Hellow =)
Et voici la suite de ce Three-Shot, où je fais souffrir encore Natsu et Lucy (faut croire que c'est mon sport favori en ce moment ~ *sbaf*). Merci à tous ceux qui me lisent et qui me laissent des commentaires, vous ne pouvez pas savoir comment ça me donne la pêche ! :D
En ce qui concerne mon inspiration, je n'ai pas du tout pensé à Ace en fait... Mais mon cerveau a dû sans doute faire le raccourci, comme il sait si bien le faire *sbaf* (dans Promesse par exemple, on m'a fait remarquer que la scène ressemblait au mariage de Will et Elizabeth dans Pirates des Caraïbes 3 alors qu'à l'écriture, je n'y avais pas songé un seul instant ^^")
Musique d'inspiration pour ce chapitre : The Gael - The Last of The Mohicans OST
Brefouille, bonne lecture !
Non, pas ça.
Surtout pas ça.
Pourquoi n'arrivait-il pas à se réveiller ? Pourquoi ce souvenir revenait-il le torturer ?
Il n'arrivait pas à se soustraire de l'attraction morbide de cette scène sortie de l'enfer. Il ne pouvait que rester impuissant devant ce cauchemar passé et supporter ce qui allait suivre, bien qu'il savait avec horreur la suite de l'histoire.
Je ne peux pas retenir mes tremblements d'effroi. Je ne peux pas retenir les larmes qui me brouillent la vue et les sanglots qui étreignent ma gorge. Je regarde avec horreur sa large entaille portée sur sa nuque, où luit une large couche de sang. Son sang vermeille qui s'écoule lentement, sournoisement, qui me nargue, qui me tétanise. Ne tenant plus, mes mains entrent prestement en contact avec ce liquide chaud qui me rebute, qui m'écœure. Mais je m'en fiche. Je compresse du plus fort que je peux. Je veux enrayer cette blessure.
Je sens Lucy qui court vers moi, Happy à ses côtés. Ils se tiennent de l'autre côté du museau de mon père mais je ne les vois pas. Je ne vois que cette entaille et ce sang qui s'écoule trop vite sur mes doigts, trop abondamment. Je fais enflammer mes mains pour stopper l'hémorragie. J'ignore son grognement de protestation qui me semble faible, si faible...
« Natsu, il... Il est trop tard. »
Je ne l'écoute pas. Je ne veux pas l'écouter. Il suffit juste que j'arrête cette hémorragie, il pourra se relever, il pourra combattre avec moi de nouveau. Et on pourra être ensemble comme avant une fois que ce sera fini. On pourra...
« Fils. Écoute-moi. »
Son ton autoritaire me coupe sur place. Son grondement sourd me fait arrêter, trop surpris par ce qu'il vient de m'ordonner. Jamais il n'a employé ce ton sévère avec moi. Jamais. Je m'arrache à la vision de l'entaille pour me poser sur ses pupilles qui ont perdu son éclat, qui semblent sur le point de flancher. Non, je ne veux pas m'y résoudre. Il doit sans doute être fatigué, juste ça. J'essaie de me convaincre, j'essaie tant...
« Natsu, il y a des choses qui arrivent dans la vie auxquelles on ne peut rien.
– Dis pas ça, on dirait que tu prépares ton discours de fin.
– C'est plutôt le cas actuellement...
– Dis pas ça ! »
Ma voix se hausse bien malgré moi. Je rejette ce qu'il vient de me dire. Je ne veux pas voir ce qui s'impose pourtant sous mes yeux avec horreur. Il suffit que je me concentre encore sur cette entaille, il doit bien y avoir un moyen d'enrayer tout ce sang ! Un éclair de lucidité me prend en voyant Lucy épeurée, le visage en larmes. Désespéré, je lui crie :
« Lucy, tu dois bien avoir un esprit médecin non ?!
– Natsu... C'est... C'est trop tard. »
Mon souffle se coupe. L'horreur s'empare de moi. J'ai froid. J'ai chaud. Mon cœur s'emballe de frayeur. Je tremble. Ma mâchoire se crispe. Mon corps tremble. J'ai si peur.
Je lui en veux. J'en veux à Happy qui fond en larmes. Comment peut-elle abandonner maintenant ? Comment mon père peut abandonner ? Il reste encore de l'espoir ! J'y crois encore, j'y crois...
