Disclamer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada.
Sunny : Ravie de te retrouver sur cette nouvelle histoire et de savoir qu'elle te plait. Merci de ta fidélité et bonne lecture. Bisous.
sdeaape : Merci beaucoup ! je suis contente que cet histoire te plaise et je crois que ce chapitre va te faire très plaisir. Merci encore et à bientôt j'espère ! Bisous.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 2
Paris, hôpital Lariboisière
Alors que le jour se levait doucement, que l'hôpital commençait à s'animer de ses divers bruits coutumiers, Shion revint auprès de son frère. Il enfila de nouveau consciencieusement chaque accessoire lui permettant de pénétrer dans cette chambre où reposait celui qu'il avait cherché pendant de plus de dix ans et dont il avait retrouvé brusquement la trace il y a environ trois mois, presque par hasard. Dix ans qu'il se battait sans relâche. Dix ans d'espoirs déçus et de déconvenues. Dix ans à se demander si seulement Mu était encore en vie quelque part. Mais il n'avait jamais abandonné, allant même jusqu'à consacré la fortune familiale dont il était le seul survivant officiel, à cette longue quête.
Camus avait quitté les lieux depuis plus d'une heure maintenant, mais le grec avait été prendre une légère collation dans un petit café à proximité de l'hôpital avant de revenir ici. Bien qu'il fasse toute confiance au français pour s'occuper de démêler ce qui était arrivé à son cadet, se replonger dans ce passé qu'il fuyait depuis si longtemps pour n'en conserver que son seul objectif, l'avait profondément ébranlé. Même s'il ne lui en avait révélé que le strict nécessaire. Mais là, dans l'espace réduit de la chambre, Shion avait besoin de s'y replonger, de revivre cette nuit tragique, de raconter à son cadet sa lutte acharnée qui était devenue, avec le temps, sa seule raison de vivre.
Alors il lui parla. Prenant encore une fois sa main dans la sienne, s'étonnant encore qu'elle soit devenue presque aussi grande que la sienne, se souvenant encore de la petite menotte s'y glissant si souvent autrefois. Il lui raconta sa longue errance depuis cette nuit d'été où leur vie avait basculé dans l'horreur…
L'attaque d'abord de la maison familiale. Il avait alors seize ans, Mu en avait sept de moins. Ils étaient seuls avec leur mère ce jour-là et ils jouaient au monopoly dans le salon, Shion laissant, comme d'habitude, gagner son cadet.
Ils avaient surgi d'un seul coup. Trois hommes cagoulés et armes au poing. Leur mère avait hurlé alors que Shion se précipitait sur son frère et l'entourait de ses bras. Tout avait été si vite, aujourd'hui encore l'aîné se demandait s'il aurait pu réagir autrement et la sauver. Mais tous ses cauchemars ne lui avaient jamais livrés la réponse à cette cruelle question.
Ils avaient tout de suite demandé la combinaison du coffre, ils connaissaient les lieux, savaient ce qu'ils voulaient. Mais elle était paniquée, affolée et totalement imperméable à tous leurs arguments, plongée dans une profonde crise d'hystérie. Un des hommes avait mis son arme sur la tempe de Shion pour tenter de l'impressionner, mais cela n'avait fait que provoquer plus de panique sans aucune rationalité chez sa mère. Cette arme, le froid du métal sur sa peau, il devait le sentir encore bien des années après. Rien n'avait préparé leur mère, épargnée de par sa naissance, aux dures réalités de la vie. Et la violence dont ils firent preuve à son égard n'arrangea rien. Ce soir-là, cette ignorance lui avait coûté la vie. Un seul coup de feu. Shion avait la tête de Mu contre sa poitrine pour qu'il ne voit pas ces hommes la frapper mais lui avait tout vu. Et cette image le hantait encore aujourd'hui. Il avait hurlé à son tour mais un des hommes le tenait toujours fermement. Mu pleurait, il l'avait serré un peu plus fort contre lui et avait ravalé ses larmes, regardant hébété le corps de sa mère se vider de son sang.
Il n'avait pas vu l'arme l'assommant arriver. Quand il était enfin revenu à lui, son frère avait disparu, sa mère était morte et une violente douleur lui déchirait la jambe droite qu'ils lui avaient cassée en partant. Des fois qu'il se réveille trop tôt et tente de les suivre. La police arriva peu après, le trouvant dehors, se traînant du mieux qu'il pouvait, cherchant son cadet comme un fou.
