Voilà la partie deux /o/ Bon, j'espère que cette fois, la miss sera satisfaite xD Sachez qu'il y a des passages que j'ai dû couper ou vous vous seriez retrouvés avec une véritable fan fiction à chapitres et... comment vous dire... Je dois d'abord terminer celle que j'ai commencé ou je risque de me faire taper sur les doigts xD Mais en fait, j'aime vraiment beaucoup Whyll, du coup :3 Enfin bref, suite et fin /o/ En espérant que ça vous ait plu ^^
Leur mission était simple : sauver Peeta. Dans l'hovercraft, le silence était maître. Gale s'était porté volontaire immédiatement. Prévisible. Il voulait revoir le sourire de Katniss. Mais il nourrissait aussi un espoir plus secret, un dont il n'avait jamais parlé. Même pas à sa mère.
Il avait gardé le regard de Whyll dans un coin de sa mémoire. Il n'était jamais retourné aux abords du District 12, à la lisière de la forêt où il avait laissé le Pacificateur se sacrifier.
Il avait vu les dégâts causés par le bombardement, mais il n'avait jamais osé retourner à l'ombre des arbres. Il avait peur de ce qu'il aurait pu y trouver. Parce qu'il était toujours traumatisé par ce qu'il avait pu découvrir dans les décombres du District 12.
De la cendre, des débris, des corps calcinés, entassés les uns sur les autres, l'odeur de putréfaction plus forte que toutes les autres. Le carbone vous emplissait les poumons à la moindre inspiration et vous empoisonnait les sens.
La base des Pacificateurs n'existait plus non plus. Et l'ancien mineur faisait tout son possible pour ne pas se raccrocher aux quelques souvenirs qu'il avait construit dans cet endroit. Il ignorait le tiraillement dans sa poitrine à chaque fois qu'il passait devant les ruines.
Cependant, tout ça était derrière lui depuis bien longtemps. Sa jambe tressautait à cause de l'adrénaline et du stress, son pied battant en rythme contre le fond de l'hovercraft. Son doigt était pressé contre la détente de son arme, elle-même gardée contre lui comme un bouclier. Ils approchaient dangereusement des protections du Capitole. Tout allait se jouer dans les secondes qui suivraient.
Gale retint sa respiration quand le Capitaine les informa qu'ils avaient passé l'obstacle sans difficultés. L'ancien mineur remercia mentalement Beetee en levant les yeux au ciel. Plus que quelques kilomètres, quelques coups d'aile pour un oiseau. Il inspira profondément. Il n'avait qu'un objectif. Les Tributs.
Il chassa le sourire fantomatique qui s'imposa dans son esprit. Il secoua subrepticement la tête. Il n'avait pas le temps de penser à ça. Ce n'était pas une priorité. Enfin, si jamais il venait à tomber sur ce regard, alors peut-être que…
- Vous êtes prêts ?! On descend dans deux minutes !
Les hurlements sortirent Gale de sa rêverie. Le raid allait commencer. Il n'était plus question de sa petite personne mais du sauvetage des Tributs. Il ne comptait plus. Le sourire et les yeux verts ne comptaient plus.
Il répéta les noms de ceux qu'ils étaient censés secourir. Annie, Johanna, Peeta. Annie. Johanna. Peeta. Et, contre sa volonté, un dernier prénom s'imposa dans son esprit. Whyll.
Ils les avaient retrouvés. Mais ils n'avaient plus le temps de s'attarder. Gale était toujours méfiant. Il trouvait que quelque chose avait changé chez Peeta. Il n'arrivait pas à dire quoi, mais il en était certain. Il en avait parlé aux autorités présentes. Celles-ci n'avaient rien voulu entendre.
Il ne pouvait cependant s'empêcher de garder les yeux rivés sur le dos de l'ancien Tribut du District 12, prêt à agir au moindre mouvement suspect. Le bruit des pas du groupe résonnait contre les murs et la lumière était revenue. Mauvais signe. Pourtant, aucun Pacificateur ne vint pour les arrêter. Ils étaient libres d'aller là où ils le voulaient. Toujours plus suspect.
Gale essaya de se re-concentrer sur sa course. Ils avaient presque rejoint l'hovercraft. Et pourtant, l'ancien mineur restait légèrement déçu. Il essaya d'endiguer ce sentiment. Ils avaient accompli leur mission. L'opération avait été un succès total.
