Voici donc le premier chapitre de Digital Generation. Il n'y aura pas beaucoup d'actions dans cette première partie, même pas du tout ; je me penche sur les personnages, leur quotidien, et leurs relations entre eux après la victoire. Néanmoins, je vous promets plus d'actions dans les prochaines parties. Celle-ci sert en quelque sorte d'introduction.

Petite note : il y aura des passages de chats, comme sur Internet, aussi ne soyez pas choqués par les « lol » et autres trucs du genre, c'est fait pour. Essayez d'ailleurs de deviner les pseudos de chacun des personnages, en passant.

Bonne lecture !

Digital Generation

Partie I

Soleil Ecarlate

Chapitre I

- Que voulez-vous dire ?

- C'est la lumière. Bleue.

- Elle n'est plus rouge ? Oh non…

Il y avait un changement.

- Venez, on va vous faire une place !

Miyako fit un large geste de la main, montrant au reste des Digisauveurs de prendre place à la table qui avait été réservée au café qui était leur rendez-vous général. Souriante, elle eut un mouvement dynamique et attira les derniers arrivants. Enfin, ils étaient tous là, tous les Digisauveurs. Première et deuxième génération, adolescents et Digimons, ils occupaient bien tout le fond du café et ne se gênaient pas pour parler et rire.

Koushiro et Jyou s'entretenaient sur les filières qu'ils avaient choisi tous deux, discutant d'une voix posée comme deux adultes, tandis que leurs Digimons entreprenaient un concours de celui qui mangerait le plus de carrés de sucre, ce que Gomamon remportait d'emblée avec une dextérité incroyable. Mimi racontait des dizaines d'anecdotes à Takeru, Hikari et Miyako qui s'esclaffaient, tout comme leurs Digimons bien qu'ils ne comprenaient pas tout. Iori parlait avec Sora au sujet du kendo tandis que Yamato ne cessait de taquiner Daisuke qui se retrouvait néanmoins calmé par Ken, souriant face aux expressions exagérément outré de son ami. Leurs Digimons se racontaient des blagues purement « digimonesques » que pas un seul humain n'aurait pu suivre.

Taichi, tenant Agumon dans ses bras, s'approcha de la table et afficha un grand sourire.

- Salut tout le monde !

- Bien le bonjour à tous ! rajouta Agumon avant d'installer près de Gabumon et suivre la dernière blague en cours.

- Tu en as mis du temps, s'exclama Hikari, regardant son frère avec un air surpris. J'ai voulu te réveiller mais comme Agumon m'a dit que tu étais fatigué…

- Désolé, panne d'oreiller, renchérit Taichi avec un sourire désolé. Je n'ai rien raté d'important, j'espère ?

- Pas du tout, qu'est-ce qui peut être important dans une fête organisée pour la défaite de MaloMyotismon ? déclara Mimi, mutine.

- Et encore, la véritable fête, ce sera dans pas longtemps, ajouta Miyako. Mimi projette d'en faire une superbe qui réunira encore pleins d'autres de Digisauveurs.

- Ca promet d'être super, fit Iori avec un sourire.

- On aura assez à manger, dagya ? demanda son Digimon, un peu inquiet face à une éventuelle réponse négative.

- Mais bien sûr, gros gourmand, pouffa Mimi. Il y aura de quoi nourrir tout le Digimonde, même !

A cette remarque, tous les Digimons poussèrent un cri de joie qui leur attira le regard noir de la serveuse qui venait prendre les commandes. Il fallut un peu plus de dix minutes pour tout noter, si on ajoutait les gâteaux pour les Digimons, les boissons des autres et les préférences parfois à la limite du soutenable. Soupirant et exaspérée dès dix heures du matin, la serveuse partit.

Taichi retira son manteau, se mettant plus à l'aise. Assis entre Daisuke et Takeru, il leva les yeux et vit qu'il était en face de Yamato, lui-même auprès de Sora qui parlait à Mimi. Une bouffée de chaleur le submergea. Sora, qui continuait à parler, avait pris le bras de Yamato contre le sien et ne cessait de passer ses doigts sur son pull, d'un geste doux et tendre. Yamato ne faisait rien pour la repousser, bien au contraire, caressant doucement l'épaule de sa petite amie. Face à ce spectacle, Taichi voulut détourner les yeux mais, comme morbidement fasciné, continua à fixer son meilleur ami. Il lut dans les yeux bleus une sorte de colère sourde mêlée à un malaise et, pendant une seconde, leurs regards s'ancrèrent l'un dans l'autre tandis que revenaient à leurs mémoires les souvenirs de la veille. Le goût des lèvres de Yamato, cet air d'harmonica, et surtout l'étreinte de pierre qui les avait liés furent suffisamment profonds pour que Taichi détourne enfin les yeux, faisant mine d'écouter Daisuke qui lui racontait avec passion sa victoire lors du championnat inter collèges qu'il avait remporté grâce à un magnifique but à la toute dernière minute. Cependant, il sentait encore le regard de Yamato lui brûler le visage et dans un effort de concentration, tenta de ne plus y penser. Cela fut permis par l'arrivée de la serveuse.

- Expresso.

- Pour moi, merci, répondit Jyou.

- Le thé Earl Grey.

- Pour moi, fit Koushiro.

- Tu prends ce genre de truc, Koushiro, ne put s'empêcher de ricaner Daisuke. Ca m'étonne de ta part.

- Deux diabolos grenadine.

- Euh… Pour moi, ronchonna Daisuke, légèrement rouge, prenant les deux verres qu'il présenta devant lui et Chibimon.

Hikari pouffa, ce qui renfrogna davantage Daisuke.

- Quoi, c'est vachement bon les diabolos ! dit-il dans une tentative lamentable de se défendre.

- Trois chocolats chauds à la chantilly.

Miyako, Iori et Ken les prirent avec un remerciement.

- Deux jus de mangue.

- Pour nous, firent joyeusement Takeru et Hikari sous le regard noir de Daisuke qui de toute évidence regrettait d'avoir pris un diabolo grenadine.

- Un banana Split avec triple dose de sirop de chocolat.

- Merci beaucoup, s'écria Mimi, surprenant tout le monde.

- Elle mange comme quatre mais ne prend pas un gramme, soupira Miyako, envieuse. J'aimerais pouvoir faire pareil.

- C'est pas étonnant, elle brasse de l'air tout le temps, répliqua Daisuke, ce qui lui valut une pichenette bien placée de Mimi qui continuait toujours à sourire d'une manière terrifiante.

- Lait chaud avec miel.

- Pour moi, dit Sora doucement.

Taichi la regarda légèrement médusée. Loin était le temps où elle adorait manger des choses sucrées et grasses, comme le faisait encore maintenant Mimi qui ne se privait jamais et qui était toujours aussi belle. A présent, pour garder la ligne, Sora mangeait équilibré, voire trop équilibré et Taichi ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle faisait tout ça pour Yamato, pour que ce dernier la trouve toujours aussi attirante.

- Double Expresso.

- Ici, s'il vous plaît, répondit Yamato avec un sourire si tranquille que la serveuse en rougit et parut en un instant beaucoup plus aimable.