On l'avait transporté de force à l'hôpital pour le soigner, le laissant dans l'ignorance totale du sort de son petit frère. Quand son père était enfin arrivé il l'avait harcelé de questions auxquelles le pauvre homme, dépassé par les événements était bien incapable de répondre, se raccrochant presque désespérément à ce seul membre de sa famille encore bien vivant devant ses yeux. Car Shion n'était que le premier fils de sa femme, pas le sien…
Quelques années plus tard, le drame avait finalement eu raison de cet homme que Shion, alors âgé de vingt ans et devenu policier au grand dam de son beau-père, avait enterré avait le plus grand respect auprès de sa mère. Mais jamais, non jamais il ne lui avait cédé le droit de mettre aussi sur cette pierre tombale le prénom de son cadet.
Shion embrassa une nouvelle fois Mu, lissa un peu sa magnifique chevelure mauve et lui promit de lui raconter la suite plus tard. Mais là, il devait se rendre à leur bureau parisien pour accueillir un policier désireux de rejoindre leur petit groupe. Et puis, il avait des choses à faire, il n'arrivait pas à croire qu'il les ait trahi. Non pas lui. Mais alors que s'est-il passée la nuit dernière alors qu'il touchait enfin au but ?
Il salua le policier de faction que Camus avait déjà mis en place devant la chambre de Mu. Une fois encore, le professionnalisme du français l'impressionna. Ce dernier avait préféré prendre les devants à cause de cette malheureuse fuite dans la presse matinale. Un journaliste en mal de sensation forte avait fait de ce fait divers, au demeurant plutôt banal, le gros titre de son édition matinale. Heureusement demain, tout le monde aurait oublié. Il l'espérait tout du moins.
Ooo000ooO
Camus fonçait dans les rues encore peu encombrées de la capitale parisienne. Il avait mis son gyrophare et poussait un coup de sirène quand les véhicules ne s'écartaient pas assez à son goût. Une profonde angoisse avait semblé jaillir des tréfonds de ses entrailles pour venir se coller au creux de son estomac. Tellement familière qu'il eut un moment l'impression qu'elle n'avait jamais cessé de le hanter, tout comme ce sentiment de culpabilité renaissant de sa mémoire, lui aussi d'une trop longue période de veille.
Ses mains se crispèrent sur le volant, mais il domina cet instant de panique pur et simple pour prendre presque en douceur le dernier virage le menant à sa rue où il se gara grossièrement sur le bateau de son immeuble. Trois minutes après, il pénétrait chez lui et fut presque saisi par le silence qui y régnait. Seul le son monocorde de la télé venant du salon bourdonnait toujours dans l'appartement apparemment vide. Une fouille rapide des lieux le lui confirma et il sentit la panique regagnée du terrain dans le creux de son estomac, jusqu'à que son portable se rappelle à lui. C'était Milo :
- Rejoins-moi au parc de Notre Dame ! ordonna la voix de ce dernier.
- Shaka ? demanda Camus.- Avec moi…il semble un peu calmé, mais viens vite ! le rassura Milo.
- J'arrive !
Dix minutes plus tard, il retrouvait son collègue veillant comme une mère poule sur son protégé. Ce dernier cherchait fébrilement quelque chose dans les buissons entourant le petit parc en ne cessant de parler dans une langue que Camus identifia comme un dialecte indien, son pays d'origine sûrement, pensa-t-il. Le parc état heureusement encore quasiment désert à cette heure matinale, il lança un regard interrogateur à Milo :
- J'ai finit par comprendre qu'il ne se calmerait pas si je l'empêchais de sortir plus longtemps à moins que je n'utilise la force, expliqua ce dernier. Alors je lui ai proposé de m'emmener là où il voulait aller.
Camus sourit, le nœud dans son estomac sembla se dissoudre un peu. Milo avait décidément bien des ressources et continuait ses explications de ce qui s'était passé entre eux pendant son absence :
- Je crois que j'ai à peu près réussi à le mettre en confiance en lui proposant de se coucher dans ton lit, du coup…
- Dans mon lit ? l'interrompit Camus stupéfait.
- Ben oui, visiblement tu lui as fait forte impression et il s'est endormi comme un bébé en souriant aux anges, le nez enfoui dans ton oreiller… relata le grec avec un air satisfait en voyant le français rosir de gêne ou de plaisir ? Bonne question se perdit-il, oubliant quelques peu le fil de son récit…
- Milo ! l'apostropha brusquement Camus devant son silence prolongé.