La sortie n'était plus qu'à quelques mètres. Les cellules défilaient dans sa vision périphérique.
- Gale ?
L'ancien mineur marqua un temps d'arrêt. Voilà qu'il entendait des voix maintenant. Il jeta un regard circulaire sur le couloir, tentant de se persuader qu'il avait imaginé cette voix. Une voix qu'il avait dû supporter premièrement, puis qu'il avait appris à apprécier.
Seulement, dans son observation, ses yeux se posèrent sur une silhouette. Il s'approcha, sa prise un peu plus forcée sur son arme. Il devait parer à toute éventualité. Il détailla alors la forme face à lui. Son cœur se serra.
Son regard était tombé sur deux grands yeux verts. Des yeux qu'il aurait reconnu entre mille grâce à cet éclat qu'il pouvait encore voir dans les pupilles jade.
Ses pas, jusqu'alors hésitant, furent plus rapides à mesure qu'il s'approchait de la cellule de verre. Lorsqu'il atteignit son but, il posa une main tremblante sur la paroi. Il déglutit difficilement.
Il savait que face à lui se trouvait le Pacificateur. Il n'arrivait juste pas à assimiler le visage émacié, les cheveux sales. L'homme face à lui était clairement plus faible que celui qu'il avait rencontré quelques semaines plus tôt. Mais il était en vie.
- Whyll ! Je vais te faire sortir de là, d'accord ?!
L'autre laissa un faible sourire déformer ses traits avant de hocher lentement la tête. Gale émit un grognement de frustration. Il ne savait pas ce que les chiens du Capitole avaient fait subir à Whyll, mais ils allaient payer.
Il indiqua au Pacificateur de reculer et tira. Verre blindé. Il jura avant de frapper de toutes ses forces contre le verre. Les coups de feu avaient rameuté le reste de l'équipe. Gale serra les dents.
Il savait que Whyll ne faisait pas partie de sa mission. Il savait qu'il aurait dû passer son chemin, faire comme s'il n'avait pas vu cette silhouette fantomatique du coin de l'œil. Pourtant, il n'avait pas pu se résigner à abandonner le Pacificateur. Parce que ce dernier ne l'aurait jamais laissé tomber. Il avait même désobéi aux ordres de ses supérieurs pour aider l'ancien mineur à fuir. Et de ce qu'avait vu Gale, il avait payé le prix fort pour sa traîtrise. C'était donc à son tour d'aider Whyll. Coûte que coûte.
Seulement, son chef d'escouade ne parut pas de son avis et, quand il fut plaqué contre le mur de verre, il lança un regard noir à son supérieur.
- Gale, mais qu'est-ce que tu fous bordel ?!
L'ancien mineur essaya de retirer la main pressante sur le col de son uniforme.
- On doit le faire sortir d'ici. C'est lui qui m'a aidé à évacuer le District 12 et à fuir avant le bombardement. On ne peut pas le laisser derrière.
Il savait ses arguments peu frappants. L'évacuation du District 12 avait été un échec cuisant, le nombre de morts surpassant grandement celui des survivants. Les corps calcinés se décomposant toujours dans les rues défoncées étaient une preuve suffisante. Mais Whyll n'y était pour rien. Les habitants étaient les seuls responsables. Ils n'avaient pas su voir au-delà du casque que le Pacificateur avait gardé sur sa tête. Ils n'avaient pas daigné faire confiance à Gale, au moins pour cette fois.
- Qui est-il ? demanda le chef d'escouade, le ton bourru.
Il lâcha finalement l'uniforme de l'ancien mineur qui réajusta ses vêtements. Il n'arrivait pas à rester calme, pas alors que Whyll était là, à seulement quelques millimètres de lui.
- Whyll, un ancien Pacificateur.
La vérité parut difficile à avaler pour les autres, et celui qui dirigeait la mission laissa un rire amer sortir de sa gorge.
- Et tu voudrais qu'on le sorte de là ? Qui nous dit qu'une fois rentrés, il ne nous plantera pas un couteau dans le dos ?
Le rire avait disparu, cédant sa place à un air froid, dur, implacable. Gale sentait qu'il n'obtiendrait pas gain de cause. Il usa donc de sa dernière carte.
- Si vous ne voulez pas le libérer, laissez-moi ici.
