Chapitre 1
Cause you know that I'm always all for you
Musique conseillée
What if - Safetysuit
Certaines trahisons sont insurmontables.
Et pas à pas, je me dirigeais vers la maison entourée par la pénombre, loin du feu qui avait éclaté dans nos vies, qui avait faillit faire mourir mes reflets si fragiles, mes deux reflets si invincibles. Mes deux facettes, la plus sombre et torturée qui vouait une confiance sans borne à Damon la plus réaliste et terre à terre qui nourrissait une passion tranquille pour Stefan. De l'amour, rien que cela. Dans les trahisons il n'y a que cette essence, des sentiments qui se retrouvent bafoués, qui au lieu de s'épanouir se meurent de mensonges et de demi vérités. Ce soir, je n'avais pas seulement affronté les flammes, j'avais pu entre apercevoir dans les yeux de ma plus chère amie que mes faiblesses la décevaient, que mes deux reflets auraient dû se consumer et que je n'étais plus à ma juste place dans son cœur.
Je retrouvais le porche sous la couverture de la lune, et tandis que je montais les marches, un cri me parvint. Trahison.
Et je m'élançais vers la porte, attirée par cette voix qui faisait remonter d'autres mensonges d'autres souvenirs de trahisons passées, de destructions qui n'appartenaient même pas à mon histoire, et dans le hall je m'immobilisais. Le silence. Ce silence qui suit les batailles achevées, celle dont la finalité ne se discute plus. Je ne pouvais pas bouger, mais je pouvais sentir l'odeur du sang, la moiteur de l'air, je pouvais entendre le cri raisonnant dans le cliquetis de l'horloge monotone. La porte claqua dans mon dos, et en un instant je sentis la pression de sa main sur ma nuque, la douceur de ses doigts et leur extraordinaire force. Un autre bruit troua le silence, et des pas rejoignirent la scène troublante.
- Ne te retourne pas, murmura Damon, et je restais les yeux fixés sur l'embrassure de la porte.
Le bruit entêtant des talons aiguilles sur le parquet fit tiquer Damon, et je ne respirais même plus, je sentais juste mon cœur tambouriner, pulsation qu'il devait ressentir mais sa main ne quitta pas ma nuque, il attendait patiemment que l'intru se dévoile et quand la lame aiguisée d'un couteau apparu, j'étouffais un hoquet de surprise. Le sang rejoignait ses pieds, et pourtant cela ne dérangeait pas la femme qui repoussa ses cheveux en arrière et qui me lança le plus terrifiant des sourires. Ce sourire vivait sur mon visage, ce couteau dormait dans ma main, et je ne tentais même pas de rechercher la moindre différence entre nous seule sa nature nous séparait. Vampire dans l'âme, manipulatrice sur le terrain, Katherine Pierce ne craignait pas les trahisons, elle était à l'origine de la plus douloureuse, 145 ans après son escapade elle jouait encore avec les mots, torturant ceux qui avaient assisté à sa danse, jadis.
-Tu m'as embrassée. Tu n'as pas senti la différence ? Demanda Katherine et il me repoussa brusquement sur le coté, faisant barrage avec son corps.
-Katherine. Qui as-tu torturé aujourd'hui ?
-Toi, répondit mon double, et je les regardais s'affronter sans en comprendre le sens.
-Bien joué, murmura t-il en se tournant vers moi, soudain affligé.
-La ressemblance est frappante n'est ce pas ? Ce pauvre John est tombé dans le panneau. De façon terriblement humaine, je dois l'avouer. Il portait cette foutue bague. Ce ne fut pas chose aisée. Mais rien ne m'est impossible, Damon.
« Il est amoureux de toi ».
Ma mère avait prononcé ces mots. Et je les avais presque oubliés, j'avais presque banni cette vérité dérangeante, et pourtant, j'avais devant les yeux une étonnante réminiscence, ces deux êtres qui s'affrontaient, qui donnaient corps à leur ancienne trahison celle qui avait mené à notre rencontre, qui avait ramené les frères dans leur antre, vers moi, vers la mort, vers la vengeance de Katherine. Et je pouvais entendre les faibles gémissements de John derrière la cloison, et la chasseresse se tourna enfin vers moi.
