Vous avez été tellement adorable avec vos review que j'ai décidé de publier le premier chapitre ce week-end :D

J'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes ;) Et j'ai l'impression que beaucoup d'entre vous vont être surpris par le rôle d'Ellen et Jo XD (je prends la bonne orthographe pour Ellen à partir de ce chap ;p)

Bonne lecture !

Ça déménage

Chapitre 1 : nouvelle école, premier semestre.

Sam regardait par la fenêtre du salon avec curiosité. C'était aujourd'hui que lui et son frère devaient rencontrer Ellen, leur baby-sitter.

Elle était en train de parler avec leur père au bout de l'allée.

- Au moins, elle ne ressemble pas à une mégère, renifla son frère en s'installant à côté de lui. Rabaisse un peu le rideau sinon on va se faire choper !

Sam obéit et le tissus blanc repris sa position devant la fenêtre. Il ne voyait plus les adultes que derrière un halo blanchâtre, mais c'était suffisant pour avoir une idée de ce qu'il se passait. Son père et Ellen avaient l'air de bien s'entendre, mais le cadet s'en fichait un peu à vrai dire. Ses questionnements concernaient exclusivement la femme et la façon dont elle allait se comporter avec eux.

- Tu crois qu'elle va nous commander ?

- Elle peut toujours essayer Sammy ! répondit Dean avec un sourire mauvais avant ébouriffer les cheveux de son frère.

- Arrête ça ! Et je m'appelle Sam !

- Mais oui Sammy, rempila Dean en le décoiffant à nouveau.

- Arrête !

Sam sauta sur son frère pour se venger à coup de chatouilles vicieuses, mais sa jeunesse se retourna contre lui, si bien qu'il finit au sol, couché sur le dos, avec un Dean déchaîné au-dessus de lui.

- Et voila donc les deux petits monstres, fit une voix de femme dans leur dos par-dessus un bruit de porte qui se claque.

- On est pas des monstres ! réagit aussitôt Dean en se relevant et en se dressant fièrement.

Sam se redressa à son tour et se mit légèrement en retrait par rapport à son frère. Non, il n'avait pas peur de la dame ! Mais il se sentait mieux comme ça. Surtout que son père avait les yeux braqués sur lui...

- Le plus grand s'appelle Dean et mon dernier c'est Sam, présenta rapidement John. Je dois vous laisser, du travail m'attend.

- Déjà ? s'exclama l'aîné avec déception.

Il avait espéré pouvoir avoir un peu de temps avec son père, mais c'était râpé.

- Je rentrerais demain soir, prend soin de Sammy.

Dean regarda son père partir en cachant tant bien que mal sa tristesse. Il lui avait demandé de veiller sur Sam, c'était déjà ça... Mais maintenant il était seul avec son petit frère et cette étrangère. Il la détestait déjà.

- Alors les garçons, et si on commençait par mieux se présenter ? proposa la brune avec un sourire engageant.

- On a pas besoin de toi. On sait très bien se débrouiller tout seul ! ragea Dean avant de prendre la main de Sam et de s'installer avec lui dans le salon.

- Je vois, soupira Ellen.

Sam jeta un coup d'œil à la femme et hésita entre tenter d'être sympa avec elle ou appuyer son frère. Ses yeux se durcirent d'un coup quand elle s'abaissa pour ramasser SON jouet. Il avait dû le faire tomber par mégarde durant sa bagarre avec Dean.

- Touche pas à ça ! hurla Sam avant de lui arracher son lego des mains. C'est le mien !

Sam serra fortement le petit personnage auréolé aux ailes d'anges. C'était son lego ! C'était maman qui lui avait donné... Personne n'avait le droit d'y toucher à part lui !

L'ombre rassurante de Dean s'interposa entre lui et Ellen.

- T'es pas la bienvenue, gronda l'aîné en montrant les dents.

- Écoutez les enfants, votre père ne sera pas souvent là et il faut un adulte pour veiller sur vous et faire le minimum comme les tâches ménagères, faire les courses, s'occuper du courrier... Mieux on s'entendra mieux ça se passera les enfants, ok ?

- On a pas besoin de toi, répéta Dean avec hargne. On s'est toujours débrouillé tout seul ! Je peux faire les courses en vélo ! Je l'ai souvent fait ! C'est pour ça que j'ai un vélo !

- Et on sait très bien s'occuper d'une maison ! renchérit Sam en avançant pour être à côté de son grand frère.

Ellen ne sut que dire devant le visage déterminé des deux enfants. Au début, elle avait cru que seul l'aîné allait lui poser des difficultés, mais les yeux dures et tranchants du cadet lui firent revoir son jugement. Apparemment, l'apparence douce et posée qu'avait eu le plus jeune des frères à son arrivé n'était qu'une fine coquille autour d'un caractère volcanique. Son frère au contraire, s'il semblait indépendant et têtu au premier abord, démontrait son extrême attachement à son petit frère dès que celui-ci semblait ne serait-ce que légèrement menacé.

Un aîné insouciant et un cadet timide ? John Winchester connaissait bien mal ses fils. Rien de ce qu'il lui avait dit ne correspondait à ce qu'elle avait sous les yeux. Elle sentait que la suite allait être compliqué...

000

Après cette rencontre au sommet, Ellen s'en était allé, préférant jouer l'apaisement plutôt que la confrontation directe. Cela avait tout à fait convenu aux garçons qui avaient claqué la porte derrière la femme. Dean avait paru indécis pendant quelques secondes après ça, comme peu sûr d'avoir fait la bonne chose, puis avait finalement haussé les épaules, plaqué un sourire sur son visage et ébouriffé son frère. Comme prévu, ce dernier s'était aussitôt rebiffé et ils avaient repris leur petite bagarre là où elle s'était arrêtée.

Le soir même, Dean avait préparé un repas basique avec ce qu'il restait dans le frigo et dans les placards une semaine après les courses d'emménagement. Il devait le reconnaître, ça commençait à être vide tout ça, et Sam allait râler le lendemain parce qu'il manquait ses céréales...

- Je veux une pomme, bougonna son cadet quand il lui mit un yaourt sous le nez.

Où alors Sammy allait râler dès ce soir parce qu'il n'avait pas sa dose de bouffe à lapin... Pourquoi avait-il le seul petit frère au monde qui voulait une alimentation "équilibrée" ? Beurk, c'était un gros mot ça non ?

- Y en a plus. On ira en acheter demain.

- Où ça ?

- Je sais pas encore.