- Ah oui… Donc il dormait et je me suis installé devant les infos dans le salon, reprit ce dernier. J'ai du m'assoupir à un moment, jusqu'à que son cri me réveille en sursaut. Il était dans le salon et hurlait des mots incompréhensibles et l'air totalement paniqué. Tout ce que j'ai réussi à saisir, c'était qu'il devait partir… et c'est là que je t'ai appelé, conclut le grec.
- Et ? insista Camus qui se rapprocha doucement de Shaka, qui ne semblait même pas s'être aperçu de son arrivée.
- Et quoi ? demanda Milo.
- Comment êtes-vous arrivé là ? précisa le français.
- Oh ça... En fait, juste après l'avoir persuadé, je ne sais pas trop comment d'ailleurs, de ne pas sortir en peignoir, de lui avoir fait promettre de ne pas s'enfuir, nous sommes descendus dans la rue, continua Milo. Là, il a cherché anxieusement en l'air pendant un moment avant de me demander où était « la grande église ». Je l'ai amené ici, il s'est précipité dans ce parc et depuis il fouille les buissons, précisa encore le grec en se passant une main nerveuse dans les cheveux. Mais je ne vois pas ce qu'il y cherche et il répond plus à mes questions… se contentant de baragouiner en je ne sais pas quoi non plus…
- En hindi, je pense, répondit Camus qui posa sa main sur l'épaule du jeune homme qui attaquait consciencieusement le buisson suivant. Shaka ? demanda-t-il doucement.
Ce dernier leva la tête et lui sourit avant de s'interrompre dans ses recherches pour se lancer dans une longue tirade, certainement pour justifier ses actes, mais toujours dans sa langue maternelle. Camus l'observait, fasciné, lui raconter une chose qui semblait visiblement très importante pour lui, à grand renfort de gestes, tout sa timidité semblant s'être miraculeusement envolée :
- Tu vois, je te l'avais dit… murmura Milo dans son dos. Il a complètement disjoncté !
- Non, bien au contraire, répondit Camus en souriant toujours à Shaka et en hochant la tête de temps à autre, quand ce dernier semblait attendre une quelconque réaction de lui.
- Mais de quoi tu parles ? demanda le grec en glissant à sa hauteur.
- Tu ne comprends pas ? Il accorde sa confiance…
Milo regarda Shaka puis Camus, recommença ce manège plusieurs fois se demandant où ce dernier pouvait bien voir cela dans le discours mimé du blond. Il avait loupé un truc ou quoi ? Et puis soudain, il eut comme l'impression de voir la scène en spectateur, il ne faisait pas parti de leur monde à tous les deux. Ce léger sourire sur les lèvres de Camus, et les yeux de Shaka en quasi-adoration… il ne voyait que le français. Ce n'était pas à eux, mais à lui et uniquement lui, qu'il accordait sa confiance !
Ok, ils étaient sur leur nuage tous les deux, mais tout ça ne leur disait toujours pas ce qui avait mis Shaka dans cet état de transe et surtout ce qu'il était venu chercher ici. Et même si Camus parlait plusieurs langues couramment, il doutait quand même qu'il se mette à comprendre miraculeusement l'hindi…
Ooo000ooO
Quelque part dans Paris
L'homme pénétra dans le petit recoin sordide qu'il avait si chèrement négocié et posa le plus doucement possible son fardeau sur le matelas dont la propreté laissait à désirer. Mais bon, il faudrait faire avec dans l'immédiat. Le recoin en question n'avait rien de reluisant non plus, un papier peint d'une autre époque qui partait en lambeaux, de la peinture effritée, et sûrement une bonne dose d'insectes qui avaient envahis les lieux, mais l'homme avait déjà connu bien pire.
Il soupira en examinant rapidement son fardeau, le gamin était vraiment dans un sale état… Ces salauds n'avaient pas hésité à le droguer pour pouvoir en profiter librement et dans tous les sens du terme. Même rhabillé à la hâte, toutes les parties visibles de son corps étaient largement couvertes de d'ecchymoses, plaies ou brûlures de cigarettes… Il n'osait même pas imaginé dans quel état mental il se trouvait. Il tremblait comme une feuille. De la fièvre sans aucun doute, mais l'emmener à l'hôpital était bien trop dangereux. Il s'était compromis pour le tirer de leurs pattes et ils devaient déjà être à sa recherche.