-Tu as le droit d'aller aider ton papa, trésor. Ce serait dommage qu'il ne meurt avant que tu n'aies pu connaître sa formidable histoire d'amour avec sa vampire nouvelle née. La confiance est importante Elena, construire une relation sur un mensonge ne mène qu'à la perte.
- Que veux-tu Katherine ? Demanda Damon. Abrégeons la discussion, la journée fut rude.
-Laissons d'abord cette chère Elena passer veux-tu.
-Si tu oses la frôler, je…
-Damon, mon cher Damon. Tu n'as donc rien appris en 145 ans. Je fixe les règles. Mais parlons de tes petits mensonges. Comme si Elena pouvait seulement supporter de poser ses lèvres sur les tiennes. Tu es tellement naïf, tu l'as toujours été.
-Autre chose Katherine ? Tu m'as bien eu, je suis tombé dans le panneau, tu es toujours la plus forte, tu es toujours la plus diabolique, et ces 145 années d'errance n'ont rien changé.
-Tu es toujours amoureux de moi, dit-elle en souriant et je restais plaqué contre le mur, tremblante, jouant du regard entre Damon et mon autre moi-même.
-Non. Tu te trompes. J'ai cessé de t'aimer depuis longtemps, je me raccrochais juste à un souvenir pitoyable d'une histoire d'amour qui n'a en fin de compte jamais existé. Tu es un fantôme dans cette existence Katherine.
-Elena ? John t'attend. Laisses donc les adultes discuter de leurs vices. Et il est certain que Damon et moi avons beaucoup de choses à nous dire, les corps se manquent…
Il lui lança un regard glacial et me tendit la main. Je me rapprochais de lui, et pu apercevoir la marre de sang qui s'étendait au pied de Katherine toujours perchée sur ses talons, négligemment adossée à la chambranle. Elle s'écarta pour me laisser passer de façon théâtrale et je ne lui jetais même pas un regard je me retournais juste pour voir Damon fondre sur elle, et l'étendre contre la cloison qui crissa bruyamment les doigts autour de sa nuque, ses lèvres si proches des siennes que cela en était troublant. Dérangeant.
Je découvris John allongé sur le sol, baignant dans son sang, les yeux grands ouverts, les lèvres mouvantes, il récitait une sorte de complainte ou peut être une prière, et quand il aperçu mon visage au dessus du sien, la peur traversa son regard, quelques secondes où dans son esprit je semblais porter les traits de mon double toujours entre les mains de Damon. Un râle s'échappa de ses lèvres, rien que des sons inaudibles, aucunes excuses, juste cette culpabilité lancinante dans ses prunelles, cette culpabilité pour m'avoir demandé de choisir entre mon amour et ma famille. Trahison.
Et posais une main sur son épaule, évitant la vue de ses doigts à présent inexistants, de la plaie sanguinolente de son abdomen, oubliant son souffle rauque et irrégulier, j'attrapais le téléphone le cœur battant, composais le numéro des secours en tentant tant bien que mal d'éponger le sang, de l'empêcher de se rependre à mes pieds, et le nouveau silence qui s'installait me fit trembler un courant d'air traversa la pièce et bientôt Damon fut à mes cotés, les yeux brillants, le corps endolori de s'être battu contre la traîtresse qui avait fait de sa non existence un enfer sans finalité. Il regarda son ennemi leurs yeux se croisèrent, se noyèrent, et quand les secours pénétrèrent dans la maison, il m'aida à me relever sans un mot, sans une explication Katherine allait et venait, Katherine n'avait aucune frontière, aucune barrière, l'amour ne la transcendait pas, l'amitié ne pouvait pas l'émouvoir, et pourtant elle était prête à se battre avec moi pour récupérer ce qu'elle avait jadis possédé…Eux.
Damon prit ma main pour sortir de la maison, et je me laissais faire, je n'avais plus la force de lui résister, de chercher à comprendre ce que Katherine venait faire dans notre équation, lequel elle comptait me ravir, et combien de temps elle me laisserait la vie sauve. Nous restâmes sur le palier, suivant les ambulances hurlantes qui éloignait le sang de nos vies, et Jeremy descendit lentement les escaliers, marche après marche, livide, tremblant, comme si il avait vu la mort se dessiner devant ses yeux.
