A/N : Tout de suite, le chapitre 2 avec en titre cette chanson hyper connue du groupe The Rasmus. C'est le dernier chapitre où je mets en place les éléments de départ, après l'intrigue commence réellement. Bonne lecture et n'hésitez pas à me donner vos critiques :)
Chapitre 2 : In the shadows
OoOoOoO
Sometimes, I feel like going down and so disconnected
Somehow, I know that I am haunted to be wanted
I've been watching, I've been waiting
In the shadows for my time
I've been searching, I've been living
For tomorrows all my life
OoOoOoO
La journée de cours est enfin terminée, on vient juste de revenir de la Grande Salle pour le dîner et je suis maintenant seule dans mon dortoir, occupée à écrire une lettre à mon oncle Giorgio.
J'entends les cris provenant de la salle commune un étage plus bas. Les élèves sont heureux de se retrouver après deux semaines de séparation. C'est toujours comme ça la semaine de retour des vacances. Après, ça se calme, ils redeviennent des Serdaigles studieux et plus ou moins disciplinés.
Alors que je sèche sur ma lettre, mon esprit se met à divaguer vers une autre tour, celle des Gryffondors, et plus particulièrement de l'un d'entre eux. Je me demande ce qu'il fait en ce moment. Il est sûrement dans sa salle commune avec ses amis et ses admirateurs. Ou alors dans les couloirs, occupé à concocter un nouveau plan pour tourner des Serpentards en ridicule.
Je m'imagine le croiser « par hasard » dans les couloirs, alors que je passerais par là... cette fois, il m'aborderait, il m'emmènerait dans une salle de classe vide, puis il m'embrasserait passionnément et...
Je secoue vivement la tête, essayant de chasser ces rêvasseries de ma tête. Franchement, à dix-huit ans, on pourrait croire que j'ai passé l'âge des fantasmes d'adolescente pré-pubère.
Je pousse un long soupir en me ré-affalant sur le matelas comme une chiffe molle, quand soudain, la porte du dortoir s'ouvre à la volée.
Trois filles débarquent dans la pièce en papotant joyeusement. Voici mes heureuses camarades de dortoir : Liliane Shepperd, Madeleine Fisher et Aphroda Greengrass.
Madeleine me fait un signe de tête amical de la tête en m'apercevant, tandis que Liliane me jette un regard désagréable et qu'Aphroda se contente d'ignorer ma présence.
Ouais, comme d'hab', quoi.
Ces trois filles-là sont toujours fourrées ensemble, mais elles ne se ressemblent pas du tout, au point que j'en viens à me demander comment elles font pour se supporter mutuellement.
Madeleine est la plus supportable des trois, car elle se contente de se comporter comme une élève normale et sans problème. Studieuse, sage, gentille, elle est loin d'être stupide mais elle a un petit côté naïf qui la rend très influençable.
Aphroda, elle, est beaucoup plus... heu, on va dire coquette, pour ne pas être trop méchante. Elle est déterminée à montrer à tout le monde qu'on peut être belle et intelligente à la fois, et ma foi, elle y arrive très bien. Dès la deuxième année, elle avait déjà un petit copain de deux ans de plus qu'elle et du plus loin que je me souvienne, elle a toujours eu plusieurs garçons qui lui courraient après. En plus elle vient d'une vieille famille de sang-pur, ce qui ne fait qu'ajouter à sa popularité. Personnellement, je ne peux pas la voir… OK, c'est certainement dû au fait qu'elle fait partie des quelques filles qui ont eu l'immense honneur de sortir avec Sirius Black L'Intouchable… mais cela n'empêche que je ne l'aime pas.
La dernière de ce joyeux groupe, Liliane, a des parents moldus, comme moi, mais cela ne l'empêche pas d'être ma camarade de dortoir la plus détestable. Je suis sûre que sans ses origines, elle aurait été à Serpentard. Loin d'être aussi populaire qu'Aphroda, elle agit comme si c'était le cas, passe son temps à critiquer tout et tout le monde et veut devenir Ministre de la Magie. Rien que ça ! Non, mais, je vous jure, le jour où Liliane sera à la tête du gouvernement sorcier, je ne serai plus de ce monde...