Il chopa son sac à dos et sortit de quoi désinfecter ses plaies, il devait lui trouver des vêtements propres et un médecin, mais pour l'instant un nettoyage en règle s'imposait. La salle de bain commune se trouvait à côté, il y alla et récupéra de l'eau claire dans une bassine, avant de le déshabiller, non sans lui arracher quelques gémissements de douleur. Le nettoyage le tira de sa torpeur bienfaisante :
- Tonio… murmura le blessé en ouvrant à demi les yeux. Pourquoi ?
- T'as de ces questions gamin… Ils ont massacré tes cheveux, constata Tonio en regardant la longue chevelure brûlée en bien des points.
- Ça repousse… des cheveux… grimaça le blessé en tentant un semblant de sourire qui se transforma en grimace de douleur.
L'homme qu'il avait appelé Tonio finit comme il put la toilette et les soins sommaires, se concentrant sur sa tâche, histoire de ne pas trop se poser cette même question. Pourquoi avait-il donc agi ainsi ? Il savait ce qu'impliquait cette mission et ce qu'il lui faudrait supporter pour y arriver. Il était parfaitement conscient que le résultat de cette infiltration était capital pour son organisation et pourtant… Il secoua la tête pour en chasser ces questions bien inutiles pour l'instant, le mal était fait et le principal maintenant était de soigner le gamin. Il lui remit un caleçon et un tee-shirt propre, pris dans ses affaires personnelles, mais les vêtements du gamin étaient bons à jeter et le prévint :
- Je vais sortir, gamin. En attendant essais de dormir, c'n'est pas le grand luxe ici mais tu crains rien. J'ai pris mes précautions.
- On est où ? demanda encore le blessé alors que ses yeux se refermaient déjà.
- Dans un squat de ma connaissance… dit-il en lui faisant avaler un peu d'eau où il avait dilué un peu d'aspirine, ce qu'il avait de plus fort sur lui. Peu de chose, mais en attendant mieux.
Il l'enroula dans une couverture et lui posa une autre sur lui avant de retourner chercher de quoi se laver dans la salle de bain commune. Leur recoin n'étant séparé du reste du quat par un vulgaire morceau de tissus. Un rapide nettoyage des lieux lui prit encore un peu de temps avant qu'il ne se prépare enfin à sortir. Il jeta un coup d'œil à la fenêtre, la matinée était déjà bien entamée, il avait besoin d'un café et de réfléchir. Il examina encore une fois le gamin et eut un étrange sourire à son encontre :
- Sale gamin va ! grommela-t-il en quittant enfin les lieux.
Flash back
Ça remontait à six mois environ, la première fois qu'il l'avait vu… Il s'était déjà fait une réputation dans l'organisation du réseau qu'il avait infiltré sur les ordres de ses supérieurs, presque deux ans auparavant. Il n'avait qu'un but, en trouver le chef suprême, qui agissait toujours dans l'ombre et n'était connu que de quelques membres privilégiés et dont le réseau de prostitution s'étendait déjà sur toute l'Europe et même plus. Entré comme simple exécutant dans son propre pays, il avait gravi un à un les échelons le conduisant finalement ici, en France, dans la capitale où comme le soupçonnait l'un de ses supérieurs, avait lieu le plus gros du trafic de luxe. Soit fournir à prix d'or à de gros clients, insoupçonnables bien sûr, de la marchandise de qualité.
Une quinzaine de jeunes gens seulement, consistaient en cette marchandise de qualité, soigneusement surveillé et séquestré, mais relativement bien traité pour ne pas les flétrir trop vite. Enfin juste ce qu'il fallait, pas plus non plus. Planqués sommairement, dans un immeuble cossu de la capitale, lui aussi insoupçonnable et d'où ne leur seraient même pas venus l'idée de s'échapper. Pour la plupart, il n'était déjà plus que soumission et totalement détruit par cette vie de servitude qu'on leur avait imposée souvent depuis leur tendre enfance. Et ceux qui fuyaient ou simplement tentaient de le faire en connaissaient le prix, la mort.