-Tu es couverte de sang…murmura Jeremy en tendant la main vers moi et Damon scruta ses pupilles avec attention.
-John a été attaqué par un rôdeur, où étais-tu ? Demanda Damon, et il lâcha ma main moite et couverte de sang.
-Je dormais…Je rêvais. Mon monde ne s'était pas écroulé ce soir, et je pouvais vivre heureux. Enfin.
-Avec une immortelle qui te verra mourir un jour ? Tu es fou…
-Que fait Stefan avec ma sœur ? Demanda Jeremy et je sursautais.
Stefan. Je m'éloignais lentement pour fouiller dans mon sac à la recherche de mon téléphone. Une sonnerie, deux sonneries…Interminable silence de cette voix que j'aurais voulu entendre, qui aurait dû me rassurer, interminable absence de cette essence qui aurait dû me réconforter, me sauver, et j'oubliais Jeremy, j'oubliais Damon qui scrutait la pénombre à la recherche de sa nouvelle ennemie je montais dans ma voiture et mis le contact, faisant gronder le moteur pour arracher le silence je lançais la voiture dans l'allée et soudain il fut devant moi, les bras croisés sur son buste, les yeux brillants.
-Tu es trop bouleversée pour aller à l'hôpital seule, dit-il en s'installant à mes cotés.
-Je ne vais pas à l'hôpital. Je vais voir Stefan, fis-je
-C'est un grand garçon, Elena. Moi-même, je lui épargne les cookies et le verre de lait. Et pourtant je suis son grand frère adoré.
-Que s'est il passé avec Katherine ? Demandais-je en appuyant sur l'accélérateur.
-Tout doux ! Ces petites routes de campagnes sont terrifiantes même pour un immortel.
-Que s'est il passé avec Katherine ? Que veut-elle de moi ? Stefan ? Toi ? Et pourquoi l'a tu embrassé ? Se faisait-elle passer pour moi ?
-Puis-je prononcer un oui multiple ? J'économise ma salive pour mes cours de tuba.
-Tu ne pourras jamais être sérieux, Murmurais-je en prenant le virage un peu trop serré.
Il attrapa le volant, et ses mains couvrirent quelques instants les miennes, toujours pleines de sang et tremblantes. Il évita de croiser mon regard, et je le fuyais, je restais fixée sur la route dont les lignes se brouillaient et bientôt la maison sortie de la pénombre et je freinais brusquement, faisant crisser les pneus sur les graviers et mettant fin à cette interminable salve de question sans réponses.
Damon m'ouvrit la portière et disparut. Un courant d'air violent m'avait parcouru, de nouvelles plaintes vinrent rejoindre le silence de la nuit, et je me précipitais seule vers la maison où les portes battantes m'offraient une vue imprenable sur la bataille des damnés. Il avait senti sa présence, son essence, ce parfum qui avait caractérisé cette femme pendant plus d'un siècle, son absence l'avait rendu sensible à la moindre effluve, et je ne pensais pas me retrouver un jour en compétition avec la femme de leur vie.
Face à face, Damon et Stefan s'affrontaient, se jaugeaient, en une seconde il avait rejoint son frère, son ennemi et ils ne semblaient pas se battre ensemble contre la vampire qui siégeait dans leur salon, confortablement installée dans un fauteuil.
-Par ici, Elena. C'est un plaisir de te voir assister à leur duel final. Il leur a fallu 145 ans et un vulgaire double pour revenir à la raison. Je suis leur seul objet de convoitise. Tu n'es qu'une bouche trou, un acceptable en attendant mieux.
-Stefan ! Criais-je et il me regarda les yeux injectés de sang, tandis que Damon le plaquait au mur. Qu'est ce que tu fais ?
-Que t'a-t-elle fait ? Que t'arrives t-il ? Il faut la détruire…Reprit Damon et le regard fou de Stefan passa de moi à son frère inlassablement vide.
-Non ! S'écria Stefanet Katherine sortit de sa poche un jeu de carte, dont elle dégagea la reine de cœur.
