DISCLAIMER
Mon histoire se déroule dans un univers alternatif qui se passe dans le Japon d'aujourd'hui.
J'inclus comme toujours les noms originaux et un grand « non » sur l'utilisation des suffixes « Kun, San, Sama, Dono, etc. », le français est une magnifique langue, intéressante et riche. Par conséquent, il est inutile de les employer.
Remerciements : Fanficnumber14, Loup de givre, Camecriva, Lordess Ananda Teenorag, Tsubasa Sora, Lunnie-chan, lyra lupa, Madmoiselleirai, Ninourse et tous les autres anonymes qui ne se manifestent pas. (Salut militaire !)
Si vous avez des questions à me poser, je vous répondrai avec grand plaisir !
Bonne lecture.
Il sentait sa peau se déchirer, un liquide se refroidir sur son corps tremblant. Il était horrifié. Ses oreilles sifflaient, le faisaient souffrir et il ne prêtait plus attention aux cris de l'homme qui le retenait. Soumis, son corps était douloureux, le brûlait et le consumait de l'intérieur. Il avait été souillé, humilié et avait tout perdu…
Dans son cauchemar, il ressentait des fortes secousses et percevait des sons inarticulés. Il émergea et ouvrit subitement les yeux. Sa vision s'éclaircissait lentement, mais il reconnut le visage de son grand-père, inquiet.
— Yûgi, mon garçon, j'ai eu la peur de ma vie quand je t'ai entendu hurler !
— Excuse-moi grand-père, répondit-il en affichant un sourire forcé.
— Tu n'as pas à t'excuser, mais tu devrais m'en parler sa te-
— Tu entends ? Il pleut… je ne dois pas oublier mon parapluie, l'interrompit Yûgi toujours souriant.
— Hein ? Oui… je te laisse te préparer pour l'école alors…
Le vieil homme se dirigea vers la sortie et resta un moment dans l'encadrement de la porte. Les yeux posés sur son petit-fils qui lui souriait toujours, il comprit bien vite qu'il n'allait pas réussir à le dissuader et préféra partir, fermant la porte, vaguement inquiet. Une fois seul, Yûgi rassembla ses idées, il tremblait encore de tout son être. Sa respiration soulevait sa poitrine avec force et il transpirait à grosses gouttes. Il souleva ses draps pour vérifier s'il n'avait pas eu de fuite honteuse, heureusement pour lui, non. Dans le passé, ses cauchemars réussissaient à faire tourner quotidiennement la machine à laver, il en avait atrocement honte rien qu'en y pensant. Mais il était soulagé que cela ne soit plus le cas.
Il prit le temps de se calmer alors que la pluie battait à sa fenêtre et balaya sa chambre du regard. Elle n'était pas très grande, mais elle était remplie d'une petite collection de jeux et surtout d'instruments de musique couverts de poussière. Ses murs étaient tapissés de divers posters, depuis son manga favori jusqu'au groupe de musique du moment. Il y avait aussi sur le mur un parchemin, encadré, écrit tout en hiératique*. Yûgi se leva et s'en approcha de plus près… c'était l'héritage de son ancêtre d'après les dires son grand-père. D'ailleurs ce n'était pas le seul, il avait aussi reçu à sa naissance un pendentif cartouche avec une inscription peu lisible. Même son grand-père qui était dans sa jeunesse archéologue avait du mal à élucider le mystère de ces objets.
Maintenant remis de ses émotions, il était temps pour lui de se préparer pour l'école. Il prit une douche rapide, coiffa ses cheveux aux couleurs particulières, enfila son uniforme de lycée bleu par-dessus sa chemise blanche et mit son appareil auditif.
Il dévala les escaliers et récupéra son panier-repas préparé de la veille, en chantonnant. Il prit ses clés, salua une dernière fois son grand-père d'un signe de la main et une fois dehors, déplia son parapluie avant de se mettre en route. Pour un mois de novembre, les matinées étaient presque glaciales, surtout avec la pluie.
Mais Yûgi aimait ça…
Car pour lui, la pluie changeait radicalement sa vision du monde, elle rendait la foule de cette ville animée silencieuse et calme… la pluie l'isolait du monde extérieur. Il aimait particulièrement admirer ce paysage urbain qui émergeait d'une brume dense sous un ciel opaque.