- On prendra nos livres de classe aussi ?

- Je sais pas.

- Est-ce qu'on passera devant nos écoles ?

- Je ne sais pas.

- Est-ce qu'on pourra...

- Je sais pas Sammy ! fit Dean en élevant la voix.

Le cadet des frères piqua du nez dans son yaourt, les joues rouges de honte de s'être fait gronder. Dean s'en voulut aussitôt et alla faire la vaisselle pour s'occuper l'esprit.

Pourquoi son père avait-il fait appel à une "nounou" ? C'était lui qui s'occupait de Sam ! Ça avait toujours été lui ! C'était ce que son père attendait de lui ! C'était son travail en tant que grand frère ! Alors pourquoi son père pensait-il qu'il avait besoin d'aide maintenant ? Il avait toujours fait de son mieux et même plus ! Ce n'était pas sa faute si à Cheyennes le chien des voisins avait déchiré le canapé. C'était vraiment pas juste...

- Dean ?

- Quoi encore ?

- Tu crois que papa va tenir sa promesse ? Qu'on va rester ici plus longtemps que d'habitude ?

Dean sentit son ventre se tordre et il tourna la tête vers son petit frère. Ce dernier avait finit son dessert et attendait il-ne-savait-quoi, perché sur son tabouret de bar. Sa mine était brouillonne et il tripatouillait son lego ange entre ses doigts, comme à chaque fois que quelque chose angoissait.

Dean se mordit les lèvres, ne sachant que répondre... Il aurait aimé pouvoir mentir à son frère et lui assurer que tout ce que disait leur père était vrai. Mais il ne pouvait pas. Il était la seule personne en qui Sam pouvait avoir totalement confiance. Il n'avait pas le droit de lui mentir.

Nerveusement, Dean farfouilla dans les placards en espérant y trouver la seule réponse qu'il connaissait à ce genre de question. Il soupira presque de soulagement quand il sentit le papier cartonné entre ses mains. Il se retourna et montra triomphalement le paquet de pop-corn instantané à son frère.

- Tu vas te doucher et te mettre en pyj' ? Ce soir, c'est soirée western !

- Ouais !

Sam sauta aussitôt de son siège pour courir vers l'escalier. Il se retourna juste avant d'être hors de vu.

- Tu m'attends avant de mettre le film hein ?

- Promis Sammy !

Sam fit un grand sourire à son frère en réponse. Celui-ci n'avait pas répondu à sa question, mais ce n'était pas grave. Sa demande n'avait jamais été que rhétorique de toute façon... Par contre, il y avait gagné la meilleure chose au monde, une soirée cinéma avec Dean ! Sam aurait vendu son âme pour une de ces soirées. Elles lui donnaient toujours l'impression d'appartenir à une famille.

Il se débarbouilla donc en vitesse, enfila son pyjama et descendit tellement vite les escaliers qu'il manqua tomber une ou deux fois.

Son frère avait déjà tout préparé. Il y avait une bouteille de soda pleine, du pop-corns au beurre et une pile de DVD devant la télé.

Sam sauta sur le canapé et s'amusa de voir son frère batailler avec le lecteur. Comme toujours, Dean gagna et il vint s'installer à côté de son petit frère. Sam plaqua ses genoux contre son corps et se laissa envahir par la conquête de l'ouest, un cowboy en herbe à ses côtés.

Avant la fin du deuxième film, Sam s'était endormi, le vente gorgé de maïs soufflé et de soda. Dean ne le porta pas jusqu'à sa chambre, il n'en avait pas la force, mais il ramena deux plaids. Un qu'il étala sur Sammy, et le deuxième sur lui-même, pour quand il s'endormirait aussi.

Ouais, Dean n'avait pas besoin de cette femme ! Il pouvait s'occuper de Sammy tout seul !

000

Ellen revint plusieurs fois voir les garçons durant l'été, mais chacune de ses visites se passa de la même façon. Elle arrivait, le grand lui tenait tête pendant que le petit l'ignorait. Elle n'avait gain de cause sur rien. Elle parlait du ménage, et Dean la défiait de trouver un endroit à nettoyer. Elle parlait course, et un frigo rempli était ouvert sous ses yeux. Tant et si bien qu'elle fini par abandonner. Elle passait désormais une fois par semaine dire bonjour aux garçons, leur donner l'argent de la semaine, vérifier si personne n'était mort et s'en repartait aussitôt.

Quant à leur père... Ni Dean ni Sam ne le virent beaucoup durant ces deux mois d'été. John semblait dormir la plupart du temps directement à la caserne, persuadé que ses fils étaient entre de bonne main avec Ellen. Alors il travaillait, encore et toujours. Sam lui en voulu énormément, mais Dean faisait son possible pour faire oublier son absence. Pourtant, lui aussi en souffrait, peut-être même plus que Sam.

Une fois, au beau milieu du mois d'Aout, John Winchester fit une apparition surprise dans la maison.

- Papa ! cria Dean en courant vers son père quand ce dernier passa la porte.

- Bonjour mon grand, comment vas-tu ? Et Sam ?

- Ça va très bien et Sammy aussi ! Tu vas rester longtemps ? J'ai un truc super important à te dire !

- D'accord Dean. Sam ! appela son père. Tu es sûr qu'il va bien ?

- Mais oui ! Il joue dans le jardin c'est tout ! Papa, c'est vraiment hyper important!

- Écoute fiston, je suis juste passé récupérer des affaires, je repars aussitôt, avoua John à son fils dépité.

- Mais papa...

- Va chercher Sam tu veux bien ? J'aimerais lui parler avant de repartir.

- Il faut vraiment que je te dise un truc... lâcha Dean avec un début de trémolo dans la voix.

- On verra, si tu reviens assez vite, ok ?

- D'accord !

Dean partit en courant chercher son petit frère qui jouait avec un ballon dans le jardin. Il mit énormément de temps à le convaincre de le suivre. Sam boudait d'avoir si peu vu son père et refusait d'accourir à ses pieds dès qu'il était là.

Dean était dans un tel état de nerfs qu'il finit par hurler sur Sam et le traîna de force derrière lui en lui tirant le bras.

- Dean ! Lâche-moi ! Tu me fais mal !

- Tu n'avais qu'à me suivre tout de suite !

- Mais je veux pas voir papa ! Je le déteste !

