Bonjour tout le monde! Voilà le deuxième chapitre. Je vous invite à aller sur mon Pinterest. J'ai créé un tableau pour illustrer l'histoire (surtout pour les robes et les coiffures d'Ana). Mon pseudo Pinterest : lostnightwriter

Bonne lecture! A.


Tandis que Lola, Greer, Aylee et Kenna se dirigeaient vers les appartements de Mary avec empressement, la jeune Reine resta quelque peu à l'écart, savourant les retrouvailles avec sa sœur. Quelques heures seulement les avaient séparées mais elles le considéraient comme largement suffisant au vue de l'épreuve qu'était cette journée.

« Comment te sens-tu ? - demanda Ana d'une voix douce.

- Terrifiée. Et excitée. As-tu vu comme François a changé ? J'ai l'impression que tout est plus grand, que la foule est plus nombreuse. Et pourtant, je me sens à ma place. - répondit Mary, enchantée.

- C'est un nouveau défi mais tu sauras le relever comme tout ce que tu as entrepris dans ta vie. François a l'air de quelqu'un de bien et le Roi m'a garantie notre sécurité au sein de sa Cour. Les choses se mettront en place avec le temps. »

Ana savait qu'il n'était pas judicieux de lui parler de la décision du Roi de repousser son mariage. Bien qu'il s'agisse d'une affaire politique, elle était consciente que les sentiments de sa sœur et ceux de François étaient également en jeu. Mary était une jeune femme sensible, elle n'était pas insensible au jeune Dauphin, même si six longues années les avaient maintenus séparés. François expliquerait donc la situation en temps voulu à sa fiancée, avec sa propre sensibilité. Ana, quant à elle, lui ferait comprendre par la suite les enjeux politiques d'une telle situation. Ce serait la première épreuve de la jeune Reine à la Cour. Accepter patiemment son sort.

Arrivées aux somptueux appartements de la Reine, les jeunes écossaises admirèrent la beauté de l'endroit et surtout les tenues éblouissantes qui leur étaient réservées. De la même façon qu'Ana quelques temps plus tôt, elles se changèrent, se maquillèrent en riant aux éclats, appréciant les privilèges dont elles faisaient l'objet. Ana les observait, en souriant, découvrant ce que serait la vie de sa sœur désormais. Le luxe, la beauté. Des choses auxquelles elles avaient toutes deux renoncées en partant au couvent. L'ordre était maintenant restauré pour la Reine d'Écosse et sa conseillère principale, bien que cette dernière n'y tint pas tant.

« Ana, ne voulez-vous pas changer votre tenue ? Ou vous maquiller ? - demanda Lady Kenna.

- Merci mais je me suis changée en arrivant, un peu plus tôt. Quant au maquillage, je n'y tiens pas trop. - répondit la jeune femme.

- Vous serez pourtant obligée ce soir. C'est le mariage de la fille du Roi et de la Reine ! Nous devons toutes nous parer pour faire honneur à notre pays ! - lança Lola avec euphorie.

- Et bien, nous en reparlerons d'ici là.

- Vous savez ce que j'aimerais faire maintenant ? Explorer ! - proposa Aylee. Nous ne sommes pas venues depuis notre enfance, le château a dû changer ! Qui vient avec moi ?

- J'arrive ! - répondit Lola.

- Allez-y, je vous retrouverai plus tard. Je voudrais aller voir quelque chose. » - dit Mary, laissant ses suivantes s'échapper, avec entrain.

Ana resta avec sa sœur, connaissant exactement son projet. Elle se doutait qu'elle voudrait visiter son ancienne chambre, se remémorer ses souvenirs d'enfance. Elle l'aida à terminer sa préparation et la quitta, la laissant vaquer à son exploration et se dirigea elle-même vers la porte principale du château. De grands feux étaient allumés dans les jardins pour parer à la fraîcheur de la fin d'après-midi. L'étendue d'eau au loin, près de la forêt était calme, comme à son habitude. La jeune femme s'y installa, savourant le plein air, s'imprégnant de ses souvenirs à elle.

Après ses premières négociations avec le Roi Henri, le lendemain de son arrivée, Ana sut qu'elle ne faisait pas le poids face à la force et à la froideur de cet homme. Il la méprisait pour son jeune âge et son manque d'expérience et Ana, elle-même, ne se sentait pas à sa place, représentant ainsi son pays et sa Reine. Elle sortit en fureur de la Salle du Trône, suffisamment humiliée pour une journée entière. Le soleil brillait de mille feux à l'extérieur du château et il ne fallut à la jeune femme qu'une seconde pour décider de seller son cheval et de partir en promenade. Elle avertit le garde qui la suivait qu'elle voulait être seule et qu'une escorte n'était pas nécessaire, avant de s'élancer sur le chemin qui menait aux bois, quittant ainsi le château si étouffant.

