Salut tout le monde ! Nous voici donc (déjà ^^ ?) au deuxième chapitre de The Third Way (désolée pour Apocalypse, je promets de m'y mettre pendant ces vacances, juré !). Je suis donc ravie d'avoir déjà eu deux reviews dans un laps de temps aussi court et donc que ma fanfic semble plaire.

L'humour est ici beaucoup plus noir que dans mes autres fanfictions, le caractère d'Anna me permettant de me lâcher bien plus, et j'ai dans l'esprit que l'histoire en elle-même sera très sombre. En tout cas, j'ai grand plaisir à l'écrire, et si vous aimez la lire, j'en suis comblée ^^.

On retrouve donc Anna pour ce chapitre (j'ai décidé qu'elle serait la seule narratrice, je me complique suffisamment la vie avec cinq ou six narrateurs à la fois dans mon autre série, pas la peine d'en rajouter ici ^^), où elle va en apprendre un peu plus sur ses étranges « amis » et sur la raison de sa venue. Je n'en dis pas plus ! Bonne lecture !


Le vaisseau fit une nouvelle embardée. Les mains crispées sur mon ventre, j'insultai, mentalement et réellement, mes « chers » compagnons qui avaient eu la formidable de ne PAS installer de toilettes à bord de cet appareil. Eurk, mon sac plastique était déjà plein...

« Sora est beaucoup moins fragile que toi ! Me lança Donald de son poste de pilote.

-J'en suis ravie pour lui. Répondis-je en résistant difficilement à la tentation de vider le contenu dudit sac sur sa tête d'emplumé.

-Heu...Peut-être vaudrait-il mieux attendre que nous soyons arrivés pour entamer une discussion sérieuse ? Suggéra Mickey, visiblement inquiet par mon mal de l'espace. »

Quelle belle déduction ! Tiens, un bout de fromage pour te récompenser...

Ah non, ne pas penser à la bouffe ! NON !

Trop tard. Et c'était reparti pour une nouvelle fournée. Malgré le vide sidéral de mon estomac, cela ne semblait jamais prêt à s'arrêter.

« T'as l'air vraiment malade, ahyuk ! »

Je relevai la tête de mon sac, fixant le labrador attardé d'un regard blasé. Visiblement un Master of Obvious des plus doués...

« On arrive bientôt ? Demandai-je d'une voix suppliante.

-Le voyage ne te plaît pas ? M'interrogea Donald d'une voix railleuse. »

Alors là, c'était trop ! J'allais le cuire à la broche, cette espèce de petit con de canard boiteux !

Je me relevai d'un bond, me jetant sur lui, bien décidée à en découdre.

« Les commandes ! Hurla le caneton. LES COMMANDES, DINGO ! »

Ah oui, tiens, le vaisseau me paraissait plus agité que tout à l'heure...Bizarre, bizarre.

Le labrador se précipita vers le poste de pilotage et réussit à redresser l'appareil, tandis que Donald m'incendiait proprement. Ses plumes blanches avaient pris une intéressante teinte tomate foncée. Cette vue me replongeait dans une profonde hilarité, qui me permit d'oublier un instant mon pauvre état, mais ne manqua pas d'énerver encore plus le Vilain petit canard.

« On aurait pu tous mourir à cause de toi ! Tu te rends compte de ce que tu as failli faire ?

-Pardon. Je rougis déjà de mes actes honteux. »

Un sourire s'étira malgré moi sur mes lèvres alors que je tentais de réprimer le nouveau rire qui me venait. J'étais en plein cartoon vivant, c'était à peine croyable.

Donald, cependant, ne parut pas saisir l'allusion, puisqu'il se calma et reprit la place que Dingo avait dû emprunter d'urgence.

Mickey, semblant considérer que Donald m'avait suffisamment hurlé dessus, me déclara avec douceur :

« Ne t'en fais pas, Anna, nous sommes sur le point d'arriver.

-Pas trop tôt ! Le vaisseau commence à puer la mort !

