A Seirei no Moribito One-Shot
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Résumé :
On dit qu'avoir un enfant change beaucoup de choses dans la vie des parents. Un One-Shot sous la perspective de ces deux personnages qu'on apprécie beaucoup.
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Disclaimer : Je ne possède pas Seirei no Moribito ni ses personnages, tristement. Juste le contexte de l'histoire. Balsa... soit mienne !
Dédicace : Ce One-Shot est une dédicace à ma propre trilogie de « no Moribito ». Il creusera plus en profondeur l'amour parental que Balsa et Tanda ressentent vis-à-vis leur enfant.
Note 2 : Je voudrais aussi en profiter pour remercier mes amis qui sont « parents » d'avoir participé et partagé leur ressenti via leur enfant pour m'avoir permis d'écrire le plus profond feeling que les parents pouvaient ressentir à l'égard de leur enfant.
Note 3 : La plume me démangeait un peu et puisque j'ai un baby-boom dans mon entourage, j'ai décidé d'écrire quelque chose sur les parents.
Sur ce, bonne lecture !
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Balsa's P.O.V
Si l'on m'avait dit plus tôt dans ma vie que j'aurai des enfants et que je me marierai, j'aurais ri au visage de ces gens, car j'avais de grande ambition face à mon devoir de garde du corps et racheter les huit vies des guerriers qu'avait tué Jiguro. Toujours et constamment coincée dans une routine nomade dont je ne pouvais pas rester à un endroit fixe. Pas comme Tanda. Mais, maintenant, je ne changerai pas la moindre parcelle de ma vie présente, car je l'adore comme ça. Je ne peux vivre sans ce que j'appelle aujourd'hui : mon enfant, ma fille, ma chair et mon sang.
Lorsqu'elle a posé sur moi son premier regard quand elle est née, collée contre ma peau, dans la pénombre et la tranquillité, j'ai eu ce coup de foudre. Ce coup de foudre presqu'indescriptible. Jamais je n'avais ressenti ça auparavant. Même Tanda, qui en était le père, n'avait jamais réussi à me faire vivre une aussi forte émotion. Elle était si petite, si chaude au toucher. Je dois avouer que j'adore sentir sa chaleur dans mes bras.
Je ne peux dire d'où provient cette phrase, mais une petite voix discrète ne cesse de me dire : « On aime ses enfants dès le premier souffle et on les aimera jusqu'à notre dernier. On leur a donné la vie, et ils nous ont donné en retour une raison de vivre. » Et je le crois, maintenant. Je ne peux m'empêcher de m'inquiéter quand ma petite puce de six mois ne peut s'arrêter de pleurer malgré que je la berce, essaie de lui donner le sein, vérifie si elle a trop chaud ou trop froid. Et quand je n'en suis plus capable, je la passe aux bras de Tanda, exténuée mais surtout déçue de ne pas pouvoir la calmer. Désormais, oui, je vis pour la promesse faite à Jiguro, mais ma fille est devenue ma priorité première dans ma vie. Je ne pouvais plus sortir quand je le voulais – enfin, oui quand elle dormait surveiller par son père – en fait, je n'étais plus le centre de l'univers, mais devenue l'univers d'un centre. Bien sûre que je sortais quelques fois, mais de temps en temps, je tombai sur des ennemis qui voulaient m'affronter, me défier pour régler certaines dettes du passé. À chaque fois, je n'avais plus qu'un objectif pour rester en vie : c'était pour mon enfant seulement. Je devais survivre pour elle. Mes habitudes ont changés, j'ai plus de patience, et que je le veuille ou non, j'ai dû m'ouvrir, psychologiquement, davantage pour répondre à ses besoins émotionnels : lui donner de l'amour et de l'affection. Lui montrer que Maman sait sourire, écouter, parler et conseiller.
