CHAPITRE 2: PRINCESSE INSOLENTE:
« Princesse Heba ? Princesse Heba ?! »
Voilà plusieurs minutes que l'une des gouvernantes du palais courait après la petite fille maintenant âgé de 5 ans. Cette dernière avait tendance à être désobéissante. Elle prenait souvent la fuite et se cachait lorsqu'il était l'heure de ses leçons. Parcourant les remparts du château, la gouvernante aperçue les deux sœurs de la princesse, dans le petit jardin du château.
« Isis, Kisara, avez-vous vu votre sœur ?
- Non, nous ne l'avons pas vu. Répondit l'aînée.
- En plus, vous savez bien qu'elle ne joue jamais avec nous. Ajouta la cadette.
- Tu sais Kisara, toutes les filles ne sont pas obligées de jouer à la poupée.
- Mais elle, elle fait exprès de ne pas y jouer, en plus elle est tout le temps en train de se moquer de moi, c'est une vraie petite peste. Et puis regarde elle n'a aucun sens de l'ordre, ses affaires ne sont jamais rangées.
- Kisara, tu ne crois pas que tu es un peu dure avec elle ?
- Dure ?! Mais Isis, regarde comment sont ses poupées. Celle-ci a les cheveux coupés et elle n'a plus d'yeux. Celle-ci n'a même plus de jambes.
- Bon d'accord, c'est vrai, mais tu sais elle est curieuse, elle leur ouvre le ventre juste pour voir ce qu'il y a dedans.
- Mais les poupées sont faites pour être belles à l'extérieur. Au fait Isis est-ce que tu as terminé la robe en velours noir que je t'ai demandé de coudre ?
- Oui, tiens prends là. Mais c'est la dernière fois, tu dois apprendre à coudre toute seule.
- Je ne serai jamais aussi doué que toi. Merci Isis elle est vraiment très belle, ma nouvelle poupée va vraiment être sublime dans cette robe. »
La poupée en question se retrouva frappée par une pierre et tomba par terre.
« C'est à moi ! Cria une petite voix derrière les buissons.
- Non cette poupée est à nous, remet là à sa place. »
La petite Heba sortie des buissons en poussant de petits grognements comme si elle était un tigre. La fillette avait maintenant ses cheveux à la hauteur de ses épaules légèrement bouclés, ses mèches blondes formaient maintenant une frange qui encadrait parfaitement son visage de poupon. Ses yeux étaient toujours aussi expressifs et reflétaient la malice.
« Tu as entendu ce bruit ? On aurait dit une fronde.
- C'est normal, on est en guerre, vous n'êtes pas au courant ?
- Ça n'a rien à voir avec la guerre, c'est l'un de tes mauvais tours.
- Vous ne me croyez jamais parce que vous n'êtes que des poules mouillées.
- Et toi, tu n'es qu'une petite sotte, montre-moi donc tes mains !
- Qu'est-ce que tu crois, je n'ai rien, regarde. »
La petite fille montra ses mains une à une sa sœur les remettant dans son dos afin de tenir son lance-pierre qu'elle cachait derrière elle.
« Tu vois, je n'ai rien du tout. Vous êtes vraiment idiote. De toute façon, vous ne pourrez pas m'attraper ! »
Les deux plus grandes commencèrent à poursuivre leur petite sœur, seulement cette dernière a vite été attrapée par l'une des gouvernantes qui était à sa recherche.
« Enfin, je vous tiens. Oh, mais dites-moi, qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda l'éducatrice en pointant le lance-pierre dans les mains de la petite princesse.
- Je fais de la musique avec.
- Ah oui ? Et quel genre de musique ?
- Eh bien, c'est un peu comme de la flûte, regarde je vais te montrer.
- Non ce n'est pas vrai, elle met des cailloux dedans et elle tire sur nos poupées pour les casser.
- Heba, c'est vraiment mal de faire ça et juste le moment où le roi rentre du champ de bataille. »
Les Princesses furent conduites dans la salle du trône face à leur grand-père à qui on expliqua les dernières actions de la jeune princesse, avec le lance-pierre.
« Qui t'a donné ceci ?
- Personne. Je l'ai fabriqué moi-même.
- Tu as fabriqué cette chose tout seule ?!
- Oui, vous savez, ce n'est pas très dur. Vous pouvez le garder, je pense que je n'aurais aucun mal à m'en refaire un autre Sir.
- Heba, est-ce que c'est une façon de parler à son grand-père ?
- Non. Mais ce n'est pas non plus une manière de traité ses petites-filles, en les harcelant sans raison et de tout le temps les faire pleurer comme Kisara.
- HEBA ! Attention, ne dis plus un mot ou sinon...
- Oui, je sais, couic (plus de tête).