Dean se retourna aussitôt et s'apprêta à pousser son frère pour avoir dit une horreur pareille, mais sa tête basse et ses épaules contractées le firent changer d'avis. Dean comprenait Sam mieux que personne. Son petit frère était juste terriblement peiné des absences prolongés de leur père et il n'avait rien trouvé de mieux pour l'exprimer que de bouder quand il était présent. Ça désolait toujours Dean de voir son frère se renfermer ainsi.

Il décida de changer de méthode et ébouriffa les cheveux de Sam jusqu'à ce qu'il se révolte.

- Sam, papa ne sera pas là longtemps et on en sait pas encore quand il reviendra, expliqua Dean à son petit frère débraillé mais de meilleure humeur.

- Pourquoi j'irais le voir hein ?

- Et si tu y allais pour montrer à papa qu'on se débrouille très bien tout seul ? proposa l'aîné. Avec un peu de chance, il dirait à cette Ellen de partir, qu'en dis-tu ?

- D'accord ! s'épanouit aussitôt son petit frère, heureux d'avoir une excuse pour faire oublié ses réticences premières.

Sam démarra en trombe et couru jusqu'à l'entré en riant, suivit pas un Dean tout aussi joyeux. Joie qui ne dura malheureusement pas longtemps quand il vit son père sur le pas de la porte, ses affaires sur le dos. Il était train de parler à Sammy, probablement pour lui dire d'être sage. Sammy qui avait de nouveau la tête baissée et les poings serrés.

Dean s'approcha de son père avec une boule dans la gorge. Il était prêt à partir, c'était visible. La boule se fit de plus en plus grosse à mesure qu'il approchait.

Son père se releva, lui fit un au-revoir de la tête et ouvrit la porte.

- Papa, gémit Dean d'une voix bien trop faible à son goût. Je dois te...

- Je suis désolé fiston, il faut vraiment que j'y aille. Prends bien soin de ton petit frère.

- Papa...

- Je demanderais à Ellen de vous accompagner pour votre premier jour d'école. Je repasse dès que possible.

Dean regard son père s'en aller et traverser le rez-de-jardin. Il n'allait quand même pas lui courir après pour lui dire « ça » ? Il n'allait pas non plus le lui hurler depuis le perron ! Ça ne se faisait pas et puis c'était trop la honte...

- Papa, murmura-t-il plus pour lui-même que pour un éventuelle auditeur, je suis devenu un homme la semaine dernière...

Dean ferma la porte avant de s'adosser à elle. Bah, il lui dirait la prochaine fois. Ce n'était pas si important après tout. Hein ? Ça n'avait vraiment... Aucune... Importance...

Il renifla en essayant de retenir ses larmes. Maman lui manquait. Papa aussi. Sa famille d'avant lui manquait.

Une main se faufila dans la sienne et la serra. Sammy. Sammy qui le regardait de ses grands yeux verts compatissants.

- Ça te dit de regarder un film Sammy ? proposa Dean d'une voix étranglée. Je suis sûr qu'il doit encore rester du pop-corn quelque part !

- S'il y a pas de pop-corn c'est pas grave, répondit son petit frère avant de baisser la tête puis de s'accrocher maladroitement à sa taille, la tête calée sous son épaule.

Dean n'avait rien ajouté. Il avait rendu son étreinte à Sam, le souffle rendu court par l'émotion, puis il avait lancé un film, il ne savait plus lequel. Il s'était réveillé au milieu de la nuit avec une couverture sur les épaules, son petit frère dormant roulé en boule sur un fauteuil. Il avait serré la couverture contre lui avant de se rendormir. Tant qu'il y aura Sammy, il pourra faire face, quoi qu'il arrive...

000

Sam attendait impatiemment devant la porte d'entré. C'était le grand jour ! Il allait faire sa rentrée scolaire, aujourd'hui ! Et bonus supplémentaire, il allait peut-être pouvoir se faire des amis !

- Dean ! Dépêche-toi ! On va être en retard ! hurla-t-il dans la maison.

- Et alors ? De toute façon c'est nul l'école ! grogna son frère en descendant les escaliers à pas d'éléphant.

- Tu dis ça parce que tu vas devoir te tenir tranquille cette fois, répondit Sam en lui tirant joyeusement la langue.

- C'est même pas vrai ! Et puis j'ai pas encore pris mon petit-déjeuner.

- Deeeaaan !

- Juste un bol de céréales...

- Dean !

- Bon, je prends des cookies pour la route, soupira l'aîné en prenant une boite de gâteau dans un placard.

Sam dû presque traîner son frère par la main jusqu'à l'arrêt de bus. Ils avaient de la chance, leurs écoles étaient dans le même secteur. Sam sautillait sur place tellement il était nerveux. Une fois dans le bus, il fut incapable de rester assis tout le long du trajet. Dean regarda ça en bougonnant, les bajoues pleines de cookie.

Puis le car s'arrêta devant l'école primaire de Sam et Dean vit son petit frère se pétrifier et refuser de descendre du véhicule.

Pour un peu, Dean en aurait fait du hachis de son petit frère si pénible ! Il l'avait forcé à se lever à l'aube pour découvrir son école avant la grande affluence, et maintenant qu'il était devant, Sam rechignait et faisait sa tête de mule ! Dean dû presque le pousser hors du bus tellement Sam s'était agglutiné à lui. Quand enfin il réussit à se débarrasser de lui, ce fut pour être suivi par son regard mouillé à travers la vitre jusqu'à ce que le bus tourne au carrefour. Quelle plaie... Maintenant il culpabilisait presque !

Pour se venger, Dean mordit férocement dans un cookie. Nan mais...

Arriva alors son tour de sortir du bus pour découvrir son collège. Il regrettait soudain que Sam ne soit pas là pour l'obliger à descendre. Il avait soudain un poids sur l'estomac et ce n'était pas dû aux gâteaux qu'il venait de s'enfiler.

Prenant son courage à deux mains, un air qu'il espérait cool sur le visage, il entra dans la cour du collège comme en terrain conquit. Un Winchester ne se laissait jamais abattre! Et un Winchester ne fuyait pas à toutes jambes devant une situation qui l'effrayait. Même pas une fois. Même pas pour une petite exception. Même pas pour la rentrée des classes.

Dean avança jusqu'au gymnase où devait se dérouler le discours de rentrée scolaire avec l'impression que ses jambes étaient engluées dans de la mélasse. Ce qui ne l'empêchait pas de sourire, de son grand sourire charmeur, et d'espérer que personne ne verrait ses mains tremblantes. En avant pour une nouvelle année scolaire...