Tanda's P.O.V
Balsa a cette habitude-là. De me dire que notre enfant était un accident, même si elle n'était pas prévue dans ses projets de vie. Un accident positif, elle me répète souvent. Mais moi, je ne pense pas que notre fille soit un accident, mais bien qu'elle soit entrée dans nos vies pour une raison particulière, ou comment apprendre à savourer la vie elle-même, comment la vivre. De profiter de chaque bonheur, de chaque moment passé. Dans mon esprit, je me souviendrai toujours de sa première rencontre, quand elle a poussé son premier cri. Un moment tellement fort en émotion. Mais tout s'est réellement déclenché à l'intérieur de moi quand Balsa dû se reposer après son accouchement et que Torogai était sortie pour faire quelques incantations de magie Yakue. La première fois que je dû, par mes propres moyens, calmer mon enfant en la prenant maladroitement dans mes bras et essayer de la bercer, car Maman devait se reposer. Je me suis alors rendu compte qu'un petit être fragile dépendait tout de moi, que personne d'autre ne pourra le protéger à par nous, ses parents. J'étais son père, et je devais essayer de réconforter mon bébé et analyser ses pleurs afin de pouvoir répondre à ses besoins de base. Ses pleurs étaient son unique moyen de nous communiquer.
Je devins également plus débrouillard. Du sens qu'en tenant un bébé dans mes bras, je devais ouvrir la porte seul, déposer un tel objet çà et là et être plus aux aguets quand ma cocotte se mit à marcher à quatre pattes. Et, se faisant, je regardai Balsa.
Elle qui disait ne pas être capable de pouvoir rester à une place indéfiniment, elle qui me disait qu'elle ne voulait pas se poser et avoir des enfants.
« Je suis une femme indépendante, Tanda. Je ne veux pas d'un enfant à ma charge vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, m'avait-elle expliqué sans émotions.
- Pourquoi ?
- Je n'ai aucune fibre maternelle en moi. Je suis mal à l'aise en compagnie d'enfants... et puis, tu ne pourras pas me changer de mes habitudes de toujours voyager à quelques parts. Je sais que tu as toujours voulu avoir des enfants, Tanda, mais moi, ce n'est pas ça. Je n'en veux pas. »
Je ris intérieurement juste à penser à ce souvenir. Je la regardai jouer maintenant avec notre enfant, rire et s'amuser à la divertir. Balsa la cajoler, la bercer et la regarder durant des heures dormir alors qu'elle écoutait sa respiration. Elle fait une très bonne mère. Et ce nouveau style de vie ne semble pas lui déplaire, au contraire. Elle semble en prendre goût, mordre à pleine dent dans cette nouvelle expérience.
Quand notre fille se mit à faire ses dents, le seul moyen que je pu trouver pour calmer ses poussées de dents de lait, fut de lui mettre une carotte en main et la regarder mâchouiller le légume en poussant des drôles de bruits de satisfaction. J'avais tout ce qui pouvait me rendre plus heureux : un enfant et une mère convenable pour eux. Je ne pense pas que je peux encore dire ma femme, mais je peux toujours l'appeler ma compagne. La routine a changé, certes, je suis encore plus patient qu'avant son arrivée.
Balsa's P.O.V
« Maman ! »
Ce fut son premier mot qu'elle nous a sorti. Je me tournai vers elle et la regardai, stupéfaite.
« Qu'as-tu dis là, mon poussin ? m'égayai-je en me baissant à son niveau.
- Maman !
- Bravo ! Dis Papa, maintenant. Pa-pa.
- Papa ! »
Elle continua de dire ses mots en tapant dans ses mains et en riant. Son rire me faisait fondre. Je l'avoue, j'avais fait une belle création. Je l'aimais de tout mon cœur. Jusqu'à présent, l'un des plus beaux souvenirs que je conserve, fut cette journée en famille. Je n'ai que montré mon dos à ma fille et elle a immédiatement grimpé avec agilité pour s'accrocher fermement à moi avant de passer ma lance sous ses jointures de cuisses. Nous sortions s'amuser pour se détendre un peu. Il y avait d'autres enfants qui jouaient sur le terrain de jeux. Du coin de l'œil, je voyais mon enfant de deux ans les regarder envieusement.
« Tu veux y aller, ma chérie ? demandai-je. »
Elle hocha non de la tête avec une moue. Pourtant, je voyais bien que ses yeux continuaient de fixer les autres enfants.
« Est-ce que tu veux que Papa et Maman t'accompagnent, trésor ? ajouta Tanda.
- Oui... »
Je me baissai et elle descendit avant de prendre ma main.
« On va aux balançoires ? proposai-je.
- Oui.