Pourtant, on était amies toutes les quatre, à une époque. A mon arrivée à Poudlard, j'étais pleine de bonne volonté. Je venais de découvrir le monde de la magie et je m'imaginais que tout était merveilleux. C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers les personnes qui étaient censées devenir ma « famille », c'est-à-dire mes camarades de dortoir.
Mais je n'ai pas réussi à me faire ma place parmi elles. J'étais celle qui ne parlait pas beaucoup, qui était trop timide et trop introvertie, et je me suis sentie peu à peu écartée du groupe, jusqu'à ce que finalement on en vienne à ne partager rien de plus qu'un dortoir.
Je me suis vite rendue compte que le monde magique n'était pas si différent du monde Moldu.
La solitude était parfois pesante, au début, à cause de cette espèce de pression sociale qui pèse en permanence sur les gens seuls. Comme si le fait d'être seul signifiait que l'on n'est pas fréquentable, que l'on ne vaut pas la peine d'être connu. Il y a une sorte d'accord tacite là-dessus : les gens seuls, on les laisse de leur côté et on n'y pense pas trop. C'est encore plus vrai à Poudlard, une fois que cet accord tacite s'est installé, c'est trop tard, pas moyen de revenir en arrière ; on est définitivement fiché, et ce jusqu'à la fin de sa scolarité.
J'aimerais bien me dire que c'est par choix que je reste seule, mais ce n'est pas le cas. J'aurais aimé avoir de vrais amis, pas seulement quelques personnes qui me saluent d'un hochement de tête quand je les croise dans les couloirs. Et encore.
Mais j'ai fini par m'y faire, par l'accepter, et j'ai cessé de chercher l'amitié de nouvelles personnes. A quoi bon ? De toute façon, il ne me reste plus que six mois à Poudlard. Et puis, l'avantage d'être à Serdaigle, c'est qu'il y a pas mal d'élèves qui sont comme ça, trop solitaires ou trop bizarres pour être bien intégrés avec les autres. Ce n'est pas si terrible que ça en a l'air, j'ai fini par me faire à l'idée que je ne serais jamais comme Aphroda, belle, intelligente et populaire.
Alors que les filles repartent dans un concert de papotage, je finis rapidement ma lettre à Giorgio et me lève de mon lit. J'attrape une cape, ma baguette et sors du dortoir sans un mot, sous les regards indifférents des trois filles.
Dans la salle commune, c'est le bazar total. Des garçons de deuxième année ont accidentellement lâché des yeux de crapaud rebondissants, ils rebondissent partout sur les murs, le plafond et les gens, sans jamais perdre de leur vitesse. Des élèves plus âgés essaient de les stopper en lançant des Stupéfix à tout va, mais ils ne font qu'aggraver la situation. Par miracle, j'arrive à les éviter et à me faufiler jusqu'à la sortie.
Il faut que je me dépêche d'aller à la Volière poster ma lettre car le couvre-feu va bientôt tomber.
Cette année, les règles de sécurité sont beaucoup plus strictes, à cause de Vous-Savez-Qui. Paraîtrait qu'il en a après le château... Dumbledore dit qu'on est jamais à l'abri du danger, même s'il assure à tout le monde que Poudlard est encore et toujours le lieu le plus sûr du monde magique. Le problème avec Dumbledore, c'est qu'on ne sait pas vraiment s'il dit ça pour nous rassurer ou parce que c'est la vérité...
Heureusement, j'atteins sans encombre le bas de la tour de la Volière et, une cinquantaine de marches plus haut (ouais, faut être vachement athlétique si on veut survivre à Poudlard), je débouche dans l'antre sacrée de nos amis à plumes.
Il y règne le même brouhaha que dans la salle commune, sauf que les cris des élèves sont remplacés par des hululements et des froissements d'ailes.
Allez savoir pourquoi, je préfère les hiboux. Je jette un coup d'oeil autour de moi pour vérifier qu'il n'y a personne d'autre, puis j'appelle ma chouette :
- Ginette !
Bon. On ne se moque pas du nom de ma chouette, OK ? J'étais jeune, naïve et innocente et Ginette avait le mérite de rimer avec chouette. On fait tous des erreurs de jeunesse.
Ginette vole jusqu'à moi et se pose sagement sur mon épaule avec un petit hululement de salutation. J'aime bien Ginette, c'est une chouette hulotte et elle est fort sympathique. C'est Giorgio qui me l'a offerte quand on était allé acheter mes fournitures sur le chemin de Traverse pour ma première année. A l'époque, je trouvais qu'avoir une chouette comme animal de compagnie, c'était super cool.
