Hey, me revoilà ! Déjà, merci à tous pour vos gentilles reviews, je m'attendais pas à un tel accueil ! x)
Je vais essayer de poster cette fic assez rapidement, puisque je déménage dans deux semaines et donc je n'aurais plus internet pendant un petit moment. J'espère que ce chapitre vous plaira, l'histoire commence vraiment à partir de là.
Bonne lecture !
« Bisous-clope » prévint vite fait Vanitas à la pause de midi, avant de s'exécuter.
Au moins, il l'avertissait, cette fois-ci. Parfois, il oubliait, et ça surprenait toujours Riku. Quoique le terme surprendre était peut-être un peu faible pour décrire le black-out qui s'abattait sur son cerveau dans ce genre de moments.
Y'avait d'autres élèves qui les fixaient, des fois, surpris peut-être de voir deux garçons s'embrasser, et puis se détournaient après un temps plus ou moins long. Riku s'en fichait pas mal. L'opinion des gens, ça faisait quelques temps qu'il n'y faisait plus trop gaffe, et il ne s'en portait que mieux.
« Eh, les pédés ! »
Riku se retourna, pour apercevoir trois visages un peu familiers, sans qu'il puisse mettre un nom sur ceux-ci. Il s'agissait d'étudiants de leur promo, un grand blond à bonnet qui abordait un air hostile, flanqué d'un garçon et d'une fille qui ressemblaient vaguement à des vigiles de supermarché – pas tant dans le look que dans l'attitude.
« Ah, tiens, salut, Seifer » sourit Vanitas.
Mais vu l'air franchement hostile qu'affichait le dénommé Seifer, ils étaient sûrement loin d'être amis. La bouche du concerné se tordit.
« Toi, casses-toi de là, avec ton mec. Personne veut vous voir faire vos trucs dégueus. »
Le sourire de Vanitas s'agrandit, de façon plutôt incompréhensible.
« Oh, t'es jaloux mon lapin ? »
Il avait l'air de bien s'amuser, contrairement à l'autre type qui semblait presque faire une rupture d'anévrisme.
« T'as dit quoi là, sale fiotte ? »
Il fit un pas vers lui, dans une attitude qui se voulait menaçante, sûrement. Si jamais Vanitas eut peur, il n'en laissa rien paraître.
« Aw, il se sent menacé ! Pauvre chose... Tu dois avoir un ego bien fragile pour qu'il se brise si facilement, dis. »
Il y eut un silence rempli de tension, comme si Seifer tendait d'intimider l'autre par la force de son regarde rempli de haine.
« Tch, tu vas regretter ça un d'ces quatres ! »
Et juste comme ça, il s'en fut, flanqués de ses deux gorilles et vexé comme un poux. Riku souffla, et il s'aperçut qu'il avait retenu sa respiration pendant un bon moment. Il reporta son attention sur Vanitas, qui se passait une main dans les cheveux, l'air agacé.
« Bon, ça, c'est fait.
-Quels sales connards, commenta Sora plus pour dire quelque chose que pour en informer le peuple.
-Ouais, c'est pas la première fois qu'ils me font chier. Je sais pas pourquoi ils reviennent à la charge, vu qu'à chaque fois ils en prennent pour leur grade, expliqua son cousin avec le retour de son sourire arrogant.
-Tu devrais peut-être pas leur répondre » intervint Riku.
Il savait que ça pouvait se finir mal, avec ce genre de type. Mieux valait lâcher l'affaire. Durant la joute verbale, il s'était demandé s'il ne ferait pas mieux d'intervenir, au risque d'aggraver les choses. En tout cas, il se tenait prêt à s'immiscer si les choses tournaient mal... Enfin, il supposait que même les homophobes les plus idiots n'oseraient pas faire quoi que ce soit dans l'enceinte de l'université, autour d'autant de témoins, de toute façon.
« Pourquoi pas ? répliqua Vanitas. C'est marrant. Ils s'énervent vite.
-Justement.
-Bouarf, fit l'autre en haussant les épaules. T'inquiètes. Non, moi l'seul truc qui m'fait chier, c'est qu'ils ont cru que je sortais avec toi. »
Riku haussa les sourcils, et ne put s'empêcher de rire. Sérieusement ? La blague.
« Sale con, balança-t-il. Puis n'importe qui aurait pensé ça étant donné...
-Ouais ben ils sont débiles. T'es trop naze pour m'intéresser.
-Et toi t'es une teigne.
-Pf, c'est la pire insulte que tu peux trouver, vraiment ?
-Rholala, c'te dispute de vieux » fit Sora à son tour.
Kairi se pencha vers eux avec un minuscule sourire.
« En fait vous iriez bien ensemble.
-Kairi ferme ta gueule, j'vais te niquer.