Elle ralentit l'allure, une fois l'enceinte franchie et s'avança doucement jusqu'à l'entrée de la forêt, une impression étrange en elle. C'est lorsqu'elle voulut reprendre sa course, qu'elle entendit une voix derrière elle, et le souffle d'un autre cheval.

« Je n'irais pas par là, si j'étais vous. - lança la voix. Ana tourna la tête pour observer son interlocuteur, à l'allure simple, presque débraillée.

- J'ai spécifié que je ne voulais aucune escorte. Aucune compagnie. Vous pouvez disposer, merci. - répondit-elle, irritée et prête à repartir.

- Je suis désolé, mais je me dois d'insister. - parla de nouveau le jeune homme, s'interposant cette fois-ci entre la jeune femme et l'entrée des bois. Ana regarda plus attentivement cette fois-ci et crut reconnaître le visage qui se tenait face à elle.

- Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés ? - demanda t-elle.

- Quelques fois, Lady Ana. Mais cela remonte à quelques années et nos rencontres furent très brèves.

- Vous êtes Lord Sebastian. Le fils du Roi. - reconnut finalement l'écossaise.

- Son fils illégitime. Oubliez le titre, Bash est amplement suffisant. Et oubliez également ces bois. Vous n'y serez pas en sécurité. Venez plutôt avec moi, le chemin au bord de l'eau est assez agréable. » - proposa t-il avec un sourire chaleureux.

Ana resta quelques instants silencieuse, étudiant sa proposition. Ce jeune homme était probablement la seule personne à s'être montrée aimable depuis son arrivée la veille. Et depuis aussi loin qu'elle s'en souvienne, il avait toujours éveillé de la curiosité chez elle. Elle se rappelait de lui comme étant un enfant sauvage et mystérieux, peu sociable et toujours parti pour quelque jeu dangereux. Aujourd'hui, il se trouvait face à elle, un sourire aux lèvres, un aspect fort agréable et il lui proposait de l'accompagner en promenade.

« Allons bon ! Mais je crains de ne pas être d'excellente compagnie. - dit-elle en s'élançant à sa suite.

- Je crains que mon père n'ait cet effet sur tous les diplomates qu'il rencontre. Surtout d'aussi jeunes que vous.

- Jeune, inexpérimentée, sans titre aucun. Je crois qu'il va me falloir m'endurcir si je veux l'affronter.

- J'ai entendu dire que vous avez parcouru tout ce chemin depuis le couvent, entièrement seule, à cheval et que la Reine d'Écosse vous a choisie expressément comme sa représentante. Je suppose qu'elle devait avoir de bonnes raisons de penser que vous seriez suffisamment...endurcie. »

La jeune femme resta une fois de plus silencieuse, pensive. Les paroles de Sebastian semblaient sincères, accompagnées du même sourire chaleureux qui ne le quittait pas depuis leur rencontre. Elle se vit répondre, elle-même de façon honnête, et la facilité avec laquelle elle arrivait à converser avec cet inconnu la surprit. Sa présence fit s'envoler toute sa colère et elle sentit un courage nouveau prendre forme en elle.

Mary vint rejoindre sa sœur, qu'elle vit perdue dans ses pensées, alors qu'elle-même se trouvait sous le charme de son jeune fiancé. Elle l'avait retrouvé dans ses anciens appartements, travaillant à son talent de forgeron. L'endroit semblait être son havre secret et elle savourait l'idée qu'il ait choisi ce lieu spécifiquement pour se réfugier. Elle fit part de cette réflexion à Ana, qui encouragea son sentiment.

« Je crois que tu n'es jamais restée trop loin du cœur du Prince. Même si vous devez faire de nouveau connaissance, je pense que la tâche sera aisée. - dit-elle, rassurante.

- Merci, Ana. Merci de rester à mes côtés dans tout ceci. »

La jeune femme étreignit la main de sa petite sœur en signe d'affection. Elle l'observa ramasser des petits cailloux qu'elle sut destinés à François. Mary repartit alors, probablement pour retrouver le concerné alors qu'Ana se releva également, reprenant sa promenade le long de l'étendue d'eau. Revenant sur ses pas quelques temps après, le jour tombant, elle aperçut au loin des cavaliers de retour de leur expédition et son attention s'arrêta sur l'un d'entre eux qui s'écarta du groupe pour rejoindre la jeune Reine d'Écosse s'élançant à la lisière du bois.