Pourtant, plus je les regarde, moins j'y crois. Plus j'ai peur. Plus le vide s'installe en moi. Plus le désespoir s'ancre dans mon cœur. J'ai l'impression d'étouffer, j'ai si chaud...
« Natsu. »
Sa voix me ramène à la réalité. Je ne vois plus que mon père qui lutte pour me dire ses derniers mots. Non, ça ne sera pas ses derniers mots ! On a tant de choses à se raconter, tant d'années à rattraper que ça ne peut pas se terminer maintenant !
Pourtant, je n'arrive plus à y croire. Ces espoirs sonnent faux à mes oreilles. Je perds pied dans ma détresse. Cette détresse qui m'avait hantée comme le jour où il m'avait quitté. Cette détresse d'enfant perdu sans son père, privé d'amour, privé de joie. Je n'arrive plus à parler tellement ma gorge se noue de douleur. Ma voix n'est qu'un murmure étranglé lorsque je veux lui parler :
« Oui... ? »
Sa voix n'est plus qu'un souffle mais ses mots vibrants d'émotions :
« Vis. Aime. Sois fier d'être un Dragon Slayer comme je suis fier de toi. »
Mon visage se décompose. Je ne peux pas retenir mes larmes de tristesse et de douleur devant tout cet amour et cette tendresse qui m'avaient tant manqué. Je m'imprègne de ces mots, me les ressasse tout en les réfutant. Je ne veux pas qu'ils soient ses derniers. Je veux qu'il reste avec moi !
« Igneel... » Murmure Lucy, la voix tremblante, coupée par ses sanglots.
Mon père pose ses prunelles sur elle en lui murmurant une seule requête qui me retourne l'estomac, qui me fait prendre conscience de l'inévitable :
« Fille des étoiles, Exceed... Prenez soin de lui. »
Je vois Lucy hocher instinctivement la tête, imitée par Happy, malgré leurs sanglots. Comme s'ils prenaient une décision irrévocable, un engagement à vie de ne pas me laisser seul comme j'avais pu l'être la première fois. Je veux protester qu'il n'y avait pas besoin de promettre cela car il ne partira pas cette fois. Je veux crier ma rage, ma fureur mais je n'y arrive pas. Mes mots meurent dans ma gorge. Je me consume.
Soudain, ses paupières se referment. Sa gueule s'abat légèrement au sol. Ses muscles se détendent tandis qu'il expire. Je n'entends plus son souffle chaud, je ne perçois plus sa respiration qui savait me bercer les soirées d'été. Je n'entends plus son cœur battre. Je n'entends plus rien !
Je ne veux pas y croire. Je suis sonné. Il me fait une blague, c'est ça. Ça ne peut être que ça.
« Igneel... Igneel ! »
Je le secoue, j'espère le réveiller. Mais il ne se réveille pas. Je commence à désespérer. La vision de mes mains imprégnées de son sang m'écœure, me donne envie de vomir. Je ne sens plus mon cœur battre, mon sang se glace tandis que ces mots s'incrustent dans mon esprit.
Il est...
Natsu se secoua dans son sommeil, tentant d'éloigner ce souvenir, ce mot qui le fait sombrer dans la détresse la plus noire, dans les abysses les plus glaciales. Pourtant, ce mot lui gicla à la figure, élargissant encore plus l'entaille de son cœur.
Il est mort.
Que ça s'arrête.
Il ne voulait que cela.
Il ne désirait qu'une chose : ne plus revoir ces maudites images, qu'elles s'enlèvent de son crâne, qu'elles arrêtent de le tourmenter. Pourtant, il ne contrôlait plus la détresse qui l'envahissait, lui déchirant son cœur.
Mort, disparu, envolé ! Perdu à jamais. Loin de lui. L'espoir de le revoir m'est arraché, le cauchemar m'envahit, me fait transpirer, me fait trembler de froid.
« Papa ! »
Je ne m'entends pas crier ma détresse, mon désespoir. Je me sens pleurer, frapper le sol avec violence. Je sens que des flammes s'échappent de mon corps avec fureur, avec violence. Comme pour exorciser cette douleur qui me tiraille tandis que la réalité me fusille. Je ne le reverrai plus jamais ! Je ne sentirai plus jamais son odeur rassurante. Je n'entendrai plus jamais sa voix rocailleuse pleine de sagesse. Je ne pourrai plus jamais saliver ses flammes... Je sens mon cœur s'arracher de ma poitrine. Je hurle. Je crie. Je pleure. Et mes flammes s'envolent vers le ciel.
