Chapitre 1 : Une étrange attirance

- Halte ! je n'en puis plus Monsieur. Il serait temps de faire une courte pause car le soleil ne va pas tarder à se coucher, implora Sam au bout de ses forces, trempé de sueur.

La petite troupe marchait sans répit depuis l'aube et était exténuée. Les derniers rayons couvraient encore la plaine de nuances mordorées, baignant les collines d'ocre et de pourpre. Ils avaient depuis longtemps quitté le sentier terreux afin de ne pas croiser les farouches Nazgûls vêtus de longues capes noires qui, tels des fantômes, rôdaient sur leurs rapides destriers. Ils avaient tenté de les éviter le plus longtemps possible, mais bientôt, ils le sentaient, une nouvelle rencontre serait inévitable. Par ailleurs, ils avaient marché de jour, et ce en terrain découvert. Ils craignaient depuis peu la présence d'un observateur qui, juché sur une chauve souris géante, puisse les observer en secret, et rapporter leur présence aux patrouilles d'orques sanguinaires qui infestaient la lande. Ils avaient laissé derrière eux les marécages fumants envahis d'ombres voraces et, épuisés, avaient oublié certaines précautions que le sage Gandalf n'aurait jamais mis de côté.

- C'est une bonne idée, Sam ! lui rétorqua Frodon, mais encore faudrait-il atteindre cette butte au loin, dont le vesant est est bordé d'arbustes. Nous y serions habilement cachés par la végétation alentour et passerions une nuit fort agréable allongés sur leur tendre et épais feuillage.

Son ton enjoué et spirituel ne trompait personne, et il le savait. Frodon était plus que tout autre harassé, car il devait à chaque seconde veiller à ce que les forces démoniaques de l'Anneau n'infiltrent pas son esprit, et ne le tentent à le mettre à son doigt. Gollum, perdu dans un monologue improductif avce se multiples personnalités, écoiutait d'une oreille plutôt distraite les commentaires de ses compagnons de route ? Il n'avait pas encore pris part à leur conversation il débattait intérieurement sur la meilleure stratégie à adopter pour s'emparer de l'Anneau. Le jeune Sacquet le portait autour du cou, comme un pendentif, et osait fièrement l'arborer aux yeux de tous. Il lui aurait été facile de le dérober une fois la nuit tombée, et de se fondre silencieusement dans les ténèbres, mais Sam veillait constamment sur son maître. Il éprouva soudain un pincement de jalousie à cette pensée. Quelle était la vraie nature de leur relation ? Quel lien les unissait ? Gollum grimaça et murmura quelque chose d'imperceptible.

- Nous y voilà enfin ! s'exclama Fraudon en laissant lourdement tomber sur le sol sa besace de cuir. Installons le campement et faisons bonne chère. Il me reste encore quelques carottes, deux ou trois patates, et un bon gros morceau de lard. Malheureusement pour ce soir, nous devrons nous en contenter cru.

- La viande est toujours meilleure froide ! crut bon d'ajouter le naïf Gollum. Comme le poisson. Dommage même qu'elle ne frétille point. J'aime sentir craquer les os du poulet sous mes dents, chantonna-t-il doucement en effectuant des mouvements frénétiques de la mâchoire inférieure.

- Monstruosité ! rétorqua Sam, furieux et mal à l'aise. Tu me feras vomir mes tripes !

Gollum lui tira la langue, rota, et saisit d'une main fébrile le lard dont il engloutit un morceau sans autre façon. Les deux Hobbits affamés firent de même, et se couchèrent dans leurs capes épaisses. Sam veilla quelques minutes puis s'endormit, rompu de fatigue. Frodon, quant à lui, veilla quelques instants mais ne tarda pas à s'assoupir à son tour, le poing crispé sur l'Anneau d'or.