Norah avait eu dix ans. Sa dernière année d'école primaire touchait à son terme. Chaque jour était identique, depuis le 1er janvier d'il y a cinq ans . Chaque matin le soleil se levait sur l'immeuble en brique blanche et sur le grand manoir qui dominait le paysage campagnard à ses côtés. Les journées passaient, interminable pour Mrs Knightley, malgré que le temps avait commencé à effacer ses profondes blessures.


Ce matin-là, la fillette se réveilla aux alentours de neuf heures. C'était son dernier jour d'école, aujourd'hui, et sa mère tenait à ce qu'elle y aille. Doucement, Norah sortit de son lit, puis de sa chambre, et alla saluer sa mère qui s'occupait de préparer des œufs brouillés, et ensuite son frère, qui était à présent âgé de cinq ans. Elyjah Knightley était une véritable boule d'énergie, et n'arrêtait pas de sauter et crier partout. Il avait des cheveux châtain, et quelques taches de rousseur, mais pas autant que sa sœur aînée, dont les joues et le nez était couvert de tâches.

- Ely', calme toi mon cœur, s'il te plaît, répéta Mrs Knightley, pour la troisième fois ce matin.

Le petit garçon en guise de réponse, leva les bras et se jeta sur le canapé en riant. Norah l'enlaça rapidement, avant de se tourner vers sa mère.

- Je peux t'aider ?

- Bien-sûr, viens m'aider à mettre la table.

Depuis la disparition du père de Norah, cette dernière, qui avait compris que sa mère ne pourrait pas tout faire toute seule, avait commencé à l'aider au niveau de la cuisine et du ménage. Elle espérait tout faire pour qu'elle se sente mieux, et libérée d'un poids.

Ellie avait beaucoup pris sur elle depuis ces cinq années. Elle avait finalement réussi à trouver un job, en tant qu'agent d'entretien, et s'était dit qu'elle ne pouvait pas s'accabler sur son sort toute sa vie. Surtout qu'Elyjah, lui, été trop jeune pour comprendre, et que, même si le manque du père se faisait ressentir, Ellie et Norah devait faire comme si tout était normal, pour ne pas le brusquer. La fillette aux cheveux clairs alla mettre la table, comme par automatisme. Souvent, elle endossait le rôle du père auprès de son petit frère. Protectrice, attentionnée, elle était présente pour lui, car elle savait qu'il n'avait plus qu'elle et sa mère.

A peine fut elle installée à table pour commencer son petit déjeuner, que quelqu'un sonna à l'interphone. Ellie qui n'était pas encore attablée, alla ouvrir, et quelques minutes plus tard, une fillette aux cheveux bruns et aux yeux d'un bleu océan était dans l'appartement. Abigail venait d'avoir onze ans, et était une des plus jolies fillettes de son village. Grande, fine, elle portait toujours des vêtements à dentelles, et paraissait se tenir comme une princesse. En même temps, elle avait reçu l'éducation adéquate : ses parents richissimes habitaient dans le manoir d'à côté, avec le grand frère d'Abigail.

La fillette était déjà coiffée, ses jolies bouclettes décorées d'un joli nœud bleu en satin, pour rappeler le bleu profond de ses yeux. Elle regarda longuement Norah, avant de froncer le visage, et de mettre ses mains sur ses hanches, une habitude chez elle.

- No'.. Pourquoi tu es encore en pyjama ?
Cette dernière leva ses yeux rosés vers son amie, la bouche pleine de bacon. En guise de réponse, elle haussa les épaules, et continua de manger, s'en fichant de l'air supérieur qu'Abigail avait pris.

- Abigail, tu veux manger quelque chose ? Demanda Ellie à l'adresse de la petite fille

- Non merci, Ellie, refusa poliment cette dernière. Je pense qu'on devrait se dépêcher, ce serait dommage d'arriver en retard le dernier jour.

