Note de l'auteur: Merci à Saphira et à Apollo16 qui m'ont grandement motivée à achever ce nouveau chapitre avec leur commentaires! C'est toujours aussi agréable d'avoir vos avis alors encore une fois, un grand merci!

Chapitre 2 : Protection des témoins

« J'admire ta persévérance Alice. Je vois que le souvenir de mon seul nom te fait de l'effet ». Alice rapprocha son poing de ses lèvres et se retint de le mordre pour se calmer. A la place, elle laissa dériver ses yeux brins sur le ciel nuageux que leur avion privé traversait avec nonchalance. Son teint blême et son expression nerveuse pouvait laisser penser que les perturbations la rendaient mal à l'aise et c'était d'ailleurs ce qu'elle avait raconté à Sebastian pour qu'il reporte son attention sur son écran portable mais Hickman n'avait pas été dupe et elle sentait, plus qu'elle ne pouvait le voir, son regard bleu fixé sur elle.

L'appareil que Dorn avait mit à la disposition de l'équipe était si spacieux que les cinq enquêteurs pouvaient se permettre le luxe d'avoir des sièges de cuir rembourrés et confortables, agrémentés chacun d'une tablette assez large pour y étaler des documents et un ordinateur , et séparés par une élégante moquette aux motifs modernes et apaisant. Alice avait sorti devant elle les rapports des médecins légistes qui avaient examinés le premier corps ainsi que toutes les photos et toutes les premières observations qui avaient été faites sur les deux meurtres mais c'est à peine si elle y avait posé les yeux. Une auréole humide tachait l'un des documents là où elle avait posé le verre d'eau qui lui avait servit à prendre deux sachets d'aspirine vingt minutes plus tôt et le stylo qu'elle avait emprunté à Eva pour faire des annotations diverses avait tourné deux ou trois fois entre ses doigts avant de finir sa course sur la table, le bouchon toujours en place.

La jeune femme se repositionna légèrement sur son siège pour la dixième fois en quelques minutes et avisa Tommy à sa gauche. Étalé sur son dossier en position couchette, la tête protégée de la lumière par une copie d'un rapport de police norvégien, l'Irlandais avait étendu ses jambes sur le siège vide en face de lui et rattrapait ses heures de sommeil, la bouche ouverte. L'avion les emmènerait en Norvège après avoir déposé Sebastian, Alice et Hickman au Danemark. La jeune analyste l'enviait. Elle avait arrêté de compter ses nuits blanches et voyait leur nouvelle enquête avec bénédiction : au moins cela lui donnerait l'occasion de détourner ses pensées de Jordan pendant quelques jours.

« Tu devrait connaître mieux que personne ce don qui fait de nous des êtres supérieurs ! ». Pourquoi n'arrivait-elle pas à se débarrasser de cette voix au timbre profond et sournois ? Le regard de la jeune femme rencontra celui d'Hickman assis sur un siège en face d'elle de l'autre coté de l'allée centrale et elle ne sut pourquoi cela la mit mal à l'aise.

- Je...Je vais aux toilettes, se crut-elle obligée de justifier avant de se lever un peu brusquement.

Alice marcha d'un pas raide vers la petite cabine et s'y enferma.

- Qu'est ce qu'elle a ? s'enquit Eva en levant le nez du dossier qu'elle était entrain d'examiner.

- Mal de l'air ? Hasarda Sebastian en haussant les épaules avec un regard qui signifiait qu'il n'en savait pas plus qu'elle.

Fixant l'endroit où la jeune analyste venait de disparaître, Hickman resta silencieux.