- Et le milk-shake fraise-chocolat pour vous, ajouta la serveuse sur un ton plus calme.

- Oui, merci beaucoup, répondit Taichi qui étrangement ne se sentit pas pleinement satisfait devant le milk-shake, c'était peut-être le manque d'appétit.

Mimi leva sa cuiller en un signe joyeux.

- Pour notre victoire ! clama-t-elle.

- Pour notre victoire, répondirent les autres en chœur avant de rire.

Les Digimons se partagèrent les viennoiseries que les Digisauveurs avaient achetées peu avant. Dans l'ambiance chaleureuse du café, les conversations allèrent bon train. On apprit avec un peu de déception que Mimi repartirait aux Etats-Unis peu après les vacances de printemps, à la rentrée. La jeune fille promit d'organiser pleins de fêtes et de rencontres pour qu'ils puissent garder un bon moment ensemble.

- Et puis je reviens en été, également pour les vacances, ajouta-t-elle en faisant un geste apaisant à Miyako qui affichait une mine dépitée. Ne vous inquiétez pas, je vais préparer pour vous un super voyage à New York l'hiver prochain, si ça vous dit.

Les autres furent enchantés et le sujet du départ de Mimi fut clos. Yamato parla d'un nouveau concert qu'il organiserait à son lycée, une semaine après la rentrée.

- Vous pourrez me voir avant que je commence, proposa-t-il en souriant.

« Ah, et pas seulement Sora ? », songea Taichi qui parvint à maîtriser sa remarque en se mordant la langue puis en avalant une gorgée de son milk-shake. Le goût glacé lui fit mal à l'endroit où il s'était mordu. Devant lui, Yamato et Sora se parlaient tous bas, en amoureux. Elle semblait si heureuse que Taichi sentit une partie de lui se contracter. Jamais Sora n'avait eu l'air aussi épanouie lorsqu'elle sortait avec lui. Et au fond de lui, il voulut croire, en regardant Yamato, que son meilleur ami n'avait pas l'air si heureux que ça.

« Tu ne peux pas sortir avec Sora… », avait-il dit à Yamato. Et pour quelle raison ? Pourquoi ? Pour une simple impression, ce souvenir qui lui faisait mal de Yamato près de la fenêtre, de l'harmonica et le goût de l'eau. Il eut un peu envie de vomir.

Il se leva.

- Je vais aux toilettes, dit-il devant les regards surpris. Si quelqu'un touche à mon milk-shake, je lui ferai connaître la signification du mot « torture ».

Il le dit sur un ton tellement badin et désinvolte qu'il fit rire tout le monde.

Il se dirigea jusqu'aux toilettes et se posta devant les miroirs. Sa nausée s'était atténuée et pour se donner une contenance, il ouvrit le robinet et se lava les mains, d'abord doucement, puis avec plus de brusquerie.

Les portes derrières lui étaient entrouvertes, il n'y avait personne. Tant mieux.

« Je suis un vrai débile… »

L'eau lui faisait mal aux doigts. Le goût de l'eau. Yamato.

- A quoi tu joues ? fit une voix derrière lui.

Dans le reflet, Taichi vit son meilleur ami le fixer avec la même colère qu'auparavant. Il ne l'avait pas entendu entrer.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? répliqua Taichi, se refusant à tout déballer devant le jeune homme.

-N'essaie même pas de faire ce que tu penses, dit Yamato d'une voix sèche.

- Mais je ne pense à rien, c'est toi qui te fais des films, Yamato, lança Taichi de la voix la plus amicale possible.

- Regarde-moi.

Silence.

- Merde, Taichi, regarde-moi à la fin !

Taichi entendit comme une sorte de panique dans la voix de Yamato. Surpris, il se tourna et le vit, adossé au sèche-mains. Il se mordait légèrement la lèvre, puis baissait les yeux, fixait un point, avant de nouveau se mordre la lèvre. Ce petit tic avait toujours été le signe chez Yamato d'un grand conflit émotionnel.

- Il faut qu'on s'explique. Pour hier. Dit-il enfin d'une voix suffisamment forte.

Taichi sourit doucement.

- Il n'y a rien à expliquer. Je me suis excusé, je suis désolé, je ne le referai plus.

Il fit mine de se diriger vers le sèche-mains mais Yamato lui bloqua le passage. Le sourire de Taichi s'élargit.

- Tu comptes te venger en faisant en sorte que je garde les mains mouillées ? Quel plan machiavélique, Yamato.

- Tu m'as embrassé, lança soudainement Yamato et dans ses yeux Taichi lut très clairement de la terreur. Et autre chose.

- Et tu as répondu à mon baiser, répondit sèchement Taichi.

- Mais tu m'as embrassé en premier, rétorqua Yamato, buté.

- Qu'est-ce qui t'empêchait de ne pas répondre à mon baiser ? fit Taichi d'une voix amère. Arrête, ça suffit.

Il eut un mouvement, assez flou. Lui-même ne savait pas quelle direction prendre. Déboussolé, il fixa son meilleur ami et la lèvre qu'il venait tout juste de se mordre. Il y eut un silence pesant, et Taichi sentit très clairement l'adrénaline passer dans ses veines, propulsant des vagues chaudes et glacées d'émotions pratiquement impossibles à supporter.

- Taichi…

- Si je recommençais, tu m'empêcherais, hein ? dit brusquement Taichi, ne se souciant plus de masquer ses pensées. Tu m'as permis une fois de t'embrasser, alors une deuxième fois ne te gênera pas, non ?

- Taichi, répéta Yamato, abasourdi.

Taichi secoua tristement la tête.

- Ca suffit.

Cependant, tout en disant ces mots, il fixa de nouveau la lèvre que Yamato s'était mordue, ce tic qu'il avait toujours eu, même dans le Digimonde. Yamato, au fond, n'avait pas tellement changé. Il fit un léger geste de la tête, relevant légèrement le menton. Yamato était à peine plus grand que lui, mais cela suffit un instant. Ils se regardèrent pendant encore une seconde.

Le cœur battant à tout rompre, Taichi fit mine de l'embrasser, et très clairement expira un souffle chaud sur les lèvres de Yamato qui se crispa. Mais il ne bougea pas, les yeux clos, comme s'il attendait à être frappé. Taichi le dévisagea, ne sentit aucune volonté de le repousser et, tout doucement, posa ses lèvres sur celles de Yamato.

Ce n'était même pas un baiser. Taichi, avec une volonté qui affichait une certaine timidité, ne fit qu'expirer de nouveau son souffle entre les lèvres de Yamato, l'effleurant tout juste, et, comme pour l'empêcher de partir, passa légèrement ses mains sur les épaules de son meilleur ami. Yamato, le corps raide, ne fit rien pour se reculer, tout en ne répondant pas aux caresses de Taichi. Il demeurait là, presque inerte et cette passivité amusa et irrita Taichi qui voulut un peu plus de présence. Après un instant, il pressa réellement ses lèvres contre la bouche entrouverte de Yamato dans un mouvement plus fort. Il entendit Yamato émettre une sorte de son mais ne le sentit pas fuir, ce qui était alors une bonne chose.