C'était Sebastian bien sûr et il stoppa Mary de la même façon qu'il avait arrêté Ana quelques années plus tôt. Le protecteur de ces dames, se dit-elle, amusée. Elle était toutefois heureuse qu'il ait empêché sa sœur d'entrer dans ces lieux qu'elle savait maintenant par expérience plein de dangers. Elle s'arrêta sur le chemin pour observer son allure et admira le regard chaleureux et le sourire insolent qui lui avaient tant manqué.

Elle fut bientôt prise en flagrant délit dans sa contemplation lorsqu'il l'aperçut à son tour. Elle s'inclina et lui fit un sourire dont il ressentit toute la douceur, même à distance. Sebastian mit fin à sa conversation avec Mary et la laissa rejoindre sa sœur. Il ne put s'empêcher de repenser à cette rencontre qu'il avait eu avec l'aînée auparavant, à cet endroit même. Cette conversation qui avait marqué le début d'une amitié profonde et indissoluble.

«Puis-je vous poser une question personnelle, ma Lady ? - demanda Bash au bout de quelques temps

- Bien sûr. Je vous écoute. - répondit Ana, avec douceur.

- Veuillez me pardonner si je vous semble maladroit ou indiscret, mais votre sœur Mary est clairement plus jeune et pourtant, elle a été choisi comme Souveraine...

- Vous voulez savoir pourquoi Mary plutôt que moi ?- comprit la jeune femme.

- Encore une fois, pardonnez ma maladresse. Je ne suis pas familier avec toutes...ces choses.

- N'ayez aucune inquiétude. Toutes ces affaires familiales et politiques... cela manque clairement d'intérêt.

- Je commence à voir une raison d'y prêter attention pourtant. - répondit Sebastian, d'une voix pleine d'un sous-entendu, accompagné d'un regard pénétrant sur son interlocutrice troublée. Elle commença alors ses explications, cherchant ses mots.

- Je suis bien l'aînée de ma famille, Mary est ma cadette de six ans et nous avons un frère également, plus âgé qu'elle. Mais ni mon frère, ni moi ne sommes les enfants de Marie de Guise.

- Vous voulez dire que vous êtes... - commença le jeune homme, grandement surpris.

- Une bâtarde. Tout comme vous. Mais mon père, le Roi, m'a tellement favorisée qu'aujourd'hui peu font la différence. Il avait demandé à son épouse de prendre soin de moi, et de m'élever comme sa propre fille. Il avait même prévu qu'un tuteur me prenne en charge et m'enseigne l'art de la politique et des négociations pour que je forme moi-même Mary à sa tâche de Reine. Je suis sa demi-sœur et sa conseillère personnelle. On m'appelle Lady Ana par respect pour je ne sais quelle tradition.

- Votre père vous a accordé un beau privilège en vous considérant ainsi.

- Oui, je suppose. Oh bien sûr, les difficultés d'être une enfant illégitime ne m'ont pas été épargnées. Surtout après la mort de mon père et de ma mère. Mais élever ma sœur et prendre soin d'elle en toutes circonstances me procure un vrai bonheur. Et je dois avouer que les Français, probablement ignorants des détails de ma situation, me traitent aimablement et avec respect.

- J'en suis ravi. Vous méritez certainement les considérations dont les Ladies font l'objet. »

Il revit son visage rougissant à cette réponse l'image était encore très présente dans son esprit. Il se rappela à quelle point elle était timide et peu sûre d'elle à l'époque. Lui-même était sauvage et ne s'approchait que rarement de la Cour. Ils s'étaient poussés mutuellement à grandir dans ces aspects. Aujourd'hui, Sebastian servait son père et son frère comme il le pouvait et connaissait les subtilités politiques de son environnement. Quant à Ana, elle servait sa sœur avec encore plus de ferveur et une aisance, une conviction que le jeune bâtard admirait.

