Note de l'auteur: Bonsoir! Merci beaucoup pour vos commentaires je suis heureuse de vous retrouver pour ce quatrième volet! J'aime toujours autant vos messages! J'espère que l'intrigue générale vous plaira mais aussi les intrigues secondaires qui ne vont pas tarder à arriver! Je crois que le plus dur, dans les histoires de ce genre, c'est d'arriver à sortir du chemin tout tracé qu'a emprunté la série pour faire quelques pas hasardeux sur les sentiers battus, sans toutefois abolir les personnalités propres de ces personnages hauts en couleurs que sont ceux de Crossing lines.

Si jamais je venais, au court des chapitres à venir, à trop m'éloigner de ce qui fait de crossing lines la série passionnante qu'elle est aujourd'hui, je compte sur vous pour me ramener à la raison! XD

K.


Chapitre 2 : Fänger, ou la mystérieuse vague de cambriolages meurtriers

- Cette affaire n'entre malheureusement pas dans notre domaine de juridiction, déplora Louis Daniel depuis son bureau en raccrochant le combiné de téléphone pour composer immédiatement le numéro du poste de police nationale de la Haye.

Dorn avait été très clair là dessus, seuls les crimes en série transfrontaliers justifiaient l'intervention de l'équipe spéciale de la CPI. Ce n'était pas pour rien qu'il n'en existait qu'une seule dans toute l'Europe. N'avait-elle pas été spécialement conçue pour s'occuper des cas sensibles qui dépassaient les compétences des autres brigades ? Mais même si tout semblait indiquer que l'enquête ne les concernait pas, quelque chose dérangeait le commissaire sans qu'il ne sache réellement quoi. Et si son expérience du terrain et ses longues années dans la police française lui avaient au moins appris une chose, c'est qu'il fallait toujours prendre au sérieux son instinct. Malgré tout, aucune intervention de leur part ne serait justifiable pour le moment et il avait dû se résoudre à enjoindre Sebastian de se détourner de l'affaire pour chercher une autre enquête sur la toile.

Penchée par dessus son épaule avec curiosité, Eva était justement entrain de parcourir les écrans de l'allemand de son regard vert pétillant. Une multitude d'informations défilaient à grande vitesse devant eux, provenant de sources aussi variables que les journaux locaux des 28 états membres de l'Union Européenne, des flash informations en 24 langues officielles différentes et les fréquences radio des polices locales de chacune des grandes capitales.

- C'est quoi ça ? Demanda l'italienne à son collègue en désignant une série de dossiers compressés téléchargés seconde après seconde depuis le net.

- C'est Fänger ( l'attrapeur en allemand), mon nouveau programme d'interception d'informations, répondit vaguement Sebastian sans détourner les yeux de l'écran. Il capte tous les documents, faxes et pièces jointes en cours d'envoi entre deux commissariats n'importe où en Europe.

Impressionnée, Eva fit la moue. Sebastian ne cesserait jamais de la surprendre. Et dire qu'avant d'être recrutée à la CPI, elle pensait encore que le plus doué dans ce domaine était son collègue de Rome ! Profitant qu'il soit plongé dans ses recherches, l'italienne vérifia que la porte de la salle informatique était fermée avant de s'asseoir à coté de l'allemand, comme si de rien n'était.

- Au fait Sebastian...Ça à l'air de bien se passer entre toi et Catherine non... ? Fit-elle remarquer de son air le plus innocent en s'appuyant nonchalamment sur le bureau.

Sebastian décela immédiatement où son amie voulait en venir et la manière typique avec laquelle elle s'y prenait lui arracha un sourire malgré lui. La sergente italienne tout droit sortie de la brigade anti-mafia de Rome avait toujours été curieuse de tout et aussi attentionnée avec ses collègues de travail qu'avec ses propres frères. Il faut dire qu'il ne l'avait pas aidée avec son caractère naturellement réservé qui ne le portait pas à la confidence et il imaginait bien toutes les suppositions qu'avaient dû faire ses coéquipiers dans son dos. Surtout Tommy et Alice qui pouvaient faire preuve d'une imagination débordante. Bref, Sebastian savait très bien qu'un jour ou l'autre, il allait falloir qu'il s'explique sur cet élément de sa vie privée qui lui était tombé dessus lors d'une enquête il y a un an de cela, comme un cheveux dans la soupe.

- Eva...soupira t-il en éteignant l'écran du petit ordinateur portable qui traînait sur le second poste de travail et sur le fond duquel on pouvait voir son ancienne coéquipière de Berlin avec un petit garçon dans les bras.

L'italienne leva les mains devant elle comme pour s'innocenter avant de se relever.

- J'ai rien dit ! Tu nous en parlera quand tu sera prêt j'imagine...