Ellie lui fit un sourire, avant de lui tapoter la tête avec douceur. Elle s'approcha de Norah, et posa une de ses fines mains sur son épaule.

- Dépêche toi. Tu as entendu ton amie ?

Un grognement échappa des lèvres de Norah, et elle finit par se lever. Après être passée rapidement à la salle de bain, et après avoir revêtu son uniforme scolaire, composé d'une blouse bleu clair, d'une jupe plissé grise, et s'être attaché ses longs cheveux châtain, elle se mit en route avec son amie, pas spécialement satisfaite.

L'école avait préparé une kermesse, en l'occasion de ce dernier jour avant les vacances, et Norah, contrairement à Abigail, n'était vraiment pas enthousiaste à cette idée. Elle n'était déjà pas à l'aise avec l'ambiance « école », et ce jour spécial n'était, qu'à ses yeux, une perte de temps.

Les fillettes étaient sur la route pour aller à leurs école. Abigail, comme à son habitude, affichait son sourire resplendissait. Elle était contente de pouvoir passer cette dernière journée avec son amie de toujours. Norah, quand à elle, était toujours perdue dans ses pensées sans queue ni tête, et son regard semblait perdu le long de la rue, les sourcils froncés.

- Norah.. Tu sais où tu vas aller, l'année prochaine ?

- Au collège de banlieue, répondit la jeune fille aux cheveux poudrés, normal, non ?

Elle leva la tête vers son amie, comme si elle attendait une réponse. La mère de Norah était incapable de payer une grande école, ou quoique ce soit, et la jeune fille devait se contenter d'une scolarité simple, dans une école moyenne.

- Je vois, soupira Abigail, légèrement déçue

-Et toi ?

Abigail s'arrêta. En effet, elle savait où elle allait se retrouver l'année prochaine, mais ne pouvait pas le dire à son amie. Ses parents l'avaient mise en garde à propos de ça. Norah ne devait pas connaître sa véritable identité, selon les souhaits de sa mère.

- Une école, en Écosse. J'y serais en internat, et je reviendrais uniquement pour les vacances, finit-elle par dire, tout en recommençant à avancer.

Son interlocutrice acquiesça, comme si cela était normal, qu'elle le savait. Elle s'y attendait, visiblement. Pourquoi Abigail se serait empêché une scolarité d'exception pour elle ?
- Ouais , je vois. Dans la même école que ton frère , non ?

- C'est ça.

Abigail esquissa un faible sourire, cela la rendait malade de savoir qu'elle allait devoir se séparer de son amie, avec qui elle passait tout son temps depuis leurs naissances.

- Pas d'bol. Il est chiant, déclara Norah, désinvolte

La brunette ne répondit pas, sachant très bien que son grand frère et elle ne pouvait pas se blairer. Aaron ne supportait pas les manières de Norah, à toujours être blasée et désagréable, pour qu'on s'apitoie sur son sort, et Norah ne supportait pas que Aaron lui reprochait tout cela alors qu'il n'était qu'un enfant gâté pourri, qui, selon elle, n'avait jamais rien connu dans sa vie.

La fillette avait toujours voulu faire quelque chose de spécial, et avait beaucoup d'ambition. Cependant, son contexte familial l'empêchait, ne serait-ce que d'oser penser faire de grandes études. Alors, elle se contentait d'aider sa mère comme elle pouvait. Mais Norah s'était promise d'essayer de gagner un peu d'argent lors des prochaines vacances, quand elle serait rentrée au collège. Elle avait atteint un bon niveau en violon, et se disait qu'elle pouvait sûrement faire part de ses talents dans des galas, ou autres.


Les deux amies se rapprochèrent de l'école, où l'ambiance était à la rigolade et à l'amusement. La température s'était réchauffée, et même l'uniforme semblait moins morose qu'habituellement. D'excitation, Abigail tapa dans ses mains , tandis que, à ses côtés, Norah la suivait, en laissant son regard parcourir la cour qui était décorée pour l'occasion. Entre pêche au canards, tombola, jeux de boules à lancer, l'école ne ressemblait plus du tout à une école ordinaire.

