Des regards qui se reflètent
Yoruichi se tient sur le pas de la porte, accotée au chambranle, bras croisés sur la poitrine. Elle penche légèrement la tête sur le côté, fixe, inquisitrice, son ami de toujours. Elle cherche dans ce regard vert-noisette des mystères jamais élucidés, des questions mille fois soulevées. On ne pose jamais de questions, sous ce toit, c'est la règle d'or. Et de toute façon, ils n'ont pas besoin de réponses pour se comprendre. Ils se connaissent par cœur, leurs corps réagissent toujours avec instinct, se répondant mutuellement sans même une once d'indécence. Un regard suffit pour savoir si ça allait ou non. Un second donne souvent une piste sur la raison du mal-être. Oui, les questions sont superficielles, les paroles poisseuses. Dérisoires.
Mes les regards, eux, sont essentiels.
Dans les prunelles dorées, Urahara lit une malice inquisitrice. Il secoue vaguement son éventail, dissimule un sourire, cherche une nouvelle énigme. Le mystère dont il s'entoure n'est rien comparé à celui de son intrigante compagne; elle était pour lui le mystère de la nuit, volupté féline, joueuse et sensuelle. Et tout ça se lisait dans un simple regard, éclat enivrant et fugace, ombré de ses longs cils noirs.
Des regards qui se reflètent, complices; une tendresse qui les enveloppe, suave et torride… Nostalgique. Et qui se heurtent. Parce qu'ils ne sont rien de plus que des amis.
Finalement, il rompt le contact; la lutte est trop inégale.
— Tu as gagné, Yoruichi, je ne peux pas résister quand tu me sors ton regard suppliant. Je vais de ce pas te chercher du lait.
Elle leva les yeux au ciel, un sourire en coin sur les lèvres.