Sebastian la regarda partir en se retenant de lever les yeux au ciel avant de reporter son attention sur les écrans.

- Où est notre mystérieux criminel ? Demanda la sergente Vitoria en revenant vers la salle principale.

Anne Marie et Tommy étaient retournés derrière leurs bureaux mais aucun des deux ne semblaient enclins à se remettre à la paperasse. Tandis que la première rangeait méticuleusement son plan de travail en prévision d'une enquête à venir, le second s'était dégoté une vieille balle de tennis qu'il faisait rebondir sur le mur de temps à autre en soupirant, comme si tout l'ennui du monde s'était abattu sur ses épaules. Quand à Hickman, revêtu de ses lunettes de vue réservées à la lecture, il s'était muni d'un vieux dossier frappé d'un G majuscule qu'il gardait soigneusement rangé dans son tiroir en prévision des moments comme celui ci, où l'on avait prit tant d'avance sur le crime qu'on était obligé de l'attendre patiemment. Néanmoins, l'américain jetait de temps à autre des regards méfiants vers le labo d'analyse en face de lui, geste qui apporta à Eva la réponse qu'elle attendait avant que celle ci ne sorte de la bouche de Tommy.

- Il est avec notre médecin personnel, répondit l'irlandais entre deux lancés de balle.

- Vous avez laissé Alice toute seule avec un meurtrier potentiel? S'étonna t-elle ce qui rendit un peu honteux ses deux collègues masculins.

- Elle est assez grande pour se débrouiller sans nounou non ? Répliqua Anne-Marie de son air calme.

- Cette fille est un détecteur de mensonge vivant, rajouta Tommy. Si ce mec était un psychopathe, elle n'aurait pas insisté pour qu'on encombre pas inutilement son espace de travail, pour citer ces propres termes !

Eva finit par se ranger de l'avis de ses équipiers et s'installa elle aussi derrière son bureau sans savoir réellement quoi faire.

OooO

Alice avait du mal à se concentrer pleinement sous le regard intense de son mystérieux visiteur. Bien qu'elle lui ait demandé de rester assis sagement torse nu sur une chaise dans un coin de la pièce pendant qu'elle examinait ses blessures et ses vêtements, le jeune homme réussissait quand même à la décontenancer. Inspirant un bon coup, l'analyste se força à sortir cette impression dérangeante de son esprit pour se focaliser sur le pansement qu'elle était entrain de lui faire à l'épaule. La brûlure -car s'en était une- était superficielle mais aussi large que la paume de sa main si bien qu'elle fut d'abord obligée d'en extraire les bouts de tissu carbonisés qui s'y était fichés à l'aide d'une pince à épiler. Lorsque ce fut fait, elle tamponna la plaie avec l'alcool le plus fort qu'elle avait en stock ce qui arracha une légère grimace au jeune homme là où il aurait normalement du crier de douleur et acheva son travail en bandant l'épaule avec un gros sparadrap qu'elle avait trouvé dans une trousse à pharmacie.

- Vous savez y faire pour une simple analyste, admira t-il en jaugeant le bandage propre qui lui enserrait le haut du bras.

- Merci, » répondit Alice, gênée. « Je commence à avoir l'habitude avec les gars de l'équipe... »

Alice ne savait pas vraiment pourquoi elle avait eu besoin de se justifier. Peut-être pour détourner le compliment si sincère qu'il lui avait fait avec tant de simplicité ? Toujours est-il qu'elle n'avait pas exagéré. En effet, l'analyste ne comptait plus le nombre de fois où Tommy, Hickman et le commissaire Daniel s'étaient blessés au cours des enquêtes et où ils avaient catégoriquement refusés de faire un détour à l'hôpital. Plus que leur biologiste, elle était devenu une véritable infirmière habilitée à nettoyer, désinfecter, bander et même recoudre les blessures minimes. La semaine dernière encore, Eva avait insisté pour que Tommy se laisse recoudre le menton par Alice à la suite d'une rixe entre trois dealers de drogue appartenant au plus grand réseau européen jamais démantelé. Bref, la routine quoi !

- Parlez moi plutôt de ce dont vous vous souvenez », l'encouragea t-elle pendant qu'il renfilait sa chemise trouée. « Il doit bien vous rester quelque chose ? »

- Je suis né en France et j'ai 28 ans, répondit-il après avoir soigneusement réfléchi. « Mais je ne me souviens même pas du genre d'études que j'ai pu suivre... »

Alice ne pu s'empêcher de capter la peine qu'il ressentait et elle pouvait comprendre à quel point il était difficile pour lui de ne pas même connaître son propre nom. Il y a encore deux mois à peine, elle n'avait aucune idée de qui pouvait être ses parents et ne vivait qu'avec la certitude que son frère était un assassin. A présent qu'elle avait pu rassembler les bribes de son passé morcelé, elle était soulagée de pouvoir enfin mettre des noms sur les visages de ses cauchemars même si la vérité avait été dure à avaler. Au moins n'avait elle pas été seule dans cette épreuve, contrairement à lui. Pour couronner le tout, il avait la certitude d'avoir tué un homme et cette idée le remplissait d'effroi.