« Je les drogue, comme toi en ce moment. Ensuite lorsqu'ils perdent connaissance, je leur attache un collier électrique autour du coup et je les oblige à se battre. Si il ne veulent pas, je leur envoie une décharge. Bien sur, j'augmente la fréquence à chaque refus. En général, ils finissent tous par coopérer. Je n'ai eu à déplorer jusqu'ici qu'un seul petit accident... » . Alice se prit la tête à deux mains et se força à respirer lentement pour se calmer. Ce monstre n'était pas de sa famille, ce n'était pas possible. Et pourtant le test ADN clandestin qu'elle avait effectué était on ne peut plus clair. Il indiquait qu'Alice Lidelsen et Jordan Trap avait les mêmes parents. Mais qui étaient-ils? Pourquoi leur mère avait-elle eu deux enfants pour les abandonner ensuite à quatre ans d'intervalle ? Pourquoi tous les fichiers relatifs à leur famille avaient étés rayés de la circulation ? Le cœur battant la chamade, Alice baissa ses mains devant elle. Elle tremblait. Sa paume droite présentait une large entaille à l'endroit où elle s'était coupée elle même pour récolter un échantillon suffisamment important de son propre sang pour la comparaison ADN.

« Les autres n'étaient que des pions. Ils ne servaient qu'à attirer votre attention sur la partie que je viens de lancer. Mon véritable but bien sur, et de faire tomber le roi. Et je compte sacrifier autant de pions que nécessaire pour cela. ». Alice se mordit la lèvre et agrippa l'évier à deux mains. Qui était le roi ? Si l'analyste ne le trouvait pas, non seulement elle ne découvrirait pas la vérité sur sa famille mais son propre frère menaçait de s'en prendre à l'équipe et la jeune femme ne le permettrait pas. Non, pas après tout ce qu'ils avaient fait pour elle.

Un coup d'œil dans la glace lui confirma que des cernes se dessinaient dangereusement sous ses yeux. Même ses iris bruns s'étaient assombris, leur couleur devenue terne. Avec une grimace d'amertume, Alice détourna le regard de son reflet pour fixer le fond du lavabo. Sous ses pieds, l'avion privé de la CPI bourdonnait doucement, secoué par moment par de légères turbulences qui faisaient vaciller la lumière blafarde du néon. Les mains moites, Alice fouilla dans sa poche pour en sortir un sachet d'aspirine. Le troisième en moins d'une heure alors que la notice prescrivait un minimum de deux toutes les huit heures. Déchirant l'enveloppe d'un geste fébrile, Alice versa la poudre rose directement dans sa gorge avant de se pencher pour avaler une grande goulée d'eau. Elle en profita pour se passer un coup sur le visage et se recoiffer d'un geste pour réordonner ses mèches sauvages. Ne trouvant pas de poubelle autour d'elle, la jeune femme froissa l'enveloppe du médicament dans son poing et déverrouilla la porte...pour se retrouver nez à nez avec Hickman.

Il avait facilement une tête de plus qu'elle et des cheveux gris cendre au moins aussi désordonnés. Ses prunelles habituellement bleu céruléen semblaient s'être assombries pour prendre la teinte de l'océan Atlantique par mauvais temps et une expression sérieuse et préoccupée s'était emparée de son visage naturellement fermé. Alice faillit louper un battement.

- Tu devrais y aller mollo avec ce genre de truc, lui dit-il d'une voix rauque mais de sorte que le reste de l'équipe ne l'entende pas.

Alice se figea et pendant une minute, aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres tandis que ses doigts se resserraient autour du papier. Le couloir de l'avion était si étroit qu'il n'y avait même pas la longueur d'une chaussure entre le lieutenant et elle et, si elle avait eu la même taille que lui, sans doute que leur nez se seraient touchés.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, finit-elle pas répondre en détournant vivement le regard.

Alice fut blessée par la pointe de déception qu'elle sentit chez lui mais n'en laissa rien paraître. A la place, elle tenta une manœuvre pour se glisser vers la cabine principale mais manifestement, l'américain n'était pas satisfait de sa réaction.

- Je ne plaisante pas Alice, ajouta t-il en levant légèrement les sourcils avec un léger recul du menton qui était caractéristique chez lui. C'est pas une solution.