Le goût des lèvres de Yamato était celui de l'eau, et Taichi, l'adrénaline le tétanisant et le faisant bouillir, faillit pousser un gémissement, mélange de plaisir et de douleur. Complètement submergé, il alla plus loin et poussa sa langue contre celle de Yamato. A cet instant, le jeune homme qui n'avait fait que recevoir eut un violent sursaut et, alors que Taichi pensait avoir dépassé les limites, il sentit les bras de son ami le serrer avec force contre lui, dans un élan qui ressemblait à celui de la veille.

Taichi ne s'arrêta plus un instant. C'était fini, complètement fini. Il passa ses bras autour du corps de Yamato, l'enlaçant avec brusquerie et l'embrassa comme jamais. Yamato soupira entre ses lèvres mais bien décidé à ne pas laisser un seul moment de répit à celui qui le mettait dans un tel état, il le serra plus fort encore, l'embrassa férocement, aimant le bruit de la respiration hachée de Yamato, le contact de son corps et ce visage qu'il tenait contre le sien. Dans un mouvement, leurs corps s'accrochant l'un à l'autre furieusement se cognèrent contre le sèche-mains et le son, le choc métallique semblèrent les réveiller tous les deux. Haletant, le visage empourpré, ils restèrent immobiles, maintenant chacun leur prise, incapable de se lâcher. Taichi contempla Yamato, se perdit dans ses yeux bleus qui semblaient vulnérables, complètement sous le choc, mais ses lèvres, rougies par les baisers, demeuraient closes, comme décidées.

Taichi ne pensa même plus à s'excuser comme la dernière fois. C'était parfaitement inutile. Il n'avait plus à se sentir coupable et si cela devait être le cas, il ne serait pas le seul. Il n'avait plus envie d'être celui qui ne faisait qu'attendre, être sur le côté, à regarder et souffrir. Quelque part, ce qui lui avait paru tellement flou, cette émotion glacée qui était indissociable du souvenir de Yamato, devint très claire. Peu importait qu'il eût aimé Sora, peu importait même tout ce qu'il avait pu aimer.

Il voulait Yamato. Être avec lui. Et il savait que Yamato le savait également.

- Je… Je ne peux pas…, souffla Yamato à cet instant, comme s'il avait lu dans les pensées de Taichi et refusait de comprendre.

- Tu le peux… Tu le peux, Yamato…, répliqua Taichi sur le même ton, tenant son visage entre ses mains, l'obligeant à le regarder.

- Tout va changer…, je ne veux pas que ça change. Entre toi et moi. Et Sora.

- Ose dire que tu ne veux pas de moi, lança Taichi, la voix légèrement grondante. Ose dire que tu ne veux pas être avec moi.

Yamato ne répondit pas, baissant les yeux.

- Peut-être… que ça remonte à ce moment, chuchota-t-il si bas que Taichi eut du mal à l'entendre. Quand tu étais là…

Taichi secoua la tête, ne comprenant pas très bien où son meilleur ami voulait en venir.

- Je veux être avec toi, avoua Taichi et quelque part le dire à haute voix raffermit encore plus sa décision. Il m'a fallu du temps pour comprendre que… je ressentais quelque chose pour toi. C'est quand j'ai su pour toi et Sora, je pense. Oui, je pense.

Il se tut un instant puis ne put s'empêcher de rire doucement, passant une main sur son front.

- Mon Dieu, ça sonne tellement cliché…

Yamato ne rit pas. Il resta silencieux, ne regardant plus Taichi dans les yeux. Puis finalement, il ajouta.

- Pourquoi ?

- Comment ?

Yamato soupira.

- Ce n'est pas grave, finit-il par dire. Je retourne voir les autres. Ils vont finir par s'inquiéter.

- Je te rejoins tout de suite, fit Taichi avec un ton plus sec qu'il ne l'avait voulu.

Lorsque la porte des toilettes se referma, il retourna voir son reflet dans le miroir. Il n'avait pas l'air trop bouleversé, ce qui était une bonne chose. Il inspira à fond, puis de nouveau se lava les mains avant de passer un peu d'eau sur le visage. Le contact froid lui fit du bien, et, se sentant bien, il sortit à son tour et retourna voir les autres.

Yamato était de nouveau à côté de Sora et lui parlait sans montrer un seul instant son trouble.

- Tu en as mis du temps, fit Hikari en voyant son frère s'assoire. Un peu plus et Agumon allait finir ton milk-shake.

- Pardon, Taichi, s'excusa mollement le Digimon. Mais je me suis quand même bien retenu.

Taichi eut un rire et tapota la tête d'Agumon, lui montrant que cela ne faisait rien pour lui. Quand il leva les yeux, il croisa le regard bleu de Yamato qui se détourna une seconde après ; cependant, Taichi fut persuadé d'avoir lu une étrange lueur et sentit l'adrénaline monter encore en vagues dans ses veines.

Perdu dans ses pensées, il ne vit pas sa sœur le dévisager, puis lancer un bref coup d'œil à Yamato, avant de regarder de nouveau son frère. Dans son esprit germa une idée complètement cinglée et, abasourdie, elle manqua de s'étouffer avec son jus de mangue. Takeru lui tapa dans le dos, suivi de Daisuke qui n'était pas en reste mais cela ne lui fit rien.

Tailmon regarda son amie.

- Ca ne va pas, Hikari ? demanda-t-elle, un peu inquiète.

- Ca va très bien, ne t'en fais pas, répondit Hikari avec un ton sûr.

Néanmoins, lorsqu'elle vit son frère dévisager une nouvelle fois Yamato, elle décida d'avoir une petite conversation avec lui.

Quelque chose avait changé, et même elle ne le savait pas encore, elle le devinait, inconsciemment.


- Je suis tellement contente pour la fête de Mimi, dit Sora sur un ton ravi. Ca faisait si longtemps qu'elle n'avait pas préparé quelque chose.

Yamato acquiesça, souriant à sa petite amie qui continuait de parler, lui tenant le bras, alors qu'il l'accompagnait à son club de tennis. Ils avaient leurs petites habitudes et leur relation était tranquille, paisible comme celle d'un vieux couple bien rôdé, alors que cela ne faisait que plusieurs semaines qu'ils étaient ensembles.

C'était Sora qui avait demandé. Le jour du concert de Noël, lui offrant par la même occasion des gâteaux qu'elle avait préparé elle-même. Gênée, les joues rouges, elle avait avoué ses sentiments pour lui et lui avait proposé de sortir avec elle. En la voyant à cet instant, tellement désemparée, et si adorable, Yamato avait accepté. Il ne le regrettait pas, d'une certaine manière. Il était sorti avec quelques filles, mais cela n'avait jamais duré plus d'une semaine. Sora était douce, patiente, et savait où étaient les limites que Yamato ne pouvait s'empêcher de poser. Elle comprenait sa volonté d'avoir du champ libre et lui en laissait, si compréhensive que Yamato n'en revenait pas. Sora faisait la petite amie rêvée et parfois, il se retrouvait à penser qu'il avait effectivement des sentiments pour elle.