L'heure du mariage d'Élisabeth, la fille du Roi Henri et de Catherine de Médicis avec le Prince d'Espagne arrivait à grand pas et les deux sœurs Stuart partirent se préparer, vite rejointes par les suivantes de Mary. Les conversations allaient bon train et la jeune Reine en vint à raconter sa rencontre avec Bash. Ana sourit discrètement en entendant Aylee mentionner sa réputation d'homme à femmes. Toutefois, elle discerna les nombreuses façons dont sa sœur évita de parler de Francis et elle soupçonna que quelque chose s'était produit un peu plus tôt. C'était probablement la raison pour laquelle elle était ressortie du château et était tombée sur Bash.

« Lady Ana, cette fois, vous n'y échapperez pas. Venez, nous vous avons choisie une robe et des bijoux. Ce soir, l'Écosse sera magnifiquement représentée par la famille royale. » - lança Greer, attirant la concernée vers sa nouvelle tenue.

Ana l'examina longuement, pleine d'hésitation. Elle n'avait jamais rien porté d'aussi remarquable. Et être remarquée était bien le dernier de ses souhaits. Elle céda devant le regard suppliant de Mary et laissa donc Greer et Kenna s'occuper d'elle. Elles l'aidèrent à enfiler la longue robe en voile recouverte de broderies rouges, puis tandis que l'une coiffait ses longs cheveux blonds, l'autre lui glissait un bracelet discret en or autour du poignet. Lola lui apporta même plusieurs bagues qu'elle trouvait parfaitement assorties et qu'Ana refusa poliment, préférant garder l'unique anneau qu'elle ne quittait jamais. Kenna prit ensuite un long moment pour la maquiller, choisissant de mettre en valeur ses yeux d'un bleu gris sombre. Elle termina par ajouter une paire de boucle d'oreilles dorées, surmontées de pierres écarlates et présenta leur œuvre devant Mary, émerveillée devant la beauté de sa sœur.

Celle-ci devint aussi rouge que les broderies de sa tenue lorsqu'elle s'aperçut dans le miroir de la chambre. Elle était aussi surprise de voir avec quelle facilité les dames d'honneur de sa sœur s'agitaient autour d'une personne et pouvait la métamorphoser en un court moment. Tout semblait simple pour elles, alors que c'était une torture pour la jeune femme. C'était probablement la plus grande des lacunes qu'avait comptée son éducation. Mais elle dut reconnaître qu'il était agréable d'être apprêtée de cette manière lorsqu'il était question de fréquenter une Cour royale. Elle ressentit une certaine fierté et elle se sut digne d'être aux côtés de sa sœur, la Reine de leur pays.

La fête battait son plein dans le château, alors que les mariés entamaient leur première danse. Mary saluait les nobles qui venaient l'accueillir de nouveau à la Cour et elle répondait poliment en exprimant son grand plaisir d'y être de retour. Ana choisit de rester à l'écart et de discuter avec Lola. Il était important pour elle de refaire connaissance avec les personnes qui entoureraient de très près sa Reine. Ses amies les plus intimes.

« Êtes-vous heureuse de revenir en France, Lola ? - demanda t-elle, aimablement.

- Je suis heureuse de retrouver Mary surtout. Nous sommes toutes très heureuses de pouvoir l'entourer. - répondit la jeune suivante, légèrement intimidée.

- Cela me fait très plaisir. Ma sœur et moi sommes restées six ans coupées de toutes nos connaissances. Je suis contente qu'elle puisse retrouver des amies aussi chères que vous. - poursuivit Ana, serrant la main de Lola dans la sienne.

- Pourquoi n'êtes-vous pas avec Colin ? - les interrompit Greer. Elles tournèrent alors leur regard vers leur Reine et un jeune homme qu'Ana ne connaissait pas. - Que fait-il avec Mary ?

- Elle est sa Reine. Il lui présente seulement ses respects. - répondit Lola, visiblement mal à l'aise et déçue.

- Qui est Colin ? - dit Ana, curieuse.

- C'est le fiancé de Lola. Il est venu la rejoindre ici, en France. C'était une merveilleuse surprise n'est-ce pas ? - continua Greer.

- C'est certain. C'était une très belle attention à votre égard, Lola. »

La concernée semblait troublée de voir son fiancé si empressé auprès de Mary et si peu présent auprès d'elle. Particulièrement lorsqu'il quitta le bal sans lui adresser un mot. La jeune Reine remarqua son malaise et sut comment y remédier. Elle saisit le bras d'Aylee, présente à ses côtés et lui demanda d'aller danser. Aussitôt, les cinq amies se dirigèrent vers la piste de danse, ôtant leurs chaussures au passage et allèrent former une ronde en sautillant sous le regard surpris mais charmé de la Cour toute entière. Ana les observa avec un sourire large. Elle se réjouissait de voir sa sœur s'épanouir ainsi, de façon aussi naturelle. Bien que le comportement étonnant de Colin, le fiancé de Lola, restait dans un coin de son esprit, elle savoura le bien-être sa cadette, qu'elle voyait tournoyer et rire aux éclats.

