Chapitre 2 : litanie pour deux

Il était indéniable qu'Henry n'arrivait pas à dormir, cela faisait trois heures qu'il essayait et il s'était finalement résolu à abandonner et s'était levé. Il était aussitôt parti vers le labo, n'ayant pourtant aucune idée de ce qu'il allait faire. Quand il y entra, il voulut recommencer à lire un peu, mais il se rendit compte que l'ordinateur portable, ainsi que le disque, avaient été pris par Tesla, et, quoiqu'un peu déçu, il se mit à sourire à la pensée du vampire tranquillement installé dans sa chambre à lire de la littérature érotique.

Il soupira et se laissa tomber dans le canapé, finalement résolu à réessayer de dormir. Cependant, à la faible lumière qu'il avait laissé, il remarqua le stylo plume qui traînait sur la table basse. Il se redressa alors, et s'en empara ainsi que d'une feuille de brouillon où s'étalaient quelques notes.

Il devait avoir l'esprit bien embrouillé, et il ne pouvait même pas rejeter la faute sur l'alcool car la seule et unique bière qu'il avait commencée avait été vidée brutalement de tout son contenu.

Néanmoins il commença à écrire les premiers mots. Et puis, après de longues minutes de réflexions et de respiration saccadée, le poème était écrit.

Benedict n'est pas homme à se laisser brûler
Mais mon corps me hurle, me réclame d'essayer.

Il ne me tuera pour peu qu'il me comprenne

Il saura par mes mots que je veux qu'il me prenne.

Il n'est ni noir ni cruel, mais brave, éternel.

Il faut que je meure si jamais je me leurre !

Je saurai le décrire : sous ma plume, il respire,

C'est un don du passé, doux visage gravé.

Benedict n'est pas homme à s'enivrer de rhum

Il préfère le vin dont il sent le parfum

De nectar de raisin, et de vigne et de pins,

Ces délices si prenantes, jusqu'au soir me hantent !

Benedict est un contraire, un homme de fer,

Le jour, a de noires chairs, la nuit, est lumière !

Il ne signa pas, il savait que Tesla se douterait bien de l'origine de ces lignes, et il voulait avoir la possibilité de réfutation, au cas où...

Henry relut son œuvre au moins trois fois, et, le jugeant plutôt pas mal et trop bien pour se risquer à ce qu'il le perde, il le recopia sur une feuille vierge et d'une écriture plus convenable. Après quoi, il plia le brouillon et le mit dans sa poche, puis il se leva et partit en direction de la chambre de Nikola, la version propre du poème dans la main.

Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, ou plutôt il se refusait de le savoir, et tentait de ne surtout pas y penser. Arrivé à destination, il hésita fortement. Il fut pris de panique à l'idée de ce qu'il voulait faire, à l'idée même d'avoir écrit une telle chose en pensant à Nikola Tesla. Mais il ne recula pas, il ne voulait pas, pour une fois, il désirait foncer, et ne pas attendre, ne pas se perdre en interrogations et en hésitation. Il posa la feuille pliée en deux sur le sol au seuil de la porte et frappa deux fois avant de se dépêcher d'aller se cacher derrière un des heureux rideaux qui encadraient la fenêtre au bout du couloir.

À peine fut-il à l'abri, prenant tout de même le risque de laisser son visage dépasser un peu pour pouvoir contempler la réaction de Tesla, que la porte s'ouvrit. Cependant, elle ne s'ouvrit vers l'intérieur comme Henry l'avait imaginé, mais vers l'extérieur, et comme Nikola n'était pas du genre à ouvrir les portes en douceur, la feuille s'envola, poussée par le coup de vent qu'avait crée la porte.

« Merde ! » jura intérieurement Henry.

Cependant, Nikola avait vu la feuille s'envoler, et, refermant la porte derrière lui et allumant une petite lampe électrique, il alla s'en emparer. Et quand Henry vit qu'elle était partie dans sa direction à lui, il se recacha brusquement entièrement derrière le rideau, le faisant bouger. Il pinça les lèvres, ferma les yeux, arrêtant même de respirer, et pria pour que Tesla ne l'ait pas remarqué.