Tout se brouille autour de moi. Je ne perçois plus rien. Tout est opaque. Tout me parvient décousu, déconnecté. La pesanteur des ténèbres, les pleurs de Lucy, les sanglots de Happy, la chaleur de mes flammes, l'odeur métallique du sang. Je ne ressens que cette douleur insupportable de la solitude, de ce cœur arraché qui me coupe le souffle, qui m'écrase.
Il porta une main à sa gorge suffocante, tandis que venaient se réveiller en son esprit les émotions qu'il refoulait avec violence à longueur de journée. Son pouls s'accéléra brutalement alors qu'il s'enfonçait dans ses souvenirs.
Pourtant, une phrase me ramène à la réalité. Un son qui massacre mes tympans, qui me le rend insupportable à mes oreilles. Des mots qui font tressaillir mon cœur souffrant :
« C'est ainsi que cela doit se terminer, Natsu. La mort va nous délivrer, autant qu'elle va délivrer la constellationniste. »
Mes yeux recouvrent la vue. Je ressens la peur de Lucy qui me tiraille, qui me détruit. Ces simples mots alimentent ma peur, décuplent ma détresse. Zeref voulait lui faire connaître le même sort ? Il voulait tuer aussi Lucy ?! M'enlever mon père ne lui avait pas suffi ? Détruire mon monde, détruire Yukino, détruire ma ville, détruire notre guilde ne lui avaient pas suffi ?!
Un déclic. Une impulsion.
Rage. Colère. Frustration. Douleur.
Cette haine encore vivace dans son âme, tourbillon de sensations le perdant davantage en lui-même.
Alors c'est cela, la véritable haine. Toutes les haines que j'ai déjà senti auparavant me paraissent si futiles, si faibles face à cette fureur qui jaillit à la vue de ce type.
Mon âme crie vengeance, me susurre vicieusement d'en finir.
Je succombe à ces sentiments. Je me relève. Je m'abandonne à cette rage qui bouillonne, qui implose en moi. Je lui fais face. Mes sentiments explosent.
Il tentait de repousser ce déferlement de fureur qui s'incrustait en lui, mortuaire rappel de la haine ressentie à ce moment. Mais elle se faisait plus pressante, plus violente. Plus sanglante.
Je ne suis plus guidé par la colère.
Je suis la colère.
Au prix d'un ultime effort pour repousser cette scène apocalyptique, Natsu finit par se réveiller en sursaut. Hébété, il resta figé tout en dévisageant les lieux où il se trouvait. Une chambre plongée dans l'aura rassurante de la nuit, éclairée par un faible rayon de lune, où les contours de sa silhouette étaient faiblement dessinés au sol. La brise fraîche qui provenait de l'extérieur par la fenêtre ouverte rafraîchissait sa peau brûlante, l'amenant à s'apaiser davantage. Ce calme apparent était si différent de sa tempête intérieure qu'il en resta sonné quelques instants.
S'émancipant enfin de ce cauchemar, il ferma les yeux et se força à ralentir sa respiration haletante alors que la sueur le collait aux draps. Il tenta de vider son esprit, se focalisant sur la respiration de Happy et de Lucy, si douces. Leurs souffles apaisés étaient si mélodieux, si calmes qu'il se cala sur leurs respirations, une vague d'apaisement soulageant son affolement.
Cette sensation de moiteur et de froid en lui lui donnaient le vertige, le mettant mal à l'aise. Il avait horreur de se sentir aussi vulnérable, aussi mis à vif. Il était tellement ébranlé par la force de ses cauchemars qu'il en tremblait de frayeur. Lui qui n'avait jamais autant connu le désespoir et la peur n'était plus habité que par ces émotions depuis ce funeste jour. Elles étaient si présentes en lui qu'il se sentait embourbé, comme s'il étouffait.
Il désespérait de sortir de ce cercle vicieux – bien qu'il désirait sincèrement continuer son chemin. Pourtant, ce souvenir était un blocage. Comment pouvait-il continuer à être heureux alors que la vie lui avait arrachée celui auquel il était le plus attaché ? Comment accorder de valeur à l'existence alors qu'on l'avait dépossédé de son précieux père ?
Natsu était tellement perdu dans ses songes qu'il sursauta lorsqu'il entendit un froissement de draps, une respiration plus heurtée à sa gauche. Inquiet, il se retourna pour apercevoir Lucy réveillée en train de s'asseoir à ses côtés, la main levée vers lui comme pour se poser sur son épaule, le fixant de ses yeux où perlait une lueur douloureuse.