-La faute à qui ? Rétorqua le canard qui n'avait apparemment pas compris la leçon. »

Toutefois, la perspective de me retrouver à dériver éternellement dans l'espace ou celle de m'écraser et de mourir dans d'atroces souffrances ne me réjouissaient pas tellement et je me forçai donc à me calmer. Mais, dans mes narines, une odeur de canard grillé flottait...Une odeur qui me redonnait la nausée...

Je retournai m'asseoir, prenant de profondes inspirations. Une pensée traversa soudain mon esprit et je demandai au rongeur sur pattes :

« C'est qui ce Sora, au fait ?

-C'est notre ami ! Répondit alors Donald, décidé à s'incruster dans conversation. »

Pardon, il disait plutôt : « Cv'est notrre pfami ! ». Enfin, l'accent Donaldien est un peu dur à retranscrire, vous m'excuserez. C'était déjà un miracle que je parvienne à le comprendre...

« On a vécu des tas d'aventures ensemble, ahyuk !

-Des aventures, hein ? »

Mon esprit défectueux me joua une nouvelle fois des tours, m'imposant des images répugnantes impliquant zoophilie qui n'étaient des plus agréables. Mon estomac me fit de nouveau souffrir et je crus que j'allais encore devoir rendre.

Non, Anna, ça ne peut pas être CE genre d'aventures...

« Sora est un héros ! Il a sauvé les mondes des ténèbres et de la destruction. M'expliqua brièvement Mickey.

-Rien que ça ? »

Son CV devait briller de mille feux avec ce genre d'expérience...Je m'imaginais déjà son genre : le gars briscard, entre la trentaine et la quarantaine, aux muscles saillants et armé d'une bête d'épée ou d'une sacré arme à feu. Tout à fait mon type d'homme. Je caressai d'une main légèrement moite mon crâne tatoué. Peut-être qu'il aimait les filles comme moi ?

Si tant est qu'il existe une fille qui puisse te servir de référence, banane. Me rappela ma douloureuse conscience.

« Je lui enverrai une lettre à notre arrivée. Sa présence, et celle de ses amis, est nécessaire.

-Ça m'a l'air grave, tout ça... »

Je me doutais bien que Mickey ne convoquait pas ce beau monde pour un bridge, mais, pour le coup, il avait l'air mortellement sérieux. Enfin, si on peut réellement considérer le visage de Mickey comme sérieux, ce qui m'est déjà atrocement difficile.

« Je t'expliquerai tout quand nous serons arrivés et que tu auras pris le temps de te changer. Tes vêtements sont couverts de sang. »

Je faillis laisser échapper qu'il ne s'agissait pas de mes vêtements, mais je ne voulais pas les rendre plus suspicieux qu'ils ne devaient déjà l'être quant à ma situation. Autant qu'il me prenne pour une clocharde que pour une échappée de l'asile...

« Heureusement que Donald a pu soigner les quelques blessures qu'il te restait, tu n'étais pas dans ta meilleure forme. »

Mouais...Je le soupçonnais surtout d'avoir préféré que je ne salope pas le sol de son vaisseau avec mon hémoglobine. Il avait l'air d'y tenir comme à la prunelle de ses yeux.

« J'atterris, Majesté !

-Mais faites, mon brave. Répondis-je en me mordant les lèvres pour ne pas rire.

-Ce n'était pas à toi que je m'adressais.

-J'ai cru comprendre. »

Après un dernier regard noir, il décida de m'ignorer et entama sa procédure d'atterrissage. Au sourire qu'il arborait, je savais que le canard WC faisait tout ce qu'il pouvait pour que le vaisseau connaisse les pires embardées possibles. Eurk...

Le vaisseau se décida finalement à toucher sol, à mon grand soulagement. Flageolante, je me relevai tant bien que mal et tituba jusqu'à la sortie. Toucher terre...Quitter cet enfer volant...Alléluia !

Nous fûmes accueillis par deux mini-écureuils, dont l'un avait un pif qui me faisait suggérer qu'il ne s'hydratait pas seulement à l'eau minérale, une souris en robe de princesse et une cane dans une tenue un peu moins somptueuse, mais tout aussi précieuse. Plus rien ne m'étonne.

