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Chapitre 2
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Kara regardait autour d'elle quand ses camarades, prévenus par radio, arrivèrent à ses côtés. Ils se figèrent tous aussitôt et regardèrent la pièce avec effarement.
— Bon sang ! Des copies ! souffla Lee.
— Des Leoben, des Caprica Six et des Boomer par dizaines ! s'exclama un Sergent avec un regard effaré. Ils sont tous morts, Commandant ?
— Oui, fit Lee en posant deux doigts dans le cou d'une Six. Ils ont été asphyxiés. Je pense qu'ils devaient se trouver dans cette pièce quand le vaisseau a été endommagé. Ils se sont écroulés là où ils se trouvaient, indiqua-t-il en montrant un Deux allongé sur le sol, une tasse de café renversée non loin de sa main.
— On dirait une salle de réunion, fit Kara en enjambant une Huit affalée sur le sol, les yeux révulsés et les mains autour de la gorge. Ils étaient en pleine assemblée quand la brèche s'est ouverte. Les bords du trou sont repliés vers l'intérieur donc le projectile est venu de l'extérieur. Sans doute un autre Basestar, le trou est très grand.
Afin de ne pas risquer de s'envoler dans l'immensité spatiale, chaque militaire possédait des semelles magnétiques et était relié à un camarade par une corde fixée dans le mur le plus éloigné du trou. La faible gravité du vaisseau empêchait les corps de flotter et de rendre l'endroit encore plus glauque qu'il ne l'était déjà.
— Alors ? demanda Starbuck. Lee qu'est-ce qu'on...
Elle pivota et son regard se posa sur un Deux affalé dans un fauteuil, le menton sur la poitrine.
— Qu'est-ce qu'il y a, Starbuck ? demanda Apollo, intrigué qu'elle ne finisse pas sa phrase. Euh, fait attention, ne leur marche par-dessus, quand même...
La blonde lui jeta un regard noir et s'approcha du bout de la longue table. Là, côte à côte siégeaient un Deux, une Six et une Huit. Comme ils se ressemblaient tous comme deux gouttes d'eau dans chaque lignée, bien que leurs vêtements à chacun soient différents, il était compliqué de donner une identité à ces êtres, cependant, le sixième sens de Kara venait de s'activer et elle s'approcha d'un Deux en veillant à ne heurter aucun des corps sur le sol. Ce n'était pas parce qu'ils étaient des ennemis qu'il fallait être méchants avec eux jusque dans la mort.
— Bon sang ! Lee, ce Deux est vivant ! s'exclama-t-elle alors en enfonçant aussitôt deux doigts dans le cou de Numéro Deux.
La secousse brutale que ressentit le Cylon le fit bondir et il chercha aussitôt à inspirer de l'air, mais la pièce n'en contenait aucun gramme et Kara ne prit pas le temps de réfléchir. Elle décrocha son masque de secours de sa bouteille et le colla sur la bouche et le nez de celui qu'elle venait d'identifier comme étant Leoben, et qui se mit aussitôt à ventiler avec force. Son visage aux veines saillantes d'un rouge vif redevint bientôt d'une couleur plus classique.
— Là, calme-toi... fit alors Kara doucement. Respire normalement...
Le souffle rauque du Cylon attira aussitôt les autres membres du groupe et deux soldats trouvèrent une Six encore vivante. Ils s'empressent de la ranimer de la même manière que Kara qui tira une chaise vide et s'assit près de Leoben.
— Ka... ra ? fit alors Numéro Deux avec difficultés.
— Leoben ? C'est toi ? Je veux dire, tu es... ?
La jeune femme se pencha vers lui et Lee eut un mouvement. Kara lui jeta un regard et hocha la tête. Il lui signifiait silencieusement d'être prudente mais la blonde savait différencier « son » Leoben de ses copies.
— Laisse-moi faire, Lee, je ne crains rien, dit-elle.
Lee ne semblait pas convaincu et la présence de tous ces corps identiques le mettait très mal à l'aise. Il resserra sa prise sur son pistolet, de même que les hommes qui n'avaient pas bougé de derrière leur Commandant.
— Leoben ? demanda alors Kara.
Elle se pencha vers le Cylon et lui prit la main. Un souvenir lui revint et, semble-t-il, à Leoben aussi car il releva brusquement la tête et fixa la blonde, surpris. Ses yeux bleus étaient veinés de rouge, signe d'un manque notoire d'oxygène et il chercha à parler mais Kara l'en empêcha. Elle passa sa main sur la tête de Numéro Deux et se tourna ensuite vers Lee.
— On les emmène dans une zone pressurisée, décida alors le Commandant. Ils ont peut-être des informations à nous donner.