Mais il en avait remarqué deux qui semblaient au-dessus du lot et qui étaient toujours ensemble quand ils le pouvaient. Ces deux-là, bien que soumis et obéissants comme les autres, avaient un petit quelque chose que les autres n'avaient plus, une volonté de survivre et de s'en sortir, un espoir peut-être… Il ne savait pas trop. A l'époque, il ne pouvait encore les approcher et ne connaissaient même pas leurs prénoms, l'aurait-il su d'ailleurs n'aurait peut-être rien apporté car bien souvent leurs tortionnaires leur faisait abandonner toute trace de leurs véritables identités. Mais il fit néanmoins leurs descriptions à ses supérieurs lors d'un de ses rares contacts avec l'extérieur. Ils étaient peu nombreux, une fois tous les trois mois, pas plus… C'était les ordres, pour ne pas risquer de compromettre la mission. Il lui en avait fallu trois de plus pour arriver à fournir les prénoms que ses supérieurs avaient pris le risque, sans attendre le délai habituel, de lui réclamer, sans qu'il en comprenne la raison.
Atlas, l'homme qui dirigeait cette partie du réseau, et qu'il avait depuis bien longtemps identifié, décida alors de tester sa loyauté en lui collant à cette même période, dans les pattes un tout jeune homme à dresser, le gamin. Il avait une semaine pour faire de lui une bête docile et bien dressée, mais au regard de défi qu'affichait les yeux verts en face lui, il comprit tout de suite que c'était un piège. Ce gamin venait tout juste d'être enlevé, et ceux enlevé à cet âge ne finissait jamais ici, on voulait juste s'en débarrasser au plus vite. Ou le punir pour un quelconque affront. Il devait être gênant ou précieux pour le grand patron, d'une façon ou d'une autre, il était peut-être sa chance… et c'était ce qu'il attendait depuis longtemps.
Fin du flash back
Un homme entre deux âges, qui lui avait loué à prix d'or ce petit bout de paradis, l'attendait et l'apostropha dès qu'il en émergea après une toilette sommaire pour lui :
- T'avais pas parlé de ça ! lui reprocha-t-il en désignant du menton le recoin où reposait le gamin, on n'veut pas de malade chez nous !
- Parce qu'au prix où tu loues y a des conditions ? se moqua ouvertement Tonio, un sourire mauvais sur le visage. Tu n'crois pas que c'est exagéré ?
L'homme recula en voyant l'éclat argenté d'une lame jaillir dans sa main droite :
- Je sors, reprit Tonio. Si quelqu'un pénètre ici pendant mon absence, je t'en tiendrais pour responsable. Ok ?
L'autre hocha la tête, mieux valait faire ce qu'il disait, se dit-il en frissonnant de peur devant le regard cobalt devenu un court instant aussi dur et glacial que l'acier de sa lame.
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Paris, 8éme arrondissement
Quand Shion pénétra dans le bâtiment parisien qui habitait leurs locaux, qui de l'extérieur semblait contenir un ensemble de bureau comme il en existe tant à Paris, il n'y trouva que Marine, une jeune femme venue les rejoindre dans leur lutte quelques années plus tôt et qui faisait office de secrétaire quand elle ne triait, recoupait pas les infos sur ses moniteurs. Et c'est là qu'elle était le plus douée, dénicher n'importe quelle information, pénétrer les systèmes les mieux protégé du monde, et elle mettait volontiers ses dons à profit pour les aider au quotidien :
- Comment va-t-il ? demanda-t-elle sans préambule.
- Rien de nouveau, répondit Shion en soupirant. Merci d'avoir régler si vite le problème de la presse !
En effet, elle avait dès le coup de téléphone de Camus, fait en sorte que plus aucune info ne circule dans les médias sur ce fait divers :
- Rien de nouveau sur Angelo ? demanda-t-il encore.
- Non, aucun contact. Mais s'il est découvert, il va se faire discret le temps de pouvoir nous contacter sans risque, le rassura-t-elle ou peut-être était-ce elle-même qu'elle tentait de rassurer ? Allez savoir…
Il la regarda intensément, avant d'ajouter :
- Et s'il nous avait trahis ?
- Impossible ! affirma-t-elle s ans même se donner le temps de la réflexion. D'ailleurs Camus n'y croit pas non plus.
- Pourtant tout nous pousse à croire le contraire, insista-t-il désireux d'entendre ses arguments.
- Il ne foutrait pas deux ans de boulot en l'air sur un coup de tête, dit-elle après avoir pris quelques instants de réflexions. Il s'est forcément passé autre chose !
Et elle avait raison, pensa-t-il, Angelo était parfois impétueux, fonceur et imprévisible de part son tempérament méditerranéen mais loin d'être idiot ! Il leur manquait forcément une pièce du puzzle.