Les deux souris s'enlacèrent, les canards firent de même. La pensée que je pourrais sans doute assister à un accouplement en direct me traversa brièvement l'esprit mais je me hâtai de la chasser. Je doutai que ce genre de pensées puisse être attribuée à une personne mentalement saine...

Le canard me prit soudain en traître. Il se détacha de ce que j'imaginais être sa femme, m'asséna une grande claque dans le dos avant de déclarer :

« J'oubliais ! Votre Altesse, voici l'élue de la Keyblade que nous étions partis chercher, Anna !

-Enchantée de vous rencontrer. M'assura-t-elle. Je suis la reine Minnie, et voici Daisy, Tic et Tac.

-C'est...urgh...un plaisir. »

Ne pouvant plus tenir, je me mis à courir, allant chercher un nouveau sac en plastique dans le vaisseau. Il m'avait déglingué complètement l'estomac, ce volatile sur pattes !

Lorsque je reviens, je sentis que l'ambiance s'était un peu...tendue. Ça ne devait pas être dans leurs habitudes de voir la personne qui leur était présentée dégueuler à leur vue. Pas sûre que ce soit d'une très grande amabilité.

« Désolée. Lâchai-je finalement. Le mal des transports...

-Il n'y a pas de mal. M'excusa Daisy, après un regard désapprobateur sur Donald, qui n'avait pas l'air vraiment à son aise. »

Après que les rongeurs, avec un parler si rapide que je ne puis, aujourd'hui encore, retranscrire leurs termes exacts, nous aient assuré du parfait état de vaisseau, nous fûmes menés à l'intérieur d'un immense palais. La riche décoration me laissa de marbre. Je préférai la simplicité à l'extravagance. Oui, celle qui a proféré cette phrase est bien une adolescente avec le crâne rasé et couvert de tatouages ésotériques.

« Je vais vous mener jusqu'à vos appartements. Vous logerez ici, à partir de maintenant. M'informa la Reine Minnie.

-Cool. »

D'après les regards de Daisy et Donald, cela ne devait pas exactement être la réponse à fournir. Euh...

« Merci ? »

Donald leva les yeux au ciel. Je n'avais encore jamais eu à subir pire humiliation...Être méprisée par un canard !

« Au fait, Dingo, Maximilien va bientôt passer son examen pour devenir apprenti guerrier. Se rappela Daisy. Tu devrais lui rendre visite.

-Bonne idée ! Il va être content, ahyuk ! »

Dingo s'éloigna alors de nous, me laissant quelque peu déconcertée.

« Qui c'est encore, ce Maximilien ?

-Le fils de Dingo, qui préfère qu'on l'appelle Max. Il succèdera à son père à la garde du roi. »

L'information me stoppa net. La reine Minnie se retourna vers moi, inconsciente de la bombe qu'elle venait de lâcher :

« Y a-t-il un problème, Anna ?

-S'il y a un problème ? Enfin...euh...il a un fils ?

-Bien sûr. Même si tout n'est pas toujours rose entre eux, ils forment une belle famille. »

Je devais halluciner...Je n'avais pas pu entendre une telle chose ! Dingo...Un fils ? Ça voulait dire qu'il avait...Ah non ! Quelle femme saine d'esprit aurait pu accepter de faire une telle chose ?

Elle ne devait pas être si saine d'esprit que tu le penses.

Oui, la solution était là ! Cette femme devait forcément être aussi abrutie que l'était ce labrador géant pour avoir pu...Berk, non, c'est parfaitement répugnant !

« Je serais curieuse de le rencontrer.

-Il sera sûrement ravi de faire ta connaissance. Déclara Daisy. »

Hmm...S'il avait le niveau intellectuel de son père, j'en doutais un peu...J'essayais de m'imaginer un mini-Dingo pour finalement renoncer. Un seul, c'était déjà laaaargement suffisant.

Tandis que Mickey et Donald s'esquivaient, le premier pour écrire une lettre à ce dénommé Sora, le deuxième sans autre véritable prétexte que celui de m'éviter, Minnie et Daisy me menèrent finalement jusqu'à la chambre que j'allais dès à présent squatter. La couleur rose bonbon me tira une grimace. Mais bon, après avoir passé un an dans une cellule capitonnée, on pouvait se satisfaire de tout...et surtout de n'importe quoi.