- Tu vas t'excuser. À genoux tout de suite, et demande-moi pardon. »
La fillette se mit à genoux en fusillant son aïeul du regard.
« Alors, aurais-tu perdu la langue ? Tu refuses de parler insolente ?!
- Vous venez de dire « plus un mot » Sir.
- Petite peste ! Qu'on l'emmène dans le puits ! »
Deux soldats s'emparèrent donc de la jeune princesse, pour la conduire au puits dans la cour du château.
« Vous savez, je n'ai pas peur d'aller dans le puits.
- Nous sommes heureux de l'entendre Princesse. » Répondit l'un des gardes.
Il est vrai que les gardes étaient plutôt surpris, que la petite ne se débatte pas pour s'enfuir. Ils étaient toutefois soulagés qu'elle ne soit pas effrayée. Ils n'aimaient guère que la princesse souffre ou soit puni, même par le roi. Une fois arrivés dans la cour, ils posèrent la fillette au sol en lui demandant de ne point bouger, le temps qu'ils ouvrent le puits. Une fois celui-ci ouvert, ils placèrent la princesse dans un seau, et là descendirent au fond du puits.
« Vous savez, vous pouvez lâcher la corde, je ne veux pas de traitement de faveur, je vous l'ai dit, je n'ai pas peur.
- C'est nous qui avons peur de vous blesser Princesse. »
Une fois arrivé en bas, Heba sortit du seau et commença à explorer sa nouvelle « demeure ». Elle ne s'est pas rendu compte que le seau était remonté tellement elle était fasciné par les lieux, elle ne l'a trouvé en rien effrayant. Elle vit une petite souris blanche s'approcher, elle se baissa afin de permettre au petit animal de monter dans ses mains.
« Bonjour petite souris, je crois que nous allons devenir de bonnes amies toi et moi. »
Plus tard dans la nuit, Isis et Kisara traversèrent en silence les couloirs du château pour se rendre dans la cour, pour voir comment se portait leur petite sœur.
« Heba, c'est moi Kisara, est-ce que tu m'entends ?
- Je suis là moi aussi, c'est Isis. On est venu t'apporter à manger.
- Chut ! Arrêter de faire du bruit les filles, mes amies dorment. »
Entre ses jambes croisées, sur sa robe, se trouvait deux petites souris, une brune et une blanche, elles respiraient tout doucement en poussant des petits couinements dans leur sommeil.
« Ahhh ! Isis regarde, ce sont des souris !
- Et alors, elles sont au fond du puits, elle ne risque pas de te manger, allez donnes-moi le sac.
- Heba ? Tu dois me promettre de ne plus jamais casser mes poupées, jure-le moi !
- Tu n'as pas honte Kisara, c'est mal de profiter de la situation.
- Oui, je sais, mais on n'aura plus jamais une telle occasion Isis. Heba, fais attention, on descend le seau.
- On est d'accord que cette nourriture est pour toi, ce n'est pas pour les souris.
- Ça va, tu n'as pas froid en bas ?
- Heba, approche-toi un peu qu'on puisse te voir.
- Tu as trouvé le sac ? Aller Heba répond nous ! Tu fais encore ta tête de mule... Bon écoute, on essaiera de t'apporter à manger, chaque fois que nous le pourrons, mais seulement à la condition que tu sois sage.
- Oui, il faut que tu sois plus gentille avec le roi, notre grand-père, pour lui montrer que tu l'aimes et que tu es digne de lui.
- Tu vas devoir donner ta parole que dorénavant, tu seras sage.
- Oui, et que tu sois un peu plus obéissante, même avec nous.
- Et bien à condition, que vous ne soyez pas toujours sur mon dos à me faire des réprimandes. Et que notre grand-père arrête de nous parler si durement en faisant sa grosse voix. Nous sommes ses petites-filles après tout, pas ses soldats. Il fait toujours la guerre même quand il est à la maison, ça devient agaçant, il pourrait nous montrer davantage qu'il nous aime lui aussi. »
Du haut d'un des balcons, le roi Salomon observait la scène en silence. Il avait été réveillé par la discussion entre les sœurs. Il reconnaissait que sa petite fille avait raison, quand il rentrait de la guerre, son esprit était toujours sur le champ de bataille, et parfois, il pouvait se montrer insensible avec ses petites filles. Il se promet qu'il essaierait d'être un peu plus compatissant, tant qu'elle resterait obéissante. Mais avec Heba ça risquait d'être compliqué.
