Tenir Debout
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Hola, braves gentes. Petit texte/songfic inspiré de "The Lane" de Lloyd Project, sur l'épisode 15 d'Unknwon Movies (originalité ? C'est quoi, ça se mange ?). Oui, des fois j'écris autre chose que des crakfics, je vous assure. Le déroulement de l'épisode est modifié, mais tout revient quand même à (et Lloyd Project, ça va de soi). Warning : morts. Bonne lecture ! Phi.
I close my eyelids,
Then I'm lost in the dark.
I need, I just need a spark.
I hear your cries in the lane,
And I know that you're not insane..
Un long chemin obscur s'étend devant moi, ligne épurée. Je m'avance ou recule, comment puis-je savoir. Je pars à ta recherche, à tâtons dans le noir. Mon pas est souffle, ma peau translucide. C'est donc cela, mourir ?
Pointe de déception.
Tu étais seul, je me sentais abandonné. Tu voulais écouter et j'avais de quoi raconter. Pas étonnant que l'on se soit entendu tout de suite, deux mecs seuls sur un parking vide. Tu étais un peu plus grand que moi, goguenard, belle gueule. Un je-ne-sais-quoi qui te rendait aussitôt sympathique, une lumière, quelque chose. Une envie de vivre que je n'avais pas vue depuis longtemps.
«Vous avez bien un hobby, un truc qui vous tient debout ?»
Tenir debout, une notion toute relative. C'est quoi pour toi, Max, tenir debout ? Être heureux ? Donner un sens à notre misérable existence ? Ou rester en vie comme tu n'as pas su le faire ?
Tu n'aurais pas du mourir, Max. Je t'aimais bien, tu sais.
Tu n'aurais pas du faire ça.
Je suis mort et je te rejoins, aussi rabâché que cela puisse paraître. Je suis mort et je m'en vais te retrouver, au bord du chemin. J'arrive. Attends-moi. Car de là-bas, de l'autre côté de la route, j'ai entendu ton cri.
On était seuls Max, désespérément seuls. Alors, maintenant que tout est perdu, laisse-moi être seul avec toi encore un peu. Pour quelques pas de plus, pour quelques phrases qui manquent, laisse-moi rester avec toi encore un peu.
Il fait sombre sur cette route, très sombre. Il suffirait d'une lueur pour faire fondre les ténèbres. T'entends ça, Max ? Il aurait suffi d'une étincelle...
Nous avons parlé longtemps, je crois. De cinéma évidemment - quoi d'autre ? Et tu m'écoutais, et plus tu m'écoutais, plus j'étais perdu. On pouvait donc avoir envie de m'écouter sans craindre de mourir ? Tu n'étais donc pas aussi désespérément obtus que les autres ? Première nouvelle. Première fois.
Ça m'a fait tout drôle, pour être honnête. L'euphorie du moment, putain, j'aurais voulu m'accrocher à cette journée pour toujours. Là où certaines amitiés mettent des années à se construire, il est de ces rencontres qui surgissent comme un éclair, les jours où l'on n'attend plus rien. C'était évident, tellement évident. Cinq minutes, tu avais réussi à piquer mon intérêt. Dix, j'aurais renoncé à mon émission, à tout le reste. Vingt, et je t'aurais suivi partout, si tu l'avais voulu.
Je n'ai pas toujours fait de bonnes choses Max, je n'ai pas été quelqu'un de bien, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais pendant ces vingt minutes, j'aurais voulu tout effacer, tout recommencer. Les seules que j'aurais voulu revivre, si j'avais eu le choix.
C'était écrit quelque part, qu'on devait mourir de cette façon-là. Ça me semble si évident, maintenant que je marche sur cette route déserte, on n'imaginait pas que ça aurait pu finir autrement. On reste ensemble, on disparaît ensemble. Que tu le veuilles ou non. Je t'entends. Je t'attends.
Tu ne pensais tout de même pas que j'allais te laisser partir si facilement ?
Une belle journée, oui. Lumineuse. J'espère que tu en as profité autant que moi. J'aurais pu continuer cette discussion toute la semaine, tu sais ? On aurait dormi dans nos caisses, on aurait bu toutes les bières, on aurait graillé sur le parking en rigolant comme des cons, à la belle étoile. Ça aurait été génial. Peut-être que si j'en avais été capable, je t'aurais demandé de rester, mais il faut croire que je n'ai pas assez de courage quand il s'agit de ce genre de choses. Alors, fidèle à moi-même, je n'ai rien dit. Et tu es parti...
Je te revois me sourire avant de me tourner le dos. Si confiant. Tranquille.
Je ne sais pas comment mon arme s'est retrouvée dans mon poing. Je ne sais pas ce qui m'a poussé à tirer. Un réflexe. La peur de la solitude. La détonation n'a pas fait de bruit, et tu es tombé, comme ça, face contre terre. Tombé, le Max. Envolé...
Il me restait une balle, une seule. Je me souviens du cliquetis métallique, je m'imagine tomber à côté de toi, et ne plus bouger. Le silence glacé, juste après cette petite étincelle que fut notre rencontre. Shakespeare moderne, un peu. Classe.
J'aurais pu te suivre n'importe où, mais tu as préféré t'éloigner. Tu aurais pu me sauver, je n'ai fait qu'entraîner ta chute et précipiter la mienne. Pourquoi ? C'est la question qui m'obsède le plus, parmi toutes autres, jusqu'à m'en rendre fou. Je veux comprendre. Dis-le moi. Pourquoi ai-je décidé que tu devais mourir ce jour-là ?
Tu n'aurais pas du faire ça.
Tu n'aurais pas du me laisser tout seul.
I just can't stay, I can't see the world
I felt you were out of control,
Then I lost every piece of my soul.
I thougt I did not have he choice
I just can't stay, I can't see the world...
Bientôt, ils trouveront deux corps écroulés l'un sur l'autre, et mon chargeur vide. Bientôt, nous serons vingt pieds sous terre, ou alors réduits en cendres. Peut-être même qu'on passera aux informations, le soir. Et puis on nous oubliera. Ce n'est pas grave. C'est une bonne chose. Oh tu m'en voudras sûrement. N'importe. Tu ne peux plus rien me faire...Vraiment, ça n'a pas de sens ce que je raconte, aucun sens. Je ne comprends plus ce que je dis, ce que j'ai fait. Est-ce que je sais ?
Un jour, un jour encore plus sombre qu'aujourd'hui, mon frère m'a dit que j'étais fou à lier, un dangereux malade. Quelle blague. Toi et moi, on sait que ce n'est pas vrai. Je ne sais pas pourquoi j'y repense maintenant.
Mes pieds foulent le sol, fantomatiques, silhouette pâle au milieu des ombres, et je ne te vois nulle part. Ton cri s'est éteint. J'ai peur. Je me dis que je me suis trompé, que finalement il n'y a peut-être rien, là-bas, de l'autre côté de la route. Et tout en marchant indéfiniment, je me sens seul comme jamais. A jamais.
Voilà, ambiance.
Traduction rapide (et pas très jolie désolée, je fais de mon mieux) de la chanson pour ceux qui veulent :
J'ai fermé mes paupières, maintenant je suis perdu dans les ténèbres.
J'ai besoin...j'ai juste besoin d'une étincelle.
J'entends tes pleurs sur le chemin.
Et je sais que tu n'es pas fou.
Je ne peux pas rester, je ne peux plus voir le monde.
Je t'ai cru hors de contrôle
Et j'ai alors perdu chaque partie de mon âme.
Pensant que je n'avais pas le choix.
Je ne peux pas rester, je ne peux plus voir le monde.