« Comment trouvez-vous vos appartements ? Me demanda la Reine.

-Parfait. Me contentai-je de lâcher. »

Daisy dut percevoir mon manque d'enthousiasme au vu de la moue désapprobatrice qui s'afficha sur son visage. Minnie, en revanche, ne dit rien à ce sujet. N'avait-elle rien vu ou préférait-elle ne pas en parler, je ne saurais le dire.

« Vous trouverez des vêtements de rechange dans la penderie. Ne vous en faites pas, ils s'adapteront à votre taille.

-Merci. »

Je gardai pour moi mes craintes quant à la nature même des vêtements. Les robes de princesse ? Nan, très peu pour moi. Je n'avais pas vraiment le physique pour. Ou, du moins, je ne l'avais plus...

« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à appuyer sur ce bouton. Je passerais vous voir. M'assura Daisy avec un sourire forcé. »

Je hochai la tête, consciente qu'elle ferait sans doute en sorte d'arriver ici le plus lentement possible afin de me laisser le temps d'agoniser si je me trouvais en danger de mort. J'avais plutôt intérêt à compter sur ma propre personne que sur celles qui m'entouraient...'Fin bon.

« Je crois que le Roi souhaite vous voir, une fois que vous aurez fini de vous préparer. Vous voudriez que nous vous attendions pour vous mener jusqu'à lui ?

-Pas la peine. Je me débrouillerai pour le trouver. »

J'avais renoncé à une grande partie de ma fierté, mais pas suffisamment pour me laisser guider par une cane et une souris en robes princières jusqu'à un roi bouffeur de fromage. Je secouai la tête. Cette simple idée me laissait complètement perplexe...C'était complètement irréaliste.

Après un dernier signe, les deux amies me laissèrent enfin en paix. Je poussai un léger soupir. J'étais épuisée...Et mes pieds me faisaient souffrir horriblement. Il fallait dire que les chaussures n'étaient pas une option comprise dans la formule échappée de l'asile ou clocharde, bien mystérieusement.

Je m'allongeai sur le lit, laissant de côté la pensée que j'allais sans nul doute le dégueulasser proprement. J'avais besoin de me détendre...Cela faisait si longtemps que je n'en avais pas eu l'occasion...

Je fermais les yeux, repassant les derniers événements dans ma tête. Il s'était passé tant de choses...Des choses si stupides, si incroyablement peu vraisemblables...J'avais du mal à croire que tout ceci s'était réellement déroulé. Peut-être que ce n'était pas le cas. Peut-être que j'étais encore dans ma cellule...En train de rêver...

Je rejetai immédiatement cette idée. Ça ne pouvait pas être un rêve. Les rêves que je faisais se ressemblaient tous et aucun d'entre eux n'était semblable à ce qui était en train de m'arriver en ce moment. Aucun d'eux ne m'avait permis de rire comme j'avais pu le faire.

Peut-être une hallu, alors...Une hallucination digne de la cinglée que j'étais aux yeux de n'importe quel individu lambda de mon monde...

Cela devait être ça. Mon désir de liberté avait complètement déréglé mes neurones. Pour preuve, aucun d'eux n'avait eu l'air de souffrir de ma présence. Habituellement, ce n'était jamais le cas. Une simple apparition de ma part suffisait à pourrir l'ambiance de la pire des façons, sans même que je ne comprenne pourquoi. Ici, rien. Aucun d'eux ne réagissait, ne paraissait différent après avoir été à proximité de moi. C'était à n'y rien comprendre.

Je ne saurais dire exactement à quel moment je me décidai à tomber dans les bras de Morphée, et à lui briser le coude au passage, mais je ne mis sans doute guère de temps, vu l'état de fatigue dans lequel toute cette histoire m'avait plongé...

AAAAAA

Un froid mordant s'empare de mon corps dénudé. Une bise souffle, sous un ciel d'un grisâtre peu engageant. Je baisse les yeux. Je suis sur le toit d'un immense bâtiment, aux formes indéfinies. Au sol, une foule incroyable qui scande des paroles que je ne parviens pas à comprendre.