-Vois-tu Elena, il ne peut y avoir qu'une seule reine de cœur, qu'une seule femme pour Stefan, qu'une seule femme pour Damon. Et je suis cette reine.
-Tu es pitoyable Katherine, si tu crois que ton retour change tout c'est que tu en encore plus folle qu'il y a 145 ans, lança Damon et Stefan profita de cet instant d'inattention pour retourner la situation à son avantage.
Et je me précipitais sur eux, faible dans ma simple condition de mortelle, et aucun des deux ne fit un mouvement pour m'écarter, je les repoussais, les éloignais, et pris place au milieu de leur discorde, image vivante de la trahison qui les avait mené ici. Je cherchais le regard glacé de Stefan, les yeux injectés de sang, les mains serrées le long de son corps, il défiait son frère et me défiait et je ne ressentais plus rien, j'avais devant moi un pantin, totalement manipulé par la femme aux talons aiguilles, toujours installée dans son fauteuil à brandir la dame de cœur comme argument final.
-Stefan? Murmurais-je et il daigna enfin me regarder dans les yeux, fuyant un instant la guerre de sa vie. Tu ne peux pas la laisser entrer dans nos vies, je te reconnais pas…Nous nous sommes quittés il y a à peine 3 heures. Et John…
-Oui, ce pauvre John, je devais mettre fin à sa vie, il a échoué. Il n'avait qu'une seule chose à faire pour vivre pourtant.
-Qu'est ce que tu prépares Katherine ? Demanda Damon en croisant les bras sur son torse. Une sorte de danse des damnés ? Tu es venue nous regarder nous entretuer ?
-Je suis venue vous tester, et tu as perdu Damon. Tu m'as embrassé.
-Je ne t'aurais jamais embrassé si j'avais su qui tu étais, se défendit-il et Stefan sortit de sa torpeur.
-Qu'est ce que tu as fais ? Tu as embrassé Elena ?
-Non Katherine, répliqua Damon et tout se mélangeait dans ma tête, leurs voix, leurs visages, et je dû m'adosser au chambranle, tremblante.
-Et pourquoi ?
-C'était dans le feu de l'action, cela ne représentait rien.
-Tu es complètement perdu mon pauvre Damon.
-Et toi ? Contra Damon, pourquoi es tu entrain de défendre ce monstre ? Elle t'a retourné la cervelle, tu es totalement sous son emprise.
-Il est encore amoureux de moi, lâcha Katherine en se relevant et Damon s'éloigna de nous pour la rejoindre.
Ils restèrent ainsi, figés, dans leur jeunesse éternelle, au souvenir de leur dernier baiser, de leur dernière étreinte mensonge du premier au dernier jour, et il venait enfin de se l'avouer.
-Il est amoureux de moi, répéta t-elle, et Stefan fuyait mon regard. Et je suis revenue pour en profiter. J'ai attendu le bon moment ce moment idéal où l'histoire se rejouait inlassablement Damon et Stefan face à mon double, tous les deux amoureux de la même femme pendant que leur ancienne réminiscence entrait à nouveau dans la danse. On dirait du Shakespeare. Sensationnelle sur scène. Et il est amoureux de toi, Elena, poursuivit-elle en se tournant vers moi. Et là tu te demandes sûrement duquel je veux parler ? Bien entendu. Deux pour le prix d'un.
-Que cherches-tu Katherine ? Fis-je en la nommant pour la première fois, et avant qu'elle ne puisse s'approcher de moi Damon la contra.
-Tu as enfin la réponse à ta question Elena, répondit-elle en riant ouvertement, et Stefan s'éloigna encore, marchant au hasard dans la pièce, toujours plus proche de Katherine. Je veux mon âme. C'est toi qui l'a détient. Vois-tu, je vais te faire un petit cours d'histoire occulte. Un vampire n'a pas d'âme, pas de cœur, normalement les sentiments lui sont inconnus, autrement dit nous sommes des spécimens à part. Avant de passer du coté tant convoité des ténèbres, j'avais une âme, ce petit quelque chose qui prouve l'humanité, et qui offre à ceux qui le croient une sorte de résurrection, une vie après la mort. Tu es mon âme Elena. Ces vies qui se croisent ne sont malheureusement pas un hasard, il y a eu une petite erreur…Cosmique.