- J'ai mis le dossier du candidat sur le bureau, rajouta-t-elle avant de se replonger dans ses données. Si j'ai du nouveau, je vous préviens !
Shion passa dans le petit bureau jouxtant la salle de réception où officiait Marine et se laissa tomber sur le fauteuil, après s'être servi une tasse de café et commença à parcourir le dossier que lui avait concocté la jeune femme.
Recruter un nouveau membre était toujours délicat pour lui. Il ne pouvait se permettre de laisser un détail au hasard et exigeait de ses collaborateurs une loyauté à toute épreuve. Bien sûr officiellement, il n'était que le coordinateur des différentes missions dans lesquelles s'engageait le service européen, mais officieusement, comme l'avait en parti deviné Camus, il le dirigeait d'une main de fer.
Ooo000ooO
Dans un appartement silencieux du marais, un téléphone se mit à raisonner, réveillant l'un des trois occupants du grand lit. L'homme au corps de rêve râla un instant avant de trouver enfin le combiné sur la table de nuit qu'il porta à son oreille non sans dégager quelque peu son abondante chevelure bleu. Il grogna un « allo » de circonstance, genre, « qui que tu soit, si tu me réveilles pour rien, je te flingue », et attendit la réponse qui ne tarda pas à venir. Ses yeux océans s'ouvrirent d'un coup, alors qu'il s'asseyait au bord du lit, toute sa mauvaise humeur envolée.
A l'autre bout, son double parfait se souleva à demi pour l'observer alors que le troisième occupant du grand lit maugréait déjà contre « ces foutus voleurs de sommeil » et venait se coller contre le corps chaud encore à demi allongé :
- Laisses-moi écouter Mikael, ça à l'air important… murmura Saga en le prenant tendrement dans ses bras.
- Tant que tu veux mon cœur, moi je dors encore… répondit ce dernier en laissant ses lèvres parcourir librement la peau divinement sucré de son amant.
- Tu dors vraiment là… gémit Saga en frissonnant sous l'assaut.
Rien à faire, il ne pouvait pas lui résister, il se laissa glisser sur le lit pour savourer pleinement le doux réveil. Un soupir de bien-être lui échappa, faisant sourire Mikael qui n'en mit que plus de cœur à l'ouvrage :
- Dites donc vous deux ? gronda soudain la voix de son jumeau. On fait ça dans mon dos maintenant ?
- Mais c'est qu'il est jaloux le frérot, s'écria Mikael en lui jetant un coup d'œil moqueur. C'est quand même ton coup de fil qui nous a réveillés non ?
L'interpellé se renfrogna à l'évocation du coup de fil en question :
- Kanon !
Saga s'était précipité, inquiet :
- C'était qui ? demanda-t-il anxieusement en enlaçant son jumeau tout en jetant un regard d'excuse à Mikael. Ce dernier sourit, nullement vexé. Comment aurait-il pu l'être d'ailleurs ? se demanda-t-il en faisant le tour des deux hommes pour prendre lui aussi le cadet des jumeaux dans ses bras et d'ajouter tendrement :
- Allez, raconte-nous tout trésor…
Kanon se laissa un instant aller dans leurs bras, se demandant encore une fois, si ce bonheur qu'il ressentait parfois si violemment n'allait pas lui être arraché brutalement :
- Un ami à moi, répondit-il, vous ne le connaissez pas…
- Un flic ? interrogea Saga tout en caressant d'une main la tête de son frère et de l'autre, celle de Mikael posée sur l'épaule de ce dernier :
- Oui. Tout au moins la dernière fois que je l'ai vu… Il hésita un court instant avant d'ajouter. Il a besoin de vous deux…
- Il est blessé ? demanda aussitôt Mikael en se redressant. Il est à l'hôpital ?
- Non…
- Comment ça non ?
- Je… commença Kanon, ne sachant trop comment leur demander ça, ni même comment formuler cette demande. Mais d'un autre côté, il ne pouvait pas non plus le laisser tomber.