- Oh mon dieu, je veux tout faire, s'exclama Abigail, enthousiaste, regarde ! On peut même gagner des choses !

Norah regarda les différents lots, qu'elle jugea comme des bricoles : des jouets en plastique, des kits élastiques et barrettes, des petites voitures, ou des « pâtes à prout ». Rien de bien utile, en somme. La fillette se demandait pourquoi elle perdait son temps ici, alors qu'elle était à peine arrivée.

L'enseignante des jeunes filles les attendaient devant leurs classes, avec les autres élèves. C'était une femme d'une trentaine d'année, aux cheveux blonds toujours attaché en chignon d'où s'échappait quelques mèches rebelles. C'était une très belle femme, très compréhensive, malgré qu'elle fut un peu strict. L'enseignante, qui se nommait Mrs Forester, appréciait beaucoup les deux fillettes, mais avait tendance à les séparer en cours, car elles étaient incapable de se concentrer à deux.

- Ah, enfin vous voilà ! Dit Mrs Forester, sous un ton faussement sévère

Les autres élèves se retournèrent pour voir les deux amies, puis, comme à leurs habitude, se remit à les ignorer. Trois garçons un peu simplet, et d'apparence graisseuse se chuchotèrent des choses en regardant Norah, qui avait toujours cette expression méchante sur le visage. Mrs Forester tapa dans ses mains pour avoir l'attention de ses élèves :

- Bien, vous tous. Vous avez toute la journée de libre. Ce midi, nous mangeons des frites et des burger (son sourire s'élargit en voyant l'intérêt que les enfants lui portaient ). La journée termine à quinze heures. J'ai été très heureuse de passer cette journée avec vous, et j'espère vous revoir un jour.

Elle semblait émue de devoir se séparer de cette classe, parfois turbulente. Norah se demandait si elle faisait le même discours à chaque fois, mais la laissa parler.

- Vous êtes des personnes brillantes, vous êtes destinés à faire de grandes choses, j'en suis certaine. N'hésitez pas à reprendre contact avec moi, quand vous voulez, je serais ravie de discuter avec vous et de votre parcours. Et sur ces mots.. bonne journée !

Les élèves la remercièrent en cœur, puis partirent dans tout les sens, hâte de pouvoir profiter de cette journée de détente et de divertissement. Abigail s'apprêtait à partir vers un des stands, mais Norah lui attrapa le poignet.

- Tu voudrais pas qu'on aille.. ailleurs ? Quelque part de plus calme ?

La brunette la regarda longuement, elle connaissait son amie, et savait qu'elle supportait moyennement les endroits fréquentés et bruyant. En plus, contrairement à elle, elle n'aimait pas être au centre de l'attention.

- Comme tu veux, No'.. répondit-elle, déçue de ne pas pouvoir s'amuser comme les autres

Abigail était la petite favorite de l'école. Belle, intelligente, studieuse, tout le monde l'admirait et l'aimait. Elle était un parfait modèle, personne ne semblait la détester, et tout le monde l'écoutait toujours. Elle avait d'ailleurs été élue déléguée tout le long de sa scolarité. C'était quelqu'un d'investi, de courageux, d'appliqué, et surtout de sociable. Tout le contraire de Norah, qui était plutôt introverti. Elle n'était pas méchante, mais elle jugeait les gens de son âge comme stupide, et parfois, ses mots dépassaient sa pensée. La fillette avait grandi beaucoup trop vite, et parfois oubliait qu'à, à peine dix ans, elle devait s'amuser, et justement être « stupide ».

Les deux filles se dirigèrent vers un escalier à l'extérieur, qui menait à un palier, qui lui même donnait sur quelques salles de classe. Abigail alla regarder les gens qui s'amusaient du haut de l'étage, tandis que Norah alla s'asseoir sur les marches, accaparée par ses pensées. La brune soupira bruyamment, et passa sa main dans ses boucles anglaises, qui ondulés comme ça naturellement.