-Bah quoi ? répliqua la jeune fille d'un ton léger, assez habitué aux menaces creuses de son meilleur ami. T'as pas besoin de réagir si violemment si tu n'as rien à cacher. »
Les mains dans le dos, elle se balançait d'avant en arrière avant un air faussement innocent sur le visage. Vanitas la fusillait du regard comme si elle venait de dire quelque chose d'extrêmement offensant.
Perplexe, Riku tourna les yeux vers Sora, qui haussa les épaules, n'y comprenant visiblement pas grand chose non plus. Mais les relations entre Kairi et Vanitas avaient toujours été étranges, de toute manière. Ils trouvaient drôles des choses qu'eux seuls comprenaient et se chamaillaient pour des trucs tout aussi incompréhensibles.
Est-ce que c'était ça, de connaître quelqu'un depuis près de dix ans ? Riku ne pourrait pas dire. Aucune de ses amitiés n'avait duré si longtemps. C'était toujours la même chose : on croit qu'on restera proches même en changeant d'établissement scolaire, et puis la vie fait qu'on se perd de vue.
Il n'avait jamais réussi à se faire une raison, pourtant. Encore maintenant, en regardant les trois autres, il se disait qu'il serait un peu perdu, désormais, sans eux. Il n'était pas naïf pour autant. Presque tous les gens s'éloignent, au bout du compte.
« Ah, on a perdu Riku » fit remarquer Sora.
Le concerné releva la tête, désorienté. Le fil de la conversation lui avait complètement échappé.
« Hey, tu vas pas pleurer parce que j'ai dit que j'voulais pas sortir avec toi » le taquina Vanitas en lui enfonçant le coude dans les côtes juste un peu trop fort.
Riku grimaça.
« T'es con. Qui voudrait d'un gars comme toi ? »
Il s'attendait à ce qu'il riposte avec un florilèges d'insultes, mais à la place, Vanitas se contenta de souffler la fumée de sa cigarette par le nez en une parodie de rire.
« Qui, en effet ? » marmonna-t-il.
« T'es vraiment une traîtresse, hein ? »
Kairi fit semblant de ne pas comprendre, comme à son habitude, ce qui donna à Vanitas l'envie de lui envoyer sa bouteille de limonade à travers la gueule.
Elle s'était incrusté chez lui après les cours, l'air de rien. Elle faisait ça de temps en temps, Kairi. Et si ç'avait été quelqu'un d'autre, il l'aurait envoyé chier depuis longtemps, mais c'était Kairi donc ça allait, plus ou moins.
Même si là, en l'occurrence, il hésitait un peu à l'assassiner. Personne ne les avaient vus entrer dans sa chambre étudiant, donc il n'y aurait pas de témoins pour l'accuser, si ?
« J'vois pas de quoi tu parles, sourit-elle en s'asseyant sur le lit comme si l'endroit lui appartenait.
-Ma bite. J'te parle de tes sous-entendus à la con.
-Oh, à propos de Riku, tu veux dire ? » chantonna-t-elle en balançant ses pieds devant elle.
Il allait la tuer. Le pire était sûrement que la conversation le gênait au plus au point, et il détestait réagir ainsi, parce que c'était débile et ridicule, et il avait envie de s'enterrer dans un trou et d'y rester pendant mille ans, dusse-t-il se nourrir d'engrais et de petits insectes. Ca ne lui ressemblait tellement pas, de se soucier de ce genre de choses...
Finalement, Kairi haussa les épaules, ne culpabilisant pas le moins du monde.
« Fallait bien que j'vous donne un coup de pouce. Sinon, dans dix ans, vous serez encore en train de vous tourner autour.
-On se tourne pas autour. »
Ou plutôt, il tournait tout seul. Ca lui paraissait plutôt évident que l'autre ne partageait pas ses sentiments. Il s'était fait une raison, fin de l'histoire.
Le pire, c'est qu'il ne l'avait jamais dit à Kairi – ni à qui que ce soit d'ailleurs. Elle avait deviné toute seule, comme une grande, et s'était mise à faire des sous-entendus du jour au lendemain. Alors, il râlait et la traitait de connasse, mais ça ne l'avait jamais vraiment arrêtée.
« Oh allez, vous êtes les deux seuls à penser ça ! protesta-t-elle.
-Pffff, tu m'soûles. Tu veux manger un truc ? J'ai des chips.
-Ok, balance. »
Il alla en chercher deux minis paquets et lui en lança un. Kairi haussa les sourcils.
« J'peux savoir pourquoi tes chips sont au frigo ?
-Pas de place ailleurs. C'est compliqué de s'organiser avec un si petit espace pour vivre. Mais bon, toi t'es riche t'as pas ce problème, hein. »
La jeune fille disposait d'un appartement entier pour elle toute seule, en centre-ville, et pas dégueu en plus. Merci papamaman.