Il plongea dans son regard, ne pouvant plus s'enlever de ses yeux magnétiques. Il désirait tant s'y perdre, oublier ses tourments et espérer retrouver cette joie de vivre que Lucy voulait lui insuffler de nouveau. Il l'avait suffisamment inquiété comme cela, il ne voulait pas que cela continue. Pourtant, il n'arrivait pas à esquisser le moindre sourire pour la rassurer, pour lui avouer qu'il ne s'agissait qu'un simple rêve, qu'elle n'avait qu'à se coucher de nouveau.
Il n'arrivait plus à cacher ses tourments. Pas à elle.
Figée, Lucy ne songea même pas un seul instant à briser ce silence qui s'installait. Un seul regard suffisait à le comprendre, à entendre sa détresse. Dès lors qu'elle avait été réveillée par son sursaut, la constellationniste avait su instinctivement quel était l'objet de son trouble. Ce constat l'attristait, se rendant compte qu'il en faisait des cauchemars – et ce ne devait certainement pas être la première fois. Un cauchemar continu qui consumait son meilleur ami à petit feu. En le voyant face à elle aussi vulnérable, où il ne se cachait plus derrière des sourires, cette image lui devenait encore insoutenable. Pourtant, elle se força à prolonger ce regard, comme lui prouver qu'elle était là, prête à le soutenir. Cette volonté de devenir son pilier lui permettait d'apaiser ce pincement au cœur face à ce Natsu meurtri qu'elle ne reconnaissait pas, qui était l'antithèse même de celui qu'elle avait toujours connu et qu'elle s'acharnait à retrouver à tout prix.
Tous deux restèrent figés, se perdant dans le regard de l'autre, espérant trouver une solution muette à cet engrenage sans fin, à cette douleur latente. Ne tenant plus, Lucy murmura faiblement :
« Natsu... »
Elle esquissa un timide mouvement d'approche avant de s'arrêter, n'osant continuer. Ce geste avait été si faible mais si distinct pour les yeux reptiliens du Dragon Slayer, dont les sens développés lui permettaient de percevoir les plus infimes mouvements. Ce geste anima son cœur meurtri, provoquant en lui une déchirure.
Une illumination, une envie de tout laisser s'écouler.
Les mots écrits par Lucy revinrent alors à sa mémoire, se superposant à la jeune femme qui lui faisait face :
Si je ne le voyais que comme un ami, je ne ferais que le soutenir dans cette épreuve et tenter de le ramener à une vie normale. Je tenterais d'apaiser son chagrin de toutes les manières possibles et de faire fuir cette tristesse qui ne lui va pas.
Mais il est bien plus qu'un ami pour moi.
Mais il est bien plus qu'un ami pour moi.
Ces derniers mots dansèrent dans son esprit, plus doux et plus violents que jamais. Ces simples mots allumèrent en lui une lueur, lui faisant apparaître l'évidence même de ces mots. Ils étaient bien plus que des amis. Dès le moment où il avait croisé son regard, cette conviction s'était incrustée en son âme et n'avait fait que s'amplifier depuis, prenant possession de tout son être.
Confiance, affection, tendresse.
Lui arracher Lucy était lui arracher son cœur. La voix de Zeref, dénuée d'émotion, vibra de nouveau en lui, lui donnant des frissons d'épouvante. Mais cette vision de l'Enfer n'était rien comparé au coup de poignard qui lacérait sa gorge en dévisageant Lucy, déchirée. Car oui, il ressentait sa tristesse, son impuissance. Toute sa rage contre ce maudit coup du sort qui déformait son si beau visage qui ne devrait être illuminé que par des sourires.
La culpabilité née après la lecture de la lettre resurgit, plus violemment que jamais. Comment avait-il être aussi aveugle, aussi englué dans ses tourments qu'il n'en avait pas remarqué la douleur de sa partenaire ? Cette douleur qui le transperçait de toutes parts, aussi tortueuse que tous les maux subis. Tout lui apparut si limpide qu'il se maudit lui-même de sa mauvaise clairvoyance.
