Parce que prendre le bus c'est dangereux

Un bras se tendit au-dessus de la route et le bus qui arrivait mis son clignotant, informant les autres véhicules qu'il s'arrêtait. Plusieurs personnes se pressèrent vers la porte avant de celui-ci que le chauffeur ouvrait, alors que d'autres descendaient par les portes arrières.

Les personnes s'entassèrent à l'intérieur du bus. Jeunes, adultes mûrs, personnes âgées, enfants en bas âges. Tout âge, tout rang social, tout choix de vie étaient représenté. Un sociologue aurait été au paradis, pouvoir étudier tous ces spécimens dans leur état naturel, les voir essayer de cohabiter par obligation et pour leur survie, que cela aurait été intéressant! Enfin ce n'est pas vraiment ce qui nous intéresse ici. Donc au milieu de toutes ces personnes aussi différentes les unes que les autres, se trouvait une touffe rose. Pas un tee-shirt, un manteau ou encore un sac mais des cheveux roses. La personne possédant ces fameux cheveux venait juste de monter dans le bus et après avoir validé sa carte essayait de s'avancer vers le fond pour laisser rentrer le maximum de personne en bonne citoyenne intégrée dans la société qu'elle était. Cependant une fois la moitié du bus passée, elle ne put plus avancer, les gens étant déjà bien entassés. Elle se retrouva donc coincée avec derrière elle une mère et son fils de 6 ans qui n'écoutait rien et qui était insupportable, non pas qu'elle n'aimait pas les enfants, à sa gauche une femme de la cinquantaine rentrant sûrement du travail, à sa droite un groupe d'adolescentes de 14-15 ans se croyant intéressantes et faisant leurs malignes dans des habits trop courts et décolletés pour aller en cours et dans lesquels ses parents ne l'auraient jamais laissé sortir à leur âge. Et enfin, sûrement le pire pour elle, un homme auquel elle n'arrivait pas à donner un âge et qui semblait avoir bu un peu trop, voir beaucoup trop! Il avait du mal à rester en équilibre sur ses deux pieds malgré le fait qu'il était appuyé contre la paroi du bus, sa tête penchée vers l'avant, il donnait par moments des petits coups d'œil vers les adolescentes qui ne se rendaient compte de rien et marmonnait des choses incompréhensibles. La rose se tint à une certaine distance de lui, n'ayant qu'une barre pour s'aider à tenir debout lors des brusques à-coups donnés par le bus. Elle se concentra sur la musique sortant de ses écouteurs et arrivant directement dans ses oreilles, ferma à moitié les yeux pour se créer une bulle, essayant d'oublier l'homme complètement bourré en face d'elle, les adolescentes qui piaillaient, les gamins qui faisaient des caprices et tous les autres bruits que l'on pouvait trouver dans un bus plein de l'une des plus grandes villes du pays aux alentours de 17h.

- C'est notre arrêt !

- Déjà ?

Super ! Les adolescentes trop bruyantes devaient descendre et n'ayant pas vraiment de place pour sortir, l'une d'entre elles avait eu la merveilleuse idée de pousser la rose. Sauf qu'au lieu de la pousser vers la mère et son gamin, il avait fallu qu'elle la pousse vers l'homme ivre. C'était bien son jour de chance ! Elle se retourna lançant un regard noir aux adolescentes qui après l'avoir détaillée se précipitèrent hors du bus.

- Dépêches ! C'est une punk !

- Hein ?!

- T'as pas vu ses cheveux roses ?!

- Et son tee-shirt déchiré, sans parler de ses chaussures ! Comment ça s'appelle déjà ?

- Des Doc quelque chose, je crois.

Et en plus elles n'étaient même pas discrètes, sans parler du fait qu'elles étaient incultes. Encore des gamines qui se donnaient un genre mais qui ne faisaient que suivre le mouvement. « Pathétique », pensa notre héroïne.