- Alors ? s'énerva Mikael, qui était déjà passé en mode médecin
- Une visite à domicile, ça vous tente ? plaida-t-il en se planquant lamentablement dans le giron de son aîné :
Saga jeta un regard apaisant à Mikael, prêt à s'énerver, avant de relever la tête de son jumeau pour capter ses yeux dans les siens :
- Tu sais que je ferais n'importe quoi pour toi, n'est-ce pas Kanon ? demanda-il doucement, le laissant baisser la tête en signe d'assentiment avant de continuer. Mais pour risquer ma carrière, j'aimerais au moins une explication et je viendrais seul. Pas question que Mikael risque…
- Ne prends pas de décision à ma place Saga, le coupa calmement ce dernier, mais je suis d'accord avec toi. Trésor, raconte… rajouta-t-il à l'intention de Kanon.
Saga, tout en réconfortant toujours son cadet, lui jeta un regard bien plus que reconnaissant. Oh Dieu, qu'il l'aimait cet homme…
Kanon se dégagea doucement de leurs bras pour s'agenouiller sur le grand lit qui abritait leurs nuits à tous les trois depuis presque un an, du moins quand ils pouvaient les passer ensemble. Chose finalement assez rare entre les différentes gardes du médecin urgentiste qu'était Saga et du chirurgien hors pair qu'était Mikael, sans parler de son propre boulot de flic :
- Angelo est mon ami, commença-t-il, il m'a sauvé la mise plusieurs fois… C'est le genre de chose que l'on n'oublie pas. Aujourd'hui, il m'appelle à l'aide. Il a un blessé, un jeune garçon qu'il a tenté de sauver, mais, pour des raisons qu'il a préféré taire, il est coincé avec lui dans un squat et ne veux risquer de l'emmener à l'hôpital. Ce gosse a besoin d'aide et c'est urgent…
- Il est droit ce mec ? demanda Mikael en le fixant, sachant qu'il ne pourrait lui mentir.
- Oui, c'est bien la seule chose dont je sois certaine, répondit Kanon sans hésitation. Par contre dans quelle histoire il s'est fourré, ça…
- Tu as confiance en lui ? insista Saga.
- Comme en moi-même !
- Bon alors qu'est-ce qu'on attend ? dit Mikael en se levant et en se dirigeant vers la salle de bain. Il y a un gamin en danger non ? rajouta-t-il avant d'y disparaître bientôt suivit de Saga.
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Appartement de Camus
Shaka se demandait bien comment il avait pu tomber sur un être si merveilleux que Camus. Et surtout comment il allait bien pouvoir faire pour le quitter…
A bien y réfléchir, la veille, il avait surtout pensé à survivre et tout ce qu'il avait vécu dans sa journée plus que cauchemardesque avait été relégué au second plan. Un très vieil instinct de survie avait pris le dessus sur le reste. Les derniers mots de son ami aussi, ainsi que les directives données à la va-vite par un Tonio complètement affolé avaient sûrement contribué à ce qu'il survive envers et contre tout.
Quand Milo l'avait autorisé à se coucher dans le lit du français, il s'était senti tellement en sécurité que la fatigue avait pris le dessus, il s'était endormi comme une masse, pour quelques heures réparatrices, bien loin de tout souci.
Mais le réveil n'en avait été que beaucoup plus dur. L'absence de bruit, le calme de l'appartement l'avait tout d'abord surpris et puis… la réalité l'avait brutalement rattrapé. Ses amis, ses frères n'étaient plus là. Atlas devait déjà remuer ciel et terre pour tous les éliminer. Il se rappela alors, le numéro de téléphone ! Tonio lui avait donné à la hâte hier soir, où était-il déjà ?
Dans le sac, il l'avait fourré dans le sac, il fallait qu'il le retrouve ! Il réfléchit intensément sur ce qu'il devait faire. Premièrement il devait partir, quitter ces gens si gentils qui risquaient de se retrouver en danger par sa faute. Deuxièmement, retrouver le sac et appeler l'ami de Tonio, qui devrait pouvoir l'aider. Tonio l'avait dit et il lui faisait confiance, après tout c'était grâce à lui s'ils avaient tous trois pu s'échapper. Il se leva donc dans cette optique et enfila le peignoir en attendant de retrouver ses affaires. Il était ensuite sorti de la chambre, après un dernier regard de regret vers l'antre de son sauveur et pris le temps de refaire impeccablement le lit qui lui avait accordé ces quelques heures de répit, ne pouvant s'empêcher au passage de caresser tendrement l'oreiller…
Il avait suivi le bruit pour trouver Milo endormi sur un fauteuil et avait été attiré par la télé qui montrait un fait divers… et avait brutalement eut l'impression d'être foudroyé sur place. Mu était en vie ! Il avait abandonné son ami encore en vie ! Mais comment avait-il pu le laisser ainsi ? Un cri de désespoir lui avait échappé…
Et le revoilà ici, dans cet appartement, assis dans ce salon où un peu plus tôt, il avait découvert l'horrible vérité. Il avait abandonné son meilleur ami mourant, il n'était qu'un monstre !