15 ans plus tard :
Heba était maintenant devenu une belle jeune femme, ses cheveux tombaient en cascade dans le creux de ses reins et formaient de magnifique boucles brune parsemé de pourpres, sa fine frange blonde encadrait toujours parfaitement son visage. Ses longs cils soulignaient davantage ses yeux, les rendant d'autant plus envoûtant qu'ils ne l'étaient auparavant. La Princesse allait une nouvelle fois sortir de son puits avec l'obligation de prêter un serment d'obéissance. À chaque fois qu'elle était envoyée dans le puits pour son comportement rebelle et arrogant une nouvelle clause était rajoutée au serment. Elle grimpa dans le seau pour que les gardes puissent la remonter, seulement, elle ne pouvait plus s'y asseoir comme quand elle était petite fille. Alors elle s'accrocha davantage à la corde pour ne pas tomber. Elle entendit la petite souris blanche couiner dans son coin, vraisemblablement chagriné par le départ de son amie.
« Ne sois pas triste, je vais bientôt revenir, et plus vite que tu ne le penses.
- Vous êtes prête Princesse ?
- Oui, allez-y.
- Je n'abîmerais plus les affaires de mes sœurs dites "je le promets".
- Je le promets.
- Vous promettez de considérer votre Grand-père comme un être juste et de race supérieure.
- Je le promets.
- Promettez-vous de ne plus prononcer de paroles désobligeantes envers vos gouvernantes ainsi que vos sœurs.
- Promis
- Promettez de tenir un peu plus de modération dans votre comportement.
- Promis.
- De ne jamais marcher trop vite ni trop lentement.
- Promis.
- Promettez de baisser la tête en signe de soumission lorsqu'un homme vous adressera la parole.
- Promis.
...
- Vous promettez d'abandonner, toutes activités liées aux armes, tels que le tir à l'arc le combat à l'épée exclusivement réservé aux hommes.
- Promis.
- Vous Promettez de vous consacrer aux tâches relatives à votre condition de femme telle que la couture la cuisine et l'éducation des mâles de la famille.
- Promis.
- Promettez maintenant un silence total, et ne point parler avant que l'on vous en donne la permission.
- Promis.
- C'est parfait ! Et maintenant voici votre dernier engagement.
- Lequel ?
- Vous renoncerez à apprendre à lire et à écrire.
- Non, ça, c'est impossible ! C'est bien la chose à laquelle je ne me soumettrai jamais. Et puis c'est trop tard, j'ai déjà appris à lire et écrire.
Heba était maintenant sorti de son puits et ses deux sœurs l'attendaient, comme à chaque fois.
« Dans ce cas, il va falloir que tu oublies.
- Mais Kisara, c'est absurde, comment peut-on oublier ce que l'on sait déjà ? Et d'ailleurs pourquoi une femme n'aurait-elle pas le droit de savoir lire et écrire ?
- Parce que c'est mal, une femme ne doit en aucun cas pouvoir dominer son époux.
- Mais Isis, je n'ai aucunement l'intention de me marier.
- Heba, fait attention à ce que tu dis, si le roi t'entendait, il te renverrait tout de suite dans ton puits.
- Tout ce que je demande, c'est un autre livre, j'ai terminé celui-ci. Et si j'ai un serment à faire, c'est bien de ne jamais le relire. C'est une pompeuse et ennuyante histoire d'amour, ce n'est pas du tout mon genre. Je préfère les récits de guerre, de champs de bataille, de chevalerie de combat d'épée. J'ai horreur de ses princes qui s'aplatissent devant leur dulcinée pour leur promettre un amour éternel.
- Tu crois vraiment que l'on raconte tout ça dans les livres Isis ? Oh, si seulement je savais lire moi aussi. »
Les trois jeunes femmes se rendirent dans la salle du trône afin de saluer leur grand-père qui avait apparemment une nouvelle les concernant. En se rapprochant du Roi, Kisara se sentit fébrile et commença à sangloter. Heba le remarqua et tenta d'aider sa sœur à se ressaisir.
« Allons Kisara, retiens-toi de pleurer, cela le réjouit de te voir ainsi, tu ne t'en pas encore aperçu ? »
Une fois face au roi les trois princesses s'inclinèrent en signe de respect et d'obéissance envers leur souverain. Du coin de l'œil, Heba remarqua que la révérence de ses deux aînées était plus prononcée que la sienne, elle s'ajusta afin de se mettre à leur niveau.
« Vous pouvez vous relever mes enfants, je vous y autorise.
- Je n'y arrive pas Heba, c'est plus fort que moi ; chuchota la cadette.
- Chut, tais-toi.
- Kisara ! Tes gouvernantes, ne t'ont-elles point apprit que tu n'avais pas le droit de parler, sans ma permission ?
- Kisara n'est pas en faute Majesté, intervint Heba pour défendre sa sœur.
- Ah non ?
- Non, c'est moi qui lui ai parlé.
- Vraiment ? Et qu'avais-tu à lui dire de si intéressant ?