Aujourd'hui, je trouve toujours que c'est super cool.
Je sors quelques biscuits pour hiboux de ma poche et les donne à Ginette qui me remercie avec un hululement enthousiaste. Je caresse son plumage pendant qu'elle mange puis lui attache mon parchemin à la patte.
- C'est pour Giorgio, à Florence, d'accord ?
Elle me mordille gentiment le doigt en réponse, puis s'envole par la fenêtre.
- Bon voyage, lui soufflé-je en regardant sa silhouette s'éloigner dans la nuit.
Parfois, j'aimerais bien être comme Ginette et pouvoir m'échapper de Poudlard de temps en temps. Ça ne doit pas être si mal, d'être un hibou.
Je jette un coup d'oeil à ma montre, le couvre-feu est passé depuis plusieurs minutes. Mieux vaut retourner au dortoir.
Pour éviter de croiser un prof ou un Préfet dans les couloirs, je décide d'emprunter un passage secret, un des rares que je connaisse. Je l'ai découvert par hasard un soir en discutant avec un portrait, en cinquième année. On dirait pas comme ça, mais les portraits connaissent des tas de choses, à force d'observer tout ce qui se passe dans le château depuis des siècles.
Il y a deux ans, donc, en rentrant de la Volière après le couvre-feu (comme ce soir, en fait, à croire que ma vie n'a pas beaucoup évolué depuis), un des portraits de ce couloir, une certaine Lady Marmelade, m'a demandé d'une voix très désapprobatrice ce qu'une jeune fille comme moi faisait hors de son lit à cette heure-ci, enchaînant aussitôt sans attendre ma réponse sur son époque où « les concierges enseignaient la discipline aux élèves irrespectueux en les enfermant dans un placard étroit rempli de clous et d'éclats de verre affûtés, et on devait y rester droit comme un piquet pendant des heures si on ne voulait pas finir embroché ! » (fin de la citation).
Comme elle voyait que je l'écoutais avec curiosité, elle a continué sur sa lancée, et moi, je l'ai écoutée. Que voulez-vous, j'ai toujours aimé les histoires.
Lady Marmelade a semblé enchantée d'avoir une interlocutrice avec qui partager ses souvenirs d'étudiante, et quand soudain le pas de Rusard s'est fait entendre à l'autre bout du couloir et que je me suis mise à chercher précipitamment de tous côtés une cachette, elle m'a rapidement expliqué le passage secret du tableau voisin et j'ai pu échapper à Rusard et à la punition dont j'aurais certainement écopé, certes moins cruelle que le placard à clous, mais tout aussi indésirable.
Le passage est là, c'est ce grand tableau rectangulaire représentant une licorne et un hippogriffe qui vagabondent ensemble dans le ciel étoilé, autour d'un croissant de Lune qui ressemble à une tranche de gruyère. A côté, Lady Marmelade ronfle paisiblement dans son tableau rond.
Je pose l'extrémité de ma baguette sur l'étoile la plus brillante du tableau, et la toile du tableau se transforme en une centaine de fils verticaux, formant un rideau aux couleurs de la peinture. Sans hésitation, je pousse le rideau, qui ne m'oppose aucune résistance et reprend sa forme de peinture une fois franchi.
Je me retrouve dans une petite pièce de la forme d'un cube très sombre, avec des tuyaux de plomberie pleins de toiles d'araignée un peu partout, ouverte sur plusieurs couloirs étroits plongés dans les ténèbres. C'est un peu glauque, je vous l'accorde, mais en fait, les tuyaux servent à montrer le chemin. Par exemple, si on suit le tuyau blanc tacheté de gris, on débouche dans le hall d'entrée, juste devant le grand escalier de marbre. Il y en a beaucoup d'autres, mais je ne connais pas tous leur destination. Celui qui me sert le plus souvent, c'est le bleu ciel, qui, bien sûr, mène à la tour des Serdaigles. De toute façon, maintenant, je connais le chemin par coeur, je n'ai plus vraiment besoin du tuyau... Je suis passée par là tellement de fois !
C'est donc d'un pas assuré que je me faufile entre deux toiles d'araignée et m'enfonce dans un couloir sombre.