- Maman va te pousser. »
Elle s'assit et je commençai à la pousser lentement dans le dos. Elle demanda à aller plus haut, mais j'avais peur qu'elle ne tombe et se blesse. Bon, pensai-je, dans le pire des cas, elle apprendra de ses erreurs, compris-je. Elle se tenait fermement en riant : je regardai ses cheveux voler dans le vent, me gravait dans l'esprit son sourire contagieux, rayonnant et son rire chaleureux. Et juste à y penser, mon cœur bat de fierté.
C'était aussi une petite chatouilleuse. Quand son Papa voulut l'examiner pour vérifier si elle grandissait bien, elle riait à chaque contact de ses douces mains sur son petit corps frêle.
« On a une petite chatouilleuse ici, rit-il.
- Papa... rit-elle alors qu'elle avait du mal à trouver sa respiration. Arrête !
- Mais poussin, je dois t'examiner pour voir si tu grandis bien.
- Ça chatouille ! »
Elle éclata encore de rire, incapable de supporter le moindre toucher de son père sur son ventre. Je le voyais dans ses yeux, à Tanda : il n'avait jamais été si heureux de toute sa vie jusqu'à présent. Il réessaya, cette fois-ci avec un nouveau truc.
« Je vais passer ma main, et mets ta main par-dessus la mienne. Ça va te calmer. »
Notre fille rit et essaya de contracter son ventre pour ne pas rire, même si elle riait toujours. Je me souviendrai également de ce jour-là, quand elle avait trois ans et m'avait observé faire mes entrainements aux arts martiaux. Elle s'est approchée tellement silencieusement, si lentement, que je ne l'avais pas remarqué, au début, m'imiter dans mes gestes. C'est quand je criai en dégageant mon énergie que je l'entendis. Je me suis retournée en vitesse, en pensant que je l'avais frappé, mais quand je la vis dans la même position, elle me sourit.
« Moi aussi je veux faire comme toi ! m'a-t-elle confié.
- Tu veux... apprendre les arts martiaux ?
- Oui ! Je peux Maman ?! Dis oui ! Dis oui, s'il te plait ! »
Elle fut tellement insistante, que je cédai. Je ne doutais même pas une seconde qu'elle puisse et veuille me ressembler en grandissant. Lentement, je lui appris les katas du Karaté, puis les autres arts martiaux que Jiguro m'avait enseignés. Elle était douée. Elle faisait ma fierté.
Tanda's P.O.V
Tout semblait si parfait. C'était la vie rêvée que je désirais avoir, vivre. Comme ce souvenir, plus drôle que mal. En fait, je la faisais revoler en sautant sur un matelas rebondissant, alors le contrecoup la faisait revoler dans les airs. Elle trouvait ça comique et en redemandait à nouveau. Le second essaie s'avéra notamment catastrophique. Je sautai à nouveau sous les yeux de ma compagne et cette fois-ci, au lieu de revoler et retomber sur le matelas, elle fonça droit dans le mur, face et ventre première avant de s'effondrer au sol.
« Oh mon dieu ! Ma chérie ! paniquai-je en allant vers elle. »
Balsa riait contre son gré même si elle était inquiète. On la redressait, elle fit une moue et pleura.
« Poussin ! dit-elle.
- Ça fait maaaaaaal ! geignit-elle.
- Mais pourquoi donc pleures-tu ? C'était amusant ! »
Balsa continua de rire et la prit dans ses bras. Finalement, notre fille se mit à rire de sa douleur et elle demanda à recommencer à nouveau, chose que je ne compris pas. Mais j'aurai dû m'attendre à ce dénouement-là. Qu'un soir, alors que notre fille dormait en haut dans son lit, Balsa recommença à avoir peu de parole.
« Qu'est-ce qui se passe, Balsa ?
- Tanda... j'aime notre enfant plus que tout dans ce monde. Je ne peux pas vivre sans elle et elle sans moi. Elle m'a donné une nouvelle perspective dans ma vie, un nouveau but. Mais je me sens enfermée... j'ai besoin de re-goûter à cette liberté que j'avais autrefois.
- Que... tu veux quitter ?
- Ce ne sera pas éternellement... j'ai juste besoin de me faire aérer les esprits. Seule. Juste comme avant... de façon indépendante.
- Tout ne sera jamais comme avant, essayai-je de la convaincre. Rassure-moi, tu ne quitteras pas durant que notre fille dort ?
