Oh memories, where'd you go? You were all I've ever known. *
C'était une jolie femme.
Ses petites jambes portaient un corps fin mais qui, néanmoins, dessinait de belles formes. Lui, quand il la regardait, il se surprenait à aimer ses cheveux blonds, longs qui tombaient en cascade sur ses épaules menues et qui avaient l'habitude de sentir l'abricot quand elle les agitait sous son nez ainsi que son sourire, ses dents blanches et régulières. Il adorait voir ses yeux se plisser sous l'effet de son rire si mélodieux. Ses yeux étaient vifs et reflétaient sa douceur. Elle semblait parfaite.
D'une nature calme, elle avait cette étrange capacité de le comprendre. Elle avait appris à ne jamais poser les mauvaises questions. Elle se préoccupait de son bonheur, mais elle savait mordre sa lèvre rose quand une centaine de questions se bousculaient dans sa tête. Elle avait très vite compris qu'il était une personne renfermée et certainement bouffée par une bonne dose de secrets. Alors, quand elle le voyait triste – le regard perdu dans le vide, le visage lourdement posé dans le creux de sa main -, elle se contentait de lui sourire, effleurer sa joue de ses doigts et lui susurrer quelques mots à l'oreille. Parfois, elle le regardait étrangement, déboutonnait sa chemise et il venait embrasser sa poitrine pleine en soupirant.
Dans le fond, elle ne demandait pas grand-chose. Du haut de sa trentaine, elle n'envisageait pas spécialement le mariage, ni les enfants – plus tard, disait-elle. Juste une relation sérieuse, sans complications, ni obligations. Pourtant, quand elle le regardait, elle espérait tellement plus.
Elle l'observa sans un mot pendant qu'il enfilait un haut à rayures.
Elle le trouvait si beau avec sa peau hâlée malgré la constante grisaille londonienne, ses fines lèvres, ses cheveux blonds et ses yeux clairs.
« Tu peux rester si tu veux. » proposa-t-elle doucement. Ils venaient de faire l'amour, et elle, elle n'osait jamais parler après, de peur de tout briser, de le perdre, comme si elle voulait retenir son corps chaud toujours un peu plus longtemps contre le sien. Elle roula, nue, dans les draps et leva les yeux vers lui. « John ? » « Mary, j'ai des centaines de choses à faire. » « Rien qui ne puisse attendre ? » Il secoua la tête, s'observant en silence dans le miroir, le regard perdu et l'air contrarié. Elle enfila une robe de chambre et sortit du lit.
« Tu ne crois pas que l'on pourrait enfin vivre ensemble ? Tu ne veux pas de ça ? »
Oui. Non. Pourquoi pas, je ne sais pas, non, je ne veux pas de toi, pas maintenant.
« Ecoute, Mary, je ne suis pas sûre que ça soit le – » « Ce n'est jamais le moment. » bougonna-t-elle, déçue. Elle soupira puis releva enfin les yeux son reflet. Elle vint s'approcher de lui afin de glisser ses doigts dans ses cheveux blonds. Elle plaqua un baiser sur sa joue et lui souffla un « je t'aime » à l'oreille. A travers le miroir dans lequel il se regardait, il dévia son regard sur ses cheveux en bataille et ses lèvres. Il l'observa longuement, sans répondre, presque troublé. Il sourit faiblement et embrassa avec rapidité sa bouche.
Nouveau soupir. Nouvelles questions.
Mais elle ne dit rien de plus, elle se contenta de mordre sa lèvre à sang. Ce n'était définitivement pas le moment. Elle l'inspecta du regard pendant qu'il enfilait ses chaussures, puis, finalement, continua : « John, il y a de la place pour deux, on pourrait peut-être penser à notre avenir… Tu devrais vendre ta vieille chambre, à Baker Street, non ? » Elle le vit tressaillir et elle observa les tremblements de ses doigts, sans la regarder, il dit : « Non, je – écoute, je dois vraiment partir. »
Elle se recoucha dans son lit, puis, elle l'entendit revenir.
Il se pencha, l'embrassa et quitta l'appartement avant d'arrêter un taxi.