Elle se retourna et se retrouva face à l'homme ivre et était un peu trop près de lui. Celui-ci ne semblait rien avoir perdu de la scène et regardait d'une manière quelque peu déplacée la jeune fille qui s'était retrouvée devant lui. Celle-ci, commençant à sérieusement paniquer quant aux intentions de cet homme louche, essaya de s'éloigner rapidement de celui-ci en reculant. Sauf que malheureusement pour elle, il ne semblait pas de cet avis et se décolla de la paroi du bus qui jusqu'à présent l'aidait à tenir debout tant bien que mal.

- Et bien ma jolie, où vas-tu comme ça ?

L'homme lui attrapa le bras et se pencha de plus en plus vers elle. Bien entendu, malgré le fait que le bus était plein, personne ne semblait vouloir lui venir en aide. Alors c'était ça la société aujourd'hui ? Chacun pour soi sauvant seulement sa peau ? Elle allait donc devoir se débrouiller seule.

- Lâchez-moi !

Elle se débattît, essayant de lui faire lâcher la prise sur son bras. Dans ces mouvements brusques, ses écouteurs avaient quittés ses oreilles pour aller cogner contre l'une des barres du bus, pour finir par se balancer dans le vide à quelques centimètres du sol. Sous l'effet de la surprise, l'homme s'était reculé et l'avait lâché, mais malheureusement pour elle, il ne semblait pas avoir dit son dernier mot. Son visage se crispa dans une grimace de mécontentement et il leva son poing s'apprêtant à la frapper. Alors c'est comme ça qu'elle allait finir ? Assommée par un homme ivre dans un bus miteux. Et le plus ironique dans tout ça était surement que le bus n'était pas vide et donc manquant d'aide potentielle. Non. Il était plein. Plein de personnes qui auraient pu, plus facilement qu'elle, venir à bout de cet homme. Or, la société individualiste dans laquelle elle vivait aurait raison de son sort. C'est sur cette dernière pensée qu'elle ferma les yeux attendant le coup fatidique.

Silence. Pas de douleurs. Rien. Elle rouvrit ses yeux doucement, appréhendant ce qu'elle allait découvrir. Du noir. Du cuir. Du cuir noir exactement. Cela lui rappela vaguement son propre blouson, or elle l'avait toujours sur elle et celui qui se trouvait juste sous ses yeux était plus grand, plus large. Elle releva légèrement la tête et vit des cheveux noirs, le bras droits de l'inconnu était relevé tenant fermement le poing de son agresseur qui semblait de plus en plus énervé. Coincée entre l'inconnu beaucoup plus grand qu'elle et une paroi, elle ne pouvait pas bouger et voir ce qui se passait réellement.

- De quoi tu te mêles le mioche?!

- Il me semble qu'elle t'a dit de la lâcher.

La voix était froide et sec, coupant court à toute répartie. Le silence se fit autour d'eux, les gens plus curieux qu'inquiets attendant la suite. Il se passait enfin quelque chose dans leur vie banale, dans leur train-train habituel. Et puis cela ferait une bonne histoire à partager une fois arrivé chez soi. Tout d'un coup l'homme dos à la rose se mit à bouger rapidement et un boum se fit entendre. Enfin elle y voyait plus claire. Celui qui lui était venu en aide était jeune, son visage était dur et son regard noir. Son agresseur avait dû vouloir l'attaquer et son sauveur l'avait retourné et lui tenait, à présent, fermement les bras dans le dos après l'avoir plaqué contre la paroi du bus. L'homme ivre ne pouvait plus bouger, l'inconnu étant beaucoup plus fort que lui. D'ailleurs celui-ci se tourna vers la rose et lui indiqua du regard un sac abandonné sur le sol.

- Dans la plus grande poche il y a des menottes, passes-les moi.

La jeune fille fut d'abord surprise. Ce gars se baladait avec des menottes dans son sac ? Mais face à son regard et au ton de sa voix, elle ne se fit pas prier pour attraper ce qu'il lui demandait et de le lui tendre. Entre temps il avait ordonné à une autre personne d'appeler la police.

Quelques minutes plus tard, elle se retrouvait sur le trottoir à parler à un policier qui prenait soin de noter tous ses dires. Elle était encore légèrement chamboulée parce ce qu'il venait de se passer et ne prêtait pas réellement attention à ce qui l'entourait. Son agresseur avait été transporté au commissariat et le chauffeur de bus et quelques autres personnes avaient témoigné.