Cette fois, la jeune femme soutint son regard. La mer agitée se heurta à un mur d'argile et les deux enquêteurs, pourtant impassibles, en furent troublés. Alice finit par se glisser vers le compartiment passager et il la laissa faire.

Hickman resta un instant debout devant la porte de la cabine de pilotage, sa main valide dans la poche de sa veste. Sous ses doigts, la boite de pilule d'oxycodone avait un aspect étrangement lisse.

- Attachez vos ceintures nous allons atterrir !

Soustrait de ses pensées par la voix du pilote, l'américain retira la main de sa poche et partit reprendre sa place près des autres.

OoooOoooO

- Écartez vous deux minutes le temps que l'appareil scanne la zone !

Les policiers Danois ne cachèrent pas leur intérêt pour le Scangen de Sebastian. Monté sur son trépied à la manière d'un caméscope de cinéma, il était muni d'un large objectif rotatif qui lui donnait des airs d'intelligence artificielle. Ajouté à ça, le laser vert qui balayait la moindre parcelle de terrain à 360° achevait de séduire les plus dubitatifs. Décidément, l'invention révolutionnaire du génie Allemand avait la cote.

- Il n'y a aucune caméra dans le coin ? Demandait Hickman à un agent de la police locale derrière la banderole de sécurité.

- Non aucune dans ce secteur. Le maire de la commune a réduit le budget annuel, et le nombre de caméras de sécurité dans les lieux publics en a été affecté. Il y avait bien une caméra sur le mur là bas mais elle n'était pas orientée dans la bonne direction...

- Donnez nous quand même les bandes vidéo on ne sait jamais. Le médecin légiste vient de m'informer que la mort a eu lieu vers sept heure du matin, aucun témoin ?

Debout devant le voile blanc dont on avait recouvert le corps de la victime, Alice s'activait. L'experte analyste savait que de son travail dépendait la vitesse de l'enquête. Jusqu'ici, les médecins Norvégiens avaient étés incapables de déterminer l'identité de la première victime et il était probable qu'il en soit de même ici aussi au Danemark. Or, d'après leurs déductions à la Haye, l'identité de ces deux hommes était un indice fondamental pour identifier leur assassin. C'était donc à elle de trouver le moyen de mettre enfin un nom sur leur visage.

Dès son arrivée, Alice avait cherché dans tous les endroits possibles entourant le corps de la victime à la recherche d'une dent que le tueur aurait laissé derrière lui par inadvertance mais rien à faire. Le seul véritable moyen d'avoir le nom et le prénom du pauvre homme était d'attendre l'analyse ADN que la police locale avait déjà lancée à partir d'un échantillon de cheveux et cela allait prendre une semaine au minimum à supposé qu'il soit enregistré dans un quelconque fichier. Sans cela, même l'échantillon d'ADN leur serait d'un piètre secours. Alice se doutait qu'ils allaient se retrouver dans ce dernier cas car, si le tueur avait emporté les dents c'est qu'il devait craindre la comparaison des fichiers dentaires avec les dossiers des dentistes du coin. Alice soupira devant la déduction qui s'imposait : leur victime était un homme banal qui n'avait pas dû commettre d'infraction au cours de sa vie.

Une bourrasque de vent glacée souleva les feuilles du calepin sur lequel elle avait inscrit l'age et le sexe de la victime, faisant danser ses mèches ébènes au passage.

« Mort par étranglement. Les coups au visage et les mutilations aux mains et à la mâchoire ont été faites post mortem »

L'inspiration vint à Alice immédiatement après avoir relu sa note. Soulevant les yeux de ses écrits, la jeune femme regarda plus attentivement autour d'elle et remarqua, pour la première fois, que le corps avait été trouvé prés du quai, à deux mètres tout au plus du bord. A la limite du bitume granuleux se trouvait un point d'attache pour bateau mais aucun n'était amarré à cet endroit, la première embarcation se trouvant à plusieurs dizaines de mètres sur sa droite. Les sites d'ancrages vides étaient chacun repérés par la présence de poteaux tous identiques et séparés les uns des autres par une distance réglementaire. Mais ce qui attira son attention était la présence d'une épaisse corde enroulée autour de chacun d'eux et qui devait servir à attacher solidement l'embarcation une fois à quai. Tous les poteaux en possédaient une sauf celui qui se trouvait devant elle.