Soudain, la lassitude le prit. Il ne voulait plus s'évertuer à cacher ses tourments. Il voulait juste laisser exploser sa douleur, sa culpabilité, ses regrets, son chagrin. Cette lassitude lui fit relâcher ses muscles, tandis qu'il sentait ses larmes embrumer sa vue et que sa mâchoire se crisper. Cette tristesse lui donnait un sentiment de vide si effrayant, si douloureux qu'il songeait à se retenir. Mais il désirait tellement se soulager, ôter ce fardeau pour continuer d'avancer qu'il continua.
Il commit cependant l'erreur de regarder Lucy, dont ses yeux brillaient de tristesse, sa main droite posée sur sa bouche pour étouffer ses sanglots. Cette vue le meurtrit davantage mais eut l'effet d'un déclic dans son esprit. Une peur sournoise qui accélérait vivement son cœur à en perdre la raison. Cette frayeur d'être abandonné par elle.
« La mort va nous délivrer, autant qu'elle va délivrer la constellationniste. »
Cette phrase. Cette horrible phrase qu'il voudrait savoir sorti uniquement d'un simple cauchemar mais qu'il savait vraie. Ces sons mis les uns à la suite des autres qui créent une phrase insupportable, défiant toutes les lois de la raison pour le torturer inlassablement. Les mots à l'origine du chaos, ces mots qui ont été le point de non-retour, qui ont lâché la bête cachée en lui. Le dragon de feu a pulsé dans sa poitrine, a jailli dans ses flammes. Cette haine viscérale qui avait si salvatrice. Jamais il ne s'était senti aussi dragon qu'à ce moment-là.
Car au moment où il avait craqué, où il était devenu colère, il avait perdu le contrôle de lui-même. Enchaînant coup sur coup, ne ressentant ni fatigue ni douleur, il s'était acharné jusqu'à l'overdose. La puissance de la haine était si délectable, si venimeuse, si irrésistible qu'il en était devenu ivre. Ivre de vengeance, ivre de colère.
Et le sang qui gouttait, qui giclait, jusqu'à rendre Zeref méconnaissable. L'éradiquer, l'annihiler, le détruire comme il l'avait détruit lui. Briser ses os, le défigurer jusqu'au sang.
Mais après ce carnage, la réalité l'avait frappé de plein fouet. La délivrance qu'il avait ressenti n'était plus que chimère lorsqu'il vit tout ce sang sur ses mains, l'odeur repoussante de la mort autour de lui et la vision de Lucy et de Happy blêmes et figés dans toute cette horreur, ne pouvant détacher leurs yeux meurtris de lui.
« La mort va nous délivrer, autant qu'elle va délivrer la constellationniste. »
Pour certains, cette phrase n'était rien de plus qu'une énième menace. Mais pour Natsu, elle lui rappelait l'expression de terreur collé sur le visage perdu et ensanglantée de sa Luce. Cette vision lui faisait l'effet d'une douche froide car il savait à ce moment-là qu'elle avait eu peur de lui. Même si elle ne lui avouerait jamais, Natsu avait ressenti son effroi et la lettre lui avait confirmé ses doutes. Elle avait eu peur qu'il ne devienne réellement un monstre.
Certes, il avait toujours eu conscience de cet instinct bestial, comme si une personne étrangère était incrustée dans sa chair et menaçait à tout moment de resurgir. Il l'acceptait car il s'agissait d'un instinct qu'il ne pouvait réprimer, qui était partie intégrante de lui-même. Cette force de dragon, cette soif de sang qui était alimentée par ses sentiments. Mi-homme, mi-animal, voilà ce qu'il était réellement. Un Dragon Slayer.
Mais jamais il n'avait souhaité lire la peur dans les yeux de ses meilleurs amis à sa vue, le dévisageant comme un autre Natsu. Un Natsu étranger, qui était devenu animal.
Comment pouvait-il faire comme si de rien ne s'était passé ? Comment continuer à partager des aventures de manière insouciante avec Lucy et Happy alors qu'ils l'avaient vu aussi inhumain ? Comment espérer rester lui-même au sein de la guilde alors que tous ses amis avaient connaissance de sa part sombre qui reflétait toute sa souffrance ?
Happé dans son tourment intérieur, tiraillé par la vision d'une Lucy attristée, il serra instinctivement son écharpe pour chercher une quelconque chaleur. La tiédeur des écailles d'Igneel lui manquait tellement. Il se remémora avec douleur que les étreintes partagées avec son père avait une saveur particulière. Il sentait encore l'odeur rassurante du ventre moelleux de son père l'enivrer d'une agréable douceur. Il entendait encore son pouls mélodieux lui accorder une symphonie qui l'apaisait aussitôt. Il ressentait encore la bulle qui l'englobait, lui faisant ôter tous ses doutes et ses chagrins d'enfants.