-Je ne comprends rien, fis-je en secouant la tête et pourtant Stefan et Damon restèrent interdit devant cette révélation.
-Tu es moi Elena, je suis toi il ne peut y avoir qu'une seule âme pour un seul corps si tu meurs je retrouve mon humanité. C'est mon but, Stefan est une consolation, et ta mort est le début d'une nouvelle vie.
-Je t'interdis de la toucher !
-Tu n'es pas vraiment amoureux d'elle Damon, tu es amoureux de son reflet, de ce qu'elle représente, elle est moi, avant que les crocs ne poussent, plaisanta t-elle et il serra les poings. Autrement dit Elena, tu n'existes pas. Et une fois que tu serras morte, je serais à nouveau humaine, et j'aurais une autre vie.
Et je reculais toujours, tandis que Damon me suivait du regard, et que Stefan, les prunelles dilatées rejoignait Katherine. Elle ne pouvait pas l'avoir hypnotisé, les vampires ne peuvent user de ce pouvoir que sur les humains. Et pourtant il en avait l'air, ses gestes faibles, et son regard fuyant, il me semblait si vulnérable face à cette femme qui me déniait l'existence, qui venait de m'apprendre que je n'étais qu'une pâle copie, que ma vie était une erreur, et que malgré des siècles de dominance dans ce monde des ténèbres elle souhaitait à nouveau porter l'humanité, connaître la faiblesse de ce cœur qui bat, de ce corps qui se meurt et je me contentais de secouer la tête, comme une folle, comme si je lui avais déjà donné mon essence pour qu'elle s'en abreuve.
-Je ne l'ai pas hypnotisé. J'ai révélé cette partie de lui qui continue malgré tout à m'aimer, à me désirer, à me mettre sur ce pied d'estale que tu as atteint toi aussi Elena. Et ce n'est pas une coïncidence, nous ne pouvons pas vivre la même vie, nous ne pouvons pas évoluer dans le même monde, à la même époque, j'ai dû attendre ta naissance pour espérer revivre…Des centaines d'années pour revoir le drame se rejouer. Et que vas-tu faire Damon ? Vas-tu la défendre comme tu m'as défendu ? Je n'ai pas besoin de toi. Stefan m'aidera, conclut-elle et Stefan fit les cents pas, torturé.
-Tu ne peux pas me faire cela ? Hurlais-je et il s'immobilisa le dos tourné. Tu ne peux pas retomber dans ses bras. Qu'est ce que je représente pour toi ? Mensonge sur mensonge ? Tu m'as aimé parce que je lui ressemblais ? Parce qu'avec moi tu avais la sensation de réparer tes erreurs, et tu pouvais fermer les yeux et l'imaginer vivante ? Elle vous a mené en bateau pendant 145 ans !
-J'avais oublié. J'avais oublié ce que je ressentais pour elle, dit-il comme un texte parfaitement apprit.
-Tu mens !
-Non, j'essaye de te dire la vérité pour une fois, murmura t-il.
-Je sais que tu mens, tu ne peux pas me trahir…
-Une dramaturge en herbe, lança Katherine en rejoignant Stefan. Trahison, trahison, Elena. Tu ne peux faire confiance à personne.
Personne ne donna suite à sa réplique, Stefan restait le dos tourné, tandis qu'elle s'approchait de lui, de plus en plus, jusqu'à effleurer sa main, et je reculais, frôlant les meubles sans les voir tant les larmes me brouillaient la vue, et il me semblait disparaître dans leur mascarade, je n'existais plus, la femme qui avait fait de leur vie un bonheur aux enfers était de retour, Stefan ne pouvait plus nous distinguer, il m'avait dénié l'existence, et j'avais le sentiment de mourir, aussi sûrement que ces images que je voulais chasser de mon esprit en fuyant. Je me sentais mourir comme si elle m'avait déjà sacrifié pour cette âme qui semblait indivisible. Je poussais la porte, et le rire de Katherine me poursuivie, je marchais sur la carte de l'équation finale, la dame de cœur remportait la partie. La maison semblait disparaître dans l'ombre et je courrais vers ma voiture. Je m'installais, et j'étais prête à la lancer sur la route, pour aller n'importe où mais loin d'ici, loin de ce qui me semblait une malédiction, elle ou moi, ma vie, ou son semblant de non existence, et j'étais seule, je me sentais désespérément seule, vouée à fuir toute ma vie durant les projets de mon double. Et j'éclatais de rire, ce rire si semblable à Katherine qui me glaçait l'âme, qui retournait mes entrailles, ce rire sec et brutal qui semblait sortir tout droit des enfers, cet endroit où les trahisons attendaient d'être jugées.