000

Sam regardait les gens qui entraient dans le gymnase avec une curiosité mêlée d'inquiétude. Allait-il pouvoir se faire des amis ? Ou au moins un ? Est-ce qu'il ne paraissait pas trop bizarre ? Est-ce qu'il allait se faire bizuter en tant que nouveau ? Et si oui, devait-il se défendre ou non ?

Depuis que sa mère avait été blessée par une bande de voleur, son père avait décidé que lui et Dean devait savoir se défendre. Dès qu'il venait à la maison pour un peu plus que cinq minutes, il apprenait à ses fils à se servir de leur poing, d'un couteau, d'un fusil, d'un colt... Et pour la vie de tous les jours, à faire la prise de l'étranglement à un agresseur. Plus quelques autres petites méthodes et une vérification sur leur condition physique.

Parfois, Sam avait l'impression que son père voulait en faire un cadet de l'armée... Et autant Dean adorait ces moments, autant Sam faisait tout pour s'enfuir les jours d'entraînement. Pourtant, il avait fini par apprendre deux-trois trucs malgré lui et il savait pouvoir se défendre contre n'importe qui. Mais à quel point pouvait-il se défendre ?

Sam sortit soudain de ses pensées quand l'hymne retentit. Peu après, un homme aux cheveux poivre et sel apparut sur l'estrade et fit un discours. Sam n'en compris pas un mot. Son esprit s'était vidé au moment où il s'était rendu compte du nombre d'enfant qui l'entourait.

Il voulait rentrer à la maison...

Tout le monde autour de lui avait déjà un ou plusieurs amis et Sam se sentait très très seul. Il voulait retourner à la maison et retrouver son frère... Il ne pouvait même pas se rassurer en serrant son ange dans son poing, il refusait de le sortir de la maison par précaution.

La cloche sonna comme l'appel du jugement dernier et Sam dû rejoindre sa classe, les jambes cotonneuses et l'estomac noué. Par réflexe, il s'assit au premier rang, collé contre le mur extérieur. Il y avait une fenêtre. Peut-être qu'il pourrait fuir par là si rien n'allait ?

Le maître entra et Sam se fit tout petit. Tout le monde semblait présent mais personne ne s'était assis à côté de lui... Ça partait mal.

- Bonjour, annonça le maître d'école, je suis monsieur Wright et je serais votre instituteur pour toute l'année.

Sam écouta le discours de l'homme dans une sorte de brouillard. Il avait l'impression d'entendre des ricanements dans son dos et sa nuque le picotait comme si on le fixait. Finalement, rester longtemps au même endroit n'était peut-être pas une si bonne chose... Pourquoi ne pouvait-il pas être plus âgé pour aller dans la même école que Dean ? Et même, avec un bon coup de fouet, peut-être qu'il pourrait suivre quelques cours avec lui !

Sam était en train de ruminer ces sombres pensées, quand la porte de la classe s'ouvrit brusquement sur un jeune garçon essoufflé.

- M. Fitzgerald, je vois que vous commencez l'année à votre habitude, fit l'instituteur avec une certaine lassitude.

- Je suis désolé M'sieur ! J'étais au toilette et le loquet c'est coincé ! J'ai dû grimper sur les toilettes d'à côté, mais mon sac à glisser et toutes mes affaires ont roulé partout par terre !

- Bien sûr Fitzgerald... Bien sur... soupira M. Wright. Va t'asseoir.

Sam regarda avec de grands yeux le garçon tout en articulation qui venait d'entrer et de balancer son speech abracadabrantesque. Sérieusement ? Coincé dans les toilettes ? Soit c'était le plus mauvais mensonge du monde, soit il avait devant lui le souffre douleur de l'école... Qui venait de s'asseoir à côté de lui avec un grand sourire joyeux.

- Salut ! Moi c'est Garth.

- Sammy... Heu non ! Je m'appelle Sam ! Sam pas Sammy ! se reprit-il violemment en sentant ses joues chauffer, ce qui le fit rougir encore davantage.

- Content de te connaître Sam et pas Sammy, lui répondit le garçon toujours en souriant.

Où alors c'était l'idiot du village... Mais Sam n'était pas exigeant, pas au point où il en était. Il lui rendit son sourire et tourna son regard vers le maître. L'année scolaire avait débuté...

000

Dean monta dans le bus de retour bien plus confiant que lorsqu'il en était descendu le matin même. Il s'était incrusté avec succès dans une bande d'amis déjà formée et l'année scolaire promettait d'être marrante ! Il y avait Ash, un pro de l'informatique complètement barré, Jo, une fille canon avec un fort caractère, et Benny, un type plutôt placide mais avec un humour mordant. Bref, ça promettait des journées bien mouvementées ! En plus, il avait réussi à ce qu'au moins l'un des trois soit présent dans chacun de ses cours ! Il n'y avait qu'en sport où il était seul, mais il s'en fichait bien, c'était l'un des rares cours qu'il appréciait et où ses évaluations crevaient le plafond.

Le car scolaire tourna dans la rue et s'approcha de l'école primaire. Dean s'était un peu attendu à voir son petit frère bouder devant la grille, mais il le découvrit avec étonnement en train de causer à une crevette sur patte. Sammy avait donc réussi à se faire un ami ? C'était surprenant, mais plutôt une bonne chose. Alors pourquoi Dean détestait déjà ce gringalet ?

- C'est qui ? demanda-t-il quand son frère l'eut rejoint dans le car.

- Garth, il est avec moi dans ma classe !

- Je m'en doute, railla Dean en regardant d'un œil noir le garçon qui attendait toujours à l'entré de l'école.

- Il est super sympa ! On a mangé ensemble au self, même si lui avait sa boite repas... Sauf que sa mère s'est trompé et qu'il n'y avait que le sandwich au thon de son père dedans, raconta Sam avec un grand sourire.

- Ah ?

- Et comme il est allergique au poisson, il était sacrément embêté ! Alors je lui ai proposé d'échanger mon plat contre son sandwich.

Dean regarda son petit frère lui raconter sa journée et toutes les gaffes de Garth. Ce gars avait l'air d'un sacré porte-poisse, mais son frère était tellement emballé à l'idée d'avoir un ami... Dean était très tenté par l'idée de lui casser son nouveau copain cependant, le grand sourire et les yeux pétillants de son frère le dissuadèrent.

Il allait devoir partager son Sammy avec ce Garth... Mais ça ne voulait pas dire qu'il n'allait pas continuer de faire râler son petit frère !