- Norah.. murmura Abigail, je vais te manquer ?

Cette dernière leva la tête vers son amie, et arqua un sourcil, presque par habitude.

- Arrête de faire cette tête, No'. J'aime pas.

Norah essaya de reprendre sa tête neutre, et lâcha un soupir.

- Évidemment que tu vas me manquer. Je vais m'ennuyer sans toi.

Elle lui adressa un faible sourire, qui n'était réservé qu'à son amie d'enfance. Abigail fit une mine boudeuse, mais ne put s'empêcher de se retenir de sourire. Elle se précipita sur Norah et la serra dans ses bras, contente qu'elle soit un peu sincère envers elle. La fillette aux cheveux beige se laissa faire, ce petit sourire toujours dessiné aux coins de ses lèvres.

Des rires se firent entendre dans l'escalier, et des pas précipités s'approchèrent de leurs cachette de fortune. Abigail se redressa brusquement, en même temps que son acolyte, presque par réflexe. Les trois garçons grassouillets de la classe des deux jeunes filles arrivèrent, et se mirent devant elles, près de la rambarde, sans les remarquer. Ils avaient volés quelques bricoles, et se montrait avec enthousiasme leurs trouvailles.

- Regarde ce que j'ai réussi à choper, Josh ! S'exclama le premier garçon grassouillet, avec des petits yeux porcins.

Le dénommé Josh acquiesça vivement, un sourire débile sur le visage, avant de sortir une petite voiture télécommandé.

- Tss, j'ai réussi à prendre ça, moi !

Le dernier garçon, le plus gras des trois, fixa longuement la voiture avant de lever la tête vers son compagnon, son visage bouffi parsemé de plaque rouge du à la chaleur.

- Mais, Josh.. sans la télécommande, ça sert à rien.

- Tais-toi,Clayton.

C'est à ce moment là, que le premier garçon tourna la tête et aperçu les deux jeunes filles. Un sourire s'étira sur ses lèvres fines et graisseuse.

- Hey, Abigail, on t'as apporté un truc.

Il s'approcha de la brunette et lui tendit un petit porte clé avec une peluche. La fillette le regarda longuement, avant d'arquer un sourcil et de soupirer.

- Je ne suis pas intéressée par ce que tu as volé, Sonny. Tu ferais mieux de le rendre.

Sonny replia sa main dodue sur le porte clé, et fronça légèrement son gros visage tout en laissant son regard se diriger vers l'autre petite fille.

- Alors, Norah, toujours dans la misère ? Ma mère a vu ta mère la dernière fois, elle avait un énorme trou dans son gilet, ah ah !

Lui et ses copains éclatèrent de rire. La fillette serra les poings, elle avait horreur qu'on lui parle comme cela. Si il avait vécu ne serait ce que le quart de ce qu'elle avait vécu, il serait incapable de dire ça. Abigail fronça le visage, prête à prendre la défense de sa camarade. Mais Norah ne bougeait pas, continuant de le fixer de ses yeux d'une couleur rosacé. Les garçons continuèrent de glousser, et l'un deux s'adossa contre la rambarde, sans quitter des yeux les deux jeunes filles.

Depuis son entrée en école primaire, Norah était la victime favorite. Elle ne parlait que très peu, et restait toujours dans son coin. De plus, son visage éternellement froncé et sa façon de parler amer et méchante n'arrangeait rien. Son monde ne se constituait pas de paillettes, de papillons et de princesses, contrairement aux autres petites filles de son âge. Et, en étant différente, elle ne se faisait pas accepter, malgré tout les efforts de son amie. Cependant, elle avait toujours eu une sorte de chance, et jamais, jamais elle n'était rentrée avec de trop gros dégâts physiques chez elle.