Un murmure parcourut la petite troupe que l'escouade formait à elle seule. L'ancien mineur ne quitta pas des yeux son supérieur, le défiant du regard.
- Tu sais très bien qu'on ne –
- Alors aidez-moi à le faire sortir de cette putain de cage !
Il allait perdre le peu de contrôle qu'il avait sur ses nerfs. L'idée même que Whyll se trouve juste derrière lui, sûrement abasourdi par ce qu'il voyait, le rendait malade. Peut-être les révolutionnaires qu'ils étaient ne valaient finalement pas mieux que les enflures du Capitole aux yeux du Pacificateur. Gale ne savait pas s'il était capable de supporter la possible déception de Whyll.
Il ferma les yeux, espérant de tout son cœur qu'il avait marqué des points. Puis il entendit un déclic sonore. Il tourna la tête et découvrit que son chef d'escouade était entré dans la cellule, arme à la main.
De l'autre côté de la vitre, il voyait les lèvres de Whyll bouger, mais aucun son ne sortait de la bouche du Pacificateur. Que pouvait-il bien se passer au-delà du verre ? Il écarquilla les yeux quand le chef d'escouade pressa le canon de son arme dans le dos de Whyll, le faisant avancer lentement jusqu'à la sortie.
Le Pacificateur et Gale échangèrent un regard furtif. Et le cœur de l'ancien mineur s'emballa dans sa poitrine alors que son esprit réveillait les réminiscences de leur dernier contact. Il parvint presque à restituer le goût des lèvres de Whyll sur sa langue. Il s'empourpra en repensant à ce qui l'avait poussé à agir. La peur de la perte.
- S'il fait quoique ce soit de suspect, je lui tire une balle dans le crâne, asséna le chef de l'escouade à l'intention de Gale.
L'ancien mineur hocha vigoureusement la tête en sachant parfaitement que la menace était tout sauf vide.
Ils avaient repris leur course folle vers l'hovercraft depuis quelques minutes seulement lorsque Whyll montra des signes de faiblesse. De là où il était, Gale discernait parfaitement la respiration sifflante du Pacificateur, sa difficulté à courir, à tenir debout. Il avait gardé les yeux rivés sur le dos du plus vieux, essayant de passer outre les taches de sang sur le tee-shirt blanc. Lorsqu'il vit Whyll trébucher, Gale n'y tint plus. Il s'arrêta à sa hauteur et s'accroupit au sol, dos à lui, son arme coincé entre ses genoux et son thorax.
- Monte. Tu vois bien que tu ne tiens pas l'allure.
Il crut rêver quand il entendit un faible éclat de rire, puis le poids de Whyll sur son dos s'ajouta à celui de l'équipement qu'il transportait déjà. Quand il se releva, il ajusta la position de Whyll et se remit à courir, rejoignant rapidement les autres. Il pouvait sentir le souffle du Pacificateur contre son oreille. Cette simple sensation fit parcourir un frisson malin sur son corps. Et s'il n'était pas rouge jusqu'aux oreilles, il y avait sans doute un problème.
Il essaya d'ignorer toutes les réactions que Whyll faisait naître chez lui jusqu'à ce qu'ils atteignent finalement l'hovercraft. Là, il laissa le plus vieux descendre et l'aida même à s'asseoir. Quand il se détourna du Pacificateur, il croisa le regard désapprobateur d'Annie, celui complètement effrayant de Peeta, et celui moqueur de Johanna. Il allait répliquer à ce dernier quand une poigne puissante lui emprisonna les doigts.
Ses yeux descendirent sur sa main pour rencontrer également celle de Whyll. Le Pacificateur semblait se raccrochait à ce seul membre pour s'assurer qu'il était bien sorti de sa cellule. Le souffle de Gale resta coincé dans sa gorge. Que s'était-il passé dans cette satanée tour ?
Il s'agenouilla face à Whyll dont il ne voyait pas le visage. L'ancien prisonnier avait baissé la tête, échappant aux regards des autres. Gale garda la main de son vis-à-vis dans la sienne et serra légèrement.
- C'est bon, ne t'en fais pas.
Whyll le regarda alors dans les yeux et Gale sentit son cœur louper un battement. Le Pacificateur avait les joues baignées de larmes. Encore. Comme si leurs rencontres finissaient toujours de cette manière.
- Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? marmonna l'ancien mineur alors que la colère était déjà grandissante en lui.