Sam continuait de décrire sa journée et sa nouvelle école, quand Dean lui prit littéralement la tête pour lui frotter le haut du crâne. Sam se débattit un moment mais son grand frère était plus fort, si bien qu'il dû crier grâce assez rapidement sous les yeux amusés de Dean.

L'humeur était au beau fixe quand ils descendirent du car pour aller jusque chez eux. Sam ne fermait plus la bouche, tellement excité par sa nouvelle rencontre, et Dean, amusé comme exaspéré par sa pipelette de frère, dû le tenir par la main pour éviter qu'il n'aille sur la route.

Malheureusement une fois la porte de la maison passée, l'ambiance changea du tout au tout et Sam se tut net en s'accrochant désespérément à la main de son frère.

Leur père était là, le visage sévère, avec une Ellen pas beaucoup plus joyeuse à côté. Dean se souvint soudain qu'ils étaient censés l'attendre ce matin. Qu'elle devait les emmener à l'école en voiture. Oups ?

- Je croyais vous avoir dit d'être sage et d'être gentil avec elle les garçons, gronda la voix de John Winchester.

Dean regarda aussitôt ses pieds. Il n'aimait pas quand son père le sermonnait. On pouvait même dire qu'il détestait ça. Il faisait de son mieux pour toujours lui plaire et paraître digne de sa confiance. Tout ça c'était à cause de cette mégère ! Pourquoi avait-elle été répéter à leur père qu'ils n'avaient pas obéit ? Qu'est-ce que ça pouvait lui faire après tout ! Ça lui faisait du boulot en moins non ?

- Nous vous avons cru disparu, la maison était vide ! Vous deviez lui obéir !

Dean ne savait plus où se mettre. Il se sentait au trente-sixième dessous et n'avait qu'une envie, se mettre à pleurer. Seul la main de son frère dans la sienne le retenait d'éclater en sanglot. Son petit frère qui serrait sa main moite de stresse, lui donnant le courage de relever la tête en ravalant ses larmes. Mais il n'allait pas tenir longtemps sous le regard furieux de son père.

- C'est ta faute ! s'écria soudain Sammy à ses côtés. T'avais qu'à être là ! C'était pas elle de venir, c'était à toi ! Et puis moi je l'aime pas celle-là ! Je la déteste !

- Sam, si je fais ça c'est pour votre bien, l'admonesta John en fronçant les sourcils.

- C'est pas vrai ! De toute façon, je te déteste toi aussi ! Et encore plus qu'elle ! On a besoin de personne Dean et moi ! On peut très bien s'occuper de nous tout seul !

- Vous n'êtes que des enfants, intervint Ellen d'une voix triste.

- Papa, déglutit Dean la voix nouée en serrant fortement la main de Sam. Je suis désolé pour aujourd'hui. J'avais oublié. Mais Sammy a raison, on a pas besoin de nounou !

- Dean, je sais que tu te prends pour un grand garçon, presque un adulte, mais tu as tort, répliqua John en soupirant.

Dean eut comme un vertige, une impression de tomber et une perte totale de repères. La seule chose qui le maintenait encore debout, c'était la poigne de son petit frère. Petit frère qui était en train de se disputer violemment avec leur père et Ellen. Lui n'avait pas assez de voix pour intervenir. Ses cordes vocales étaient comme paralysées et puis, rien que retenir ses larmes était un effort de tous les instants.

Et Sammy lui lâcha la main, lui enlevant ainsi son seul soutien, pour aller s'enfermer à double tour dans sa chambre. Il fut rapidement suivit par Ellen et John, tout deux inquiets des bêtises que risquaient de faire le plus jeune.

Dean se retrouva dans l'entré, entre la cuisine et le salon.

Seul.

Sa main qui serrait celle de Sam lui paraissait d'un coup très froide et les larmes plus dures à retenir. Pourtant, il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller, sinon jamais il n'arriverait à s'arrêter.

Il prit donc un moment pour récupérer une respiration normale et posa son sac. Même de là où il était, il pouvait entendre son père hurler à Sammy de lui ouvrir la porte. C'était peine perdu de l'avis de Dean. Jamais son frère n'allait lui ouvrir, surtout si son père hurlait. Quant à la menace de démonter la poignée pour ouvrir la porte, Dean savait que son petit frère avait déjà dû la bloquer avec une chaise ou un autre meuble.

Hé oui papa, tu nous as bien montré comment nous protéger, pensa-t-il aigrement.

Dean n'essaya même pas de rejoindre son père pour convaincre Sam de sortir. Autant vouloir persuader un chat d'approcher en lui balançant des seaux d'eau froide à la tête. Son père aurait eu plus de chance de réussite en enfumant la chambre.

À la place, Dean sortit de la maison. L'air chaud qui lui balaya le visage et les rayons ardent du soleil le ragaillardirent après sa petite crise d'angoisse. Tranquillement, il fit le tour de l'habitation jusqu'à arriver sous la fenêtre de la chambre de Sam. Il n'avait plus qu'à grimper à la treille qui couvrait le mur et toquer à la fenêtre.

Sam s'arrêta de hurler contre son père dès qu'il entendit le bruit. Il se tourna et découvrit le visage tout sourire de son frère et sans hésiter, il ouvrit la fenêtre.

- Sam ! Ouvre-nous tout de suite cette porte ! cria leur père de l'autre côté de la porte en la secouant violemment.

Dean regarda la commode qui barrait la porte puis son petit frère. Ce dernier pouffa et montra la poignée dévissée qui pendait lamentablement de son côté.

- Tu peux arrêter papa, je m'occupe de Sammy, cria Dean en roulant des yeux.

La porte s'arrêta immédiatement de trembler.

- Dean ? Comment es-tu entré ? Ouvre-moi tout de suite la porte !

- Deux minutes papa ! Sammy ? appela-t-il à voix basse.

- Je veux pas...

- Papa m'a demandé d'ouvrir et je vais le faire, d'accord ?

- Veux pas...

- Sammy, lâcha Dean d'un ton plaintif.

- Il a tout gâché... marmonna son cadet en renifla bruyamment.

- Je sais. Mais je suis là Sammy, et ce soir on se fera un western et...

- Je veux pas regarder la télé, bouda Sam d'une voix faible.

- Tu veux faire quoi ?

- Veux pas...

- Sammy, murmura Dean d'une voix plus grave.

- Je veux qu'il s'en aille, fit le plus jeune avant de son coller à son frère.

- Sammy...