- Merci mademoiselle. Pouvez-vous me répéter votre nom s'il-vous-plait ? Nous vous recontacterons pour la déposition.

- Haruno. Sakura Haruno.

- Bien. Vous souhaitez être raccompagnée ?

- Non merci, ça ira. Je ne suis plus trop loin de chez moi, je vais marcher.

- Comme vous vous voudrez. Bien, bonne fin de journée.

« Bonne fin de journée » ? Elle eut envie de rire à l'entente de cette phrase qui lui semblait si ironique dans sa situation. Puis elle se rappela de celui qui l'avait aidé. Elle aurait voulu le remercier, après tout dans ce bus plein de monde, il avait été le seul à lui venir en aide.

- Attendez ! cria-t-elle, faisant se retourner le policier qui commençait à partir. Je voudrai remercier le jeune homme qui m'a aidé.

- Il est parti, il y a quelques minutes, après qu'on ait pris son témoignage.

- Ah, très bien. Merci.

Elle ne pourrait donc pas le remercier sauf si elle le recroisait dans le bus ce qui était peu probable dans cette fourmilière humaine. Après avoir poussé un soupir de fatigue, elle se décida à rentrer chez elle espérant que sa colocataire ne serait pas encore arrivée. Elle ne tenait pas spécialement à l'inquiéter, surtout connaissant son caractère légèrement paranoïaque et surprotectrice.

[…]

'With the lights out, it's less dangerous

Here we are now, entertain us

I feel stupid and contagious

Here we are now, entertain us'

La jeune fille s'affairait à la préparation du diner tout en se déhanchant au rythme de la musique. Elle chantait à tue-tête le son rock qui se rependait violement dans l'appartement, se fichant beaucoup des voisins. Après tout quand c'est eux qui faisaient du bruit, elle ne se plaignait pas. Concentrée dans son enchainement de gestes aussi bien culinaires que musicaux, elle n'entendit pas le bruit des clés dans la serrure, ni-même la personne qui rentra dans l'appartement et qui se faufila jusqu'au salon d'où on pouvait la voir à l'œuvre dans la petite cuisine américaine.

- Et bien, je vois que c'est la fête ici! S'exclama la personne, riant légèrement de la rose.

- Ino! Tu m'as fait peur!

- Et toi tu me fais bien rire!

La nouvelle arrivante alla ranger ses affaires avant de rejoindre son amie.

- J'espère que ce que tu as fait est bon parce que je suis affamée, soupira la blonde avant de s'affaler sur une chaise.

- Oui, ne t'en fais pas, je suis sûr que ça va te plaire. Comment ce sont passés tes cours aujourd'hui ?

-Hum…ça a été… Et tu sais quoi ?! A midi j'ai revu la fille ! Elle travaille dans un magasin à côté de l'école, je pourrai donc la revoir de nouveau. Et toi, cette journée alors, toujours aussi intéressante que les autres ?

- Oui, toujours ! Je suis motivée et je ne suis pas prête de tout laisser tomber !

- ça je le sais ! Depuis le temps que tu rêvais de rentrer dans cette fac de médecine ! Ino leva les yeux au ciel, se remémorant tout ce que Sakura avait pu la harceler avec cette fac. Au fait, Temari m'a appelé. Elle veut qu'on se fasse une sortie au Konoha's Pub jeudi soir. Elle a aussi prévenue Tenten. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de soucis. Alors s'il-te-plait, ne me dis pas que tu voulais passer ta soirée à réviser plutôt que de rester avec tes amis adorés.

- Tu n'as qu'à dire que je passe ma vie à travailler ! S'indigna faussement Sakura.

- Et bien presque Mademoiselle l'intello ! Se moqua son amie en lui tirant la langue.

Les deux jeunes filles rigolèrent, l'une d'entre elles déjà euphorique à l'idée de retrouver leurs amis. Tout cela fit presque oublier à Sakura, sa mauvaise péripétie du bus qu'elle se passa bien de raconter à son amie.