Délecte-toi du murmure de l'eau, oublie mes pleurs,
Mire-toi dans ce paysage sombre semblable à mon cœur,
Écoute les murmures du vent, oublie ma voix,
La pluie est ma tristesse et mon désarroi…
La matinée s'était bien passée, les cours se déroulaient dans une ambiance calme. Lorsqu'il reçut sa note qui ne dépassait pas la moyenne, il avait rapidement rangé sa copie dans son sac, afin de l'oublier au plus vite. La sonnerie de la pause retentit, tout le monde partit déjeuner. Il n'avait pas d'appétit, mais juste envie de dormir, alors il retira son appareil, s'affala complètement sur son pupitre, la tête enfouie au creux de ses bras. Sa pause fut de courte durée, car son meilleur ami le fit sursauter d'une tape dans le dos.
— Yo ! toujours du mal à dormir ?
— Salut Jôno-Uchi… Eh oui comme toujours, soupira le garçon qui se redressa pour mieux voir son ami.
— T'as essayé de te détendre avec mes petits films de « fesses » ? demanda le blondinet tout en s'asseyant sur une chaise qu'il avait placée devant la table de Yûgi.
— Jôno-Uchi pas si fort… ronchonna-t-il alors qu'il rougissait, un peu honteux. En fait, ça ne m'a pas vraiment… tu vois…
— C'est pas vrai ça ! pesta son ami.
Il régnait dans la pièce un silence à couper au couteau. Yûgi reposa à nouveau sa tête sur ses bras, ferma les yeux et soupira un grand coup. Son attention se porta sur son ami qui conversait avec une autre personne. Il reconnut aussitôt que c'était avec son acolyte, Honda, car leur conversation se transformait en dispute, comme toujours. À vrai dire, Yûgi n'appréciait pas vraiment Honda et c'était réciproque.… Celui-ci ne faisait que l'intimider et le rabaisser. Malgré tout ça, le plus jeune faisait des efforts pour son ami Jôno-Uchi, et de toute façon Yûgi ne voyait pas comment se défendre contre ça. Il n'en avait pas l'envie ou plutôt, il n'en avait pas la force.
— Jôno-Uchi, allez on va manger ailleurs, laissons ce sourd inutile ici !
— Déjà, Yûgi n'est pas sourd, mais il a compris que ça valait pas la peine de t'écouter sac à merde ! répondit le blond irrité du peu de respect dont Honda faisait preuve envers son meilleur ami.
— Enfoiré !
À cet instant Yûgi se leva, s'étira et s'apprêta à partir. Il n'avait aucune envie d'assister à la nouvelle dispute dont il était la cause entre les deux compères.
— Attends Yûgi, tu vas où ? demanda le blond.
— Me dégourdir les jambes et me changer les idées, répondit-il en sortant tout en lui faisant un signe de la main. »
Alors qu'il quittait la pièce, il pouvait entendre les deux adolescents se disputer et se traiter de divers noms d'oiseaux.
Décidément, il suffit que je sois là pour que ça tourne au vinaigre.
La journée de cours se termina enfin, il pleuvait toujours et la nuit commençait à tomber. Les températures s'effondraient alors que l'hiver s'incrustait dans le paysage. Chacun partit précipitamment, emmitouflé dans des vêtements chauds, pressant le pas pour échapper à la bruine. Yûgi resta un peu à l'abri de la pluie pour mieux l'admirer, jusqu'au moment où il n'y eut plus personne à l'horizon.
Soudain, il sentit la caresse de mains menues sur ses épaules… ce contact le surprit et il fut parcouru de frissons. Il pencha la tête de côté et reconnut une personne familière.
— Salut Anzu… Je ne t'ai pas vu de la journée. Ça va ? dit Yûgi d'une voix légèrement criarde.
— Oui, répondit-elle en souriant tout en signant. Tu as mauvaise mine…
— Oui, je vais me reposer une fois arrivé à la maison, et je t'entends bien. Tu n'as pas besoin de faire le langage des signes en plus, déclara-t-il en partant, parapluie en main.
— Yûgi ! cria-t-elle pour gagner son attention.
— Oui ?
— Promets-moi de faire attention à toi !
— Promis ! Promis… répondit-il en souriant, un sourire qui disparut une fois le dos tourné à la jeune fille.