Quand tous deux avaient avoué qu'ils sortaient ensemble, c'était le lendemain de la victoire. Devant tous les Digisauveurs, Sora, rougissante, s'était approchée de Yamato et avait mis les choses au clair. Yamato avait renchéri, posant une main douce mais ferme sur l'épaule de la jeune fille. Tout le monde leur avait souhaité beaucoup de bonheur, même si la nouvelle circulait déjà depuis un bout de temps. Néanmoins, Yamato se souvint très bien que Taichi, en l'apprenant, avait souri comme les autres mais quelque chose dans sa posture avait changé. Assis à califourchon sur une chaise, il avait comme voûter ses épaules et dans son sourire était apparu une sorte de rictus que seul Yamato avait vu. Il avait embrassé Sora, heureux pour elle et avait lancé une accolade amicale à Yamato qui avait retourné le sourire, se sentant pourtant désemparé.

Evidemment, on se posa des questions sur l'attitude de Taichi, qui n'avait pas changé bien sûr, mais qu'on étudiait de près. Après tout, Taichi était l'ex-petit ami de Sora et le meilleur ami de Yamato, et peut-être se pouvait-il qu'il fût jaloux de lui. Sora elle-même avait déclaré à Mimi que quand elle avait décliné l'invitation de Taichi à propos du concert, ce dernier avait fait une drôle de tête, soupirant « Ah, je vois… ». Puis c'était tout.

Taichi était resté Taichi, même si Yamato sentait que quelque chose avait changé. Bien qu'il avouait sincèrement qu'il n'aimait plus Sora et était heureux pour son meilleur ami, il y avait toujours dans son sourire cette espèce de rictus amer qui ne disparaissait jamais complètement, et dans ses yeux bruns, un éclat se ternissait légèrement. Yamato avait toujours mis cela sur le compte de la jalousie et bien qu'il se sentait désolé pour son ami, il devait s'avouer qu'il était bien avec Sora, même s'il n'était pas forcément très amoureux d'elle. Il l'aimait, mais n'était pas amoureux. C'était peut-être de ça dont il avait besoin. Une petite amie douce et tendre comme Sora, qui savait respecter ce qu'il voulait, ne l'obligeait jamais à se remettre en question.

Pas comme Taichi.

Cette pensée était à la fois nouvelle et ancienne d'une certaine manière. Le baiser de Taichi, cette façon de le tenir férocement contre lui, le forcer différaient complètement de ce qu'il connaissait avec Sora. Et des émotions étaient remontées à la surface, quelque chose de vieux, une association d'idées qu'il n'avait pu réfréner.

C'était la chaleur du soleil du Digimonde, la main de Taichi contre sa mâchoire, et surtout cette odeur épicée de bois brûlé, de terre sauvage qu'il avait tenu dans ses paumes lorsqu'ils étaient encore des enfants dans le monde virtuel. Quand Taichi l'avait embrassé, ce fut comme si tous les souvenirs du Digimonde et d'après étaient réapparus, sans perdre de leur intensité. Il se souvint de la brûlure solaire, et de Taichi qui courait, il ne savait plus trop où, courant à en perdre haleine, ses mains se levant vers le ciel comme s'il tentait d'attraper désespérément quelque chose. Il se souvint que Taichi fit un saut, tentant d'attraper de son poing le soleil qui chauffait la terre du Digimonde et de son sourire, cet éclat qui avait secoué Yamato, voyant en ce garçon volontaire un être qui échappait aux lois du monde.

Il n'avait jamais oublié cette brève image de Taichi, qui n'avait pas duré plus d'une minute, deux peut-être, alors qu'ils faisaient une pause lors de leur voyage dans le Digimonde. Mais ce mouvement, capable d'écraser toutes les lois et règles, ce geste du poing voulant attraper le soleil avait hanté Yamato pendant longtemps, se rappelant de ce rire amusé et victorieux, et de la chaleur, presque étouffante, qui n'avait pas entravé Taichi.

Le temps fit son œuvre et Yamato oublia cette image qui avait provoqué en lui une étouffante sensation, une impulsion féroce qu'il avait mis sur le compte de son sentiment d'amitié pour Taichi, cette amitié sulfureuse qui se prouvait par des coups de poings et des disputes. Il apprit que Taichi et Sora sortaient ensemble, et presque aussitôt que c'était déjà fini. Il n'eut même pas le temps d'éprouver quoi que ce soit à ce sujet.

Et maintenant, c'était son tour. Il sortait avec Sora. Quelque part cette idée le troubla plus qu'il ne l'avait pensé.

- Yamato ? Yamato, ça va ?

Il sursauta légèrement et vit que Sora le dévisageait, un peu soucieuse.

- Tu as l'air ailleurs ? Quelque chose te tracasse ? demanda-t-elle doucement.

- Tout va très bien, l'assura-t-il avec un sourire paisible. Je me demande juste si Gabumon ne se goinfre pas trop à la maison.

Rassurée, Sora eut un petit rire. Leurs Digimons étaient restés dans leur maisons respective, le temps que Yamato accompagne Sora.

- Tu laisses beaucoup trop de sucreries à sa portée, ajouta-t-elle, continuant à sourire.

- Même si je les cachais, je peux te parier qu'il serait capable de se digivolver juste pour les atteindre, répondit Yamato en soupirant à cette pensée.

Sora rit de nouveau. Son visage affichait un tel bonheur que Yamato ne put s'empêcher de l'embrasser doucement sur le front, entourant ses épaules de son bras protecteur. Sa petite amie rougit mais se laissa faire, profitant de l'instant.

- Je t'aime, avoua-t-elle de cette voix un peu gênée comme à chaque fois qu'elle parlait de ses sentiments.

« Je veux être avec toi… »

La voix de Taichi. Ses baisers. Son poing qui se refermait sur le soleil.

Yamato ne put s'empêcher de frissonner et pour cacher son trouble, sourit tendrement à Sora avant de l'embrasser légèrement sur les lèvres. Sora se serra contre lui et quelque part, la sensation de son contact lui rappela celui de Taichi, pourtant si différent, si fort et si tendre à la fois, son regard dans le sien.

« Ose dire que tu ne veux pas être avec moi… »

Taichi. Le soleil. Son rire.

« Tu ne peux pas sortir avec Sora. Parce que… parce que… »

Il ne rendit même pas compte qu'ils étaient arrivés devant le club et, la tête un peu ailleurs, laissa Sora partir, lui faisait un signe. Il la regarda courir, si jolie, et compréhensive, lui envoyant un baiser par-dessus son épaule.

Et l'image de Taichi demeura de nouveau ancrée à sa rétine.


Tailmon plongea son regard dans celui d'Agumon qui, désemparé, tenta de faire marche arrière.

- N'y pense même pas, gronda Tailmon, ses pattes griffues croisées sur son ventre, gardant de plein pied la porte fermée de la chambre. Hikari doit avoir une conversation avec Taichi. Moi aussi d'ailleurs, je voudrais en savoir plus.

- Je n'ai rien à dire, répliqua Agumon, tentant d'avoir l'air menaçant.