« 221 Baker Street, s'il vous plait. »
Un souffle, un battement de cœur raté, des tremblements.
Il détestait cet endroit tant il l'adorait.
Il observait la vie londonienne qui défilait sous ses yeux fatigués. Fatigués par la peur, la tristesse, l'attente, l'amour et la haine. Mais surtout, fatigués de pleurer sa misérable vie et son absence. Il observait la vie londonienne qui s'échappait, qui se floutait, qui disparaissait.
Son regard suivait le chemin qu'il avait fini par apprendre par cœur au fil des jours, des trajets. Il soupira. Le ciel était gris, et lui, il avait le cœur morose. Alors que deux ans plus tôt, il aurait apprécié ce long trajet silencieux et réconfortant, assis à côté de lui, maintenant, il se sentait étouffé dans ce taxi. Tout avait disparu : les couleurs, il ne les voyait plus, les saveurs, il ne les distinguait plus. Il revoyait le monde tel qu'il l'avait quitté pour l'Afghanistan : sans intérêt, triste et sans couleurs. Puis, il n'avait plus aucun cœur, ni espoirs. Il était détruit.
« Es-tu sûr, mon garçon ? »
Le timbre de voix si douceâtre de la vieille dame résonna dans le creux des oreilles de John. Il soupira, en haussant les épaules, le visage enfoui dans ses mains. « Oui. » marmonna-t-il, tiraillé entre l'incertitude et la conviction que c'était la meilleure chose à faire. En relevant la tête, il croisa son regard compatissant, il dit : « Je dois le faire. Je ne peux pas payer deux loyers. » « Mon grand, compte tenu de la situation, je – » « Non ! Mrs. Hudson… Presque un an que vous m'offrez le loyer, ça ne peut plus durer, il faut que je me relève et tourne enfin la page. Puis, Mycroft ne sera pas là, éternellement pour subvenir à mes besoins, je lui ai coupé l'accès à mes comptes la semaine dernière. » expliqua le docteur. Au fond, il savait que c'était inutile. L'homme était le gouvernement britannique à lui seul, il arrivera toujours à lui verser cette jolie somme chaque mois.
Elle sourit légèrement et fit un geste de la main, l'air de dire qu'il avait, malgré tout, son approbation. « C'est ça ou je pars de Baker Street. » Il frissonna. « Mais je n'arrive pas à quitter cet endroit. » Elle hocha la tête pendant qu'elle l'observait en silence. Il sourit quand son regard vacilla à travers la pièce, nostalgique. « Je vais déménager mes affaires dans sa chambre dans la semaine. » Son regard se posa un instant sur le vieux fauteuil de cuir, abîmé, puis, il continua : « Je vais m'occuper de l'annonce le plus tôt possible, je ne pense pas que nous aurons besoin de plus. » « Dis-moi si je peux t'aider, malgré ma hanche, je peux porter quelques petites choses. »
Il secoua la tête. Il ressentait le violent besoin d'être seul, comme pour ranger les restes de son deuil dans quelques cartons. « Je vais trier mes affaires, ainsi que les siennes… Une fois pour toute. » Elle souffla un vague « d'accord » alors que son regard suivait celui du blond, jusqu'au fauteuil désormais vide. Elle approcha la tasse encore chaude à ses lèvres. John soupira de nouveau, puis il observa ses fines mains parsemées de veines violettes et vieillies par le temps.
« Déjà un an. » dit-il en portant un toast au ciel.
Bonsoir ! C'est sous une chaleur abominable que je vous présente mon second chapitre pour fêter la fin de ma semaine de bac.
Alors oui, il ne se passe pas grand chose dans ce chapitre mais j'en ai besoin pour démarrer l'histoire, poser le décor ainsi que les personnages, soyez patients ! N'ayez pas peur, mon histoire ne va pas se focaliser sur la relation, trop hétérosexuelle, de John et Mary.
En bref, merci à ceux qui ont pris le temps de reviewer le prologue - je vous répondrais vite, promis - et aux autres qui ont eu la curiosité de lire (je vous vois dans les stats, je vous vois !). Merci.
p.s : soyez attentifs aux détails.
* Memories, Panic! At The Disco.
