Apparemment, le site a refusé de me laisser poster un nouveau chapitre hier soir -_-. Mieux vaut tard que jamais! Merci à ceux qui ont commenté ma fic, et ceux qui l'ont ajoutée dans leurs favoris. C'est très apprécié! Je dois avouer que ça me stressait un peu étant donné que je travaille sur cette fic depuis un moment! En espérant que vous apprécierez aussi ce chapitre!
Richard Castle ajoute le dernier point à la scène qui l'avait retenu éveillé toute la nuit. Il était allongé sur le dos avec Kate à ses côtés, incapable de dormir, quand Nikki et Rook s'étaient animés derrière ses yeux à demi fermés. Les odeurs imaginaires avaient fait trémousser son nez, et ses doigts avaient couru sur ses draps, propulsés par le besoin de donner vie à la scène. Il s'était assis devant son ordinateur comme un somnambule, incapable de se rappeler s'être levé.
Mais une douce lumière matinale a remplacé la pénombre dans la pièce; les mots ont arrêté de s'écouler sur son clavier du bout de ses doigts. Il esquisse un sourire satisfait et croise les mains derrière son cou pour admirer son œuvre. Les vagues de l'océan grondent, se balancent contre les berges et s'éloignent en emportant chaque fois avec elles un morceau de plage. Même à travers les murs et les portes fermées de la maison, l'air salin s'engouffre dans ses narines, se colle à sa peau.
Le bruit de la porcelaine contre le bois de son bureau éclate les restes de sa transe d'écriture. Ses lèvres se courbent en un sourire et il lève les yeux. Kate Beckett se trouve devant lui, sa hanche appuyée contre le côté du bureau dans une position qu'elle rend gracieuse malgré l'heure. Sa main droite serre sa tasse de café favorite de la maison des Hamptons; son autre main pousse vers lui une deuxième tasse de café. Après une énième nuit blanche, Castle n'a pas besoin de d'autres arguments : il empoigne l'anse et porte le breuvage à sa bouche. Du coin de l'œil, il aperçoit Kate hausser les sourcils devant son empressement, même si une lueur amusée baigne ses yeux des reflets dorés du soleil.
-Alors…qu'est-ce qu'il se passe de si passionnant entre Nikki et Rook que tu passes plusieurs nuits d'affilée à écrire? Tu rattrapes le retard des dernières semaines? murmure Kate.
La chemise blanche, qu'elle a empruntée de sa garde-robe, capte la lueur matinale qui s'engouffre par la fenêtre; faible, elle fait quand même scintiller Kate de sa lumière blanche et dorée. Castle s'immobilise, hypnotisé. Le vêtement la couvre jusqu'aux genoux, mais le reste de ses jambes dénudées semble s'étirer à l'infini vers le plancher. Les manches couvrent aussi ses mains qui serrent la tasse de café et ses cheveux détachés ondulent contre ses épaules, l'air si soyeux qu'il voudrait y passer sa main. Appuyée contre son bureau, elle avait légèrement penché sa tête de côté et avait commencé à se mordre la lèvre inférieure devant son regard insistant, timide mais séduisante. Il entrouvre la bouche, mais les mots restent coincés entre ses lèvres. Kate l'observe quelques secondes, un rire imprimé sur son visage, puis expulsé dans une explosion sonore qui illumine la pièce, la fait vibrer de sa présence. Puis, elle dépose sa tasse de café et se glisse derrière lui.
Des bras entourent son cou, s'entrecroisent sur sa poitrine avec affection. Kate Beckett enfouit son visage dans le creux entre son cou et son épaule, pour fuir le début du jour. Elle caresse son nez contre sa peau avec une lenteur ensommeillée pour calmer son cœur qui palpite, encore fébrile de son élan d'inspiration. Castle ferme les yeux et laisse échapper un grondement d'aise. L'adrénaline d'écriture se dissipe; ses muscles se relâchent un à un et le sommeil le gagne presque. L'odeur de la cerise s'immisce avec force dans ses narines : Kate a perché son visage sur son épaule. Son extraordinaire fiancée.
L'odeur est une couverture familière qui s'enroule enfin autour de lui après avoir été perdue pendant des années. Son cœur manque un battement; la nostalgie et son manque d'elle l'étouffent. Il inspire; un réflexe apeuré, l'urgence de mémoriser toutes ces nuances de cerises avant que le mirage ne se dématérialise. Encore.
Biiiip, biiip, biiip.
Castle sursaute. Les sons l'assomment par leur familiarité étrange. Mais il les a peut-être imaginés. Après des heures passées dans un monde imaginaire, il mélange parfois fiction et réalité.
-Castle? Est-ce ça va?
Il ouvre la bouche pour lui répondre mais sa tête tourne. Les couleurs et les formes de sa maison se mélangent, se confondent les unes dans les autres.
Biiip, biiiip, biiiiiiiip
Castle fige, cette fois. Il agrippe les bras de Kate et la retient près de lui. Pour ne pas la perdre. Mais pourquoi la perdrait-il?
Des pas précipités résonnent derrière lui. Des cris appellent une personne inconnue. Il se retourne : personne sur la plage. Castle cligne les yeux; il entend la pluie forte claquer contre les fenêtres mais ne l'aperçoit pas. Le soleil brille au-dessus de la plage, incessant. Il cligne les yeux; il n'est plus à la maison des Hamptons à présent mais dans une automobile avec Kate à ses côtés. Elle plisse les yeux pour conduire à travers la pluie.
Non. C'est lui qui a le volant entre les mains. L'automobile glisse sur la chaussée trempée. Il empoigne le volant pour éviter le véhicule devant lui mais ses mains se resserrent sur le vide. Sa main serre celle de Kate. L'autre véhicule les heurte de plein fouet. Il tente de la retenir.