- Oh, vraiment ? répondit Tailmon sur un ton narquois et sous l'œil apeuré d'Agumon, elle pointa une de ses griffes d'un mouvement désinvolte bien que son intention était parfaitement claire.

Agumon grogna.

- Taichi est mon ami. Je ne vois pas pourquoi je devrais te dire tout que je sais à son sujet. Jamais je ne le trahirai. Tu comprends pourquoi.

Tailmon soupira et remit correctement sa griffe au grand soulagement d'Agumon.

- Il n'y a pas que toi. J'ai parlé à Gabumon ce matin au café. Il pense aussi que la réaction de Yamato est liée à celle de Taichi. Or, tu es l'ami de Taichi.

Agumon hésita un instant, regardant ailleurs. Il ne voulait pas trahir son ami mais le souvenir de Taichi, pleurant dans ses bras lui parut bien trop insoutenable pour être gardé pour lui seul.

- Taichi a dit qu'il voulait parler avec Yamato hier. Il est revenu pas très longtemps après. Et quand je lui ai demandé ce qu'il se passait, il s'est mis à pleurer, bien qu'il ne m'a pas dit pourquoi. Je… Je ne l'ai jamais vu comme ça, Tailmon, ajouta-t-il, complètement perdu. Jamais je ne l'ai vu aussi triste.

Tailmon eut un petit signe de tête.

- J'espère que Taichi sera plus bavard face à sa sœur.


- Tu as embrassé Yamato.

Ce n'était pas même une question mais bien une affirmation. Taichi grogna et tourna le dos à sa sœur, fixant le mur. Allongé sur son lit, il préférait encore détourner les yeux que d'affronter le regard clairvoyant d'Hikari, assise près de lui.

- Je n'ai pas envie de parler, déclara-t-il d'une voix étouffée. Ca te ne regarde pas.

- Je sais. Mais tu es mon frère et je veux que tu sois heureux. Et là, tu ne l'es pas.

Hikari fixa les cheveux de son frère qui avait posé son avant-bras sur son front, le soutenant comme s'il allait tomber. Ses épaules étaient tendues et dans sa voix il y avait quelque chose d'amer qui ne lui allait pas.

- Pourquoi tu l'as embrassé ? demanda Hikari.

Silence.

- Je ne suis pas là pour te juger, Taichi, ajouta-t-elle d'un ton doux. Je veux juste comprendre.

Taichi, lentement, se redressa et s'assit contre le mur, remontant les genoux contre son torse. Il retira le bandeau qu'il portait et passa une main sur ses tempes, les massant légèrement comme s'il avait mal à la tête. Il demeura silencieux un moment puis, dans un geste d'une profonde tristesse, il appuya son front contre ses bras.

- Je crois que je l'aime, avoua-t-il tout bas. Je ne sais même pas comment, ni pourquoi. C'est dingue, non ?

Il tenta de rire mais le son qu'il produisit fut si métallique qu'il ne trompa personne.

- C'est tellement cliché de dire ça. Moi, amoureux de mon meilleur ami, tu vois le tableau ?

Hikari ne dit rien. Elle savait que Taichi avait besoin de parler et le forcer à répondre ne ferait que le renfermer sur lui-même. Compréhensive, elle se rapprocha de son frère, s'appuya contre le mur à son tour, posant une main sur son épaule. A ce contact, Taichi n'eut aucune réaction. C'était comme si Hikari n'était plus là.

- C'est trop bête, comment… comment j'ai pu faire ça… ?

- Et… Et lui ?

Hikari avait hésité mais elle brûlait d'envie d'en savoir un peu plus.

- Il m'a embrassé à son tour. Il s'est laissé faire, m'a même répondu. Au début, je n'ai pas compris. Puis j'ai aimé. J'ai compris. Mais il ne veut pas laisser Sora.

- Il sort avec elle. Et elle l'aime vraiment.

- Mais lui ne l'aime pas. Je le sais.

Hikari regarda son frère. Taichi avait relevé la tête et fixait la porte de sa chambre. Hikari vit les photos de tous les Digisauveurs collées dessus, dont une où Yamato et Taichi riaient face à l'objectif, se tenant par l'épaule. Ils semblaient tous deux si heureux que Hikari se demanda pourquoi elle n'avait pas compris plutôt, n'avait pas envisagé ce lien entre les deux garçons. Quelque chose d'étrange et d'ambigu qui leur était propre, qu'on remarquait au premier regard. Une sorte de frontière indéfinie qui ne cessait de se modifier.

Cette frontière que Taichi avait franchi en embrassant Yamato.

- Qu'est-ce que tu vas faire, demanda doucement Hikari à son frère.

- Je ne sais pas. Je ne veux pas briser leur couple. Je ne veux pas briser Sora.

- Tu as vraiment envie d'être avec Yamato ?

Taichi ne répondit pas tout de suite. Mais lentement, Hikari vit un sourire s'épanouir sur ses lèvres, un sourire tendre, paisible, qu'elle ne lui avait jamais vu. Un sourire de contentement pur.

- Oui, j'en ai vraiment envie.

Hikari sourit à son tour. Tendrement, elle posa sa tête contre l'épaule de son frère.

- Si c'est ce que tu veux, je ne t'empêcherai en rien. Je ne dirai rien si tu veux. Je veux que tu sois heureux, c'est tout.

Surpris, Taichi regarda sa sœur et son sourire s'élargit un peu plus. De nouveau, l'image de Yamato, appuyé contre la fenêtre, les yeux clos, un sourire paisible aux lèvres, lui vint. Et sans vraiment s'en soucier, il fredonna doucement l'air simple que son meilleur ami n'avait jamais réellement cessé de jouer à l'harmonica.


Il se souvenait vaguement de la première fois qu'il avait éprouvé du désir pour Taichi. Très vaguement. C'était peut-être plus tard, bien plus tard après le moment où Taichi avait couru et fait mine d'attraper le soleil, mais c'était une image relativement violente, et crue pour qu'il s'en rappelât légèrement.

Ils s'étaient battus. Encore une fois. Il ne se souvenait plus pourquoi et de toute façon cela n'avait pas d'importance. Ils s'étaient donc battus, frappés comme seuls deux enfants de onze ans pouvaient le faire, avec leur force maladroite et incomplète, des coups qui étaient portés à un endroit qu'on ne voulait pas, des mouvements violents mais qui ne savaient pas être dangereux. Taichi avait fait mine de le clouer au sol et avait utilisé tout son poids pour ça. Et Yamato, à cet instant, le corps brûlant de douleur, avait senti le contact de la peau de Taichi et l'odeur forte de la terre, de la transpiration de son ami, et l'effluve discrète du bois brûlé lui vint aux narines. Ce fut comme une décharge électrique.