Je sens une légère sensation de chatouillis sur mon visage. Des mèches provenant d'une longue chevelure noire, apparemment la mienne. Si longue qu'elle semble s'entortiller autour de mon corps, comme si elle tentait de me préserver un minimum de dignité. Les quelques secondes qui s'écoulent s'empressent de me prouver le contraire. Ces mèches s'enroulent autour de moi et se serrent. Elles se serrent si fort que le souffle commence à me manquer. Je suffoque littéralement. Les minutes passent. Je ne m'évanouis ni ne meurs. La douleur se prolonge, torture sans fin qui se délecte de mes efforts pour lui échapper.

Je baisse de nouveau les yeux. Un vertige me prend et la peur me saisit le cœur. Mais les liens se resserrent. Le sang jaillit et j'ai presque l'impression que mon cou menace d'être tranché en deux.

Je fais un pas. Le vide semble m'aspirer. La foule aux visages indistincts hurle de plus belle des mots sans le moindre sens. Le deuxième pas est décisif. Je bascule en avant et me laisse tomber, les yeux grands ouverts, regardant le sol s'approcher de moi à la fois si vite et si lentement. Les liens se défont, m'offrant la plus savoureuse et libératrice des sensations. Pas pour très longtemps. J'atterris. D'abord un horrible bruit de craquement. Le sang qui jaillit. Une partie de mes membres qui s'éparpillent. Je vois ma main droite, première à avoir fait la connaissance de ce sol meurtrier, se détacher de mon bras et passer, sanguinolente, devant mon regard agonisant. Puis la souffrance. Si forte, si puissante qu'elle me coupe le souffle et ne me permet pas de laisser échapper le moindre cri. La foule se presse autour de moi. Elle continue à crier. J'ai mal. Je suis fatiguée. Je voudrais que cela s'arrête vite.

Mes yeux se ferment. Puis je sens une main secouer le tas de chair sanguinolent qui me sert alors de carcasse.

« 'Serait peut-être temps que t'arrêtes tes conneries, ma grande. Je ne serais pas qui je suis, j'aurais déjà rendu mon déjeuner, tu sais ! »

La douleur disparaît progressivement. Mes membres se rattachent à mon corps, dans un dégoûtant bruit de siphon que l'on bouche. Le sang réintègre mes veines, comme si rien de tout cela ne s'était passé.

Je parvins à rouvrir mes yeux. La foule et le bâtiment qui m'avait servi de tremplin ont disparu, de même que la chevelure mortelle.

Pour tout décor, une prairie et une table blanche, le genre de table qu'on trouverait dans les jardins de bobos nostalgiques.

Je découvre la personne qui m'a sorti de mon cauchemar. Ou, devrais-je dire, je la retrouve. Parce que je la connais, depuis maintenant un certain temps.

Enfin, je la connais...C'est relatif.

Sa silhouette m'est brumeuse. Seules ses mains, dont l'une tient un verre dont je doutais que le contenu puisse s'assimiler à un jus de fruit, m'apparaissent, délicates et soigneusement manucurées.

« T'es en train de virer psychopathe, ma petite Anna. M'étonnerait pas qu'un jour, tu te retrouves un couteau à la main, devant un tas de cadavres, alors que le dernier souvenir que tu aies, c'était que tu comptais préparer un porc salé pour des invités. »

Elle avale d'une traite le contenu de son verre. Je lui devine un sourire narquois, légèrement crispant. Je me décide à lui répliquer.

« Tu délires. Comme si je pouvais un jour avoir des invités... »

Elle éclate de rire, semblant apprécier ma réponse.

« Pas faux. 'Faudrait déjà que les gens passent sur la première impression "Chauve tatouée qui semble sortir tout droit d'une secte et qui converse volontiers avec des voix qui surgissent de son pauvre crâne de démente échappée de l'asile". Mais bon, une fois que c'est fait, on peut se rendre compte que tu peux être agréable...'Fin, c'est relatif.

-C'est marrant à quel point tes paroles me rassurent...