Cependant, il ne s'agissait plus que de souvenirs. Des sensations émiettés par le temps, ne lui laissant qu'une mélancolie, une sensation fugace de plénitude qu'il ne ressentira plus jamais.
Pourtant, il désirait plus que jamais cette chaleur. Il voulait tant la retrouver en cette froide écharpe, retrouver ce réconfort qui savait réparer son cœur meurtri d'enfant. Mais ce désir lui semblait vain, si vide, si désespéré qu'il était coincé dans sa propre souffrance. Il voudrait hurler son chagrin, exploser, crier, pleurer, laisser échapper sa détresse mais il n'y arrivait pas. Car tous ses remords et ses pleurs ne faisaient qu'accentuer son désarroi sans le calmer.
Perdu dans ses émotions, il ne vit pas le geste arriver.
Il ne put que sentir avec surprise Lucy entourer son visage de ses délicates mains avant de l'attirer contre elle, le posant au creux de son cou. Ce geste maternel que Lucy ne supportait plus de réprimer à la vue de son ami détruit.
Bien qu'elle ne soit pas dans sa tête, elle pouvait imaginer qu'avec douleur et peine ses remords, ses peurs, sa détresse, sa rage. Ce visage d'habitude souriant déformé, brisé par ses larmes, prêt à craquer à tout moment lui devenait insupportable. Le contact avec son torse gelé la fit frissonner, accentuant son chagrin. Toute chaleur de son corps s'était évaporée, comme si la Mort avait déjà déposé son baiser glacial sur Natsu. Le brasier qui l'animait s'était éteint, vidé. Face à ce cadavre, Lucy ne tenait plus. Elle ne pouvait plus se contenter de le regarder dépérir sans rien faire. Tout ce qu'elle voulait était réchauffer son âme, rallumer la flammèche de joie en lui.
Elle le suppliait silencieusement de craquer, de laisser s'échapper sa détresse. Que ses bras soient son exutoire, que sa présence soit un baume. Lucy ne laisserait jamais Natsu aux mains de la Faucheuse. Elle voulait lui montrer la chaleur de la vie à travers son étreinte, lui ôter tout ce qui lui détruisait. Qu'il se sente épaulé, soutenu. Qu'il ne sente pas isolé.
Ébranlé par ce contact soudain, Natsu écarquilla les yeux avant de les refermer aussitôt, se laissant happer par toutes les douces sensations qui l'envahirent et qu'il aurait cru ne jamais ressentir de nouveau. L'amour l'enveloppait de ses tendres bras, apportant en son sein une chaleur inconnue. Elle n'était pas aussi brûlante que celle d'Igneel, elle était différente. Une odeur florale qui lui faisait perdre la tête, un pouls qui tambourinait à la vitesse de la vie. Une peau qui se frottait contre son nez gelé, mélange subtil de vanille et de sueur délicate. Et ses mains qui s'étaient glissées avec fermeté sur sa nuque pour l'attirer davantage, lui arrachant des frissons. Son visage brûlait là où elle avait posé ses mains, telles des allumettes prêtes à relancer un feu éteint.
Cette douce étreinte qui réchauffait son cœur.
Le déclic tant souhaité.
Ses peurs s'écoulent tel un flot inépuisable. Ses craintes qui l'étouffent et qui jaillissent.
Sans contrôle. Sans retenue.
Instinctivement, dans un geste désespéré, il enserra le corps de Lucy contre le sien, ses bras musclés enserrant fermement sa taille à lui en couper le souffle. Il ne voulait pas la laisser s'échapper, ne pas l'offrir à ce Destin qui lui avait déjà tant pris. Il voulait tant la protéger de la Faucheuse, se délecter de son sourire, entendre son rire cristallin, savourer la douceur de sa peau, sentir son souffle chaud et écouter les palpitations mélodieuses de son cœur.
Ce désir viscéral de la savoir près d'elle se ralluma, brasier prêt à le consumer tout entier. Il avait tout simplement peur de la perdre, tout comme il avait perdu Igneel. Il avait si peur... Peur de la perdre, peur de perdre Happy, peur de perdre ses amis.
Peur de tout perdre.