- Lumos! dis-je en sortant ma baguette.
Les premières fois, je mettais tellement longtemps à enjamber les tuyaux que ce passage secret dont la fonction première était de me raccourcir le chemin (et éventuellement, d'éviter des retenues déplaisantes) devenait un véritable rallonge.
Mais je me suis acharnée, juste pour le plaisir d'emprunter un chemin que personne d'autre ne connaissait, juste pour le plaisir d'évoluer seule dans ce petit couloir lugubre, juste pour le plaisir de sentir ce picotement d'excitation à la pensée d'avoir découvert un des "secrets" de l'école...
Ah, le tuyau rose fluo, mon repère ! Je vais déboucher dans environ dix mètres sur une autre petite pièce cubique semblable à celle que je viens de quitter et j'aurais juste à passer à travers ces drôles de pierres rondes qui font office de mur pour me retrouver en haut des escaliers de la tour de Serdaigle.
Le chemin prend un visage serré.
Je me fige en apercevant de la lumière au bout du couloir.
D'où est-ce que ça sort ?
La seule source de lumière est censée être ma baguette, ici... Je l'éteins rapidement d'un Nox murmuré.
Des voix indistinctes se font entendre au bout du couloir et je m'approche prudemment en faisant attention à ne pas me prendre un tuyau en pleine tête.
Que font ces types dans mon passage secret après le couvre-feu ? Élèves ? Profs ? Mangemorts ? S'ils appartiennent à cette dernière catégorie, je ferais mieux de rester à couvert... Je resterai à couvert dans tous les cas, d'ailleurs... Mais non je ne suis pas froussarde, je suis une Gryffondor incomprise.
Parvenue à quelques mètres de la salle cubique, je me colle contre le mur et décide de me jeter un sort de Désillusion. Même si je ne les réussis pas très bien, l'obscurité jouera en ma faveur, et mon corps ensorcelé n'aura pas trop de mal à se fondre dans les murs sombres. Normalement, je devrais passer inaperçue.
Je continue à avancer quand soudain, alors qu'il ne me reste plus qu'un mètre à parcourir dos au mur, une des voix se fait à nouveau entendre. Je la reconnais aussitôt et mon coeur se met à battre d'excitation.
- De toute façon, cette année est bien ennuyante, tu ne trouves pas ? résonne la voix de Sirius, détachée. On ne fait plus rien... Même embêter Servilus est devenu lassant, ce n'est vraiment plus comme avant...
J'ai enfin atteint le bout du couloir, et hasarde inutilement un coup d'oeil dans la pièce. J'avoue que mon coeur fait un petit saut ridicule dans ma poitrine à la vue de la personne qui parle. Il est accompagné de notre grand héros de Quidditch, j'ai nommé James Potter Le Magnifique, son ami pour la vie.
Tous deux se sont calés entre les tuyaux, avachis sur des fauteuils moelleux et confortables qu'ils ont dû faire apparaître car je n'en ai jamais vus ici auparavant. La baguette de Sirius, posée sur l'accoudoir de son fauteuil, renvoie une forte lumière bleutée qui éclaire toute la pièce. Ses jambes sont étendues devant lui sur un tuyau pile à la bonne hauteur.
Mais qu'est-ce qu'ils fichent ici à une heure pareille ces deux là, nom d'une citrouille avariée ?
- Et puis, Dumbledore nous surveille de si près qu'il est impossible de provoquer un seul Serpentard sans se faire remonter le chapeau, poursuit Sirius l'air encore plus blasé que d'habitude. Très dangereux... le temps n'est plus à la rigolade... bla, bla, bla... On le sait bien que le temps n'est plus à la rigolade, mais qu'est-ce qu'ils veulent qu'on fasse, confinés ici dans ce château ? Nous ronger les sangs parce que Voldemort tue des Moldus toutes les semaines ? Très utile ! Si au moins, on pouvait faire quelque chose. Mais non, il faut toujours rester prudent, faire attention à ce qu'on dit, à ce qu'on fait... Je vais devenir fou à force de voir tout ce bazar dehors et nous enfermés ici !
- A la fin de l'année, on se battra, Patmol, assure Potter, en tailleur sur son propre fauteuil, en plein examen de sa baguette, qui émet des petites étincelles dorées à chaque fois qu'il essaye de la nettoyer avec sa manche. En attendant, concentre-toi sur autre chose, profite de ta dernière année à Poudlard...