Yûgi prit son temps pour rentrer, tout en admirant la pluie, l'écoutant tambouriner sur son parapluie. Il avait même remis son appareil pour ne pas manquer une seule de ces mélodies. De plus, la rue qui menait chez lui était déserte pour une fois… trop déserte à vrai dire. Habituellement, il y avait une circulation dense, mais là… rien. Il marcha lentement pour observer le calme ambiant. Soudainement, il entendit une personne haleter et le bruit d'une chute toute proche. Yûgi se retourna et chercha cette personne pour lui venir en aide. Il faisait nuit, mais grâce aux éclairages alentour, il put la trouver et accourut vers elle.
Le jeune garçon remarqua que cette personne vêtue d'un short et d'un chandail lui ressemblait presque, à quelques détails près. Il avait des cheveux tricolores noir et blond et au lieu de mèches pourpres, les siennes étaient d'un rouge carmin. Yûgi posa sa main sur la joue brûlante du garçon et constata qu'il était fiévreux. Il porta de son mieux le garçon, mais une urne dorée s'échappa des mains de ce dernier et déversa son contenu sur le sol.
— Le puzzle… souffla le garçon mal en point.
— Je t'amène vite chez moi et je récupère tes affaires aussitôt après, je te le promets, lui promit Yûgi qui n'entendit pas les mots du garçon et le portait sur son dos en se hâtant vers son domicile.
Arrivé chez lui, il demanda de l'aide à son grand-père qui s'exécuta. Yûgi expliqua en quelques mots la situation et partit au pas de course chercher les affaires qui gisaient plus loin sur le sol. Sur place, l'urne et toutes les pièces n'avaient pas bougé. Il s'agenouilla et ramassa chacune des pièces dorées. Une fois qu'il eut fini, il récupéra au passage son parapluie qu'il avait laissé au sol et rentra chez lui, trempé.
De retour au logis, Yûgi se rendit directement au chevet du garçon malade et déposa l'urne sur le bureau. Son grand-père avait enveloppé leur invité dans des couvertures chaudes, avant qu'il ne perde connaissance. Il l'avait installé dans le lit de son petit-fils, vu qu'ils n'avaient malheureusement pas de chambre d'ami. Le vieil homme avait pour habitude de vivre seul et s'était donné beaucoup de mal pour aménager la seule pièce disponible à l'arrivée de Yûgi.
— Je vais m'occuper de lui grand-père. Va te reposer…
— Avant, va te doucher et te changer, tu vas tomber malade sinon, suggéra son grand-père.
— Tu as raison, ensuite je prends le relai.
Après sa douche, le jeune garçon s'assit en face du bureau et jeta un coup d'œil sur le malade. Son grand-père ayant déjà fait le nécessaire, il avait donc du temps pour lui. Yûgi ouvrit ses tiroirs à la recherche d'un petit passe-temps, mais il tomba à la place sur un vieux cahier usé par le temps. Il referma aussitôt le tiroir et se concentra plutôt sur l'urne dorée du malade. Des hiéroglyphes ainsi qu'un œil était gravé sur celle-ci. Il lui était difficile de savoir ce qui était gravé là-dessus. Il traça de ses doigts les inscriptions, l'esprit pensif.
L'œil d'Oudjât* ? il est légèrement différent… peut-être y a-t-il plusieurs manières de le dessiner ?
Il sortit de ses songes en soupirant et passa ensuite à ses devoirs. Quelques heures plus tard, le réveil de Yûgi indiquait vingt-deux heures trente. Le garçon ne s'était toujours pas réveillé. Yûgi rafraîchissait souvent la compresse du malade pour faire baisser sa température. Relevant de temps en temps sa température, il remarqua qu'elle avait légèrement baissé de 39.3° à 38. Cela ne gênait pas Yûgi de s'occuper du malade, au contraire, cela lui évitait de dormir et de faire des cauchemars pendant la nuit, mais il aurait sans doute du mal à suivre les cours le lendemain.
Il regarda son patient, et il fut encore surpris par la ressemblance, mais comparé à lui, ce garçon avait un aspect plus viril. Tout le contraire de Yûgi qui était de petite taille, avec physique malingre et chétif dont il avait honte.
Trois jours passèrent, Yûgi quitta la maison un peu tard, car il était épuisé par ses cauchemars qui devenaient de plus en plus violents. Il était effrayé au point de vomir sur son futon tout neuf. Il préférait quand même vomir dessus que l'inaugurer d'un liquide jaunâtre !