Fronçant les sourcils, Alice s'approcha lentement du bord pour jeter un coup d'œil hésitant dans les profondeurs sombres. La corde manquante se trouvait là, au pied du mur de bitume dévoré par les algues vertes, à demi enfouie sous les coquillages brisés et cernée par des bancs de petits poissons aux couleurs ternes. Un sourire se dessina sur le visage de la jeune femme mais il fut vite effacé lorsqu'elle perçut le clapotis régulier de l'eau contre le bord. Elle fut immédiatement transportée malgré elle un mois en arrière au fin fond des égouts de Paris et ce fut soudain comme si son corps se remémorait de lui même le contact glacé de l'eau sur sa peau tandis que, à l'instar d'une personne sujette au vertige, elle se sentit attirée vers le bord.

« Tu n'es qu'un sale pion ! Un sale pion qui croit pouvoir me cacher le roi ! Je vais te tuer ! Je vais tous vous tuer ! »

Alice ne put retenir un hoquet, elle avait de nouveau l'impression que l'air ne rentrait plus dans sa gorge.

« Je vais te tuer ! Je vais tous vous tuer ! »

- Tout vas bien ?

La voix douce de Sebastian aux accents légèrement inquiet la ramena soudain à la réalité et Alice s'empressa de reculer d'un pas pour s'éloigner de l'eau.

- Euh oui je...

Comme l'Allemand braquait son regard olive sur elle, la jeune femme se racla la gorge pour se donner une contenance.

- Je crois que j'ai trouvé l'arme du crime...là dessous, précisa t-elle en désignant l'eau d'un signe de tête.

Sebastian afficha un air étonné et se pencha à son tour pour vérifier.

- Waou t'as raison ! Bravo !

Puis, se tournant vers les officiers de police qui étaient restés à distance respectueuse :

- Hey guys! Vi har brug for et stempel her!*

(* Hé les gars ! Il nous faut un plongeur par ici!)

Les officiers acquiescèrent et commencèrent à s'activer. Sebastian se retourna vers Alice.

- Comment tu as fait pour deviner qu'elle était là ? S'étonna t-il.

- Oh rien de sorcier j'ai juste remarqué que la corde de ce pilier était la seule qui manquait et comme la victime est morte par strangulation...Mais vient plutôt m'aider il faut que je vérifie quelque chose...

Tout en parlant, Alice entraînait son collègue vers le corps recouvert d'un draps blanc. Lorsqu'elle s'accroupit pour soulever le voile, Hickman les avait rejoins. Le visage du pauvre homme était complètement déformé et le trou béant qui lui faisait office de bouche était tellement sinistre que l'analyste s'efforça de ne pas le regarder. A la place, elle reporta son attention sur le cou barré d'une longue marque rouge à l'endroit où la corde épaisse s'était occupée de lui ôter la vie.

- Regardez un peu ça ! S'exclama t-elle à l'attention de ses deux collègues que la curiosité avait poussée à se pencher par dessus son épaule. Vous ne remarquez rien ?

Derrière eux, un plongeur dégoulinant s'extirpait de l'eau avec la première pièce à conviction dans la main.

- La corde s'est enfoncée vraiment profond dans sa peau, commenta Sebastian de la voix calme qui lui était caractéristique lorsqu'il s'agissait de faire des constats ou des estimations.

- Attend une minute, souffla Hickman dans les cheveux d'Alice. On dirait que la corde a écrasé un objet contre la peau de notre homme. Ça ressemble à la marque d'un médaillon, comme ceux que portent les militaires.