Il avait repoussé Taichi et il se souvint plus tard qu'ils s'étaient réconciliés mais cet instant, cette odeur sauvage et le contact de la peau de son ami avaient éveillé quelque chose de brutal, de féroce en lui. Il avait vu Taichi, avait contemplé ses yeux bruns qui étaient plus clairs au soleil, et il l'avait désiré. Pendant un long instant, il l'avait désiré de tout son être, dans un mouvement de rage et de passion qui ne l'avait pas répugné. Il savait qu'il était un préadolescent avec ses pulsions, ses désirs, il le savait pertinemment. Mais cette peau marquée par les bleus, la chaleur de son corps contre lui, et l'odeur, oh cette odeur violente lui avaient perdre la tête. Il avait voulu mordre, embrasser, lécher comme un animal déchaîné mais n'avait rien fait.

Il n'avait plus rien éprouvé ensuite. Ce fut la seule fois qu'il éprouva du désir pour son ami, du moins dans le Digimonde. Ils grandirent, devinrent des adolescents. Taichi, au fond, n'avait pas tellement changé mais les subtiles modifications avaient néanmoins un effet particulier. Sûr de lui, riant et tentant toujours d'attraper le soleil, il jouait au football avec une aisance désinvolte, se souciait de ses amis, et derrière son sourire ne dévoilait jamais réellement ses pensées. Yamato comprit peu à peu que son attitude, son charisme, attiraient autant de filles que de garçons. Cependant Taichi continuait à sourire, et ne nouait plus de relations depuis sa rupture avec Sora.

Taichi était resté Taichi. Même son odeur n'avait pas changé. Cette odeur du Digimonde qui lui était sienne à présent, et que Yamato avait redécouvert en embrassant Taichi. Ce baiser qu'il avait voulu trois ans plus tôt, ce baiser qu'il avait désiré, ce corps contre lui qui lui faisait mal mais qu'il voulait.

C'était complètement différent des baisers de Sora, doux et tendres. Les mains de Sora, la peau de Sora contre la sienne avait un contact différent, et son odeur n'était pas la même. Voilà pourquoi il avait répondu à Taichi, répondu à son baiser.

« Je veux être avec toi. »

Yamato, en y repensant, soupira. Il avait chaud, tenaillé par des émotions contraires. Que devait-il faire… ?

Taichi l'embrassant, le serrant contre lui. Le désir se mua doucement en une sensation qu'il ne savait pas maîtriser.

Sora, Taichi…


- Ken ! Ken, ouvre-moi, je t'en prie !

Le jeune garçon, un peu surpris, demeura devant la porte close. Son Digimon, également un peu décontenancé, grimpa sur son épaule.

- Daisuke ?

- Je t'en prie, Ken, ouvre-moi…

Et à cet instant, Ken, bien que la porte fût fermée, entendit très clairement une sorte de sanglot lui parvenir, comme si Daisuke se retenait de fondre en larmes sur le palier. Il ouvrit la porte et dans un mouvement violent, Daisuke entra et s'écroula dans les bras de Ken qui sut aussitôt qu'il avait raté un épisode. Chibimon, ayant l'air aussi très abattu, entra à son tour d'un petit bond et fit un signe un peu crispé à Wormmon qui avait l'air stupéfait.

Ken, abasourdi, tenta de regarder Daisuke mais ce dernier se cramponna désespérément à lui, pleurant contre son épaule. Il tremblait tant que chacun de ses sanglots le faisait tressaillir, comme s'il recevait un coup dans la poitrine. Désemparé, Ken passa une main dans le dos de son meilleur ami qui continua un instant de pleurer. Peu à peu, ses larmes se firent moins douloureuses et il se redressa, un peu honteux, les yeux rouges et gonflés évitant le regard de Ken.

- Je suis désolé… de passer à l'improviste, dit-il enfin d'une voix gonflée par les sanglots. Mais… je… je savais pas quoi faire…

- Ne t'en fais pas, répliqua doucement Ken en souriant. Viens dans le salon, mes parents ne sont pas là. Je vais te préparer un chocolat chaud.

Daisuke répondit timidement à son sourire puis fit ce que Ken lui avait demandé. Tous deux avaient leurs petites habitudes, leurs petites manières. Leur amitié, depuis que Ken avait brisé tout ce qui constituait chez lui le Kaiser, n'avait fait que prendre de l'ampleur. Daisuke se trouvait apaisé par le caractère paisible de Ken, et ce dernier s'ouvrait plus aux autres grâce à Daisuke. Ils différaient sur bien des points mais leur passion commune du football, ainsi que les liens avec le Digimonde les rapprochait tous deux. Ken savait que lorsque Daisuke se sentait mal, un chocolat chaud et être à ses côtés suffisait pour qu'il retrouve la forme. Quant à Daisuke, il pouvait à chaque fois savoir quel était l'état d'esprit de son ami rien que fixant ses yeux. Leurs Digimons eux-mêmes avaient développé une réelle amitié, adorant passer du temps entre eux.

Ken prépara le chocolat chaud comme Daisuke l'aimait puis le lui porta dans le salon. Le jeune garçon avait encore les yeux rouges et reniflait de temps à autres, le souffle court. Le dos voûté, il tapait du pied sous la table et ne fixait rien en particulier. Il y avait dans son expression quelque chose qui ressemblait à Taichi, ce mélange de dynamisme et de désinvolture, l'éclat téméraire de ses yeux. Ses cheveux d'un brun de cuivre en bataille semblaient encore plus en désordre et il passait de temps à autre une main sur les lunettes qu'il avait sur le crâne, cadeau de Taichi qui symboliquement lui passait la main en tant que leader des Digisauveurs.

Ken s'assit près de lui, et lui présenta sa tasse de chocolat. Daisuke fit un signe de tête pour le remercier puis but une gorgée, tenant la tasse des deux mains comme un enfant. Les yeux clairs de Ken le fixèrent, attentifs.

- Qu'est-ce qui s'est passé, Daisuke ?

Le jeune garçon but une autre gorgée de son chocolat chaud puis, silencieux, il contempla la tasse comme s'il avait découvert une pièce d'or à l'intérieur. Après un temps, il eut un rire forcé.

- Je me suis fait jeter, avoua-t-il en tentant de rire de nouveau, sans succès. Et le plus drôle, avant même de pouvoir lui proposer de sortir avec moi.

Ken soupira.

- Hikari, c'est ça ?

Tout le monde savait que Daisuke avait toujours eu un faible pour la sœur de Taichi, et Ken savait parfaitement pourquoi son ami aimait Hikari : c'était une jeune fille gentille et avenante, mais qui possédait un caractère bien à elle, qui forçait le respect. Daisuke avait tenté plusieurs fois de lui faire comprendre qu'il aimait, et il était évident que Hikari n'éprouvait pas les mêmes sentiments que lui. Mais il avait continué, avec plus de subtilité, il est vrai, de lui montrer qu'il tenait à elle.

Il fallait donc croire qu'Hikari avait été claire une bonne fois pour toutes.

- Comment ça s'est passé ? demanda Ken après un moment de réflexion.

- En fait, j'ai voulu appeler Taichi pour avoir un conseil, comme tu sais que j'ai un match bientôt, je voulais lui demander quelque chose à propos d'une de ses techniques qui est géniale. Hikari a répondu à sa place et m'a dit que son frère était couché, qu'il se sentait un peu malade. Et… et comme elle était là, à m'écouter, je… je lui ai demandé si… si une sortie au ciné avec moi lui plairait…, fit Daisuke, la gorge nouée.