Dean serra son frère contre lui, ne sachant que dire pour le rassurer ou le consoler. Lui il aurait plutôt envie que leur père reste...

La porte se remit à trembler. Dean soupira et éloigna son frère de lui.

- Promets-moi que tu seras sage Sammy, au moins jusqu'à ce soir.

- Je veux pas.

- S'il te plaît. Pour moi ?

Sammy renâcla encore un peu avant de finalement accepter d'un hochement de tête. Ensemble, ils allèrent déplacer la commode.

- Tout va bien, annonça joyeusement Dean en ouvrant la porte.

- Sam ? Ne me refais jamais un coup pareil tu m'entends ! aboya John en se précipitant sur son cadet pour le prendre par les épaules avant de l'étreindre.

- Alors dis-lui de partir ! répliqua Sam en pointant Ellen du doigt.

- Elle fait ça pour me rendre service Sam. Parce qu'elle sait que je m'inquiète pour vous.

Sam voulu lui répondre vertement, mais Dean lui rappela sa promesse en posant un doigt sur ses lèvres. Sam se mit à bouder mais ne répondit pas.

- Bien, maintenant que l'incident est fini, il faut que je reparte.

- Papa ! s'écria aussitôt Dean. Tu ne peux pas rester encore un peu ?

- Je suis désolé Dean mais...

- John, appela Ellen en le regardant sévèrement.

- Juste cinq minutes, soupira-t-il.

Le visage de Dean s'éclaira aussitôt et il embarqua son père dans sa propre chambre. Il avait tellement de chose à lui dire ! Et sur les cinq minutes il en devait quelques une à son frère, ce qui réduisait encore son temps de paroles. Mais tant pis, il pouvait lui dire le plus important ! Enfin... Et peut-être que cette fois son père allait comprendre qu'il était un homme, un vrai maintenant, et qu'il pouvait garder son petit frère sans l'aide de personne !

000

Cela faisait déjà deux mois que les fils Winchester fréquentaient les écoles primaire et secondaire de Sioux Falls. et dans l'ensemble, ils s'étaient plutôt bien intégrés. Sam ne fréquentait que Garth mais ça n'avait pas l'air de le déranger, pendant que Dean c'était déjà fait mettre trois râteaux par Jo et draguait maintenant à une cible plus à sa portée : Lisa. Une fille de son cours d'algèbre.

Ce samedi, comme tous les samedi, Ellen devait leur rendre visite. Depuis leur engueulade avec leur père, les garçons - enfin, surtout Dean - essayaient d'être au minimum poli avec elle. Ça n'empêchait pas Sam de montrer à leur nounou que le frigo était déjà plein et la maison rangée, comme toujours de la veille, mais rangée !

Aujourd'hui était de nouveau jour de visite et le plus jeune attendait en fusillant la porte du regard, son ange bien rangé et planqué dans sa chambre. Dean essayait vainement de paraître serein et souriant mais, au mieux, il donnait l'impression d'avoir besoin d'aller au toilette.

Il était onze heures du matin quand la porte s'ouvrit. Ce ne fut pas Ellen qui entra.

- Vous êtes qui ? interrogea Dean en s'approcha du tiroir à couteau.

- Charmant accueil. Moi c'est Bobby Singer. Ellen m'a dit qu'elle devait s'occuper de deux pestes mais qu'elle ne pouvait pas cette semaine. Alors c'est moi qui m'y colle.

- Pourquoi ?

- Parce qu'elle n'avait que moi sous la main et qu'elle a des ennuis de famille.

- Et pourquoi on te croirait ? demanda l'aîné des frères en prenant un couteau en main.

- On se calme gamin, déjà tu vas me poser ça tout de suite ! grogna Bobby en repositionnant sa casquette. Ellen m'avait prévenu que vous étiez des teignes, mais je ne pensais pas que c'était à ce point...

- On est pas des teignes, ni des pestes, répliqua Sam qui se servait du canapé comme d'un bouclier.

- Et bah vous les imitez bien en tout cas ! Mais si ça peut vous rassurer, votre père me connaît. Je vais régulièrement à la base pour récupérer des vieilles carcasses de voiture. On a déjà eu l'occasion de parler tous les deux. Sacré caractère. M'étonne pas qu'il est pondu deux gosses comme vous.

- On a pas besoin de vous, fit Dean avec conviction en posant violemment le couteau à pain sur le comptoir.

- Ouais, Ellen m'avait prévenu de ça aussi, lâcha Bobby en levant les yeux au ciel. Soyons clair, je suis là uniquement pour m'assurer que vous êtes vivants. Pour ce midi on commande une pizza et après je me casse, ok ?

- Pourquoi ? demanda Sam intrigué.

- Parce que vous ne voulez pas goûter ma cuisine et parce que j'aime pas les gamins, encore moins quand ils sont aussi têtus et pénibles que vous deux !

- Mais tu... Vous nous connaissez même pas, remarqua l'aîné avec curiosité.

- J'en sais bien assez au vu de ce que Ellen m'a raconté !

Les deux frères se regardèrent avec un grand sourire. Comme quoi, tous leurs efforts finissaient par être payant. En tout cas, le vieux bonhomme leur plaisait. Il ne voulait pas faire ami-ami avec eux, et ça leur convenait très bien !

- Pizza ce midi ? remarqua Dean avec espoir.

- Ouais. Alors asseyez-vous dans le salon et tenez-vous tranquille sinon j'en prend un pour assommer l'autre !

Dean s'exécuta sans se plaindre et rejoignit son petit frère dans le canapé pendant que Bobby appelait la pizzeria. Bien vite, Dean décida qu'ils ne pouvaient pas manger une pizza sans regarder un super film et annexa le DVD – qui de toute façon était gravé à son nom – pour y mettre un bon vieux Grudge. C'était presque gâché que de regarder un film d'horreur en plein jour, mais il était curieux de voir la tête du type devant son film ! Et puis c'était aussi un test. Est-ce que Sam et lui allaient avoir un cours sur les films interdits au moins de seize ans ? Si oui, pizza ou non, ils lui mèneront une vie d'enfer !

Mais Bobby ne fit aucun commentaire devant le choix du film. A peine leva-t-il les yeux au ciel et grogna-t-il sur ces idiots de jeunes délinquants. Après, il décapsula sa bière et dit plus rien.

Test réussi, pensa Dean en faisant un clin d'œil à Sammy.