Mais ses mains lâchent leur emprise d'un coup; Kate est emportée vers l'arrière, vers le vide.
Elle tombe.
Castle panique. Il ne peut la perdre une seconde fois. Il tend les bras vers elle pour la rattraper, pour la sauver du gouffre.
Mais il ne réussit qu'à chuter lui aussi vers les abysses.
Il l'a encore laissée tomber.
Sa bouche s'ouvre dans un hurlement silencieux.
Une porte claque dans le silence de ses cris.
Kate a été aspirée dans le vide.
Biiiip, biiip, biip
Castle se réveille en sursaut et ouvre les paupières; son hurlement s'étouffe dans sa gorge. Sa respiration tremble hors de ses poumons, des images du vide le hantent. Les bips incessants de machines emplis ses tympans jusqu'à les occuper en entier, coupant les autres sons des alentours. Son cœur palpite, cherche à percer le carcan de sa poitrine, mais ses yeux survolent la chambre avec frénésie. Kate. Il a besoin de la revoir, de s'accrocher à elle pour se prouver qu'il ne l'a pas perdue, pour éloigner les mauvais rêves.
Et, enfin, son regard croise sa forme familière.
Kate est là, allongée sur un lit. Son visage devenu pâle se perd entre les draps d'un blanc éblouissant, mais synthétique. Ses paupières fermées ne masquent pas ses traits tirés par le combat que menait son corps, et les cauchemars que Castle ne pouvait atténuer. Seul le brun pâle de ses cheveux éparpillés en éventail sur l'oreiller blanc témoigne de la vie qui fourmille toujours en elle. Castle serre sa main délicate dans la sienne pour la tirer de ce sommeil profond, pour qu'elle ouvre les yeux et lui sourie, et calme la panique qui se répand en lui.
Le sifflement de machines résonne soudain dans la pièce et attire son regard vers les tuyaux insérés dans son nez et dans sa bouche pour la relier aux machines. Elles émettent un bip régulier au rythme des battements de son coeur.
Et la réalité le frappe, emporte les restes du monde imaginé par son inconscient. L'enquête. La pluie. L'accident. Le sang. Son réveil. L'hôpital. L'attente, interminable. Un soupir s'éclipse d'entre ses lèvres et il semble enfin prendre conscience des alentours. Une pluie lourde s'écrase contre la fenêtre et le ciel sombre enveloppe la pièce dans la pénombre. Castle perçoit toutefois les contours de la tête de lit en faux bois de la chambre privée, et la table de chevet similaire. Il devine plus qu'il ne voit les bouquets de fleur déposés sur celle-ci, accompagnés de photos d'eux ensemble, heureux, de leur famille du commissariat et de ses parents, et de sa boîte à bijoux dans laquelle repose la bague de sa mère et la montre de son père.
Des bruits de pas précipités et des échanges entre des infirmiers brisent le silence de la chambre privée. Castle la fixe, espère de Kate une réaction à ces stimuli extérieurs, qui demeure absente. Il tend son autre main vers son visage et caresse sa joue du bout des doigts pour capter ne serait-ce qu'une étincelle de vie sur sa peau, puis replace avec douceur une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Il a besoin d'un seul petit mouvement. Mais elle demeure immobile.
L'espoir s'amenuise.
Castle baisse sa tête le temps de chasser les larmes qui lui piquent les yeux. Heat Wave repose sur ses genoux, ouvert à la première page du chapitre trois. Le docteur lui avait proposé d'exposer Kate à des stimuli familiers afin de faciliter son réveil. Il avait apporté un livre, celui de leur histoire, et était en train de le lui lire avant d'être emporté dans l'autre monde du sommeil. Mais chaque mot lu à voix haute dévoilait un souvenir, un dialogue vécu qu'il avait intégré à son histoire. Chaque mot cachait une partie d'eux, et d'elle.
Castle serre sa main, un peu plus fort, pour effacer le vide qui l'avale, pour se convaincre que la peur de la perdre relevait seulement du monde des rêves. Un geste, une parole la sépare de la vie, l'empêcherait de la perdre. Une montagne infranchissable.
Des mois plus tard, et ils demeurent au même stade, prisonniers tout en bas de la montagne. Même le livre s'avère inutile pour avancer. Castle relâche la pression sur la main de Kate et serre les poings, un mélange de colère, de désespoir et de fatigue bouillonnant au creux de son ventre. Il empoigne le livre sur ses genoux par la couverture, ce foutu livre incapable de lui fournir des réponses, et le lance à travers la pièce. Le livre s'effondre contre le mur à côté de la fenêtre avec un claquement, avant de glisser sur le lit de campement que lui avait prêté le personnel de l'hôpital parce qu'il le trouvait endormi sur une chaise tous les matins depuis des semaines.
Le bruit régulier des machines empli la pièce, marque le temps qui passe dans le silence.
Castle écoute les battements de son cœur et le souffle de ses respirations signalés par les machines, paralysé. Pendant un instant, il vit presque sur les mêmes ondes qu'elle, s'imagine à ses côtés, et sa rage désespérée s'atténue. Il dépose à nouveau sa main sur la sienne pour décupler la sensation.
Une illusion. Mais c'est tout ce qu'il lui reste.
Puis, un geste le fige.
Léger. Furtif. Le battement d'aile d'un papillon.
Les doigts de Kate se sont refermés sur les siens. Ses yeux sont ouverts dans la pénombre et fixent le vide, comme en réaction au vacarme qu'il avait provoqué. Castle, le souffle coupé et le cœur gonflé d'optimisme, refuse de la quitter des yeux. L'enfer se terminait peut-être cette nuit.