Il entendit un bruit de papier, frustré de ne pas pouvoir voir le visage de l'autre scientifique en la lisant. Jurant une nouvelle fois par pensée, il prit son courage à deux mains et se risqua à jeter un coup d'œil. Nikola était en train de lire le poème, les yeux plissés, le front ridé, les lèvres entre-ouvertes. Il sembla tellement surpris et à la fois fasciné qu'il en oublia de tenir sa robe de chambre qui s'ouvrit aussitôt, dévoilant la réponse à la question d'Henry à propos du corps de Benedict.

Quant à Henry, il fut tellement surpris également qu'il laissa échapper un bref son, entre râle et soupire, sa respiration se trouvant être de plus en plus difficile.

Il se remit derrière le rideau aussitôt, mais était certain que cette fois, sa présence n'avait pas échappé à l'ouïe sur-développée du vampire. Mais le moment qu'il redoutait tant où Nikola irait voir derrière le rideau n'arriva pas, et alors qu'il entendait ses pas s'éloigner, sûrement pour rentrer dans sa chambre, des pensées bien pires s'immiscèrent dans l'esprit d'Henry. Est-ce qu'il lui en voulait pour avoir osé écrire ces lignes ? Est-ce qu'il le détestait ? Est-ce qu'il le méprisait au point de ne plus supporter de le voir ou de lui parler ?

Mais il ne suffit au vampire que de quelques secondes avant qu'il ne ressorte de sa chambre. Cette fois, bien que terriblement curieux, Henry n'osa pas regarder derrière le sombre tissu rouge.

Il s'écoula de longues et nombreuses minutes avant que Nikola ne donne un autre signe de vie que le bruit incessant d'une plume grattant contre du papier. Minutes durant lesquels Henry crevait d'envie de savoir ce que Tesla était en train d'écrire. Lui répondait-il ? Envoyait-il à Helen une lettre pour se plaindre de lui ? Non, ce serait stupide, réveilles-toi Henry !

Ce signe de vie en question étaient des bruit de pas, étouffés un peu par les tapis mais néanmoins présents, et ces pas se rapprochaient, jusqu'à ce qu'ils atteignent le rideau. Henry se prépara à voir le visage de Tesla d'une seconde à l'autre mais ce qu'il vit fut bien différent ; une lettre avait été passée sous le tissu. Henry se pencha, s'en saisit et s'assit sur le sol, dos au mur, entre la fenêtre et le rideau.

Il entendit Tesla se laisser glisser contre le mur et s'asseoir également.

Henry ouvrit la feuille et crut s'évanouir de soulagement et de désir lorsqu'il lut.

Benedict est joueur, tu devrais en avoir peur,

Mais il comprend tout, il accepte et désire tout.

Ses envies sont telles, et elles sont si perpétuelles

Qu'il ne recule devant rien, ne pense qu'à sa faim.

O Amant ! tu ne devrais pas jouer avec lui,

Il ne s'arrête que quand il est assouvi,

Et je crains fort qu'il ne le soit qu'en étant mort

Car il est de ces hommes que le désir passionne.

Mais Benedict est peu, si peu face à tes yeux !

O Amant, entends-le, entends comme il te veut !

Et ses chairs se brûlent, et tout son corps se consume

Puisqu'il ne voit que ton corps, combien il est fort,

Ne tend qu'à goûter la bouche de tes péchés,

Ne sent que ta présence, ne veut que ta clémence.

La respiration d'Henry était devenue saccadée, il s'humecta les lèvres une bonne dizaine de fois tant elles se séchaient sous son souffle irrégulier.

-Tesla ? appela-t-il d'un voix rauque.

Nikola ne répondit pas tout de suite, il se releva à moitié, contourna le rideau pour venir rejoindre Henry, et le ferma. Il passa ses jambes autour de celles allongées d'Henry et se rapprocha de son oreille, mordant doucement.

-Oui ? questionna-t-il finalement, laissant à Henry le délicieux plaisir de sentir son souffle sur sa peau.