- Sebastian, tu ne m'avais pas dit que ton Scangen dérivait des appareils utilisés par les médecins pour faire des autopsies virtuelles ? Tu penses que tu pourrais tirer quelque chose de cette marque avant que la rigidité cadavérique ne disparaisse ? Enchaîna Alice.

- Alice, je pourrais te modéliser en 3D avec exactitude le pendentif en moins de 45 secondes, le temps de mettre en route l'appareil. Tu auras à peine le temps de te relever! Répliqua l'Allemand avec une pointe d'excitation avant d'aller chercher son joujou.

Alice et Hickman sourirent.

- Bon boulot, commenta l'américain en gratifiant la jeune femme d'une tape amicale sur l'épaule.

Alice sentit son cœur se gonfler de joie et en oublia un instant toutes ses autres préoccupations. Si Sebastian arrivait à tirer un nom du pendentif, il ne leur resterait plus qu'à découvrir l'identité de la deuxième victime et de recouper les informations pour accéder au tueur.

- Quelque chose cloche, remarqua soudain Hickman qui s'était avancé près du bord, à l'endroit où le plongeur venait d'émerger quelques minutes plus tôt.

- Quoi ? Demanda Alice en le rejoignant.

La jeune femme s'arrêta néanmoins en retrait, à distance respectueuse de l'eau si bien que le vent qui se soulevait lui donnait l'impression que le lieutenant se trouvait loin.

- Pourquoi avoir laisser bêtement couler l'arme du crime près du bord alors qu'il aurait pu la lancer plus loin ? Après tous ses efforts pour effacer l'identité de sa victime, il n'était plus à ça près non ?

Alice réfléchit à la question mais l'eau clapotante l'empêchait de se concentrer.

- Il n'a pas pu, devina tout seul l'américain qui lui, réfléchissait à plein régime. Quelque chose lui faisait obstacle !

Soudain lancé sur une piste qu'il était pour le moment le seul à suivre, Hickman fit volte-face pour faire quelques pas vers le cadavre et Alice le suivit du regard sans comprendre.

- Tous les éléments sont là, lâcha t-il en désignant l'ensemble de la scène d'un mouvement ample de son bras valide. La position du cadavre, il est face au docks et ses pieds son orientés vers l'eau. Il a été surpris par derrière.

L'enquêteur désigna cette fois le bord de l'eau.

- Le tueur venait donc de la mer. Il n'a pas pu jeter la corde plus loin parce qu'un bateau se trouvait devant lui. Il ne pouvait que la laisser tomber entre la coque et le quai !

Impressionnée par les déductions de son ami, Alice essaya de se visualiser la scène.

- Le bateau serait donc arrivé hier soir ou au début de la nuit et serait reparti immédiatement après. C'est plutôt court comme escale non ? Surtout qu'il n'y a pas beaucoup de ports par ici il devait déjà être au large depuis un bout de temps, raisonna t-elle. Une livraison à venir chercher ou à déposer peut-être ?

- Il faut vérifier dans les registres, approuva Hickman. Toutes les transactions légales doivent y être consignées !

- Légales ?

- Ou tout ce qui paraît l'être...

Carl ne s'attarda pas plus longtemps sur les explications et se mit en quête d'un responsable.

- Je l'ai ! S'exclama Sebastian derrière la banderole délimitant la scène de crime. Le sergent Antonio Berdini, treizième division !

Tous levèrent la tête, impressionnés d'une telle rapidité alors que l'identification de la victime avait été leur principal problème jusqu'ici. Alice sourit et nota ce nouvel élément sur son calepin. Ils se rapprochaient du but et elle espérait que Tommy et Eva avaient trouvés d'autres pistes de leur coté, dans le froid glacial de Norvège.

OoooOoooO

- Berdini ? C'est pas très Danois comme nom ça..., remarqua Tommy qui partageait une partie de l'écran avec sa collègue tandis que l'autre été occupée par Sebastian, Alice et Hickman.

- Non c'est un italien, répondit Eva.

- Nous avons donc un marine Italien de la treizième division mort dans un port au Danemark, récapitula le commissaire. Qu'en est-il de notre première victime ?