« Vous ne dansez pas, Lady Ana ? - surgit une voix à ses côtés.

- Oh...non. Je ne suis pas très à l'aise dans les grandes festivités comme celles-ci. Et appelez-moi Ana, je vous en prie. - précisa t-elle.

- Et vous pouvez m'appeler François. - répondit le dauphin, d'un air engageant. - Vous rappelez-vous de mon frère, Ana ? - poursuivit-il en désignant le concerné.

- Lord Sebastian, c'est un plaisir de vous revoir. »

C'était le moment. Les retrouvailles qu'ils avaient tous les deux imaginées des dizaines de fois étaient en train de se produire. Sebastian ne pouvait détacher son regard du visage de la jeune femme, qu'il contemplait discrètement depuis le début de la soirée déjà. Il voulait saisir sa main et l'emmener avec lui dans un endroit calme, loin de cette agitation qu'il trouvait inutile. Il voulait partager avec elle les moindres instants passés depuis leur séparation, rattraper le temps perdu, entendre de nouveau sa voix, son rire, ses longs discours incompréhensibles. Il la voulait rien que pour lui. Ils n'étaient qu'à une distance infime l'un de l'autre et pourtant, tout les séparait. En priorité, François qui réagit vivement à la réponse d'Ana.

« Lord Sebastian ? Mon frère, te voilà bien honoré ! - dit-il, amusé, donnant une tape sur l'épaule du concerné.

- Un honneur bien mérité, j'en suis certaine... Veuillez m'excuser. - rétorqua Ana subtilement, avant de se retirer à l'écart des deux hommes.

Je n'ai pas encore eu l'occasion de passer du temps en sa compagnie, mais crois-moi, elle a quelque chose de spécial. » - dit le Dauphin à son frère, tous les deux suivant Ana du regard.

« Tu ne crois pas si bien dire. », pensa Bash, encore sous le charme de la jeune femme.

Le moment venu, les époux se dirigèrent dans leurs appartements pour ce que la tradition appelle la Consommation. Une coutume qui veut que les mariés soient observés durant leur premier acte d'amour par un cercle privé de membres de la Cour.

Ana en profita pour s'échapper de la Salle de bal et marcha le long du corridor principal du château, observant les feux d'artifice qui illuminaient le ciel. Elle s'arrêta lorsqu'elle sentit une présence derrière elle.

« Vous partez déjà, Lady Ana ? - demanda une voix familière, insolente.

- Que ne ferais-je pas pour échapper à ces soirées... - répondit-elle en se tournant vers son interlocuteur.

- J'ai pourtant souvenir d'une fête où je vous ai vue danser et vous amuser jusqu'à l'épuisement complet. - dit Sebastian, avec un sourire entendu.

- Une fête de village, loin de tout ce luxe, toute cette noblesse et ses faux-semblants et dans une robe beaucoup plus confortable. Bien sûr que je me suis amusée. J'étais beaucoup plus à ma place... et avec vous à mes côtés.

- Vous dégagez pourtant une aisance incomparable ce soir. Sans parler de votre beauté. Cette robe inconfortable vous va à ravir. - flatta le jeune bâtard, de son air le plus charmeur.

- Ne commencez pas avec vos flatteries, Bash ! Ou vous n'en n'aurez plus en réserve lorsqu'elles vous seront le plus utiles. - rétorqua le jeune femme, en riant.

- Permettez-moi alors cette simple vérité... – commença t-il, se saisissant avec sérieux de sa main – c'est pour moi une immense joie de vous revoir. »

Troublée, Ana resta immobile, plongée dans ses yeux d'un bleu si profond qu'elle croyait s'y noyer. Le contact de ses mains autour de la sienne réchauffait son cœur et son corps tout entier. Bien sûr qu'il lui avait manqué. Il avait occupé ses pensées à de nombreuses reprises ces trois dernières années et ils étaient de nouveau réunis. Mais la jeune femme savait la situation différente. Elle n'était plus en voyage de négociations et elle n'était plus seule. Elle avait un rôle important à remplir et il laisserait probablement peu de place à des distractions, comme les longues promenades qu'ils avaient l'habitude d'entreprendre. Sa déception était grande à l'idée d'imaginer la brièveté et la rareté de leurs contacts que ces nouvelles circonstances imposeraient mais elle était déterminé à servir le but pour lequel elle était présente à la Cour. Sa sœur était sa priorité, même si elle devait mettre ses propres sentiments et préférences de côté.