Henry se sentit idiot, il ne savait pas pourquoi il l'avait appelé tout à l'heure, il n'avait aucune question particulière en tête. Il devait en trouver une rapidement. Heureusement Tesla lui donna un peu de temps lorsqu'il lécha son oreille, arrachant un nouveau soupire à Henry qui gagna par là même quelques secondes de réflexions.

-Qu'est-ce qu'il y a ? insista le vampire.

C'est à cet instant que Henry réalisa à quel point il adorait que Tesla lui parle ainsi à l'oreille et respire contre sa peau, et comme il ne voulait surtout pas qu'il s'arrête, la question se posa d'elle-même :

-Est-ce que tu connais, oohhh... mhhh... Est-ce que tu connais un autre poème ?

Il sentit Nikola sourire lentement contre lui.

-Quel genre de poème ? susurra-t-il en embrassant son cou, descendant jusqu'à son torse.

Mais le t-shirt d'Henry l'empêchait d'y accéder, Nikola le tirait néanmoins vers le bas, continuant de l'embrasser.

-A toi de choisir. Tu me sembles doué en poésie et – oh !

La main de Nikola était posée sur le caleçon d'Henry et exerça une pression qui coupa la respiration du lycan qui esquiva un sursaut.

-... et en ça aussi...

-Bien. Dans ce cas, je vais m'y atteler.

Sur ces mots, Nikola remonta son t-shirt, passant ses mains sur son torse, et l'enleva, Henry l'aidant en montant les bras. Henry avait du mal à savoir si Nikola allait s'atteler à la poésie ou à autre chose. Aux deux peut-être...?

Ne voulant pas être en reste, et terriblement attiré par ce torse que la robe de chambre ouverte de Tesla rendait visible, Henry caressa sa peau d'une de ses mains, si doucement, presque en le frôlant, que Nikola ferma les yeux un moment, tandis que lui-même passait ses ongles sur les cuisses d'Henry. Celui-ci fit glisser la robe sur ses épaule et l'en débarrassa.

-J'entends tous tes soupires, je sens tout ton désir.

Nikola entraîna Henry pour qu'il s'allonge entièrement contre le tapis, pinça les bords du caleçon du lycan et commença à le faire glisser, bien trop doucement pour Henry qui, plaquant ses mains sur les siennes, le fit descendre jusqu'à ses cuisses, Nikola se chargeant de l'enlever complètement. Puis, obéissant à ce désir qu'avait réveillé en lui les lèvres que Tesla s'étaient humectées tant de fois en lisant, il le fit remonter jusqu'à son visage et l'embrassa. Tout deux fermèrent les yeux, leurs corps désormais nus ondulant l'un sur l'autre, ils sentirent chaque parcelle de peau se frotter contre celle de l'autre, leurs lèvres se caressaient avec autant de fougue que de douceur, d'empressement quand leurs ardeurs se faisaient plus grandes que de patience quand ils voulaient que celles de l'autre se fassent plus grandes encore.

Mais Nikola se décolla un instant de la bouche d'Henry, les frôlant à peine.

-Si toi mon amant tu me guides de tes chants

Je saurai te contraindre, je saurai me faire craindre,

C'est une litanie pour deux, la nuit pour tes vœux.

A chaque syllabe les lèvres de Nikola glissaient sur les siennes, tant et tellement que lorsqu'il eut terminé Henry mit une main derrière sa tête et le fit venir à lui pour l'embrasser de plus belle. Plus leurs langues se rencontraient plus elles voulait se toucher encore. Nikola passa ses mains le long des bras d'Henry et lorsqu'il eut atteint les mains, il les mit au-dessus de sa tête. Puis, il quitta ses lèvres pour faire parcourir à sa langue le chemin de son épaule jusqu'à ses mains jointes qu'il tenait toujours. Il les embrassa et murmura :

-Heinrich...

Henry eut un long frisson, se délectant d'entendre Nikola l'appeler. Ce n'était plus un surnom qu'il employait souvent, désormais c'était comme une confidence pour lui dire à quel point il le désirait, et cette envie de la part du vampire était, en plus d'être totalement grisante, un véritable bonheur. Et Tesla le répéta, trois fois « Heinrich, Heinrich, Heinrich... » et lécha ses doigts, excitant au plus haut point son amant qui, n'en pouvant plus, les fit basculer, se plaçant cette fois sur Nikola.