- Je vais quitter demain matin. Mais j'ai besoin de cette goulée d'air. Je t'en prie Tanda... ces quatre années ont été merveilleuses. Les plus belles de ma vie et j'espère que ça continuera de même, mais j'ai besoin de solitude. Je vais craquer si ça continue. »
Je soupirai intérieurement.
« Non, sortit-elle rapidement, je ne quitte pas à cause de notre bébé qu'on a conçue et qui est désormais une grande fille. Je... j'ai besoin de ne pas me sentir coller à chaque fois que je sors dehors ou que je me bats.
- Notre fille te colle car elle t'aime, Balsa. C'est typique des enfants, toi aussi tu as déjà collé tes parents quand tu étais gamine, essayai-je.
- Je l'aime aussi Tanda... je l'aime plus que n'importe quoi et qui ici sur cette terre. Ce n'est pas un pot de colle, je le sais, j'ai aussi besoin de son amour pour vivre. Mais j'ai ce sentiment indescriptible qui ne cesse de me ronger, je dois vraiment y aller, Tanda. Je vais exploser. Je me sens comme si j'étais en fin de grossesse...
- ... Depuis quand penses-tu à vouloir être seule ?
- ... Un trop long moment pour le calculer. »
Je continuais de l'observer dans les yeux. Je savais que mon regard se transposait dans celui de notre enfant et qu'elle semblait voir les yeux de notre fille dans les miens. Elle sembla vaciller.
« Depuis que j'ai accouché, je crois... m'avoua-t-elle. »
Son regard me perçait. Est-ce qu'elle allait se mettre à pleurer parce qu'elle se sentait mal de quitter ? Avait-elle peur que je pense qu'elle quittait à cause de l'enfant ? Je soupirai, ne trouvant pas de mot juste approprié à la situation. Elle se retourna et commença ses préparatifs.
Balsa's P.O.V
Je le savais. Je savais que ça se produirait ainsi.
J'avais annoncé à notre fille que je partais pour un petit temps en voyage, seule. Mais elle tenait absolument à vouloir m'accompagner. Elle ne me laissera pas quitter de sitôt, car elle était fermement agrippée à ma robe et mes jambes et Tanda, qui semblait avoir réfléchi à ma situation durant la nuit, essayait aussi de la décoller de mes jambes. Ses cheveux bruns comme les miens et ses deux lulus tremblaient dans ses sanglots alors que sa petite robe rose kanbalese à longues manches était mal placée à force de se débattre pour rester collée contre moi.
« Tu m'aimes pas ! me cria-t-elle en pleurant. Tu veux pas de moi ! »
Ces mots me frappèrent à la poitrine. Où avait-elle apprise ces mots-là, en premier lieu ?
« C'est faux, ma belle, je t'aime toujours. Maman doit juste partir un petit temps.
- Emmène-moi avec toi !
- ... Plus tard quand tu seras plus vieille. Mais pas en ce moment, tu es encore jeune.
- Je veux être avec toi, Maman ! continuait-elle de répliquer. Emmène-moi avec toi, emmène-moi avec toi, emmène-moi avec toi, emmène-moi avec toi ! »
Elle continua de pleurer et de crier à chaudes larmes. Elle tenait tellement à venir avec moi. J'avais deux choix : ne pas réagir à son cri de détresse, ou bien, céder. Finalement, je me baissai à son niveau et la prit par le visage en essayant d'essuyer ses petites joues rougit par les larmes.
« Me quitte pas... Maman... sanglota-t-elle.
- Je vais revenir bientôt, mon poussin, avant même que tu ne t'en rendes compte.
- C'est pas vrai !
- Mais bien sûr que c'est vrai, tentai-je en souriant de la façon la plus rassurante que je pus. Je te rapporterai un souvenir de mon voyage. Tu aimes les surprises, pas vrai, trésor ?
- ... M'oui... (elle fit la moue)
- Tu vas garder Papa en attendant, n'est-ce pas ?
- Hein ?
- Papa a besoin d'une femme pour veiller sur lui. »
Tanda fit une expression inestimable et notre fille le regarda d'un drôle de regard. Je souris. Après maintes efforts pour essayer de la calmer et ne pas qu'elle me suive, je pus enfin partir, seule, à l'aventure. Retrouver mon ancien mode de vie, même si c'était limité niveau temps.