-Désolée, ma vieille. Si tu cherches quelqu'un qui peut te permettre de jouer les victimes éplorées en toute tranquillité, compte pas sur moi. »

Elle claque des doigts. Aucune réponse. Léger froncement de sourcils.

« 'Faut compter sur aucun de nous d'ailleurs. Bon, c'te boisson, ça vient ou tu penses que je vais la traire moi-même ?

-Ça va, y a pas le feu. »

Maintenant, c'est au tour d'un autre de venir squatter ma pauvre tête. C'est qu'ils prennent plaisir à se multiplier, ces trucs...

Je ne le vois pas vraiment, lui non plus. Je peux à peine dire qu'il s'agit d'un garçon. Ou d'un homme. Pas facile à définir. Il apporte un autre verre à la demoiselle, qui émet un claquement de langue satisfait.

« Je voudrais savoir pourquoi tu me prends toujours pour ton boy, ...

-Tu l'es, …, c'est une évidence. »

Je ne pus m'empêcher de pousser un léger soupir.

« Dites, si vous ne voulez pas que je continue à vous appeler Machin ou Truc éternellement, vous pourriez vous décider à me dire vos noms, hein ? »

Elle ricane.

« Eh, nous blâme pas si ton esprit est trop tordu pour te le permettre ! Si tu consultais, ça s'arrangerait p'têtre ! »

Elle n'a pas totalement tort. Cependant...

« Tu penses que je pourrais consulter qui, à Zoo City ? Un psycho-frog ? »

Tous deux me regardent. Ils partagent le même œil blasé.

« Alors, celle-là, elle était pourriiie ! Commence-t-elle d'une voix méprisante.

-Elle était surtout facile. Dépressif, j'aurais pu sortir la même. Ajoute l'autre, m'enfonçant davantage.

-Oh, ça va, hein ! Après tout ce qui s'est passé, et surtout peu après avoir été complètement broyée par une chute de je-ne-sais combien d'étages, j'ai le droit à une petite baisse de régime.

-Ouais, ouais, cherche des excuses, ma grande. »

Je soupire de nouveau. Pas moyen d'avoir une conversation constructive avec elle. Toujours persuadée d'avoir raison...'Faut avouer que je ne cède pas non plus beaucoup de terrain...

Il se tourne, regardant vers le lointain.

« Tu crois que les autres vont débarquer ? D'habitude... »

Un brin lasse, je me décide à le couper :

« Franchement, je ne préfère pas. Je sais que vous avez tendance à tous débarquer après que le rêve habituel...

-Hormis quelques minimes modifications. Intervient-elle.

-Ouais, peu importe. Bref, j'aimerais mieux que vous ne le fassiez pas, cette fois. J'ai du mal à me retrouver quand vous vous rassemblez tous, vous vous ressemblez trop.

-Tu plaisantes ? C'est ta vue qui déconne, ma grande, pas l'inverse !

-On est tous aussi différents que le jour et la nuit ! L'appuie l'autre garçon.

-Désolée, mais vous n'êtes rien de plus que des chimères floues et soûlantes pour moi, des illusions de mon cerveau défectueux. »

Elle siffle furieusement, tandis qu'il baisse la tête.

« Si c'est pour nous dire ça, autant que tu te réveilles, nan ?

-Je serais ravie que tu m'y aides, dans ce cas. »

Nouveau sifflement.

« Hé, ma grande, je suis dans ta tête, tu te rappelles ? Je n'y peux rien si ton corps est trop crevé pour te permettre de te réveiller.

-Tu n'as plus qu'à attendre une intervention extérieure. »

Un véritable tremblement de terre se déclenche soudain sous nos pieds. Le verre que la demoiselle avait laissé sur la table glisse et se brise, dans un fracas qui semble résonner sans fin.

Je hausse un sourcil, un peu déconcertée.

« Tiens, quand on parle du loup...Déclare-t-elle en souriant. »

Elle me fait un signe de la main. Il en fait de même. Puis tout devient flou. Noir.