Après ses réveils brutaux, il se calmait petit à petit en veillant sur son patient toujours assoupi. Il espérait qu'à son retour, le garçon soit enfin conscient. Il pourrait faire connaissance avec celui-ci et l'aider au mieux. Car il n'avait rien sur lui, ni argent, ni de papiers… il ne possédait rien à part cette urne. Une urne qui intéressait beaucoup son grand-père d'ailleurs.
Il se souvint que le vieil homme lui avait raconté que cet objet appartenait à un Pharaon, aussi appelé le « Roi démoniaque ». La réponse de son petit-fils fut un simple « Ah », une réponse qui avait découragé le vieil homme qui avait répondu d'un ton sérieux : votre rencontre est un signe du destin, Yûgi !
Un signe du destin ? Ce mot peut répondre à tout… le destin…
Lorsque Yûgi arriva en classe, tous les regards curieux de ses camarades et de son professeur, madame Chôno, se tournèrent vers lui. Aucun mot ne pouvait décrire à quel point Yûgi détestait cette femme, une rousse au physique trop parfait, à l'air hautain, qui profitait de sa position sociale.
— Eh bien… Monsieur Mutô, tu nous fais honneur de ta présence après une demi-heure de retard ?
Pardon d'être en retard sale harpie !
— Oui… Pardonnez-moi pour le retard, Mademoiselle Chôno.
— Mouais, va t'asseoir en vitesse avant que je te mette tes trois heures de colle favorite.
Si tu crois que ça m'impressionne…
— Oui madame, bien madame… répondit-il à la place tout en allant s'installer sous les regards surpris de ses camarades.
Yûgi détestait cette enseignante. Il n'était pas le seul dans ce cas, elle allait jusqu'à humilier les élèves et déclencher des crises de larmes, sans aucun remords. Même un cimetière était plus animé que ses cours… tout le monde avait peur d'elle, car une réflexion malvenue coûtait deux heures de retenue. Même ses collègues lui disaient que c'était excessif… Heureusement, il ne lui restait que trente minutes à supporter. Et Yûgi ne se priva pas de retirer son appareil auditif pour ne plus entendre aussi fort la voix insupportable de cette femme.
La suite se déroula sans encombre, les heures de la journée défilèrent après le cours silencieux. Il était temps pour Yûgi de rentrer et de voir si son patient allait mieux. Il mit rapidement ses affaires dans son sac et se leva pour filer. Il fut intercepté par son amie Anzu qui l'appela tout en s'approchant.
— Salut Anzu…
— Salut Yûgi, on rentre ensemble ? Ça fait longtemps, lui proposa la jeune fille souriante.
— Pardonne-moi Anzu, je suis assez pressé… disons… une prochaine fois peut-être ?
— Ah d'accord… À demain alors… répondit-elle déçue.
Yûgi ne répondit pas et partit à toute vitesse. Il appréciait Anzu, mais la voir lui rappelait de mauvais souvenirs du passé… Des mauvais souvenirs qu'il n'arrivait pas à oublier.
Arrivé chez lui, il monta les escaliers pour se rendre à la chambre et posa son sac sur le sol. Yûgi se pencha et toucha le malade qui était encore chaud et en sueur.
— Pas encore réveillé, c'est inquiétant… Grand-père l'a laissé seul en plus.
Se redressant pour aller chercher de l'eau fraîche pour le malade, il sentit une main s'agripper à son bras. Il se retourna et vit un regard perçant de couleur rubis le dévisager. L'intensité du regard brûla Yûgi, il en perdit la parole, resta bouché bée un moment, et il plongea ses yeux dans ceux du garçon. C'était bien la première fois qu'il trouvait des yeux aussi beaux, et surtout, d'une telle couleur. Certes Yûgi possédait aussi des yeux aux couleurs particulières, mais il demeura quand même impressionné. D'ailleurs, il avait comme décelé une certaine surprise dans son regard, comme s'il venait de voir un fantôme. Yûgi conclut que c'était dû à la légère ressemblance entre eux qui avait choqué le malade. Yûgi se racla la gorge et demanda avec beaucoup d'hésitation :
— Est-ce que ça va mieux ?
Le malade ne répondit pas, il continuait à le regarder de manière interrogative, retenant toujours Yûgi par le bras.
— Je reviens tout de suite… je vais te chercher à manger et te préparer tes médicaments, lui annonça-t-il d'une voix très forte.
Le garçon le lâcha, leva les mains et signa : inutile, Sugoroku a fait le nécessaire.