Il se tut et de nouvelles larmes, plus amères et douloureuses que les précédentes, coulèrent sur ses joues. Il voulut boire une autre gorgée de chocolat mais ses mains tremblaient tellement qu'il en renversa un peu sur la table.

- Elle m'a dit… elle m'a dit qu'elle ne voulait pas… me donner de faux espoirs… et elle m'a avoué… qu'elle sortait avec Takeru depuis déjà quatre mois…, hoqueta Daisuke, incapable de continuer correctement. Je crois que c'est ça qui m'a fait le plus mal, qu'elle ne m'ait rien dit par rapport à Takeru… Elle veut qu'on reste amis… Mais ça fait mal… ça fait tellement mal…

Il ne put en dire plus, suffoqué par les sanglots qui remontaient sans cesse, incapable de faire face à sa première déception amoureuse. Au fond, il avait toujours su qu'Hikari ne l'aimait pas, mais il avait continué à espérer encore un peu, espérer qu'elle changerait d'avis. Cependant, au fil du temps, elle s'était réellement détournée de lui, et avait choisi Takeru, celui qu'elle connaissait depuis longtemps, celui qui la faisait rire, celui qui savait lui parler tendrement. Il n'avait peut-être que douze ans, mais la douleur qu'il ressentait lui donnait l'impression d'avoir trop vécu.

Ken, décontenancé, ne savait que dire. Il ne lui était jamais arrivé de ressentir de l'attirance pour quelqu'un, et la souffrance de Daisuke lui paraissait un peu étrangère. Mais c'était son meilleur ami, celui qui l'avait aidé à se redresser après toute la période sombre qu'il avait traversée il y avait si longtemps.

Il posa une main compatissante sur l'épaule de son ami qui avait caché son visage dans ses bras.

- Je suis désolé, chuchota-t-il d'une voix rassurante. Vraiment désolé. Mais ne t'en fais pas, Daisuke. Tu t'en remettras. Je ne sais pas combien de temps il te faudra, mais tu t'en remettras… et quand tu te sentiras de nouveau attiré par quelqu'un, tu sauras que ta douleur sera apaisée.

- Comment… Comment tu peux en être aussi sûr ? dit faiblement Daisuke, relevant la tête, et Ken comprit qu'il savait qu'il n'avait jamais été amoureux.

- Je le sais car ce genre de douleur, on peut tous l'éprouver. Mais je sais que tu trouveras quelqu'un de bien, et je sais que tu te diras que cette personne sera mieux, mille fois mieux qu'Hikari. Il te faudra du temps, c'est tout.

Il eut un sourire paisible.

- En attendant, si jamais tu as un problème, que tu te sens triste, je serai là, dit-il doucement.

Daisuke le dévisagea un moment et sur ses lèvres un sourire s'afficha, beaucoup plus serein et rayonnant que le rictus qu'il avait tenté de faire auparavant.


Et au fond de lui, Ken ne put s'empêcher de penser que cela lui suffisait amplement.

Izzmon dit : J'ai appris pour Daisuke, c'est vraiment pas de chance pour lui : (.

Paramedical dit : C'est sûr, heureusement que Ken le soutient, sinon il serait vraiment à ramasser à la petite cuiller.

Izzmon dit : Ouep. Sinon ton stage, ça se passe bien ?

Paramedical : Impec. Être assistant du docteur Kishiwada, c'est super. Un peu dur quand même, surtout qu'il m'arrive de ces trucs parfois…

Izzmon dit : Raconte, raconte : D

Paramedical : Ah non, sinon je viole le secret médical, j'ai pas envie de me faire virer au bout d'une semaine ( .

Izzmon dit : ^o^

Paramedical : Et toi, tu as eu une réponse de l'école ?

Izzmon dit : Pas encore. Je stresse , j'ai peur de pas être accepté.

Paramedical : Ca m'étonnerait que tu sois pas accepté, vu ton niveau. Tu es doué, Ko.

Izzmon dit : =^__^=

Izzmon dit : Sinon, j'ai un truc à te dire, bon heu, tu le gardes pour toi mais j'aimerais bien avoir un conseil é__è.

Paramedical dit : D'accord ^^. C'est pour quoi ?

Izzmon dit : Je pense que je suis amoureux.

Paramedical dit : …. Ouah, TOI, amoureux ? C'est quoi, c'est un Mac, un processus dernier cri ?

Izzmon dit : D8 connard.

Paramedical dit : Je plaisante, je sais que tu as (encore) une vie sociale.

Izzmon dit : Je vais me déconnecter si tu continues.

Paramedical : lol allez dis-moi tout.

Izzmon dit : Je peux pas trop, c'est gênant, c'est la première fois que ça m'arrive. T'es le seul à qui je peux le dire, je sais que tu vas pas te moquer de moi.

Paramedical : Taichi non plus, ni les autres.

Izzmon dit : Justement. J'aime quelqu'un du groupe.

Paramedical dit : OO ? Qui ?

Izzmon dit : Je peux pas te le dire.

Paramedical dit : C'est pas moi quand même ?

Izzmon dit : o, nooon ! C'est… raaah je peux pas le dire !

Paramedical dit : Koushiro… si tu veux pas le dire, donne-moi au moins un indice.

Izzmon dit : Du genre ?

Paramedical dit : Fille ou garçon ?

Izzmon dit : ….

Paramedical : Oh je t'en prie, je sais parfaitement que tu aimes les deux ;).

Izzmon dit : Je n'aurai jamais dû jouer à ce « Action ou Vérité » au voyage de fin d'année. Bon ok, garçon.

Paramedical : Tu penses être amoureux depuis combien de temps ?

Izzmon dit : Depuis plusieurs mois, peut-être plus d'un an. J'en sais rien en fait, j'étais peut-être attiré par lui depuis plus longtemps.

Paramedical dit : Eh… tu penses avoir une chance ?

Izzmon dit : Non, aucune. Il s'intéresse pas à moi. C'est perdu d'avance. Mais j'y peux rien, il m'attire.

Paramedical dit : Je suis désolé pour toi, ça doit être dur : (.

Izzmon dit : jkljkshieisjdhf

Paramedical dit : ?

Izzmon dit : Désolé, Tentomon a voulu faire le malin avec le clavier.

Paramedical dit : Je vais y aller, je dois finir de rédiger un rapport .

Izzmon dit : lol bon courage

Paramedical s'est déconnecté de la conversation.


Besoin de te voir demain. Rendez-vous au café de ce matin, à 10h. Je dois te parler.

Taichi secoua la tête, les yeux fatigués et brumeux devant l'écran de son téléphone portable. Installé au chaud sous sa couette, Agumon ronflant comme un bienheureux pelotonné contre lui, il soupira, referma son portable et reposa la tête sur l'oreiller.