- Vous dites que vous avez tué quelqu'un...,commença t-elle en inspectant ses vêtements en quête d'un indice quelconque sur son identité.

- J'avais du sang sur les mains avant d'arriver ici et il y en a aussi sur ma veste et mon pantalon, répondit il en la fixant droit dans les yeux, le visage résolu.

- C'est peut-être seulement le vôtre...vous avez mal éteint le mixeur après avoir fait votre purée ?

- Impossible.

- C'est vrai, le sang est à l'extérieur et non à l'intérieur de vos vêtements. De plus, vous n'avez pas d'autres blessures que cette brûlure à l'épaule et quelques bleus..., résonna la jeune femme.

- Je n'aime pas la purée.

Alice s'arrêta de fouiller les poches de la veste pour le regarder. Une lueur d'amusement passa dans les iris bleus de l'homme bien qu'aucun sourire ne vint égayer son visage. Amusée, l'analyste rentra dans son jeu.

- Effectivement, c'est embêtant.

Les doigts d'Alice finir par entrer en contact avec un bout de papier froissé qui avait manqué passer inaperçu jusqu'alors. L'extirpant laborieusement de la doublure de la veste, elle le déplia à la lumière d'une de ses lampes de laboratoire. Il était minuscule et trempé par la pluie qui s'était infiltrée dans le tissu, mais la jeune femme finit néanmoins par réussir à lire l'écriture en patte de mouche qui y était inscrite.

Commissaire Daniel,

Bureaux de la CPI

46 rue Grashan

La Haye

- Pourquoi est-ce que vous portez cette adresse sur vous ? S'étonna t-elle en lui montrant le mot.

- Je n'en ai aucune idée, avoua t-il en affichant une expression surprise. Mais je ne crois pas que ce soit mon écriture...

- Dans ce cas, qui vous l'aurait donnée ?

- J'espère bien me le rappeler un jour si je ne finis pas ma vie en prison !Vous avez déjà tué quelqu'un ? Demanda t-il alors, plus sérieusement.

Les mains d'Alice tremblèrent légèrement à la remarque mais elle se força à reposer la veste comme ci de rien n'était.

- Oui, répondit-elle finalement dans un murmure.

En réalité, Alice se sentait pleinement responsable de la mort de trois hommes et cette certitude la hantait dans ses moments de solitude. Il y avait eu tout d'abord la mort de cet homme qui avait été exécuté devant elle dans ce camion à pizza parce que son visage brûlé ne lui permettait pas de poursuivre le travail pour lequel on l'avait engagé. Rien qu'à repenser à lui, la jeune femme ressentait encore la balle qui lui avait traversé la nuque comme s'il s'était agit de la sienne. C'était elle qui lui avait brûlé le visage, c'était donc à cause d'elle qu'il avait été tué, aussi horrible avait il été de son vivant.

Le second meurtre dont elle endossait la responsabilité était celui de son propre frère, Jordan Trap Lidelsen. Il s'était précipité dans un piège qu'elle lui avait tendu et avait faillit emporter avec lui dans la mort, le commissaire Daniel, Hickman et Dorn. Bien qu'Alice ne soit pas responsable de la bombe qu'il portait sur lui à son insu, elle lui avait quand même fait croire qu'elle lui livrerait Dorn ce qui l'avait poussé à se démasquer aux yeux de ses dangereux collaborateurs, les docteurs Bronchain et Rodriguèz.

Enfin, et celui là n'était pas des moindre, la mort du docteur Jacques Bronchain était pleinement de sa faute puisqu'il était décédé après qu'elle l'ai poignardé avec l'embout d'une seringue à Rotterdam. Non, Alice n'était pas un enfant de cœur et elle avait du mal à retrouver l'innocente scientifique qu'elle avait été à ses débuts ce qui la terrifiait parfois.

- Parfois...parfois on est obligé de faire des choses abominables pour protéger ceux qu'on aime...dit elle en lui rendant ses vêtements après avoir prélevé tous les échantillons dont elle avait besoin.

Une vague de reconnaissance et d'intérêt se fit sentir chez son interlocuteur tandis qu'il la détaillait encore de son regard particulièrement déstabilisant.

- J'aurai aimé me présenter en bonne et due forme, s'excusa t-il soudain avec sincérité.