000

Halloween arriva sans que les frères Winchester ne s'en aperçoivent, trop occupé entre leur cours, leurs amis, les prises de bec avec Ellen et les coups de déprime dû à l'absence de leur père. Bobby était revenu deux fois les voir depuis sa toute première visite.. Il était toujours bien accueilli par la fratrie, surtout quand il s'amenait avec de la bière sans alcool et la promesse d'une pizza.

Mais l'ambiance n'était pas à la fête en cette veille de Toussaint. Leur père avait enfin refait son apparition, mais c'était pour les emmener au cimetière où était enterrée leur mère. Dean savait qu'il avait deux jours entiers avec son père, mais il n'arrivait pas à s'en réjouir. Même l'idée qu'ils allaient dormir tous les trois dans un motel ne suffisait pas à lui décrocher un sourire. Et de toute façon, tout le monde se fichait bien de son humeur, son père le premier. Il n'avait pas prononcé un mot depuis leur départ pour le Kansas et son visage était totalement fermé.

Dean regarda sur la banquette arrière et vit son frère regarder par la fenêtre en serrant son ange miniature. Si seulement son petit frère avait pu donner l'impression d'être malheureux ou triste ! Dean aurait alors eu une excuse pour le rejoindre à l'arrière et le serrer contre lui. Mais non. Son petit frère avec le visage aussi fermé que son père.

Dean sentait un poids peser sur son cœur. Là, tout de suite, sa mère lui manquait terriblement, et si son père et son frère arrivait à faire face en s'enfermant dans un mutisme farouche, lui aurait bien aimé pouvoir s'épancher sur une épaule compréhensive. Mais personne n'était prêt à jouer ce rôle autour de lui et s'il ne voulait pas décevoir son père, il allait devoir faire semblait que lui aussi prenait ce petit voyage familiale très bien. Il allait lui aussi se taire, ne rien laisser paraître et ne pleurer que dans le secret de son esprit ou sous la douche. Parce qu'il devait être fort. Pour son frère. Pour montrer à son père qu'il était un bon garçon. Parce qu'il ne voulait même pas imaginer ce qui arriverait si son père ce mettait en tête de le renier.

La petite famille arriva au motel en début de soirée. Dean fut heureux de constater qu'il n'y avait que deux lits double dans la chambre. Il allait dormir avec son petit frère... Il se sentait un peu honteux de penser ça, c'était un comportement de bébé, mais avoir Sammy près de lui pour dormir allait clairement l'aider à passer le cap de cette fête des morts.

Ils mangèrent tout ensemble autour de la table de la kitchenette, silencieusement, le fast-food que leur père avait pris en chemin. Dean dû restreindre son envie de dévorer son burger avec appétit. Il avait dans l'idée qu'il risquait un regard réprobateur de son père s'il montrait un peu trop d'enthousiasme et il ne voulait même pas y penser. Il y avait le cœur assez lourd comme ça pour ne pas rajouter la désapprobation de son père...

Sam tirait la tête quant à lui. Il n'arrivait pas à digérer son sandwich. Pas plus que les frites trop grasses. Finalement, il laissa sa nourriture presque intacte dans son carton et dès que son père s'absenta, lui et Dean s'échangèrent leur plat. Dean pouvait avaler n'importe quoi en grande quantité de toute façon et lui était incapable d'avaler quoi que ce soit. Et puis comme ça, son père ne ferait aucun commentaire sur son manque d'appétit ou celui trop grand de Dean.

Avec mélancolie, Sam alla se débarbouiller rapidement avant de s'allonger dans son lit, vite rejoint par son grand frère.

Sam le savait, il le sentait, Dean était mal même s'il refusait de le montrer. Pourtant, lui l'avait tout de suite remarqué ! Rien que ses yeux... Sam avait l'impression que son frère ne demandait qu'à hurler et hurler et hurler encore et encore à s'en briser les cordes vocales. Alors Sam fit la seule chose qu'il était en mesure de faire pour le consoler un peu, il se colla contre lui et ferma les yeux comme pour dormir.

- Il y a un problème avec Sammy ? demanda John en voyant ses deux fils l'un contre l'autre.

- Il a juste peur de faire un cauchemar, mentit rapidement Dean en resserrant ses bras autour de son petit frère.

John acquiesça silencieusement et s'installa sur le deuxième lit, sans plus de question. Dean laissa échapper un soupir silencieux, le dos tourné à son père. Sam ouvrit les yeux et lui fit un clin d'œil complice. Dean sentit son visage rougir abominablement, mais Sam se colla davantage à lui et ça alla mieux. Son cœur s'allégeait, un peu. Il laissa malgré tout couler quelques larmes silencieuses.

Le lendemain, la visite au cimetière parut interminable à Dean. Son père était totalement muet et son petit frère faisait clairement la tête à ce dernier. À peine sembla-t-il concerné quand ils arrivèrent devant la tombe, tripotant son ange sans y faire vraiment attention.

Et lui dans tout ça ? Hé bien lui se sentait presque malade. Il aurait juste voulu que son père lui parle, de sa mère dans l'idéale mais n'importe quel sujet aurait été le bienvenu. Dean avait l'impression d'être complètement seul devant la tombe de sa mère. Seul et sans famille. Et pourtant il ne pouvait pas se laisser aller, son père étant présent comme un fantôme menaçant prêt à noter toutes ses réactions.

Dean n'avait qu'une hâte, rentrer à Sioux Falls et s'enfermer dans sa chambre pour regarder une série idiote, comme celle de ce docteur sexy.

Le retour fut aussi silencieux que l'allée et Dean se demanda un moment s'il n'allait pas perdre sa langue à force de ne pas parler. Mais arriver à la maison, une agréable surprise l'attendait. Son père leur annonça qu'il comptait rester un jour ou deux. Il ajouta qu'il comptait revoir avec lui et Sammy les bases de la défense au corps à corps et à l'arme à feu et Dean se dit que finalement, ces vacances n'allaient pas si mal se finir !

En plus, comme Sam fuyait toujours les entraînements, il allait pouvoir avoir son père pour lui tout seul !

000

Un Novembre sans saveur passa laissant place à Décembre, et à Noël. Nous étions le vingt-quatre au soir et Dean essayait de faire un repas un peu plus festif que d'habitude. Le numéro du livreur de pizza le narguait depuis le frigo. Mais c'était Noël ! On ne mangeait pas une pizza à Noël... Quoi que, pensa-t-il en voyant son désastre culinaire.

- Sammy ?

- Je m'appelle pas Sammy !

- Ça te tente une pizza ?

- Mais... Papa à promis de venir avec le repas pour ce soir...