Il n'a pas l'air de prêter une oreille très attentive aux plaintes de Sirius, comme s'il les avait déjà entendues plein de fois.
- C'est dur de profiter quand on apprend toutes ces disparitions suspectes par la Gazette au petit-déjeuner, rétorque Sirius avec amertume.
Arrête de lire la Gazette, dans ce cas. Moi c'est ce que j'ai fait, j'en avais marre de voir toujours les mêmes unes (« Disparition suspecte au Ministère de la Magie », « Le premier Ministre Harold Minchum recommande la plus grande prudence », « Des Moldus retrouvés morts sous la Marque des Ténèbres »...).
- Je sais bien, soupire Potter en rangeant sa baguette dans sa poche. Mais on n'a pas vraiment le choix, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse pour l'instant ?
Sirius ne répond pas et hausse les épaules de son habituel air blasé.
- Tu devrais essayer de penser à autre chose, lui conseille alors Potter. Trouve-toi une occupation.
- Une occupation, facile à dire... Depuis que tu sors avec Lily, les Maraudeurs sont beaucoup moins actifs.
Potter lui lance un regard froid comme la glace. Pas commode quand on parle de sa copine, celui-là...
- Tu as quelque chose contre Lily ?
- Mais non, Cornedrue, tu sais bien que je l'adore, ta copine... soupire Sirius en levant les yeux au ciel.
Changeant d'expression du tout au tout, Potter lui adresse un sourire rayonnant.
- Je sais, elle est formidable... dit-il, l'air soudainement rêveur.
Dans le genre je-change-d'humeur-comme-de-cape, Potter obtient la palme d'or... Il a vraiment l'air con, là, à sourire mièvrement en pensant à sa copine. J'espère que je n'ai pas ce sourire stupide collé sur mon visage quand je pense à Sirius en cours.
- Oui, oui, belle, intelligente, drôle, pleine d'esprit, intègre, courageuse... Merci, depuis le temps je connais le topo, le coupe Sirius, mi-amusé, mi-exaspéré. Toujours est-il que je m'ennuie ferme et que la prochaine pleine lune est dans presque un mois.
Dire qu'il attend avec impatience le soir où il pourra aller gambader dans la Forêt Interdite avec un loup-garou transformé. C'est bien un Gryffondor, ce type : inconscient, mettant sa vie en danger pour s'amuser sans scrupules pour la pauvre fille que je suis qui se ronge les sangs une nuit par mois en l'imaginant se faire dévorer par un loup-garou affamé.
- Fais passer le temps avec une fille, suggère Potter en haussant les épaules.
Ah non, ferme-la Potter.
Sirius pousse un soupir à fendre l'âme.
- La flemme... Ça peut être sympa au début, mais ça devient vite lassant. Tu vois bien ce que je veux dire, c'est toujours la même chose.
- Oh, là, là... fait Potter d'un air inquiet. Pas étonnant que tu n'aies jamais de copine, vu cet état d'esprit... Ce qu'il te faudrait, c'est un bon gros défi qui te remette d'aplomb !
- Un défi ? répète Sirius, sceptique mais j'aperçois une lueur d'intérêt s'allumer dans ses yeux. On a déjà fait les quatre cent coups avec les Maraudeurs ! Je ne pense pas qu'il existe un seul défi que je n'ai pas relevé.
Quelle modestie, dis donc.
- Tu rigoles ou quoi ? fait Potter, outré. Les défis, c'est infini ! Je peux t'en citer plein que tu n'as jamais fait, mon cher Patmol ! Mettre une limace dans la culotte de McGo', par exemple...
Sirius le regarde d'un air mi-dégoûté, mi-amusé.
- Hé... ! t'es sûr qu'elle en porte une ? rigole-t-il.
- ...vérifier si Slughorn a autant de poils là où je pense que dans sa moustache...
- Argh ! Horrible !
Je suis d'accord, c'est une question que j'aurais préféré ne jamais me poser. Merci, Potter. Toujours des idées de génie.
- ... rouler une pelle à Servilus...
- C'est bon, c'est bon, Cornedrue ! Tu peux arrêter, j'ai compris !
- Bon, t'as compris l'idée, quoi, fait Potter avec un sourire espiègle. C'est un challenge comme ça qu'il te faudrait.