Ça faisait deux semaines que j'étais partie, comme quand j'en avais l'habitude avant l'arrivée de mon enfant. Sans vouloir paraître méchante, pour en avoir fait l'expérience de ne pas avoir ma fille dans les jambes, ça me manque pas vraiment – qu'elle ne soit pas là avec moi dans mes aventures. Mais j'adore ma fille. Je suis bien heureuse qu'elle soit là dans ma vie. Quand elle n'est pas présente, je peux faire plus de trucs, j'ai plus de liberté sans avoir constamment à tourner la tête par-ci par-là, je suis moins épuisée aussi. Du sens que je dois recharger mes batteries de temps en temps avant de devenir aussi épuisée que ça.
Entre temps, durant mon voyage, j'ai sauvé deux gamins de la rue des mains des esclavagistes. J'ai mis au sol les cinq hommes sans même sortir ma lance. J'avais sauvé un garçon et une fille. Ils s'appelaient Tohya et Saya. Tohya avait treize ans et Saya, dix ans je dirais. Je leur ai payé des médicaments pour se soigner et les ai ainsi aidé à trouver un logis à faible coût, un abri de fortune pour qu'ils puissent avoir leur chez soi. Nous sommes devenus de très bons amis.
Je dormis quelques fois dans les bois, dehors à la belle étoile, et quand je le désirai, je me payais une auberge. Mais quelque chose était différent. Pas le confort ni le fait d'être seule. À chaque soir, j'osai demander aux servantes de l'auberge si elles avaient un autre oreiller, un peu plus grand. La demande reçue, je le posai proche de moi, sous les couvertures avant de m'endormir en le serrant contre mon corps. Je ne reconnaissais pas cette dépendance. En fait, je ne me reconnaissais pas moi-même.
Au milieu de la nuit qui allait entamer ma troisième semaine de vacances en solitaire, j'ouvris les yeux. Je me retournai de tous les bords et tous les côtés. Ma fille hantait constamment mon esprit. Son sourire, sa joie, son rire, sa voix, la chaleur de son corps... Je me redressai dans mon lit, en proie à des palpitations, des tremblements provenant de mes jambes et mes bras et je devais prendre de grandes respirations pour me calmer. Limite si je n'avais pas peur de perdre connaissance. Mes mains étaient engourdies et j'étais étourdie. C'était la première fois que je ressentais ce genre de malaise. J'observai la lune via la fenêtre ouverte et je me levai. Je respirai encore fortement pour calmer le battement de mon cœur. Je pliai bagages, pris ma lance, payai et parti au pas de course. Désolée, Jiguro... je continuerai de répondre à ta promesse des huit vies... mais pour le moment... j'ai quelque chose de plus important.
Je courus si vite, si longtemps que mes poumons me faisaient mal. Les larmes se mirent à couler sur mes joues librement et je ne savais même pas si c'était le vent contre mes yeux qui s'asséchaient ou si c'était la simple pensée de penser à ma famille qui me rendait dans cet état.
« Tu m'aimes pas ! Tu veux pas de moi ! »
Ces mots résonnent encore dans mon esprit. Elle est encore très jeune... mais de croire qu'elle puisse penser ça de moi ? C'est faux, mon trésor, et tu le sais. Maman va toujours t'aimer quoiqu'il advienne et au contraire, je veux de toi, beaucoup plus que je n'ose l'imaginer.
Tanda's P.O.V
Je n'arrivai pas à calmer les crises de larmes de ma fille depuis le départ de sa mère. Au moins une fois, minimum, par semaine, Alika me faisait une crise de larmes hebdomadaires, me réclamant sa Maman. Elle refusait d'être dans mes bras pour que je la console. Alors je ne pouvais qu'attendre qu'elle se calme et qu'elle s'endorme, à bout de force. Et je la regardai dormir : un vrai portrait craché de sa mère à cet âge-là. Et juste alors, je la prenais dans mes bras et la couchai dans son lit, au second étage en replaçant la couverture jusqu'à son menton pour la regarder, pendant une éternité, dormir.
Le jour, elle s'amusait à jouer avec un petit bâton de bambou pour imiter sa maman. Elle me fit encore rire alors qu'elle le bougeait de tous les sens et de tous les côtés. Jusqu'à ce que le bâton lui frappe l'arrière de la tête par accident. Je ris, accoté sur le bord de la porte, alors que j'entendis le « toc » du coup derrière sa tête.