Dean grimaça. Il détestait décevoir son frère mais... Il était déjà vingt heures et les probabilités que leur père fasse encore son apparition diminuaient avec les minutes qui s'écoulaient.

Déjà, lui et Sam avait dû décorer la maison tout seul à l'aide de papiers découpés et coloriés ou de papiers pliés et coloriés ou encore de papiers découpés, pliés et coloriés. Ils avaient réussi à négocier un sapin auprès de Bobby qui avait râlé comme quoi ils auraient pu le demander à Ellen la semaine passée plutôt qu'à lui.

Le sapin était quand même assez triste, à peine décoré avec quelques papiers découpés pliés... Vous avez compris quoi...

Mais Dean ne montrait rien de ses déceptions. Il était grand et il devait prendre soin de Sammy avant tout ! Il n'avait pas le sapin le plus beau, mais au moins en avaient-ils un ! Il avait même réussi à acheter un cadeau pour Sammy et un autre pour son père ! Il se doutait bien que ce dernier avait oublié de le faire, mais lui y avait pensé !

Restait Sammy, éternellement déçu par l'attitude de son père. Incapable de faire la part des choses, contrairement à lui. Il savait que si son père n'était pas là c'est qu'il y avait une bonne raison ! Forcément ! De toute façon, papa c'était le meilleur... Dommage que Sam ne veuille pas le comprendre.

- Papa nous... Il...

Dean ne pouvait décidément pas mentir à son frère.

- Je veux bien une pizza végétarienne, fit Sam, le tirant de son embarras.

- Ok, et une carnivore pour moi ! s'exclama Dean soulagé en prenant le combiné.

Sam alla s'asseoir sur le fauteuil juste à côté du sapin.

Il détestait son père. Il n'était jamais là. Il ne prévenait jamais. Sam souhaitait parfois qu'il disparaisse définitivement, histoire de régler la question une bonne fois pour toute. Plus de mère, plus de père, juste son frère. C'était bien suffisant à son avis.

Mais Sam savait aussi qu'il n'avait pas le droit de penser ça. Que si Dean découvrait ce qu'il se passait dans sa tête, il allait se recevoir le savon du siècle ! En plus, son frère adorait son père, alors il ne pouvait pas souhaiter ça. Rien que pour lui, pour son frère. Et aussi parce que mine de rien, son père lui manquait. Un peu. Juste un tout petit peu.

- La pizza arrive dans trente minutes ! Tu veux qu'on fasse quoi pendant ce temps ?

- Western ?

- C'est Noël pas une soirée cinéma, s'amusa Dean.

- Alors je veux voir le film de Noël à la télé !

- Hein ? Mais c'est gnangnan ces trucs! C'est pour les filles !

- M'en fiche, tu m'as demandé ce que je voulais et bien moi je veux voir ça !

Dean soupira fortement mais accéda à la requête de son frère. Comme prévu, ce fut rempli de bon sentiment, de magie, de rouge et de vert et de beaucoup trop de gens souriant pour être honnête. Conclusion, il n'aimait pas. Et il se fichait bien d'avoir perdu cinq minutes de film à récupérer les pizzas ! Tant pis si c'était à un moment crucial de l'histoire !

Il allait quand même voir s'il n'y avait pas une rediffusion dans les prochains jours... Juste par acquis de conscience.

A la fin du film, les frères enchaînèrent sur un dessin animé idiot et minuit s'approcha.

Pas de trace de John Winchester. C'était encore râpé pour ce Noël-ci.

- Tiens, c'est pour toi, bouda Sam en tendant un paquet à son grand frère au beau milieu du film, comme s'il n'avait aucune importance.

- Et voila pour toi microbe, répondit son aîné en faisant la même chose.

- Je suis pas un microbe ! Un jour, je serais plus grand que toi !

- Et un jour les cochons voleront, ricana Dean avant d'ébouriffer son frère en profitant de sa supériorité de taille.

Dean lâcha Sam après quelques minutes de bataille et retourna s'asseoir sur le canapé pour ouvrir son cadeau. Il découvrit un pendentif bizarre, presque moche. Il regarda son frère intrigué.

- Une amulette. Pour pas que tu meurs, marmonna Sam en cachant ses yeux derrières sa frange.

Dean déglutit péniblement et enfila le bijou. Son frère était vraiment idiot. Comme s'il pouvait imaginer un seul instant le laisser tout seul !

Un certain malaise s'installa dans la maison jusqu'à ce que Sam se décide à ouvrir son cadeau. A l'intérieur, une simple boite de jeu. Un jeu de lego pour être précis. Avec un bonhomme archange.

- C'est pour donner de la compagnie à celui que tu as déjà, se justifia Dean en se frotta le cou, gêné.

Sam hocha la tête, déballa le bonhomme et le garda précieusement en main.

- Bon... Heu... On se regarde un autre film ?

- Suis fatigué Dean, avoua le cadet en se frottant les yeux.

L'aîné n'était pas persuadé que c'était des larmes de fatigue qui gonflaient les yeux de Sammy, mais il accepta l'explication et éteignit la télé.

Ils partirent se coucher tous les deux, Dean dans la suite parentale et Sam dans sa chambre qui ne fermait plus, la poignée n'ayant pas été revissée – ce qui ne dérangeait pas son occupant outre mesure.

Dean était en train de regarder une série d'action sur la petite télé de la chambre, quand on frappa à sa porte.

- Entre Sammy.

Son cadet entra dans la pièce, deux legos en main. Son regard était encore caché derrières ses cheveux. Dean roula des yeux, voulant se donner une expression exaspérée, et releva sa couette.

- Viens idiot.

Sam ne se le fit pas dire deux fois et entra dans le lit avec son frère. Ensemble, ils virent les épisodes se succéder jusqu'à s'endormir, l'un contre l'autre. Ce n'était peut-être pas leur meilleur Noël, mais ce n'était pas le pire, loin de là.

A suivre...

Au début, j'avais l'intention de faire un chapitre par an, maintenant j'en suis à un par semestre, et on verra si je ne réduis par encore la période sur certains chap X_X

Parce que si vous croyez que ça va se passer sur deux ans... Raté ! J'ai un scénar écrit jusqu'au 18 ans de Sam ;p et oui, je suis pas rendu...

Castiel apparaîtra dans le prochain chapitre ;) Pour Gab' ça reste encore à voir !

Bref, à la prochaine si vous en avez l'audace ;p

Une petite review pour m'encourager à écrire ? é.è