Cette fois, ce fut la sergente Vittoria qui se chargea de faire un rapport de la situation Norvégienne.

- Après l'appel d'Alice nous avons orienté le légiste sur la piste militaire et il a tout de suite comparé l'échantillon d'ADN qu'il avait prélevé sur notre homme avec la base de donnée internationale. La victime s'appelle François Delcourt et c'est un soldat Français appartenant lui aussi à la treizième division. Apparemment notre tueur en série a une dent contre cette unité...

Louis Daniel hochait légèrement la tête à chaque fois qu'il assimilait une nouvelle information.

- C'est pas tout, intervint Tommy qui s'intercala légèrement devant Eva pour se rapprocher de la webcam. Sur le quai où on a découvert le corps, toutes les caméras ont été vandalisées donc impossible de voir de quel bateau il s'agissait mais il y avait des tonneaux de poissons qui attendaient d'être transportés par camion vers un entrepôt un peu plus loin et qui ont dû rester sur place à cause de la scène de crime. Ils portaient tous la marque Solvtrans sauf un...

L'irlandais brandit un autocollant de la taille de sa main devant la caméra d'un air triomphal. Il y figurait le symbole d'une raie frappé du mot Solvtrans écrit en rouge et or.

- Celui là n'était pas originaire de l'entreprise mais on avait mit un autocollant dessus pour le faire croire et devinez ce qu'il y avait à l'intérieur ?

- Tommy dépêche toi, le temps presse, finit par s'impatienter le commissaire avec une expression fatiguée.

- Des sachets de cocaïne, on devait bien en avoir oublié pour un millier d'euro au minimum là dedans !

Ses collègues affichèrent une mine surprise.

- Alors c'est un trafic de drogue ? S'étonna Sebastian.

- Ça en a tout l'air, répondit Hickman qui avait l'air soufflé lui aussi. Tommy tu penses qu'on aurais pu laisser le baril sciemment pour nous lancer sur une fausse piste ?

- Si j'avais été eux, j'aurai laissé moins de came derrière moi ! Parce qu'à moins qu'ils aient toute une cale remplie de ce truc, le moindre sachet vaut de l'or et je vois mal des drogués en laisser autant derrière eux !

- Bien ils ont donc commit une erreur, en conclue le commissaire. Hickman qu'en penses-tu ?

- Ça ne ressemble pas à l'acte d'un toxicomane, lâcha l'intéressé. Les meurtres sont trop...réfléchis. A chaque fois, le tueur est arrivé par derrière, en descendant d'un bateau. Et puis si les meurtres étaient accidentels, pourquoi prendre le temps d'effacer tous les éléments qui auraient permis une identification rapide ? Notre homme se donne beaucoup de mal pour gagner une semaine tout au plus vous ne trouvez pas ?

Louis partageait l'avis du lieutenant et c'était bien là que résidait l'épine du problème. Pourquoi tuer deux marines de la même division en traversant la mer du Nord simplement pour masquer un trafic de drogue ? Et plus important encore, pourquoi avoir pris soin de faire disparaître les dents et les doigts des victimes ?

- Eva et Tommy, je veux que vous alliez trouver le reste de la treizième division afin d'en savoir plus sur ce trafic. Si des marines font passer de la drogue à travers les frontières européennes ou s'ils se fournissent le produit autre part, je veux le savoir.

- Ok boss, répondit Tommy alors qu'Eva hochait la tête.

- Alice et Sebastian, je suppose qu'il vous faut rentrer pour analyser ce que vous avez récupéré de la deuxième scène de crime. Tommy et Eva vous enverront un échantillon de la cocaïne également. Hickman, je veux que tu ailles interroger la famille et les proches de ce Sergent Antonio Berdini en Italie, nous ne devons pas négliger la piste du meurtre personnel. Quand à moi, je m'occuperai de l'entourage de notre Français dès demain matin. Bonsoir.