Doucement, ses larmes perlèrent et s'écoulèrent, trop longtemps contenues face à elle. Pourtant, ces pleurs n'avaient pas la même saveur que les autres fois où il pleurait seul. Il avait la sensation de se libérer d'un poids trop longtemps subi, d'une épine qui lacérait son cœur. La sentir dans ses bras était si apaisant, si rassurant qu'il enfouit son visage dans son cou, tandis que sa peau émit quelques frissons lorsqu'il sentit les frêles bras de Lucy répondre à son étreinte, ses mains s'accrochant désespérément à sa tignasse rose.
La jeune femme n'avait pu résister à cette étreinte qui reflétait toute sa douleur, toutes ses peurs. Nul besoin de mots pour comprendre le langage du cœur et du corps. Les tremblements de Natsu et ses sanglots qui gouttaient le long de sa nuque la submergèrent à son tour qu'elle se sentit craquer. Toutes les angoisses de ces derniers jours, toute la rage et toute la peine s'évacuèrent en même temps. Cette étreinte si brute avait une saveur sauvage, acharnée. Tous deux évacuaient leurs chagrins, laissant place à un intense soulagement procuré par la présence de l'autre. Leurs muscles se relâchèrent, leurs respirations se calmèrent tandis qu'ils reprenaient confiance en l'avenir. Ce soulagement les prit tout entier, comme si le poids du monde avait quitté leurs épaules. Ils se confiaient leurs souffrances, partageant en un instant le froid qui les habitait.
Natsu retrouvait enfin un peu de chaleur en ses bras, un peu de douceur, un peu d'amour. Le lien qui l'unissait à elle lui paraissait en cet instant si beau, si intense qu'il ne songeait même pas à le briser. Il ne voulait pas affronter de nouveau ce monde froid et terne, il avait trouvé son soleil auprès d'elle. Son parfum floral et fruité, qui lui faisant oublier toutes ses peines, l'enivrait tellement qu'il la huma jusqu'à l'ivresse. Il sentit le visage de Lucy se nicher au creux de son cou, comme pour s'abriter des menaces qui pesaient sur eux.
Ils restèrent enlacés pendant de nombreuses minutes, les yeux fermés, ne prenant pas conscience du temps qui s'écoulait. Ils étaient hors du temps, hors de l'espace, hors du monde. Il ne restait plus qu'eux deux, unis dans un réconfort mutuel.
Pourtant, ce fut à regret qu'il sentit Lucy se dégager doucement de lui. Effaré à l'idée qu'elle ne parte – une peur irrationnelle mais qu'il n'arrivait pas à contrôler, pas maintenant – il la garda prisonnière en ses bras. Il ne voulait pas qu'il l'abandonne. Il ne voulait plus ressentir ce froid qui l'horrifiait, cette détresse qui l'étouffait, cette souffrance qui le lacérait. Natsu venait à peine de ressentir un peu d'amour en ses bras qu'il ne voulait pas la laisser s'échapper. Il s'entendit lui murmurer cette supplique assez maladroitement :
« Luce... Pars pas. »
Surprise par son geste possessif, Lucy esquissa un léger sourire attendri à travers ses joues mouillées avant de répondre de nouveau à son étreinte :
« Je ne compte pas t'abandonner. »
Ces mots vibrants d'amour étaient si sincères et si dévoués que Natsu se sentit instantanément soulagé. Sa respiration lui parut moins enclavée, plus libératrice.
Cette promesse tacite résonnait en leurs âmes avec force, liés désormais par un nouveau fil qui surpassait les précédents. Bien plus important que ces liens d'amitié, de confiance, de membres d'une même guilde, de partenaires, de meilleurs amis, de frère et sœur de cœur qui les unissaient.
Un lien d'avenir qui se dessinait devant eux, sans frontières pour les retenir. Si les malheurs s'abattaient sur eux, la présence réconfortante de l'autre saurait adoucir ce triste tableau. Si la colère détruira l'un, l'autre saura la tempérer. Si l'un sombrera dans les ténèbres, l'autre le ramènera vers la lumière.
Emportés dans cet élan de tendresse où ils trouvaient un peu de réconfort, où ils se protégeaient du monde cruel, ils s'allongèrent, rattrapés par le sommeil. En sombrant dans une nuit de songes, ils restèrent enlacés, leurs visages apaisés où s'estompaient leurs larmes.
Voilà voilou, n'hésitez pas à me laisser vos impressions :)
Bisous et à bientôt pour le dernier chapitre !