« Aïe ! »
Elle tapa le bâton de bambou comme pour le chicaner et le jeta dans l'herbe en venant vers moi, frue. Les enfants vous apportent une joie tellement intense, une joie indescriptible. Les moindres gaffes qu'ils commettent embellissent vos journées tellement c'est comique. Chaque moment où je la vois, chaque fois où elle dit « Papa » ou qu'elle sourit... c'est une histoire en soit. Chaque petit moment passé avec elle pourrait remplir des pages d'émotions. C'est l'amour inconditionnel qu'un enfant donne et offre à son père... un amour pur. Quelque chose que l'on ne retrouvera jamais dans un couple.
Cette nuit-là, Alika piqua de nouveau sa crise hebdomadaire à vouloir voir sa Maman. Comme à l'habitude, je la laissai se calmer jusqu'à ce qu'elle me demande de son gré, en pleurant plus calmement de lui donner un câlin avant de la prendre dans mes bras et la border dans son lit. Aux alentours de deux heures du matin, je ne retrouvai plus le sommeil. Alors je m'occupais l'esprit en écrasant des herbes médicinales pour des commandes. Le plafond grinça : ma fille se levait elle aussi. Elle descendit les escaliers avec sa couverture épaisse enroulée autour du corps et me rejoignit, ses cheveux bruns mi-longs en désordre.
« Papa... tu dors pas ?
- Non, souris-je, j'ai un peu d'insomnie.
- Ça veut dire quoi ? me questionna-t-elle alors qu'elle s'assit à mes côtés en posant sa tête sur mes cuisses.
- Ça veut dire que tu ne peux pas te rendormir durant la nuit, l'aidai-je en jouant dans ses cheveux. Ou bien que tu ne peux t'endormir le soir et tu passes la nuit à te retourner dans tous les sens et tous les côtés dans ton lit.
- Ah... »
Il y eut un court silence. La chaleur du corps de ma fille contre moi me rendait en sécurité. Je me sentais être son protecteur, je me sentais important aux yeux de quelqu'un.
« Papa ?
- Oui ?
- Est-ce que tu crois que Maman pense à moi en ce moment ?
- Mais oui, toujours, ma jolie. »
Elle soupira et ne dit rien de plus avant de redresser à nouveau la tête.
« Papa ?
- Oui, trésor ?
- Si je pense très fort à Maman, est-ce qu'elle va arriver et apparaitre ici ? »
Sa question, enfantine et magique à la fois, me fit sourire. Si seulement c'était aussi facile et aussi simple avec Balsa qui vagabondait comme grand-mère Torogai-Shi... Mais ne voulant pas à avoir à gérer une nouvelle crise de larmes, surtout en plein milieu de la nuit, j'entrai dans son jeu.
« Est-ce que tu veux qu'on essaie ?
- Tu connais une formule magique pour ça, Papa ? T'es magicien Yakue pourtant.
- Peut-être ! ris-je. Il faut que tu répètes après moi : "Ma Maman c'est la plus belle."
- Ma Maman c'est la plus belle...
- "La plus forte et la meilleure. Je l'aime inconditionnellement et je la chérirais à chaque fois que je le peux."
- La plus forte et la meilleure. Je l'aime inconditionnellement et je la chérirais à chaque fois que je le peux, répéta-t-elle.
- "Je lui dois respect car elle m'a donné la vie que j'ai en ce moment. Maman, je t'aime. Maman, tu es mon cœur. Maman, à l'infinie je t'aimerai à jamais."
- Je lui dois respect car elle m'a donné la vie que j'ai en ce moment. Maman, je t'aime. Maman, tu es mon cœur. Maman, à l'infinie je t'aimerai à jamais... et je dois le répéter combien de fois ?
- Le nombre de fois égal à ton âge. Si tu as quatre ans, tu dois le dire quatre fois. Si tu as dix ans, tu dois le dire dix fois. »
Elle répéta l'incantation quatre fois. Ce charme totalement improvisé et inventé de toute part n'allait certainement pas fonctionner, mais si oui...