Une fois la connexion coupée, Louis se retrouva de nouveau seul dans les locaux souterrains de la CPI à la lumière de sa lampe de bureau. Le silence qui y régnait était d'habitude bienvenu lorsqu'il souhaitait réfléchir mais pour un homme portant un si lourd passé, il devenait souvent oppressant, surtout à une heure aussi tardive. Louis se connaissait assez pour savoir qu'il retardait inconsciemment le moment de rentrer chez lui mais toute la paperasse était déjà remplie et classée dans ses tiroirs et à part la visite aux proches de la première victime dont il devait s'acquitter le lendemain matin, il n'avait plus rien à faire à la Haye.

Et pourtant, comme à chaque fois qu'il restait seul dans cet endroit, le regard bleu du commissaire dériva sur la photo qui traînait devant lui et qu'un léger voile de poussière commençait à recouvrir. Elle représentait ce qui avait depuis toujours compté à ses yeux : sa femme et lui encadrant leur enfant Étienne sous une pluie de flocons de neige. Une vision et un amour qui s'agrégeait aujourd'hui avec le temps et les fatalités mais qui restaient gravés dans son cœur et fondus à jamais dans son âme. Son visage se crispa, ses lèvres se pincèrent. C'est à peine s'il entendit la première sonnerie de son téléphone.

- Commissaire Daniel.

- Louis ? C'est moi, fit la voix de Dorne à son oreille. Désolé de t'appeler si tard mais il fallait que je te parle.

- Rebecca va bien ?

Louis savait que Michael Dorne, ancien collègue de sa femme au tribunal et à présent, un des rares amis de la famille Daniel, était passé rendre visite à son épouse dans l'après-midi pour prendre de ses nouvelles. Avec amertume, il se fit encore une fois la réflexion que le haut juge de la cours pénale internationale avait plus de conversation avec Rebecca que lui même depuis l'accident.

- Oui ne t'inquiète pas elle va très bien, lui assura la voix légèrement rauque du vieux juge. Ce n'est pas pour cela que je te téléphone. Écoute, je n'ai pas beaucoup de temps je doit prendre un avion pour la Russie dans moins d'une heure. Je voulais te dire que j'avais fait les recherches que tu m'avais demandée, au sujet de Jordan Trap.

Louis enleva ses lunettes et se massa l'arrête du nez d'un air fatigué. Oui, il s'en souvenait.

- Et bien, tu as trouvé quelque chose ?

- Oui. Mais cela n'a pas été facile. Figure toi que tous les dossiers relatifs à cette famille font l'objet du programme de protection des témoins de la cours pénale internationale, c'est pour ça que ton expert allemand en informatique n'a réussi à glaner aucune information.

- Protection des témoins ? Mais pour quelle raison ? Demanda Louis dont l'intérêt s'était éveillé, balayant momentanément la fatigue accumulée.

- Katherin Lidelsen a été la seule témoin dans une vieille affaire il y a vingt ans de cela, une affaire impliquant Dimitrov.

Les yeux de Louis s'agrandirent sous l'effet de la surprise tandis que son regard dérivait vers la photographie. Sa main se crispa autour du combiné alors que Dorne continuait.

- Avant d'accepter de témoigner contre lui, elle a demandé à ce que ses deux enfants soient placés sous protection maximale afin de leur éviter tout danger. Sa requête a été exhaussée et toute trace de leur existence balayée de la circulation. Son témoignage aurait pu faire moisir Dimitrov derrière les barreaux jusqu'à la fin de sa vie mais malheureusement elle a été...victime d'un accident de voiture la veille du procès.

- Dimitrov..., devina Louis avec une grimace. Mais quel genre de témoignage devait elle fournir pour inquiéter autant Dimitrov ?

Dorne fit une pose à l'autre bout du combiné et lorsqu'il parla enfin, sa voix se fit plus grave et son ton plus lent.

- Louis. Il s'agissait de la femme de Dimitrov. Alice et Jordan étaient leurs enfants.

A suivre...