- Heu... je ne vois pas en quoi rouler une pelle à Servilus me remettrait d'aplomb...
- Ah bon ? fait Potter malicieusement. Enfin, c'est évident que vous êtes faits l'un pour l'autre, voyons !
Sirius essaye de prendre un air courroucé, mais très vite, il éclate de rire avec son ami.
Je suis la seule à ne pas trouver ça drôle ?
- Non, mais sérieusement, dit Sirius en s'essuyant les yeux. Tes défis sont pas terribles, mon vieux.
- Comment ça, mes défis sont pas terribles ? fait Potter, en prenant un air vexé. C'est juste que tu as la frousse de les relever !
- La frousse, moi ? Je te rappelle que je suis un Gryffondor ! Seuls les plus courageux, rejoindront ce noble lieu, récite-t-il avec fierté en agitant sa baguette, dont le faisceau de lumière parcourt la pièce.
C'est bien, il a bien appris la chanson du Choixpeau.
- C'est juste que tes défis sont carrément glauques, poursuit-il avec une grimace.
- Ouais, dans le fond, t'as pas tout à fait tort, Patmol... admet Potter.
- Aah, je sais, je n'ai jamais tort, déclare Sirius comme une évidence. Mais bon, c'est bien joli tout ça, mais ça ne règle pas mon problème. Que faire pour passer le temps ?
Il pousse un soupir à fendre l'âme.
- Pfff, j'en sais rien moi... soupire Potter, exaspéré. Cherche un peu ! Regarde, moi, je ne m'ennuie pas !
- C'est facile pour toi, tu as Lily !
- Alors, fais pareil, sors avec une fille !
Non ! Ne sors pas avec une fille !
- Tu sais très bien ce que j'en pense. Les filles m'ennuient, proteste Sirius, tapotant impatiemment des doigts sur un tuyau.
Ah ! Dans ton popotin, Potter !
- Tu n'as qu'à choisir une fille avec qui tu n'es jamais sorti, suggère-t-il. Une fille qui ne te voit pas comme l'homme de sa vie, au lieu de prendre la première venue, par facilité, comme tu fais d'habitude. Met un peu de piment dans ta vie amoureuse, Patmol !
Non, mauvaise idée, très mauvaise idée, ça ! Ça pourrait lui plaire ! Potter, ferme-la immédiatement !
- Tu veux dire, comme toi avec Lily ? ricane Sirius.
- Exactement, approuve Potter en reprenant son air niais comme à chaque fois qu'on parle d'Evans.
Sirius fait un geste nonchalant de la baguette.
- Désolé, Cornedrue, je n'ai pas particulièrement envie de me ridiculiser comme toi pendant toutes ces années. Et de toute façon, je ne pourrais pas, les filles viennent toutes seules vers moi, je n'y peux rien, c'est mon charme naturel.
Je grimace, sachant que je suis bien placée pour savoir qu'il n'a pas tort. Voilà exactement pourquoi je ne ferai jamais le premier pas vers Sirius. Et par conséquent, pourquoi je ferais mieux de l'oublier définitivement, plutôt que de rester là à profiter de cette occasion pour l'espionner comme une groupie désespérée.
Non, non, je ne l'espionne pas. Je suis ici contre mon gré. Et d'ailleurs, je vais repartir tout de suite, n'est-ce pas ?
Oui mais comment passer sans me faire remarquer ? Je ne vais quand même pas rebrousser chemin... Pfff, j'ai vraiment pas de chance, je suis sûre qu'il existe plein de pièces secrètes à Poudlard, mais non, il faut qu'ils viennent s'installer dans la seule que je connais, en même temps que moi, comme par hasard !
Je déteste le hasard.
- En fait, tu ne sais même pas draguer une fille, remarque Potter vexé par sa remarque.
- Je pourrais très bien si j'en avais envie, rétorque Sirius. C'est juste que je n'en ai pas besoin.
- Arrête de te la jouer, toutes les filles ne sont pas amoureuses de toi, non plus, le rembarre Potter. Tu devrais essayer de draguer une fille qui n'est pas amie avec nous... une qui ne recherche pas spécialement ta popularité et qui ne te fait pas déjà les yeux doux.
Potter prend un air pensif.
- Si elle te détestait, ce serait encore plus amusant.