- Je lui ai simplement dit qu'elle n'avait aucune raison de pleurer, et qu'elle était bien trop sensible.
- C'est une chose que l'on pourrait difficilement dire de toi Heba. Isis, mon enfant, s'il te plaît pourrais-tu rafraîchir la mémoire de tes jeunes sœurs sur les devoirs de la femme.
- Certainement Grand-père. La Femme, est de nature inférieure à l'homme, par son mental, son état d'esprit et son physique.
- Excellent, continue chère enfant.
- Foutaise...
- La Femme doit accepter sa position d'infériorité, et a le devoir promettre au maître, respect et obéissance pour le remercier de lui apporter sa protection.
- Foutaise !
- Heba ! Qui t'a permis d'interrompre ta sœur ?!
- Je l'ai interrompu Sir, parce qu'elle se trompe totalement. J'ai récemment lu un livre dans lequel on raconte...
- Pardon ?! Tu as lu ?! Qui t'a donc donné la permission de lire ? Apprends à être une Femme et rien d'autre ! »
Contrarié par les paroles de son Grand-père, Heba tourna les talons, et se dirigea d'un pas décidé vers la sortie.
« Jeune Femme insolente, où vas-tu ?
- Je retourne dans mon puits, cela vous évitera bien de m'y renvoyer. Je préfère largement la compagnie des souris. »
Elle fut vite stoppée par les gardes devant la porte de la salle du trône qui bloquèrent son passage avec leurs lances.
« Ramenez-la ! Crois-tu qu'après avoir combattu des mois durant, il soit agréable pour moi de devoir encore à ton âge, te reprendre pour ton comportement ?!
- Hélas, c'est ma nature Majesté.
- Et bien ma chère Heba, nous allons la changer. Et je sais qui saura la mater. Je vous ai avant tout fait venir, afin de vous dire, que j'ai récemment, reçus trois demandes en mariage venant des princes d'Asabel, pour mes trois petites-filles adorée. Trois jeunes princes braves et de bonne famille. Vous savez j'ai atteint un âge où il devient de plus en plus difficile pour moi de mener nos soldats au combat, j'ai donc décidé de confier le commandement de nos régiments à notre Général Aknadin dans un premier temps. Une fois que vous serez marié, les forces armées des Asabel seront liées aux nôtres, alors le commandement suprême passera donc, du général, à vos trois valeureux époux. Ils vont arriver ici dans quelques jours afin de vous connaître, en attendant, ils vous prirent d'accepter leurs somptueux présents. »
Sur ces mots, trois serviteurs s'avancèrent en direction des princesses portant chacun un coussin de velours sur lequel était posé une bague en or ornée d'une pierre précieuse d'une couleur différente pour chacune des princesse, une émeraude pour Isis, un Saphir, pour Kisara et une pierre d'ambre pour Heba. Isis, fut la première à réagir.
« Oh, c'est sublime ! Un prince qui offre un tel joyau à sa future épouse, est un gage de loyauté et une promesse de prospérité pour notre royaume. Grand-père, j'ai hâte de le rencontrer.
- Je suis heureux de l'entendre, Isis. Et toi Kisara ?
- C'est une vraie merveille, en plus, c'est la couleur de mes yeux. Démontrer une telle générosité avec même qu'il ne m'ait vu, présage une encore plus grande quand il me verra. »
Les deux sœurs passèrent leur bague au doigt avec enthousiasme. Le dernier serviteur s'approcha de la benjamine qui refusa de regarder le bijou.
« Heba.
- Oui Grand-père.
- C'est à ton tour de la passer à ton doigt.
- Je suis désolé, Grand-père, je crains que je vais une fois de plus vous décevoir.
- Mets cette bague tout de suite. C'EST UN ORDRE ! »
À contrecœur Heba saisi la bague en question et la regarda avec réticence.
« Je ne laisserai jamais personne m'acheter, ou même me vendre.
- Sors de ma vue ! Je ne veux plus te voir, ni t'entendre, jusqu'au jour où les princes Asabels arriveront. Et si tu ne t'es pas repenti d'ici là, tu cesseras du fait de faire partie de cette famille ! »
Toute la cour fut horrifiée par les dures paroles du Roi. Blessée par ces dernières, Heba ravala ses larmes portant un sentiment de colère mais aussi de chagrin. Pourquoi ne pouvait-on pas l'accepter telle qu'elle est?
« Dans ce cas, c'est vous qui l'aurez voulu ! »
Elle jeta la bague aux pieds de son grand-père et sortit de la salle du trône en courant en tentant tant bien que mal à retenir ses larmes. Elle se dirigea vers les écuries, monta un cheval au hasard et galopa en direction de la forêt espérant laisser tous ses problèmes derrière elle.