Les survivants furent chacun pris en charge par deux soldats et comme ils quittaient laborieusement la grande pièce, Lee attendit que Kara soit à sa hauteur après avoir laissé passer Caprica Six et une Huit, Leoben étant déjà devant.
— Je peux savoir ce qu'il te prend, Kara ? siffla aussitôt le jeune Commandant.
— Je te demande pardon ? s'étonna la blonde.
— Tu es sérieuse, là ?
— Lee, de quoi tu parles ?
— Kara, tu viens de ranimer ton pire ennemi ! Et en plus, tu t'es comportée comme une...
— Une ? le coupa aussitôt la jeune femme en fronçant les sourcils. Une quoi, Commandant ?
— Une gamine !
— Une... gamine ? Mais... ?
Lee la singea alors et Starbuck rougit aussitôt de fureur. Elle bouscula violemment son supérieur, mais aussi ami et amant occasionnel, et remonta la file de soldats jusqu'à être tout au sommet.
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Seule la salle de contrôle s'avéra encore intacte. Située tout au centre de l'immense vaisseau, il fallait vraiment bien viser pour pouvoir l'atteindre et même si les ordinateurs semblaient hors service, ici au moins, il y avait de l'air.
Retirant son casque avec soulagement, Kara s'approcha des Cylons qu'on avait lâchés sans trop de délicatesse sur le sol, le dos contre les consoles éteintes. Leoben et Caprica semblaient en moins piteux état que la Huit...
Sans réfléchir ni regarder Lee, Kara s'agenouilla devant Leoben qui releva lentement la tête vers elle. Son regard brumeux s'éclaira légèrement et il fit une tentative de sourire qui devint une grimace de douleur. Intriguée, Kara repoussa la main du Cylon serrée sur son flanc et découvrit du sang noir sur la chemise. Elle releva alors le tissu rouge et remarqua un large pansement. Soudain, elle fit un bond en arrière en poussant un cri de surprise. Aussitôt, onze armes se pointèrent sur Leoben.
— Baissez vos armes, les gars, tout va bien... fit alors Kara.
Elle se tourna vers la Six et demanda :
— Caprica Six ?
La femme blonde leva la tête lentement, le visage blafard.
— Vous êtes les vraies ? demanda alors Starbuck en regardant Leoben puis Caprica.
— Comment ça les vrais ? fit Lee, perdu. Ce sont des copies de copies de copies de...
— Non, coassa alors Leoben. Pas nous...
— Pardon ?
Numéro Deux se redressa en grimaçant de douleur.
— Nous sommes les programmes orignaux, dit-il, haletant. Tous les autres clones sont des copies sans âmes de nous-mêmes...
— Parce que vous, vous en avez, des âmes ? railla aussitôt un Sergent.
Il rigola et les autres l'imitèrent. Lee les fit cesser d'un geste et Kara s'assit en tailleur.
— Lee, dit-elle. Sa blessure... C'est moi qui la lui ai faite en partant de Nouvelle Caprica... Il n'est pas mort pendant le Second Exode, c'est lui...
Leoben releva la tête et croisa le regard de la blonde qui pinça les lèvres.
— Lee... dit-elle alors. Il faut les ramener sur le Galactica.
— Quoi ! s'exclama aussitôt le Commandant. Tu es tombée sur la tête ! L'Amiral va les faire abattre dès qu'il sera au courant !
— Sur la planète... souffla alors Caprica.
Son teint couleur d'albâtre était crayeux, elle semblait avoir toutes les peines du monde à reprendre le dessus et Lee ordonna qu'on lui donne un respirateur. Il attendit qu'elle reprenne des couleurs puis demanda :
— Quoi, sur la planète ?
— L'eau. L'eau nous guérira...
— Vous guérir, comment ça ? demanda Kara.
— C'est de l'eau très riche en minéraux et en fer, expliqua Caprica Six. C'est quasiment la même composition que les bains dans lesquels se trouvent nos corps en attente de téléchargement... Si vous nous laissez nous baigner là-dedans et en consommer, nous pourrons tout vous expliquer... dans quelques heures...
Kara jeta un regard à Leoben qui semblait terriblement souffrir de sa blessure au ventre. Elle trouva d'ailleurs très étrange qu'il ne se soit pas téléchargé depuis le jour où elle l'avait poignardé avant de s'enfuir avec Kacey, sur Nouvelle Caprica, mais elle ne posa aucune question, guettant la décision de Lee qui sembla vouloir prendre son temps.
Du coin de l'œil, Kara vit alors un soldat allonger la Huit et lui poser les mains sur le ventre. Il lui ferma les yeux et soupira. Kara baissa le nez et regarda de nouveau Lee.