AAAAAA

« Anna, réveillez-vous ! Réveillez-vous, s'il vous plaît ! »

J'ouvris les yeux, me levant brusquement avec une exclamation surprise. Par réflexe, je repoussais le contact, contact qui ne se trouvait être que celui de Daisy. Elle me dévisageait, hésitant entre étonnement et réprobation.

« Le roi vous attend ! Il n'a pas toute la journée à vous consacrer, vous savez. »

Je la foudroyais du regard, appréciant peu ses remontrances, digne d'une gouvernante pour sa jeune élève. Comme si j'allais accepter le moindre reproche de la part d'une cane anthropomorphisée...

« Et vous ne vous êtes ni changée ni lavée ! Quel temps perdu !

-Sa gracieuseté m'excusera, j'estime que j'ai le droit d'être fatiguée après tout ce que j'ai traversé. Si tel n'est pas le cas... »

Je terminais ma phrase en murmurant un « allez vous faire foutre » qui, bizarrement, ne sembla guère lui plaire.

« Sora, au moins, est correct et poli. Lança-t-elle dans un soupir exaspéré.

-Écoutez, je m'en contrefous de ce Sora, si vous voulez tout savoir. Pour l'instant, j'aimerais pouvoir me réveiller en paix, si vous voyez ce que je veux dire. »

Daisy sembla comprendre. Bien que peu enthousiaste, elle accepta de se retirer hors de la chambre, le temps que je me douche et change.

L'eau froide me permit de dissiper le brouillard dans lequel ma sieste, courte ou longue, m'avait plongée.

Je sortis de la douche, jetant un bref coup d'œil au miroir. Ledit coup d'œil ne me satisfit pas et je me décidai à m'y attarder un peu plus.

« Ça a repoussé... Constatai-je en passant une main sur mon crâne et sur mes sourcils, de nouveau broussailleux. »

Songeant un court instant à mon rêve, j'avisai un rasoir. Les rares touffes de cheveux qui s'étaient avisées de faire leur réapparition ainsi que mes sourcils disparurent sous la lame. Ceci fait, j'adressai un regard comblé à la glace, appréciant le reflet que j'y voyais. C'était bien moi. Moi, et personne d'autre.

Je sortis de la salle de bain, sortant au hasard quelques vêtements de la penderie qui semblait surplomber ce qui était maintenant ma chambre. De cette manière, une longue veste rouge, brodée de motifs d'or, un pantacourt vert bouteille et un débardeur bleu marine firent mon bonheur. J'optai également pour une paire de petites chaussures blanches, simples et confortables, déniant immédiatement les talons et autres sandalettes que l'armoire semblait me suggérer ouvertement.

Je devais le reconnaître, l'association était hasardeuse, voire vraiment laide, mais je n'étais pas le genre de filles à me préoccuper réellement de ma garde-robe. Cela ne m'avait jamais passionné.

Je me décidai enfin à sortir. Le regard de Daisy, qui m'attendait derrière la porte, s'attarda sur ma personne, comme choqué.

« Que...Qu'est-ce que...?

-Vous n'aimez pas ma tenue ? Bah, un peu de patience, je suis sûre que je vais lancer une nouvelle mode !

-Vos...vos sourcils... »

Je passai deux doigts sur la peau lisse où auraient dû se trouver lesdits sourcils. Je laissai transparaître un sourire légèrement railleur.

« Ça ne vous plaît pas ? Moi, je trouve ça cool. Ça me rend...particulière. »

Oui, le mot était juste. J'étais véritablement...particulière. Du moins, je voulais l'être. J'y tenais plus que tout au monde.

Daisy ne commenta pas. Elle me fit signe de la suivre et je m'exécutai, sifflotant un air guilleret.

Tandis que nous traversions divers couloirs, je constatai à voix haute que le château me paraissait particulièrement vide.

« C'est parce que ce jour fait partie de la semaine des examens, aussi bien pour nos apprentis guerriers que pour nos mages débutants. La plupart des habitants du palais y assistent en ce moment même.

-Ouah, j'imagine la pression... »

Je profitai de sa réponse pour enchaîner sur une autre question :

« A propos de la magie, je me demandai...