Un long silence régna avant que Yûgi ne réponde aussi de la même manière… Il lui demanda maladroitement s'il était malentendant. Le garçon lui répondit que non et montra son oreille. Yûgi se mit à réfléchir et toucha son oreille gauche et remarqua qu'il n'avait pas son appareil. Il se souvint qu'il l'avait retiré pendant le cours de Chôno et ne l'avait pas remis afin de s'isoler des autres. Il n'avait qu'une diminution auditive accompagnée d'un léger acouphène, mais il avait tout de même appris le langage des signes dans son enfance.
Grand-père lui a parlé de moi ? Non, j'ai dû parler fort comme un idiot… Ou peut-être que ça n'a rien avoir avec moi et qu'il est muet ? pensa Yûgi qui se frottait la nuque tout en grimaçant.
Pendant que Yûgi était perdu dans ses pensées, le malade continuait à le regarder en silence.
Trois jours plus tard, le soir, le malade n'avait toujours pas dit un mot. Yûgi lui prépara à manger et veilla à ce qu'il prenne ses médicaments. Tous deux partageaient la chambre et ils restèrent silencieux. Yûgi était assis à son bureau, et lisait un livre pour se remémorer le langage des signes, afin de ne pas faire d'erreur pendant une conversation avec le garçon. Car plus tôt, il s'était mélangé et avait dû poser une question étrange, car le malade avait écarquillé les yeux d'incompréhension.
Bon sang, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas parlé en signe… Après tout, je ne le parle avec personne… enfin à part avec lui… pensa Yûgi qui regardait le garçon encore allongé, à fixer les instruments exposés sur le mur. Selon le médecin, il était encore un peu fiévreux, mais rien d'autre. Il ne parlait pas, car il n'en avait pas envie… comme moi qui faisais parfois la sourde d'oreille.
Yûgi ferma le livre et s'affala sur son bureau en soupirant. Il sentit le regard aiguisé du garçon se poser sur lui et ses yeux pivotèrent dans sa direction.
— Tu m'entends bien ?
Le garçon répondit par l'affirmative dans un mouvement de tête.
— Je peux savoir ton nom ?
— Mon nom n'a pas d'importance, signa le garçon.
— Hum… d'accord. Ça te dit de faire un jeu ? Une partie de dames par exemple ? proposa Yûgi au malade qui avait l'air intéressé.
Assis face à face sur le lit, les deux garçons se mirent à jouer. Yûgi réfléchissait avec intensité, car son adversaire était d'un tout autre niveau. Il allait subir une défaite cuisante après quelques minutes de jeu. Yûgi se grattait la tête tout en soupirant.
— Je suis coincé… quoi que je fasse, tu gagnes. Bien joué…
Son adversaire fixait son attention derrière le dos de Yûgi, paniqué et énervé, comme s'il voyait quelque chose. Intrigué, Yûgi jeta rapidement un coup œil, mais ne vit rien. Il était déjà tard à l'horloge.
— Je dois me coucher pour l'école… si tu t'ennuies, il y a de quoi t'occuper dans la chambre, lui dit-il tout en se couchant dans son futon.
Le garçon acquiesça et regarda son « sauveur » s'endormir.
Tremblant de tout son être, Yûgi reconnut la demeure de son enfance… Cet endroit qui était son havre de paix. Tout était plongé dans la pénombre, mais il pouvait sentir une odeur métallique ainsi que celle de la pourriture. L'odeur du sang… l'odeur de la mort… une odeur infecte qui lui piquait le nez et lui faisait tourner la tête. Son cœur tambourinait contre sa poitrine, sa respiration allait s'accélérant, son sang bouillonnait dans ses oreilles, son estomac se retournait et l'envie de tout recracher se fit vite ressentir.
De ses mains tremblantes, il se couvrit la bouche, tentant de ne pas se faire gagner par les nausées. Ses jambes le lâchèrent, il tomba à genoux, car son corps savait ce qui allait se passer… Comme chaque soir… les tortures allaient continuer.
