un moment et commença à marcher à reculons, les yeux toujours ancrés aux siens. Alors qu'il arrivait au bout de l'allée, il s'arrêta un instant et sembla hésiter à dire quelque chose. Derek l'observa ouvrir et fermer la bouche à plusieurs reprises.
Une poignée de seconde s'écoula.
Puis le jeune homme pointa maladroitement ses index vers lui, tels deux revolvers qu'il agita à plusieurs reprises. La scène se termina par un clin d'œil maladroit et puis le jeune homme disparût derrière l'allée.
Derek resta planté là un moment, la brique de soupe dans la main. Troublé.
.::BREAK::.
Le loup-garou avait fini par bouger. Il avait embarqué un paquet de céréales et d'autres articles dont il avait besoin pour survivre en chemin puis il était allé payer ses achats, toujours plongé dans un état de perplexité assez remarquable.
Le froid lui attaqua le visage quand il sortit de la supérette. Derek prit le temps de respirer à plein poumon avant de rejoindre sa voiture d'un pas lent. Là, il déposa le sac en papier à côté de lui avant de s'affaler sur le siège du conducteur. Il resta prostré une bonne minute avant de jeter un œil à l'heure. Il grimaça en constatant que son passage au magasin avait pris beaucoup plus de temps que prévu et qu'il était déjà 18 heures. Il allait mettre un temps fou à rentrer chez lui.
Le jeune homme soupira avant de démarrer. Il repensa à sa rencontre avec Stiles durant le trajet et se demanda un instant si Morell ne l'avait pas maudit en lui répétant inlassablement de discuter avec des gens. Il n'était pas sûr que faire une crise d'angoisse soit considéré comme une bonne approche pour nouer des relations.
Il entendait déjà Laura se payer sa tête.
Une heure plus tard, Derek garait finalement sa voiture. Le jeune homme récupéra le sac de provisions et se dirigea avec une certaine impatience jusqu'à l'ascenseur. À l'intérieur, il s'accouda au mur et ferma les yeux. Le loup-garou priait intérieurement pour que ses voisins restent silencieux parce qu'il n'était pas d'humeur à entendre leurs conversations. Les portes s'ouvrirent enfin sur le treizième étage et Derek se précipita sur sa porte, les clés déjà en main.
La fraicheur de son appartement l'accueillit comme une vieille amie et Derek se détendit immédiatement. La tension qui s'était logée dans ses épaules durant le trajet en voiture s'évapora. Sans prendre la peine d'allumer la lumière, il retira ses chaussures avec empressement et les rangea avec application dans le meuble pourvu à cet effet. Il alla ensuite dans la cuisine où il déposa le sac en papier puis retourna dans le salon, enleva sa veste, qu'il laissa sur le dossier du canapé après en avoir vidé les poches, et se laissa tomber sur la banquette.
La crise d'angoisse, ajoutée à son manque de sommeil, l'avait exténué. Derek décida qu'il avait le droit de s'accorder une sieste et ferma les yeux. Cela faisait un certain temps qu'il n'avait pas subi une crise pareille. La dernière datait de plusieurs mois et avait duré des heures. Laura avait annulé un de leur rendez-vous à cause du boulot et il avait sombré. La jeune femme n'était pas au courant et le brun ne comptait certainement pas le lui dire. Aujourd'hui, toutefois, il s'était calmé rapidement. Le visage de Stiles apparut derrière ses paupières closes et il fronça les sourcils. L'humain avait agi avec une perspicacité remarquable, il devait le reconnaitre. Il avait rarement repris pied aussi facilement après une crise et il se demanda un instant comment un inconnu avait pu l'atteindre aussi facilement alors que même sa sœur et Alpha avait du mal à le faire.
C'était étrange et cela le troublait.
Il tenta de se réconforter en se disant qu'il ne reverrait sans doute jamais le jeune homme mais cela provoqua l'effet inverse et il se retrouva à fixer le plafond d'un air morose. Agacé par ces émotions qu'il ne comprenait pas, il se transforma. Etre un loup était plus simple, ses pensées cessaient de tournoyer sans fin et ses émotions devenaient plus claires et instinctives. Tout devenait plus facile.
Le grand loup noir se débarrassa de ses vêtements devenus trop encombrants et se rallongea sur le canapé.
Le sommeil l'accueillit immédiatement.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il lui fallut un moment pour se souvenir de là où il était et de la raison pour laquelle il était nu sur son canapé. Il se demanda ensuite ce qui l'avait poussé à reprendre son apparence humaine mais il n'arrivait pas à se remémorer son rêve. Son rêve. Derek s'étonna un moment de ne pas avoir fait de cauchemars. C'était assez rare pour qu'il le relève. Il jeta un œil à sa montre et constata qu'il était 21h30. Il avait dormi deux heures. Le loup-garou se passa la main sur le visage pour effacer les dernières traces de son sommeil et se redressa. Il jeta un coup d'œil à son téléphone mais le reposa rapidement en constatant qu'il n'avait aucun message de Laura.
Soupirant, il récupéra son boxer qui avait échoué sur le sol après sa transformation et l'enfila. Il se leva ensuite et ramassa le reste de ses fringues avant de se diriger vers la cuisine où il alluma enfin la lumière.
Il siffla de douleur et ferma les yeux précipitamment quand elle vint agresser sa rétine. Il lui fallut un moment avant de pouvoir les rouvrir totalement. Le jeune homme vida ensuite le sac de provisions qu'il avait laissé sur le plan de travail et stoppa net son mouvement quand il récupéra la brique de soupe.
Ses yeux tombèrent sur le dessin d'une tomate aux grands yeux et au sourire idiot. Il la fixa pendant un moment. Puis, à sa plus grande surprise, il sentit un éclat de rire monter dans sa gorge. Derek revoyait encore l'expression ridicule de Stiles alors que celui-ci tendait ses index dans sa direction, le clin d'œil maladroit qu'il lui avait adressé avant de s'en aller.
Un reniflement amusé s'échappa de ses lèvres et le brun jeta un regard autours de lui, gêné et surpris par sa propre réaction. Ses yeux se posèrent à nouveau sur la petite tomate et l'envie de rire le gagna à nouveau. Le loup-garou desserra les dents et laissa le son lui échapper. Il ne savait pas pourquoi il riait pour quelque chose d'aussi futile mais cela n'était pas déplaisant. Il ne savait pas depuis combien de temps il ne s'était pas laisser aller ainsi. Habituellement, la culpabilité le rattrapait et consumait son rire avant même qu'il ait franchi ses lèvres.
Ce soir, cependant, la brique de soupe continua de le faire sourire bien après qu'il soit parvenu à calmer son étrange hilarité.
Fin du deuxième chapitre.