« J'en suis heureuse, moi aussi. - répondit-elle simplement, libérant sa main de son emprise, s'apprêtant à reprendre son chemin à travers le couloir.

- Vous me quittez si rapidement ? Nous nous retrouvons à peine. - dit-il, essayant de la retenir, déçu.

- Cette journée fut harassante. Tout comme les jours à venir. Je tiens à être reposée pour accomplir pleinement ma tâche auprès de la Reine. Revenir à la Cour après tout ce temps n'est pas si facile. Pour aucune d'entre nous. »

Sebastian comprit tout ce que cette réponse impliquait. L'espace d'un court instant, il se sentit stupide d'avoir imaginé qu'il la retrouverait et que rien n'aurait changé. Mais ils avaient tous les deux changé, grandi. Et en tant qu'adultes, ils avaient maintenant des responsabilités qui les tiendraient à l'écart l'un de l'autre. Pourtant, elle ne l'avait pas repoussé, elle était heureuse de le revoir. Et s'il savait à quel point il serait difficile pour elle de se réhabituer à la Cour, il savait aussi comment la soulager d'un pareil fardeau. Son objectif était désormais de saisir les rares occasions qu'il leur serait offertes. Se saisissant de nouveau de sa main et la portant à ses lèvres, il conclut la conversation :

« Je comprends. J'espère toutefois vous revoir rapidement. Bonne nuit, ma Lady. »

La jeune femme lui offrit un sourire et le quitta finalement, se dirigeant vers ses appartements. Sa Reine était aux mains de ses dames d'honneur et elle était libre d'aller dormir. Elle songea au regard que Bash avait porté sur elle ce soir, tandis qu'elle ôtait sa robe. Ses yeux si perçants parcourant sa personne. Elle sentit de nouveau ses mains, ses lèvres au contact de sa peau. Elle finit par s'assoupir, songeant au souvenir de leurs derniers adieux. Ces instants qu'elle avait précieusement gardés au fond d'elle, attendant leurs retrouvailles.

Deux mois s'étaient écoulés depuis qu'Ana était arrivée à la Cour de France, chargée de fortifier l'alliance avec son pays et il était maintenant temps pour elle de repartir bien que son cœur était partagé. Retrouver sa Mary serait un soulagement après l'inquiétude d'avoir été séparées si longtemps. Elle lui ferait oublier la raison pour laquelle elle aurait aimé rester.

Tandis que Sebastian préparait son cheval, Ana observait une dernière fois le château, les bois... Tous ces endroits devenus familiers.

« Effacez donc ce regard mélancolique. Ou je pourrais croire que vous regretteriez de partir … - dit le jeune homme, avec amusement.

- Il n'y a aucune chance pour ça, Bash ! - répondit Ana avec une certitude qui ébranla le jeune homme.

- Il n'y a donc rien ici pour vous retenir ? - demanda t-il, cherchant une réponse dans ses yeux légèrement assombris. Elle ne voulait surtout pas laisser transparaître à quel point elle aurait aimé rester à ses côtés. Mais elle souhaitait pour autant laisser une trace d'elle auprès de lui.

- Votre amitié me manquera à coup sûr. » - fut tout ce qu'elle parvint à exprimer.

Elle ne savait que faire, que dire. Son cœur ne voulait s'arrêter et son esprit était embrumé. Par chance, sa réponse avait été suffisante pour Sebastian qui comprit que tout ce qu'ils avaient bâti ensemble, cette relation qu'ils avaient construite et rendue solide au fil des épreuves, tout ça n'avait pas été fait en vain. Et bien au contraire, il y voyait désormais ce qu'il avait longtemps attendu. L'espoir de quelque chose de spécial.

Il s'approcha d'elle, laissant une distance presque inexistante entre eux. Délicatement, il caressa sa joue et glissa sa main dans ses cheveux, approchant sa bouche de son oreille :

« Retournez à votre Reine, mon Ana. Et quand le temps sera venu, revenez-moi. » - murmura t-il.

Un sourire s'étira sur les lèvres d'Ana où il déposa les siennes, lui offrant un baiser d'adieu plein d'espoir.


Voilà, j'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à donner votre avis!