Et bientôt la portière coté passager s'ouvrit et Damon monta à l'intérieur. Il lança un vague regard derrière lui, et bientôt la maison, et la rue toute entière disparue. Je me lançais sur l'autoroute, vers un endroit inconnu, dans l'espoir que jamais elle ne pourrait suivre mon parfum, que jamais elle ne puisse rencontrer à nouveau mes yeux si semblables aux siens, mais je ne pouvais pas la fuir…J'étais elle.
-Mais c'est une manie de me suivre ? Tu aimes prendre des risques et monter dans une voiture sur sa lancée ?
-J'aime prendre des risques, certes mais où vas-tu comme cela ? Demanda t-il le visage crispé, je t'en prie ralentis, il faut que nous parlions de cette folle à lier !
-Je vais aller dans une station essence, faire le plein et ensuite j'irais…N'importe où. Je peux te déposer au prochain carrefour sans problème.
-Est-ce que c'est une blague Elena ? Je ne vais pas te laisser aller « nulle part » toute seule.
-Je suis seule…Maintenant, je serais toujours seule.
-Foutaises ! Je te suivrais jusqu'en enfer pour mettre fin à la « non existence » de Katherine sur cette terre.
-Nous y sommes déjà, répliquais-je et je riais toujours, nerveusement, me battant avec les tremblements compulsifs de mes membres.
Il se détourna vers la vitre, et la nuit nous enveloppait, je ne savais pas quand le jour devait poindre, mais je serais déjà loin, nous serions déjà loin et en sentant l'empreinte du collier que Stefan m'avait offert contre ma peau, je l'arrachais violemment, sans verveine, sans défense, mais cela m'importait peu. Damon l'attrapa avant que je ne le jette par la fenêtre, et je secouais la tête, un sourire terrifiant accroché aux lèvres, les yeux sur la route sinueuse qui ne me menait nulle part.
-Je te le confie, fis-je et il le mit dans la poche de sa veste avec dégoût. Je ne veux plus que tu prononces le nom de ton frère dans cette voiture, ou je te jette sur la bas coté, et j'en suis tout à fait capable, vampire ou pas.
-Je n'en doute pas Elena mais nous devrions pouvoir trouver une solution.
-C'est elle ou moi. Et je compte fuir toute ma vie, je ne vais pas l'affronter à la loyale et ouvrir les bras à son poignard.
-Je suis là, et nous pouvons aller voir Bonnie et…
-Bonnie ! M'exclamais-je en souriant toujours. Mon amie…Celle qui m'a trahie, et que j'ai trahie en prenant votre partie ? Celle-ci ? Et que devrais-je lui dire ? « Bonnie, je t'en prie aide moi, mon double maléfique veut mettre un terme à ma vie pour récupérer son âme.» Et qui me dit qu'en la tuant, je ne mourrais pas ?
-Je ne sais pas…C'est la première fois que j'entends cela, et c'est peut être un mensonge. Katherine arrive toujours à ses fins, qu'elle prenne un chemin détourné ou qu'elle y aille franchement. Je ne sais pas quoi te dire…
-Ne dis rien…J'apprécie ce silence. Avec toi, fis-je et il baissa la tête.
Je m'arrêtais à la dernière station essence qui siégeait avant l'autoroute, et la voûte étoilée s'étendait au dessus de nos têtes, c'était une étonnante finalité des flammes, du sang, et cette bataille qui s'engageait pour une âme que j'avais toujours cru mienne, et je ne pensais à personne, dans cette égoïste démarche j'avais oublié l'homme qui se mourrait à l'hôpital, ce frère que j'avais abandonné sur un perron, et Stefan qui avait failli…
Trahison.