Whyll secoua la tête, comme refusant d'en parler de peur que les chiens du Capitole ne viennent jusque dans les airs pour le ramener dans sa cellule. N'y tenant plus, Gale le prit dans ses bras, se fichant bien de ce que pourrait penser ses supérieurs. Il passa la main dans les cheveux sales de son homologue, tentant tant bien que mal de le rassurer. Une main se referma désespérément sur son uniforme et il sentit son tee-shirt se froisser contre sa peau.
- Whyll, tout va –
- Ils m'ont torturé et condamné à vie pour trahison.
L'électrochoc causé par la révélation laissa Gale sans voix. Torture. Condamnation. Whyll avait dû subir tout cela par sa faute. Lui, et lui seul, avait été la raison de toutes les peines de l'ancien prisonnier. Sa mâchoire se contracta violemment alors que la rage circulait déjà à vitesse grand V dans son sang.
Il aurait dû rester en arrière ce jour-là, le jour où Whyll s'était sacrifié pour lui permettre de fuir. Il renforça son étreinte, et le corps contre lui émit un léger grognement. Douleur.
Gale, dans son inquiétude, souleva le tee-shirt blanc de son vis-à-vis. Un haut le cœur le saisit à la gorge. La plaie était purulente. Et elle n'était pas seule. Le dos de Whyll avait été lacéré. Comme le sien l'avait été. L'ancien mineur grimaça avant de rabattre le tee-shirt sur la peau à vif.
Il s'éloigna juste assez pour pouvoir de nouveau croiser le regard de l'ancien prisonnier. Il vérifia que personne ne les regardait avant d'embrasser le front de son vis-à-vis du bout des lèvres. La prise de Whyll sur son tee-shirt se raffermit et il dut user de toute sa volonté pour se détacher du Pacificateur.
- Tu es en sécurité maintenant.
Il s'assura que Whyll en avait conscience. Gale ne voulait plus qu'il vive dans la peur d'être tué dans son sommeil, torturé à mort. Puis il rejoignit ses supérieurs après avoir laissé une dernière fois ses yeux parcourir le corps de l'ancien prisonnier de haut en bas.
Une main se referma sur son biceps tandis qu'il se rendait dans le cockpit de l'hovercraft. Gale rencontra la mine renfrognée de son chef d'escouade. Il allait sans doute prendre pour son grade. Il attendit les remontrances.
- Je ne sais pas ce qui s'est passé entre toi et ce Pacificateur quand tu as été enfermé, mais sache que la Présidente Coin ne sera pas aussi indulgente que moi.
L'ancien mineur grogna pour montrer qu'il avait compris. Il s'extirpa de la prise que son supérieur exerçait sur son bras et se massa l'épaule. Il savait parfaitement que tout n'était pas encore terminé, que le plus dur était sans doute à venir. Mais il préférait ne pas y penser.
Il s'installa derrière le Commandant de bord, jetant de temps à autre des regards par-dessus son épaule pour vérifier que Whyll n'avait besoin de rien. Il prit alors le temps de souffler. La réalisation ne le frappa qu'à ce moment précis. Tout le monde était sain et sauf. Et Whyll avait survécu.
À leur retour dans le District 13, ils furent acclamer et les anciens Tributs furent accueillis chaleureusement. Pour Whyll en revanche, les choses s'étaient passées différemment, et ce malgré l'intervention de Gale.
L'ancien mineur avait tenté de les en empêcher. Mais il n'avait rien pu faire et avait été réduit à un spectateur. Il avait regardé le Pacificateur alors qu'on l'emmenait dans une nouvelle cellule, sur ordre de la Présidente. Sa frustration avait atteint son paroxysme à cet instant précis.
Puis Peeta s'était retourné contre Katniss. Il avait essayé de l'étrangler. Et Whyll n'était pas devenu le seul suspect. Gale avait alors profité de la confusion et avait exigé une visite au prisonnier. La Présidente, au vu de la situation, n'avait pas pu refuser et lui avait accordé vingt minutes d'entretien.
Cela faisait bien cinq minutes que Gale se trouvait devant la porte de la cellule de Whyll. Là encore, il était séparé de l'autre par une simple vitre. Mais Whyll ne pouvait pas le voir. Gale serra le poing. Le Pacificateur n'avait plus de tee-shirt. À la place, des bandages lui recouvrant entièrement le torse.