Il n'avait pas envie d'y aller. Pas du tout. Il n'avait pas envie de voir Yamato, ou plutôt de savoir ce qu'il allait dire. Il était épuisé par tous les évènements qui s'étaient déroulés en même une journée. Le fait d'avoir embrassé Yamato, de lui avoir avoué ses sentiments, de découvrir qu'il y avait autant de chance de que malchance que son meilleur ami le rejette. Il se connaissait suffisamment pour savoir qu'il réagirait du mieux qu'il pourrait si jamais Yamato refusait d'être avec lui. Il sourirait, lui dirait « c'est pas grave, on est amis, non ? » puis tous deux replongeraient dans leur amicale routine, Yamato avec Sora, et lui tentant d'aller bien.

C'était comme ça qu'il avait réagi lorsqu'il avait appris que Sora et Yamato étaient ensemble. Le bon, le loyal Taichi avait eu un grand sourire et avait dit qu'il était heureux. Mais ce n'était pas le cas. La nouvelle avait déversé une impression de froid dans toute sa poitrine et pendant tout le reste de la soirée, un bloc de glace avait grandi, bloqué tout son corps. Il avait ri avec les autres, plaisanté comme à son habitude avec Sora et Yamato mais au fond de lui, il s'était senti dériver, incapable d'être réellement avec les autres.

C'était à partir de cet instant qu'il avait commencé à se poser des questions, et, peu à peu, des souvenirs, d'abord flous, puis de plus en plus précis, avaient recommencé à faire surface, datant de plusieurs années : Yamato jouant de l'harmonica, endormant son frère, Yamato appuyé contre la fenêtre et ses yeux de feu sous le soleil, tandis que Taichi buvait une gorgée d'eau qui lui glaçait la langue. Il ne comprenait pas au début et restait perplexe, se demandant bien la signification de tout cela. Et progressivement, il comprit que toutes ces images, toutes ces sensations avaient été le produit premier d'un sentiment encore maladroit, à peine ébauché, qu'il n'avait pas perçu comme tel auparavant. Hésitant, ne sachant que faire, il avait préféré ne rien dire, pour ne blesser personne.

Mais la vision de Yamato avec Sora lui était intolérable, l'empêchait de respirer. Et ce qu'il ressentait, cette brume qui l'attirait, lui faisait mal, trop mal.

Embrasser Yamato lui avait ouvert les yeux. Ca avait été comme être à la source de toutes ces émotions disparates, d'assembler ce qui avait toujours été pour lui un puzzle irréalisable. Le sentiment qu'il éprouvait était devenu concret : il était amoureux de Yamato.

Pas d'importance. Il ne voulait pas être celui qui blesserait Yamato. Ou Sora. Ou être blessé. Tant à perdre finalement.

Ce fut donc songeur qu'il se blottit contre son Digimon, avant de s'endormir profondément.


Koushiro éteignit son ordinateur, avant de se frotter les yeux. Il avait encore passé trop de temps devant l'écran et même s'il adorait ça, la douleur de ses paupières commençait à l'agacer de plus en plus. Il resta assis un moment à son bureau, les jambes étendues, le visage fermé.

Il regrettait d'avoir dit à Jyou ce qu'il ressentait. Non pas qu'il n'avait pas confiance en Jyou, c'était même le contraire. Derrière ses allures de garçon timide, nerveux, voire un tantinet hypocondriaque, Jyou était peut-être l'une des personnes les plus fiables, les plus responsables que Koushiro connaissait. Parfois, dans le Digimonde, Jyou avait fait preuve de plus de sang-froid que tous les Digisauveurs réunis et depuis leur aventure, qui au fond avait duré plus de trois ans, Jyou s'était vu conférer un immense respect dans le groupe, même si parfois il ne semblait pas en prendre conscience

Non, ce qui gênait Koushiro avait été de dire qu'il était amoureux, tout simplement. Le simple fait de l'écrire avait mis les choses au clair, des choses qui ne pourraient jamais se produire. Il était parfaitement conscient que malgré tous ses efforts, celui dont il était amoureux ne se tournerait jamais vers lui. C'était ainsi. Même si ça faisait mal. Il comprenait parfaitement la douleur de Daisuke qui s'était fait rejeter par Hikari, il connaissait que trop bien ce sentiment d'impuissance et surtout de solitude quand tous les espoirs avaient été réduits à néant. Peut-être même qu'il comprenait Taichi et cette amertume de voir Sora être avec son meilleur ami, même s'il ignorait que c'était pas le cas. Le plus dur était peut-être que lui, contrairement à Daisuke et Taichi, ne s'était pas déclaré.

Même si ses amis l'aimaient, ils semblaient presque ignorer parfois que Koushiro était capable d'éprouver des sentiments amoureux. Ils n'avaient de lui que ce garçon sûr, qui derrière un ordinateur savait faire des prouesses, dicter des opérations et des stratégies. Jamais il ne leur était venu à l'esprit que lui, petit génie de l'information, pouvait être attiré par autre chose qu'une merveille de la technologie.

Koushiro sourit légèrement, un peu amèrement. Il exagérait, comme toujours. Ce n'était pas grave au fond. Il était amoureux. Et incapable de se déclarer. Trop bête.

- Tu parles d'un génie, dit-il à voix haute, sans vraiment s'en rendre compte.

- Hum, tu as dit quelque chose, Koushiro ? fit alors Tentomon qui s'était mis sur son lit depuis un moment, attendant que son ami se couche.

Koushiro tourna la tête pour voir son Digimon, ses grands yeux verts d'insecte électrique. Il sourit une nouvelle fois.

- Rien, je me parlais.

- Tu crois que tu as bien fait de le dire à Jyou ?

- Ne t'en fais pas, Tentomon, répondit Koushiro d'une voix apaisante. J'ai confiance en Jyou.

Il se leva, s'étira puis alla s'assoire sur son lit. Tentomon se rapprocha de lui et posa ses pattes sur sa jambe gauche, voulant attirer son attention.

- Tu ne lui diras jamais, hein ? dit-il d'une petite voix soucieuse.

- Ca… Je n'en sais rien…, finit par avouer son ami, songeur.

- Je suis triste pour toi, tu sais, reprit son Digimon en secouant un peu la tête. Tu mérites d'être heureux.

Koushiro soupira puis s'allongea sur son lit, croisant ses mains sous la nuque, contemplant le plafond un instant. Puis, pris d'une inspiration soudaine, il se redressa, prit quelque chose sous son lit. C'était la photo du Digimonde, la photo du groupe des huit Digisauveurs de l'époque, en compagnie des Digimons. Il se rallongea, une main sous la nuque de nouveau, levant la photo au niveau de ses yeux.

Tentomon émit un bruit qui ressemblait à un soupir agacé. Pratiquement tous les soirs, Koushiro regardait cette photo, et pratiquement tous les soirs, il était triste. Les Digimons étaient capables de ressentir les émotions de leurs amis, c'était un lien que nul ne pouvait briser et regarder Koushiro froncer les sourcils, tracer du doigt le visage de la personne qu'il aimait, faisait mal à Tentomon, car cela faisait mal à son ami.

Koushiro ferma les yeux, se traita intérieurement de fleur bleue, se prit en ridicule. Mais il ne put s'empêcher de garder la photo dans ses mains.

C'était du papier glacé, mais quelque part, ça valait mieux que rien.

A suivre…