-Le roi vous expliquera tout. Me coupa-t-elle. »

Mouais...Apparemment, le fait qu'elle ait accepté de répondre à une de mes remarques ne signifiait pas que cette Daisy me portait plus dans son cœur. Comment Donald pouvait la supporter, là était le mystère.

'Fin, l'inverse était aussi vrai. L'énigme était donc résolue et la boucle bouclée...

Alors que j'étais toutes à mes pensées sans grand intérêt, nous nous arrêtames devant une grande porte. Mes connaissances cinématographiques me poussèrent à penser que nous étions arrivés à la salle du trône. A chaque fois la même chose : une porte hyper imposante, qui s'ouvre dans un craquement qui laisse croire que les pauvres gonds n'ont pas vu l'ombre d'une goutte d'huile depuis des lustres...

Celle-ci ne dérogeait pas à la règle. Instinctivement, je me bouchai les oreilles. Ce genre de bruit me crispait à un point inimaginable...Tant pis pour les regards intrigués de Daisy et Mickey, qui nous attendait à l'intérieur.

Nous avançâmes vers lui. Il terminait sa lettre, qu'il tendit à la cane sur pattes.

« Pourrais-tu la faire parvenir à Sora et ses amis, s'il te plaît ?

-Immédiatement, votre majesté. »

Elle s'inclina, et partit accomplir sa « dure » tâche. Ne restaient donc plus que le rongeur et moi...Enfin, c'était sans compter toutes les personnalités différentes qui squattaient silencieusement mon corps quand j'étais éveillée et ne se manifestaient que durant mon sommeil. Un sacré monde, donc.

« J'imagine que tu as un grand nombre de questions à me poser, Anna... »

Bingo, le hamster ! Bon, ce n'était pas comme si c'était tellement difficile à deviner. Enfin, je n'allais quand même pas le vexer, le pauvre...

« C'est fou ce que vous êtes perspicace. »

Une nouvelle fois, malheur, mes pensées et mes actes étaient bien mal coordonnés. Cependant, il se contenta de secouer la tête.

« Ne te cache pas derrière une ironie inutile et futile, Anna. Alors ? »

Il joignit ses mains, dans une posture d'attente un brin agaçante. Ses paroles me vexèrent quelque peu. Mon ironie, futile ? Il ne m'avait jamais vu au sommet de mon art ! Je pouvais être une emmerdeuse de première catégorie, pour peu que ma forme me le permette !

Je pris une profonde inspiration, prête à parler. Ah, il voulait des questions ? Eh bien, j'allais lui en servir ! Et de toutes les formes !

Le pauvre devra partir en thérapie à la fin de cette entrevue que je voulais pimentée et drôle, du moins pour moi...Je pouvais être très, trèèès lourde, si tel était mon désir. Il allait voir !


Fin de ce chapitre !

Pas simple à écrire, entre les délires d'Anna, les nouveaux personnages (ma Daisy va peut-être paraître OOC, mais je me base sur le perso que l'on voit dans le Journal de Picsou plus que sur le jeu, où elle est beaucoup moins présente) et l'introduction de nouveaux mystères autour de cette demoiselle, qui en aura un paquet.

J'espère que le chapitre aura plu !

Passons aux réponses aux reviews (exceptionnellement, j'ai pu répondre en MP à Laemia, mais, la prochaine fois, je répondrai simplement après le chapitre suivant) :

Valtiel-13 : Merci de tes compliments ! J'essaie de sortir un peu du lot avec tout ça, c'est pas très simple...

Pour le Yuri, c'est totalement sûr qu'il y en aura et je sais déjà entre quels personnages, mais le Yaoi, s'il y en a, restera anecdotique. Je peux comprendre que tu n'aimes pas trop, surtout qu'on en voit des tonnes, ces derniers temps. Pour ma part, j'adore ^^.

Au fait, j'ai commencé à lire ta fic Nobody. J'aime beaucoup ton humour et ton style et j'ai hâte de lire la suite (je m'efforcerais de poster des reviews, promis ^^).

J'espère vous compter de nouveau parmi mes lectrices. Et en avoir de nouvelles et de nouveaux lecteurs aussi, bien sûr !

Bonne nuit ! A très vite !