Plusieurs coups de feu déchirèrent le silence qui régnait, vrillant fortement les oreilles de Yûgi qui sifflaient plus que d'habitude. Terrorisé, il priait de toutes ses forces afin de se réveiller de ce cauchemar, il priait pour que tout cela s'arrête. Seuls des cris et des pleurs se firent entendre de plus en plus fort, des cris d'enfants ou plutôt d'un enfant seul…
Subitement, une force le plaqua au sol. La violence du choc le fit hurler de douleur. Maintenu à terre par une ombre, son regard ne distinguait rien d'autre qu'un sourire malsain. Des mains s'enroulaient autour de son cou et commençaient à l'étrangler. Sa respiration était totalement bloquée, il luttait faiblement contre cet individu à la corpulence gigantesque. Se débattant au mieux, ses pieds essayaient de le repousser et ses mains s'agrippaient aux bras puissants, s'efforçant de les éloigner… mais en vain…
Sa gorge et ses poumons le brûlaient, ses forces l'abandonnaient peu à peu et son corps se laissait soumettre à la souffrance. N'écoutant que les battements de son cœur, Yûgi tentait d'ignorer les douleurs qu'on lui infligeait, il attendait avec impatience le moment du réveil, lorsque sa conscience en aurait assez de le malmener… Pour recommencer la nuit prochaine.
Pour l'ombre, ce n'était pas fini, elle en voulait plus… Yûgi ignorait cette fois-ci ce qui allait se passer… Les tortures allaient-elles continuer ? Toutes ses questions envahissaient les pensées de Yûgi, jusqu'au moment où il perçut des chuchotements. Une voix psalmodiait d'une langue curieuse que Yûgi put reconnaître. Des paroles qui semblèrent troubler l'ombre qui se mit à frémir et disparut.
Yûgi avait le corps tremblant, il n'arrivait pas à se calmer bien que l'ombre et ses douleurs aient disparu. Ses yeux se posèrent sur la silhouette qui s'approchait, silencieusement. Une silhouette qui avait un symbole d'œil luisant sur le front. Il rassembla son courage et regarda avec attention les yeux couleur écarlates qui l'observaient. La personne s'approcha et posa doucement sa main sur le front de Yûgi. Les paroles et le contact de la silhouette lui procuraient une sensation d'apaisement. La langue, quoiqu'inconnue était douce et rassurante. Peu à peu, une béatitude bienveillante le submergea et un sommeil paisible s'ensuivit.
Le matin, Yûgi se réveilla l'esprit en paix. Il se redressa sur ses coudes et remarqua son protégé qui se tenait à ses côtés, à veiller sur lui. Leurs yeux se rencontrèrent et ils se fixèrent un long moment. Yûgi se remémora son cauchemar, il se souvint de cette personne, aux yeux de couleurs singuliers. Il était évident que c'était ce garçon qui l'avait secouru de ses tourments, mais comment avait-il pu ? Serait-ce un signe du destin ? Yûgi n'en savait rien, il s'en moquait et s'empressa de le remercier.
— Pourquoi me remercies-tu ? demanda le garçon à haute voix.
— Eh ! cria Yûgi surpris, ce qui fit sursauter son ami qui cligna plusieurs fois des yeux. C'est la première fois, que j'entends ta voix… ça m'a fait tout drôle… et… vraiment merci, je sais que c'était toi dans mon rêve. Tu m'as sauvé… vraiment…
Le garçon resta silencieux et lui offrit un sourire chaleureux.
— Je ne peux vraiment pas savoir ton nom ?
— Donne-moi le nom que tu désires.
— Pourquoi ?
— Je veux porter le nom que tu as choisi pour moi.
— Ah… laisse-moi donc réfléchir…
Yûgi se mit à réfléchir pour nommer son mystérieux compagnon. Soudain, les souvenirs du rêve lui revinrent, la langue parlée était la même que celle de son grand-père pendant qu'il racontait ses péripéties, sa jeunesse en Égypte. Il se remémorait tout particulièrement l'histoire du « Roi démoniaque » détenteur de l'urne dorée.
Mais bien sûr…
— Tu t'appelleras donc Mao…
Toi seul vois au-delà des ténèbres,
Par-delà cet environnement funèbre,
Tes yeux attireront toujours la lumière,
Les miens refléteront les douleurs d'hier,
Hiératique : Il s'agit de signes non figuratifs, simplifiés du Medu Neter (hiéroglyphes), qui permettent une rédaction et une prise de notes rapide.
L'œil Oudjât est un symbole protecteur représentant l'Œil du dieu faucon Horus.
魔王 : L'idéogramme pour « roi démoniaque » qui se lit Maô. Dans la communauté japonaise, le « Yami » de la saison zéro porte ce nom.
Je dédie ce texte à un ami aujourd'hui décédé, malentendant, mais excellent musicien que j'ai eu le privilège de connaître. [1994 – 2013]