« Quatre fois ! s'exclama-t-elle. Maman devrait apparaître ! »
Je voudrais tellement y croire. Si ça ne fonctionnait pas, elle va m'en vouloir de lui raconter des mensonges et ne me croira plus. J'aimais sa mère, j'aimais Balsa. J'ai souvent entendu parler des hommes qui ne voulaient plus dormir aux côtés de leurs femmes – après qu'elles aient donné naissance – pour leur corps qui était différent avant l'arrivée de leurs enfants. Mais je m'en fichai que Balsa n'ait plus le même corps, qu'elle conserve encore des traces de sa grossesse malgré ses entrainements. Je l'aimais pour ce qu'elle était réellement à l'intérieur.
Balsa's P.O.V
J'entrai à la maison. Je fus surprise de voir le feu allumé et j'entendis une voix qui me fit fondre instantanément, remplissant ma poitrine d'une chaleur bienfaisante.
« Le charme ! Le charme a fonctionné ! s'égaya notre fille. Maman est là !
- Balsa... balbultia Tanda. »
Alika me tomba dans les bras en lâchant sa couverture et en pleurant sa joie. Mais quel charme ?
« Maman !
- Jamais je n'ai eu aussi tort dans toute ma vie, déclarai-je. Jamais quelqu'un ne m'a autant manqué dans ma vie... la prochaine fois, Alika, tu viens avec moi !
- Oui ! On ira à Kanbal ! On traversera les montagnes de brumes bleues de l'Aogiri ! »
Je me redressai, notre fille dans les bras et regardai son père.
« J'aime ma vie présentement, et je ne l'échangerai pour rien au monde, confessai-je. Je peux me poser, tant que je peux toujours voyager de temps en temps. Notre fille est devenue toute ma vie... et l'essence même de mon existence. Toi, Tanda... tu es surtout l'oiseau qui me guide sur le chemin de la vie.
- Où as-tu appris tous ces mots ? Ces tournures de phrases ? »
Il avait raison. D'où sortais-je ces mots ? Ça ne me ressemblait pas. Je ne répondis pas. Mon instinct maternel dictait fort probablement mes paroles et mes gestes.
« On ne devrait jamais avoir à choisir entre le travail et la famille, répondis-je. Demain, partons en voyage. Ensemble. En famille.
- Oui ! s'égaya notre fille.
- Parfois, quand les enfants étaient petits, je me disais que je pourrais mourir subitement, au combat ou ailleurs, mais à la simple idée de les laisser seuls, sans moi... »
Tanda me regarda, sans mot, probablement touché. Puis, je regardai ma fille, son regard étincelant, la joie qu'elle radiait en me regardant comme si j'étais la chose la plus merveilleuse à ses yeux.
« Maman ! Tu parles combien de langues ?
- Hum... quatre à ma connaissance, dont deux principales que je parle très bien.
- C'est quoi tes principales ?
- Yogoese, et Kanbalese. Ensuite, s'ajoute la langue de Rota et de Sangal, mais un peu moins douée. Pourquoi ?
- Apprends-moi à parler Kanbalese ! me supplia notre fille. S'il te plait ! »
Je souris.
« Bien sûr, il va falloir que je fouille un peu dans ma mémoire, mais je peux bien t'apprendre le dialecte Kanbalese.
- Youpiii !
- Pour l'instant, tu devrais dormir.
- Nan.
- C'est important le sommeil, surtout à ton âge.
- C'est pas drôle de dormir... »
Je ris face à sa moue mignonne à croquer. Sa voix me faisait toujours fondre. J'étais toujours une lancière, mais avec des plus et des moins. J'étais moins égoïste, moins taciturne et moins sévère. Mais j'étais devenue beaucoup plus ouverte, plus maternelle, plus émotionnelle et sentimentale. On nous dit souvent qu'un enfant change la vie des parents, autant pour la mère que pour le père. C'est vrai, je le confirme. J'aime mon enfant plus que tout. Avant, je vivais simplement pour moi. Voyez-vous, ce n'est pas tant que je ne sais pas comment j'ai fait jusqu'à maintenant pour vivre sans mon enfant, mais plutôt de voir à quel point je suis chanceuse et gâtée par la vie.
Au creux de mon cou, dans la chaleur de mes bras, Alika s'endormit, finalement, paisiblement. J'allai donc la coucher, et la berçant, je lui chantai ce beau poème d'origine Kanbalese que mon père et ma mère m'avaient chantonné en étant encore une enfant :
« Je t'aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé »
Fin~