- En même temps, pas étonnant, continua Clayton sans cesser de rire, ton père t'as abandonné, toi et ta famille. Mon père m'a raconté qu'il vous as laissé plein de dettes impayables.

La fillette se redressa d'un coup, le visage plissé par la rage. S'il osait encore une fois parler de son père, elle lui en ferait voir de toute les couleurs.

- Il ne m'a pas abandonné, abruti, répliqua Norah, il est..

Les mots se perdirent dans sa gorge, elle n'arrivait toujours pas à en parler. Après tout, elle se souvenait avec exactitude du moment où elle avait appris sa mort. Ses ressentis, son appréhension, et ses images, qui ne cessaient de l'hanter encore maintenant. C'était comme si elle était là, avec lui, et qu'elle avait vécu aussi cet accident. Abigail la fixa, une lueur d'inquiétude dans ses yeux bleus.

- Norah..

La gorge de la jeune fille était serrée, et elle baissa la tête, incapable de dire quoi que ce soit de plus.

- T'es trop ridicule, tu vas aller pleurer à ta môman ? Renchérit Sonny, fier de l'effet qu'il faisait sur sa camarade de classe

Cette dernière redressa la tête, et lui fit face. Elle serra si fort ses poings, qu'elle sentit son bras se propulser en avant, et atterrir tout droit dans la mâchoire de ce dernier, qui tituba sous le choc.

- Ose encore une fois me critiquer, ou dire quelque chose sur ma famille, et je te promets que je te met la tête dans le mur, menaça Norah, d'une voix forte.

Mais la situation était risible. En effet, la fillette, au milieu de ces trois grands garçons forts, ressemblait à une brindille, cassable à tout instant. Abigail s'était redressée, prête à prendre sa défense si jamais ça dégénérait, même si elle n'aimait pas se battre. Josh et Clayton attrapèrent les bras fins de Norah pour l'immobiliser, tandis que Sonny restait accroché à la rambarde, mettant une distance de sécurité entre eux deux. Ses petits yeux porcins ne cessait de fixer la fillette, un petit sourire étiré sur ses lèvres.

- Sonny, je te promet, si tu fais quoique ce soit à Norah, je vais tout de suite avertir Mrs Forester ! S'exclama Abigail, impuissante face à la situation

Norah essaya de se débattre longuement, mais les deux garçons étaient trop fort pour elle. Sonny continua de la fixer, comme s'il réfléchissait à ce qu'il allait lui faire, avant de faire un signe de tête à ses compères pour qu'il la lâche. Malgré ses airs de gros dur, il avait peur de l'autorité mature des adultes. Abigail attrapa le poignet de Norah, et se précipita vers un coin tranquille de la cour, en jetant un regard noir aux trois garçons qui ne cessaient de s'esclaffer.

- No', ça va ? Demanda Abigail, en regardant les poignets rougis de son amie

Mais la fillette ne répondit pas, et continuait de fixer le groupe de garçon qui s'étaient approché de la rambarde, lui lançant des insultes à distance. Norah ne souhaitait qu'une chose à ce moment là : qu'ils tombent de l'étage. Ses yeux en amande étaient rivés vers le petit muret en brique qui servait de protection pour empêcher qui que ce soit de tomber de ce palier. Elle sentit une grosse bourrasque de vent sur elle, faisant tomber une des poubelles derrière les deux amies. Ses yeux se plissèrent davantage, elle voulait qu'ils tombent, qu'ils se fassent mal.

Soudain, la rambarde explosa, dans un fracas assourdissant, comme par magie. Norah sursauta, en voyant deux des trois garçons tomber sur le sol comme des poupées de chiffons, en même temps que des débris de la rambarde. Elle baissa la tête, comme si elle était persuadé d'avoir fait ça, tandis que des élèves et des professeurs estomaqués s'approchaient des deux garçons agonisant sur le sol, qui avaient sûrement quelques membres cassés. Le dernier Josh, regardait la scène abasourdi, terrifié. Par chance, ils n'avaient fait qu'une chute de quelques mètres.