Alice pu apercevoir trois agents de police arriver dans le couloir, sûrement prévenus par le commissaire. L'inconnu les vit aussi et un sentiment de tristesse le traversa ce qui intrigua la jeune femme.

- Rien ne vous empêche de venir le faire lorsque vous aurez retrouvé votre identité, répondit-elle avec une pointe de malice.

Leurs regards se croisèrent et les joues d'Alice s'enflammèrent contre sa volonté. Détournant rapidement les yeux, l'analyste aperçu un voyant rouge clignoter derrière l'homme, au milieu d'un groupe de machines ronronnantes sur lesquelles s'affichaient des séries de mesures incompréhensibles pour le commun des mortels.

- Ah zut, j'ai laissé la centrifugeuse allumée ! S'exclama t-elle soudain. Pouvez vous...

A peine eu t-elle finit sa phrase que son interlocuteur appuyait sur le bouton d'arrêt situé derrière le petit appareil avec une assurance apparente. Avant de partir, escorté par les trois policiers de la Haye, il sourit une dernière fois à l'analyste, indécise.

OooO

- On a enfin une affaire ! S'exclama Sebastian depuis son bureau peu après le départ du mystérieux amnésique.

Tommy en fut si surpris qu'il laissa échapper sa balle de tennis tandis qu'il remettait les pieds à terre.

- Sans rire ?!

Eva et Anne Marie revinrent de la machine à café pour les rejoindre. Le génie allemand affichait une excitation caractéristique, de celle qu'il réservait pour les histoires obscures dans lesquelles il décelait un mystère encore plus grand. Exactement la même qu'un an pus tôt, lorsqu'il leur avait annoncé être certain que la disparition d'un couple sur la route des vacances en Allemagne était liée avec une voiture abandonnée trouvée en Pologne. Ce jour là, c'est tout un réseau de combats clandestins que l'équipe avait réussi à démanteler et des dizaines d'enfants ainsi qu'un couple avait été sauvés.

- De quoi s'agit-il ? Demanda Anne-Marie lorsqu'ils furent tous là.

- D'une série de meurtres de conservateurs de musés, jusqu'ici passée inaperçue. Le dernier vient à peine d'être signaler, j'ai pu intercepter le premier rapport de police avec mon nouveau logiciel !

- Des cambrioleurs d'œuvres d'art, rien de plus. Les polices locales peuvent s'en doute s'en occuper non ? Remarqua Tommy l'air sceptique en croisant ses bras sur son torse.

- Ils ont volé quelque chose ? S'enquit Louis qui avait un doute.

- Justement ! S'exclama Sebastian, heureux qu'on soulève la question. Il ne vole qu'une seule pièce à chaque fois et laisse les autres après avoir tué le gardien.

Louis enlevait déjà ses lunettes avec une expression concentrée tandis qu'Hickman rangeait le dossier Genovese dans son tiroir.

- Ça concerne quels pays ? Voulu savoir Eva.

- Le premier meurtre doublé d'un vol a été enregistré en Italie au début de l'année, un mois plus tard c'était au tour de l'Espagne. I semaines, le même schéma s'est répété en France et aujourd'hui, c'est en Allemagne que cela vient de se produire.

- Notre voleur a l'air de savoir ce qu'il veux et fait preuve de patience pour l'obtenir. Pas étonnant qu'aucun lien n'est été fait entre les quatre affaires, remarqua Hickman qui se levait à son tour avec cette impression de profond harassement qu'il dégageait souvent aux yeux de ses collègues.

- Bien, on prend l'affaire, conclut Louis, trop heureux, lui aussi, de relancer son équipe sur une nouvelle enquête. Comme les meurtres sont assez espacés dans le temps, on va d'abord se concentrer sur les deux derniers. Alice, Sebastian et Hickman je veux que vous vous rendiez en Allemagne avant que les indices ne disparaissent.

Un demi sourire s'épanouit sur le visage de l'allemand, signe qu'il avait fortement espéré cette répartition des taches. Eva ne pu s'empêcher de l'observer de biais, sa légendaire curiosité Italienne la poussant à se demander si il pensait à Catherine ou si il était simplement heureux de revoir ses contrées d'origines. Hélas, elle n'aurait pas l'occasion de le questionner à ce sujet car le commissaire Daniel enchaînait déjà.

- Anne-Marie, Eva et Tommy, vous irez enquêter en France pour voir si l'on ne peux pas trouver des pistes intéressantes de ce coté. J'espère que la police locale n'aura pas tout détruit en cinq semaines...

Lorsque l'organisation de travail fut établie, les enquêteurs se séparèrent pour rassembler leurs affaires à la hâte. A cet instant, aucun d'eux ne se doutait encore de l'ampleur de ce qu'ils s'apprêtaient à découvrir...

à suivre...