En face de lui, l'homme qui l'avait sauvé la veille. L'homme qui l'avait aidé à retrouver le sac maintenant posé à ses pieds et que Milo et lui exploraient soigneusement, sortant un à un les reliques de sa journée de la veille. L'homme qui l'avait compris malgré qu'il se soit mis à parler dans sa langue maternelle. Réflexe qui lui revenait régulièrement quand il était en état de choc, Mu avait l'habitude de se moquer gentiment de lui dans ces cas-là. L'homme qui avait finalement déniché le sac, dans le coin opposé où lui cherchait. Camus.
Il avait bien tenté de lui faire comprendre, en français cette fois, qu'en le faisant revenir ici, il se mettait en danger mais Camus s'était contenté de sourire à cela en lui promettant que rien ne lui arriverait s'il continuait à lui faire confiance. Et comment ne l'aurait-il pas pu ? Il se montrait attentionné et gentil, ne le traitant pas comme un vulgaire objet, alors comment ne pas avoir envie d'y croire ? Il avait tellement envie d'y croire… Oh oui, tellement envie de croire qu'il pouvait être un peu aimé lui aussi… Mais malheureusement ce n'était qu'un rêve… un rêve inaccessible pour lui…
Il soupira :
- Shaka ? Tout va bien ? s'inquiéta aussitôt le français.
- Oui… Dans le sac, un numéro de téléphone… je dois appeler… dit-il avec hésitation
Milo fouilla un instant et sortit un papier froissé :
- Ça ? demanda Camus. C'est le numéro de qui ?
- Il ma dit que cette personne pourrait m'aider… tenta d'expliquer maladroitement l'indien.
- Camus, regardes ! les interrompit Milo en lui fourrant le papier sous le nez.
- Tu connais cette personne Shaka ? interrogea encore Camus.
- Non…
- Mais c'est à cette personne que tu dois tout expliquer, c'est bien ça ? continua doucement le français.
Shaka hocha la tête. Il avait honte, horriblement honte de lui faire ça. Mais il devait partir. Pour son bien, et même pour celui de Milo car seul les amis de Tonio pourraient éventuellement protéger Mu d'Atlas et de ses sbires et peut-être même le conduire auprès de son ami. Et pour l'instant c'était le plus important et le plus urgent, car si lui avait vu le reportage, d'autres avaient pu le voir aussi :
- Je suis désolé, murmura-t-il.
- Donnes-lui ton téléphone Milo, dit Camus en tendant le papier à Shaka qui le prit en évitant de croiser son regard. Le grec s'exécuta en souriant :
- Vas-y Shaka, l'encouragea-t-il, appelle cette personne.
Les doigts tremblants et le cœur gros, ce dernier tapa les numéros qui se voilaient devant ses yeux embués de larmes qu'il peinait à retenir et porta le téléphone à son oreille.
Et alors que la sonnerie retentissait enfin, une autre sembla lui faire écho dans la pièce. Il vit Camus répondre à son portable et entendit comme dans un rêve le « allo » qu'il prononça en écho dans son oreille…
Ooo000ooO
Locaux parisien de lutte contre la prostitution et l'exploitation, bureau de Shion.
Shion leva les yeux avec un sourire qu'il s'était préalablement composé vers son visiteur :
- Bonjour. Je vous en prie, entrez… Dohko, dit-il après avoir consulté son dossier.
- Bonjour, et merci de me recevoir si vite, répondit ce dernier en plantant ses yeux verts dans ceux de son hôte.
- Votre dossier est des plus intéressants…
- Faisons court, si vous le voulez bien, le coupa Dohko avec un aplomb qui surprit le grec. J'ai besoin que vous me preniez dans votre équipe au moins le temps d'une mission capitale pour moi et qui pourrait vous apportez des informations non négligeables sur un homme que vous traquez depuis longtemps.
- Et de qui parlez-vous ? demanda Shion avec une ironie non feinte. Non mais pour qui se prenait ce mec ? D'accord, il avait un physique à tomber par terre, des yeux fascinants mais quand même !
- Abel, ça vous dit quelque chose non ?
A suivre…