L'ancien mineur put alors voir les cicatrices, plus anciennes, parsemant le corps du prisonnier. Il vint alors à penser qu'il ne savait absolument rien de Whyll, excepté ce que ce dernier avait accepté de lui raconter pendant son emprisonnement.
Gale ne savait pas à quoi avait ressemblé la vie de Whyll avant leur rencontre. Il secoua la tête, inspirant profondément tout en posant une main peu assurée sur la poignée de la porte. Il aurait le temps de poser des questions. Ils auraient le temps de parler de tout ça, une fois que les choses se seraient calmées. Il poussa donc le battant en verre et entra.
Whyll sursauta au son de ses pas, mais redevint serein lorsqu'il reconnut son visiteur. Gale fut transporté par le sourire que lui offrit le prisonnier. Il referma précautionneusement la porte derrière lui et s'avança dans la pièce. Quand Whyll essaya de se lever, il le força à se rasseoir.
- Doucement, tu ne voudrais pas que –
Ses derniers mots furent avalés par des lèvres gourmandes. L'ancien mineur, surpris, n'esquissa pas un seul geste jusqu'à ce que le contact soit brisé. Puis, quand il sentit que les lèvres du Pacificateur s'éloignaient lentement, il les retint, posant une main sur la nuque de Whyll. Il sentit le sourire de ce dernier dans le baiser qu'ils échangeaient.
Lui-même avait bien du mal à cacher sa joie. Il n'aurait jamais pensé faire ce genre de chose avant. Mais depuis le bombardement, il avait compris que s'il ne saisissait pas sa chance au bon moment, alors il passerait son temps à la rater. Et il n'avait pas cessé de rêver de ce premier baiser.
Finalement, l'air lui manqua et, collant son front à celui de Whyll, il reprit calmement son souffle.
- J'ai eu envie de faire ça au moment où on est entré dans l'hovercraft, avoua le prisonnier.
Gale le dévisagea et tomba sur le fameux sourire chaleureux et l'éclat enfantin dans les yeux de son homologue. Il pouffa, un fin sourire se figeant sur ses propres lèvres.
- Tu pleurais comme un bébé.
Le sourire de Whyll disparut brutalement et Gale savait qu'il aurait mieux fait de se taire. Mais, au bout de quelques secondes, le sourire reparut.
- J'étais simplement heureux de voir que tu allais bien. Et de voir que tu tenais vraiment à me sortir de là. Merci.
Un pincement au cœur, quelque chose que l'ancien mineur n'avait plus ressenti depuis quelques temps déjà. Il prit la main du plus vieux dans la sienne et caressa du pouce le dos de cette même main.
- Je te croyais mort, marmonna Gale.
Sa voix ne l'avait pas trahi, et il en était fier, mais la tension qu'il sentit, proche de lui, indiqua que Whyll n'était plus si à l'aise tout à coup.
- Parfois, je souhaitais l'être. Mais je peux m'estimer heureux. Je n'ai pas eu à subir ce que les anciens Tributs ont enduré.
Gale repense à Peeta. Il avait été horrifié en découvrant les marques rouges sur la gorge de Katniss et aurait volontiers mis une balle dans le crâne de Peeta. Mais il voulait revoir le sourire de Katniss, comme il avait espéré revoir celui de Whyll. Alors il avait encaissé en silence.
Il était fatigué. Il laissa sa tête tomber sur le genou de Whyll et soupira longuement. Une main caressa son cuir chevelu et il se laissa aller contre le toucher du Pacificateur.
- Tu es en sécurité maintenant, ne t'en fais pas. Tout ira bien.
Un léger soubresaut. Whyll riait. Gale releva brusquement la tête, interloqué.
- Ne me mens pas. Je suis vu comme une menace, j'en suis conscient. Et ta Présidente ne me laissera pas déambuler dans les couloirs avant d'être certaine que je ne suis un danger pour personne.
Gale ricana amèrement. Il lui arrivait d'oublier que Whyll avait servi pour Snow, qu'il était, à la base, un Pacificateur confirmé. Il devait changer de sujet.
- Qui t'as fait ça ? demanda-t-il en pointant du doigt les pansements tout frais.
Whyll passa une main distraite sur ses abdominaux.
- Une petite blonde. Elle a dit s'appeler Prim. Tu la connais ?