- A part les Serpentards, je ne vois pas. Et je t'aime bien Cornedrue, mais je vais pas aller draguer mes détestables cousines et leurs copines horribles juste pour te prouver quelque chose...
- Évite de faire ça, répond Potter avec un sourire. Je n'ai pas trop envie de partir à la recherche des derniers morceaux qu'il restera de toi dans la salle commune des serpents.
- Quel manque de courage de la part d'un Gryffondor tel que toi, soupire Sirius d'un air faussement déçu.
- Désolé, mais vu le petit cadeau qu'on a leur a laissé dans leur salle commune la dernière fois, je préfère éviter d'y retourner tu vois, déclare Potter avant d'éclater de rire, aussitôt suivi par Monsieur Grosses Chevilles.
Et les voilà repartis à rigoler bêtement en se remémorant leurs souvenirs. Je ne peux pas m'empêcher de remarquer à quel point Sirius est beau quand il rigole aussi librement.
Je secoue la tête. Je ferais mieux de partir d'ici avant que mon sort de Désillusion ne se dissipe. Profitant de ce qu'ils continuent à rire, je me déplace lentement à découvert, priant pour que mon sort soit encore suffisamment efficace pour ne pas attirer leur attention.
Je sais que je compte beaucoup sur la chance pour réussir à sortir d'ici inaperçue, mais je ne vais pas passer la nuit ici, j'ai besoin de mes huit heures de sommeil moi.
Lentement, très lentement, je me dirige vers le mur à l'opposé de là où je me tiens, le mur aux pierres rondes, tandis que Potter commence à dresser la liste de toutes les filles qui font déjà de l'oeil à Sirius. Soi-disant qu'il aurait besoin d'une conquête inédite et difficile... Ça me rend malade. Heureusement, à mon avis, ils font seulement ça pour faire passer le temps, ce n'est pas comme si Sirius allait vraiment essayer de séduire une Serpentard pour prouver à son meilleur ami qu'il sait très bien draguer. Il n'est pas stupide à ce point.
Forte de cette conviction, je continue à avancer péniblement vers le mur de la délivrance. Sirius est dos à moi mais j'ai Potter juste en face de moi. J'attends qu'il se remette à parler avec Sirius pour bouger. S'il remarque un mouvement suspect, et qu'il se lève pour voir ce que c'est, je suis fichue, il va me trouver.
Potter regarde Sirius pour discuter des termes de son « challenge », comme il l'appelle. J'en profite pour passer en-dessous de ce tuyau qui me bloque le passage depuis tout à l'heure.
J'écoute à peine ce qu'ils racontent, trop concentrée à surveiller les moments où Potter ne regarde pas en face de lui. Trop concentrée également à m'empêcher de me focaliser sur le fait que Sirius n'est qu'à quelques pas de moi.
Plus que quelques pas, et je vais pouvoir traverser le mur de pierres rondes.
Potter se gratte la jambe. Je fais un pas.
Il se met une nouvelle fois à rigoler. Je parviens à avancer de trois pas, avant que Potter ne relève soudainement la tête.
Tout d'un coup, il fronce les sourcils, en regardant plus ou moins dans ma direction. Je me fige instantanément, une jambe en l'air, à deux doigts d'enjamber un autre de ces fichus tuyaux. Heureusement que je suis Désillusionnée, j'aurais l'air fine d'être découverte dans cette position... Position qui me rappelle étrangement celle d'un flamant rose qui tente de se frayer un chemin parmi une marée de roseaux envahissants. Non pas que j'aie déjà vu un flamant rose. Mais bon, voilà, l'imaginaire collectif, tout ça... Bref.
Sirius, qui n'a rien remarqué, dit quelque chose à propos des termes de son nouveau défi, et Potter détourne la tête. Je peux à nouveau respirer. Et poser ma jambe par terre.
Au moment où ils se tapent dans la main en éclatant de rire, je traverse le mur de pierres rondes enfin atteint et débouche juste à côté de la porte de ma salle commune.
Ma salle commune adorée d'amour que j'aime !
J'ai bien cru que je ne l'atteindrais jamais !
J'expire un grand coup, tentant de calmer les battements de mon coeur qui résonnent avec force dans ma poitrine.
La prochaine fois, je passerai par les couloirs, c'est quand même moins risqué.