Il s'allongea sur lui, venant coller sa bouche contre la sienne. Ils se caressèrent comme s'ils voulaient se fondre dans l'autre, et Nikola avança le bassin contre celui d'Henry, leur procurant une sensation comme électrique, mais elle ne fut pas assez, ils voulaient plus. Henry se mit à faire des vas et viens contre l'érection du vampire. Nikola se cambra, laissant échapper des soupires de plus en plus forts, et s'agrippa aux bras musclés du lycan, tentant à présent de ne se concentrer que sur une seule chose ; Henry. Henry et le plaisir qu'il était capable de lui procurer. Leurs coups de bassins se firent plus rapides, un rythme effréné que nul n'avait envie de ralentir s'empara de leurs actions, et alors que le point culminant de leur vitesse arrivait, Henry jouit, criant de toutes ses forces, mais n'arrêtant rien, voulant que Nikola vienne aussi. L'image d'Henry en train de crier, tous ses muscles comme paralysés sous l'effet du plaisir, fit aussitôt atteindre à Nikola le septième ciel. Ils s'arrêtèrent, Nikola appuyant sur son dos pour le retenir contre lui, et reprirent leur souffle.

Ils ne bougèrent pas pendant dix longues minutes que chacun savourèrent. Puis, Nikola, embrassant Henry, se redressa. Ils se relevèrent tous deux. Henry voulut remettre ses vêtements mais Nikola l'en empêcha, faisant rire Henry.

-Je ne vais quand même pas traverser tout le Sanctuaire à poil, t'imagines si je tombe sur Bigfoot ? Vu comment j'ai hurlé j'ai sans doute réveillé tout le monde, lui le premier.

-Qui a dit que tu rentrais dans ta chambre Heinrich ?

Il sourit et suivit Nikola dans la chambre de ce dernier et alla s'installer dans le grand lit confortable.

-C'est pas juste, t'as la meilleure chambre après celle de Magnus, et t'es là que depuis trois semaines.

-Eh bien si tu trouves ce lit plus confort que le tien, dis-toi que t'as une invitation permanente pour y venir, répondit Tesla en écrivant quelque chose à son bureau.

-Tu sais que ça se fait plus depuis longtemps les invit' permanentes ?

-Tu préfères que je t'attache pour que tu restes ici, le génie ?

-À méditer...

Ils se turent durant quelques secondes et quand Nikola eut terminé d'écrire, il prit la feuille et rejoignit Henry dans le lit.

Il glissa le bout de papier dans la main du lycan déjà endormi, embrassa son cou, et ferma les yeux à son tour, un sourire peint sur ses lèvres.

Quand Henry ouvrit les yeux, il sentit la chaleur du corps de Tesla contre son dos, et entendit sa respiration régulière qui témoignait qu'il était toujours endormi. Mais il sentit autre chose aussi, dans sa main. Il vit un morceau de papier, plié en quatre, qu'il s'empressa d'ouvrir. Là, l'écriture élancée et italique de Nikola s'étalait devant ses yeux encore un peu endormis.

Mais ce qu'il lut le réveilla rapidement et tous les souvenirs de la nuit précédente lui revinrent, lui arrachant un énième soupire.

« Mauvais sera le temps, affreux sera le vent,

Rien ne me fera plier, rien que tes baisers,

Aucun homme ne pourra m'entraîner loin de toi

Aucun spectre ne me fera fuir sans toi

Chaque montagne s'effacera devant nous,

Les grottes nous orneront de leurs beaux bijoux.

Heinrich ! O ! O ma foi ! C'est toi en qui je crois

Qui leur prouvera que tout se fait sous ton choix.

Je veux sentir à jamais ta peau sur la mienne,

Embrasse-moi chaque jour, et oublie toute haine !

Nous nous ferons grands. »

Alors, qu'en pensez-vous ? Ce texte n'est-il qu'un affreux ramassi d'inepties ou mérite-t-il une petite review ?

J'ai hâte d'avoir vos avis !

A bientôt

Saule Newell