Abigail ne comprenait pas. Elle regarda longuement son amie, puis l'endroit où il y avait la rambarde en clignant plusieurs fois des yeux. Comment était-ce possible ?

Un énorme brouhaha se faisait entendre du milieu de la cour, là où Sonny et Clayton étaient tombés. Les professeurs faisaient reculer les élèves, tandis que certains regardaient l'emplacement de la rambarde, et essayaient de comprendre comment ça avait pu exploser comme cela, avec une expression ahurie.

L'ambulance ne tarda pas à arriver, accompagné des parents des deux enfants, certains inquiets, et d'autres très en colère contre la sécurité de l'école. Mais personne n'avait d'explications plausible à l'explosion mystérieuse de la rambarde.

L'administration de l'école, jaugeant que le lieu n'était peut-être plus sûr et devait être vérifié, renvoya tout les écoliers chez eux. L'ambiance joviale s'était très vite dégradée. Mrs Forester et les autres professeurs avaient donc pensé qu'il valait mieux mettre fin à la kermesse maintenant, en précisant bien aux enfants hébétés que leurs camarades n'avaient rien de grave.

Après un long trajet où elle n'avait fait que parler, Abigail salua son amie, dès qu'elles furent arrivés devant chez elles.

- Si jamais ça va pas, tu viens, d'accord ?

- Oui, oui, répondit Norah, sans grande envie, préferant rester seule.

La brunette la regarda rentrer dans son appartement, encore sous le choc de ce qu'il venait de se passer. Son amie de toujours n'avait pas pu faire cela, c'était impossible ? Elle décida de rentrer chez elle, pour en parler rapidement à sa mère, qui était surprise de la voir rentrer si tôt.


Norah, quand à elle, alla directement dans sa chambre. Son petit frère était à la maternelle, et sa mère travaillait. Elle se mit sur son lit, et regarda par la fenêtre totalement perdue. Pourquoi était-elle persuadée que c'était elle qui avait fait ça ? Ce n'était pas la première fois que des choses bizarres comme celle-ci lui arrivaient. La dernière fois, après s'être réveillée d'un de ses habituels cauchemars, elle s'était levé pour allumer toute les lumière de sa chambre. Mais en retournant dans son lit, toujours tendue et terrifiée, toutes ses ampoules avaient explosées en même temps.

Une autre fois, alors qu'elle était chez les Matthews, et qu'elle mourrait de soif, elle avait vu une petite bouteille d'eau rouler vers elle sur le plan de travail. Simple coïncidence, pensait-elle, encore maintenant.

Encore une autre fois, quand elle était toute petite, avant la mort de son père, elle se rappelait que son père avait essayé de l'habiller d'une robe rose saumon à froufrou, et que la robe, qu'elle trouvait hideuse, s'était mise à brûler dans les mains de son père. Il ne resta plus que le col.

Mais tout cela n'était que des coïncidences, une successions d'hasards, malgré que Norah n'avait jamais trouvé d'explications logique à tout cela.


Au soir, Mrs Knightley, Norah et Elyjah alla manger chez leurs amis. Norah ne mentionnait plus cette histoire, et malgré les regards insistants d'Abigail, elle n'en parla plus non plus. Aaron, qui avait presque treize ans, dévisageait les deux jeunes filles, en comprenant qu'il s'était passé quelque chose.

La soirée se déroula normalement, malgré les disputes d'Aaron et Norah, sur des sujets stupides et dépourvus de sens. Les deux gamins ne se supportaient pas,c'était un fait, et le jeune garçon ne tarda pas à retourner dans sa chambre, pour terminer ses devoirs de maison.

Bientôt les sujets dérivèrent vers les vacances qui approchaient à grands pas, et le projet des deux familles pour ces vacances. Toutes deux étaient d'accord pour se dire qu'elles allaient préparer l'entrée au collège d'Abigail et Norah avaient beaucoup d'attention.