Gale hocha positivement la tête et nota mentalement de remercier Prim dès qu'il le pourrait. Il jeta un bref regard à sa montre. Il ne lui restait que quarante secondes. Pourtant, il ne voulait pas quitter la cellule. Il savait qu'une fois sorti de cette pièce, il ne verrait Whyll que très rarement, et ce, suivant les humeurs de la Présidente.
Toutefois, il se résigna à partir et se releva, après avoir déposé un chaste baiser sur les lèvres du Pacificateur.
- Je suppose qu'on va m'interroger ?
Pour toute réponse, l'ancien mineur resta silencieux.
- Tout se passera bien, j'en suis sûr.
Gale savait que ces mots étaient vides de sens. Il ne pouvait pas savoir quel type d'interrogatoire Whyll allait endurer. Mais le prisonnier lui offrit un sourire confiant. Alors il quitta la pièce avec le cœur léger.
Rien ne se passa comme prévu.
Whyll avait enduré des jours d'interrogatoires fatiguant et Gale ne l'avait qu'aperçu rapidement. Mais le verdict allait tomber le jour même. Et l'ancien mineur n'avait jamais été aussi stressé.
Étrangement, les problèmes que causait Peeta lui semblaient bien futiles comparé au sort de Whyll, qui allait se jouer dans les minutes suivantes. Gale avait été invité à entendre le verdict prononcé par la Présidente. Il était installé à une table, se rongeant l'ongle du pouce, sa jambe tressautant d'anxiété. Il voulait simplement que Whyll soit autorisé à prendre un nouveau départ. Il voulait pouvoir se battre aux côtés du plus vieux. Vivre avec cet homme qui lui avait sauvé la vie.
Quand la silhouette de Whyll entra dans la pièce, Gale remarqua immédiatement les cernes sous les yeux du prisonnier. Sa main se referma rageusement sur le tissu de son pantalon et il essaya de ne pas hurler sa colère. La Présidente entra à la suite de Whyll, lança un regard en direction de Gale puis alla s'asseoir à sa place attitrée.
Le silence tomba dans la salle comme un coup assommant. La tension dans les muscles de Gale se fit plus présente. Il échangea un regard avec Whyll.
- Bien, concernant le dossier Eidetler.
Gale sentit que quelque chose lui effleurait la joue. Il fit la moue dans son sommeil, tentant vainement de chasser la gêne qui le sortait progressivement des bras de Morphée. Il se tourna sur le côté et, dans son élan, serra quelqu'un dans ses bras, privant ainsi l'individu de toutes libertés de mouvement. Des cheveux vinrent lui chatouiller le nez et un doigt glissa sur son torse nu.
- Tu étais sensé te réveiller, pas m'empêcher de bouger, bouda la personne que Gale avait emprisonnée.
Gale bougonna quelques mots incompréhensibles tout en essayant de retrouver le sommeil. Bien entendu, son prisonnier ne s'avoua pas vaincu et déposa des baisers papillons sur sa peau encore endormie et trop sensible. Un souffle chaud buta contre son épiderme.
Il abandonna l'idée de se rendormir quand un éclat de rire atteint ses oreilles.
- Tu aurais pu m'accorder cinq minutes de plus, non ?
Un autre éclat de rire, puis la sensation de lèvres sur les siennes. Un sourire.
- Gale, cinq minutes, c'est incroyablement long.
L'ancien mineur ouvrit finalement les yeux. Deux orbes émeraude le fixaient joyeusement, un sourire chaleureux l'accueillit. Un air enfantin éclairait les traits de son vis-à-vis.
- Whyll, tu sais quoi ?
Gale avait eu du mal à croire au verdict quand il l'avait entendu. Whyll avait été blanchi et avait été autorisé à se battre aux côtés des rebelles. Et maintenant qu'il affrontait un regard inquisiteur doublé d'un faciès adorable, il ne pouvait se sentir plus heureux.
- Oui ? l'interrogea le plus vieux.
L'ancien mineur l'attira contre lui, déposa un baiser sur son front.
- Rien. Juste, je t'aime.
Son rythme cardiaque accéléra. Whyll lui avait sauvé la vie. Il lui avait rendu la pareille. Ils s'étaient entraidés et Gale, même avec Katniss, n'avait jamais ressenti ça.
Il réalisa alors quelque chose. Whyll était sans doute la meilleure chose qu'il lui soit arrivé.