« J'suis pas riche.
-Pour une étudiante, si. Tu les bouffes tes chips ou quoi ? »
Changement de sujet réalisé avec succès. Avec un peu de chance elle arrêterait de lui casser les couilles. En attendant, il alluma son pc portable, un truc affreux et acariâtre qui soufflait son mécontentement dès le démarrage, et attendit qu'il se réveille lentement.
« Pour en revenir à notre affaire... poursuivit Kairi, et Vanitas sut qu'il n'allait pas voir le bout de cette discussion. J'pense que t'as pas la légitimité de m'en vouloir.
-Qu'est-ce tu racontes encore ? soupira-t-il en posant ses fesses sur le bureau, qui grinça un peu.
-Bah, déjà, j'te rend service. Et puis, c'est grâce à moi et mes idées de génie que tu peux l'embrasser à peu près huit fois par jours. Tu m'en dois une.
-Hum... »
Ca se tenait. Il était plutôt reconnaissant pour ce coup de maître, à vrai dire. Surtout que Riku ne semblait pas s'en plaindre tellement. Quand bien même, ça n'arrangeait pas son problème de tabagisme. Il était sérieux à propos de vouloir arrêter, mais dans de telles circonstances, ça devenait compliqué d'essayer.
« Bon, capitula-t-il. Je suppose que je vais pas te tuer tout de suite.
-Parfait, je demande que ça moi ! conclut son amie avec un grand sourire.
-Mais recommence plus. J'suis sérieux.
-T'en as tout l'air, ouais. Mais comment veux-tu que votre relation avance, en l'état actuel des choses ?
-Ca avancera pas » asséna-t-il.
Cela fit perdre son sourire à la jeune fille, qui le considéra d'un air grave. Elle ne s'attendait pas à cette réponse.
« Mince alors, ça te ressemble pas d'être si défaitiste... »
Vanitas fixait résolument ses chaussures. Qu'est-ce qu'il pouvait lui répondre ? Ouais, il se ressemblait pas, quand il était question de Riku. Défaitiste, hein ? Il aurait plutôt dit réaliste. C'était mieux comme ça. Honnêtement, il voulait éviter de tout gâcher. C'était pas trop son truc, ce genre d'histoires à la con.
« Ouais ben... Tant pis, hein, fit-il.
-Et rien de ce que je pourrais en penser te fera changer d'avis ? » demanda-t-elle doucement.
Elle avait un ton grave qui signifiait qu'elle le prenait en pitié, et il détestait ça, aussi. Y'avait pas à s'en faire pour ce genre de conneries, vraiment. Ca servait à rien de prendre un air sérieux et tout le tralala.
« Nan.
-Hum... médita son amie.
-Eh ! J'connais ce regard. Essaie même pas de comploter un truc ! »
Kairi n'eut rien à dire pour sa défense, se contentant de le fixer d'un air outré et un peu maniéré.
« Ouais ouais, fais pas cette tête-là non plus.
-J'comprend vraiment pas ce que tu veux dire... »
Cette fois-ci, il lui balança réellement sa bouteille à la gueule. Elle poussa un petit cri, se protégeant de ses bras, puis ramassa le projectile pour le lui renvoyer en pleine figure.
Elle visait mieux que lui.
Le lundi suivant, Vanitas arriva en cours en retard, équipé de deux béquilles, une jambe dans le plâtre et une lèvre fendue.
Il balança un bonjour au professeur et une espèce d'excuse balancée à la va-vite comme si ça lui écorchait la bouche. L'enseignant l'examina de haut en bas et puis hocha la tête. Peut-être qu'il estimait que les blessures de son élève lui épargnaient une réprimande, si légère soit-elle. Et juste comme ça, il reprit son cours, mais Riku n'écoutait franchement plus. Il vit du coin de l'oeil Sora et Kairi, juste devant, échanger un regard médusé. Lui, il fixait juste Vanitas. Il le regarda s'installer à côté de lui comme si de rien n'était, poser ses béquilles au sol et sortir ses affaires, comme ça, comme si c'était normal de se pointer en cours amoché ainsi et, bordel, quoi ?
Qu'est-ce qui avait bien pu le mettre dans cet état ? Qui, surtout, se demanda Riku, et il sentit son cœur tombait à pic dans son estomac quand cette pensée lui vint. Enfin, quoi, il avait pas pu se faire ça tout seul !
Vanitas parut se rendre compte qu'il était observé, et lui renvoya un regard désinvolte savamment étudié, comme s'il était un espèce de pré-ado de collège qui essayait d'avoir l'air cool et détaché. Parfois, quand il faisait ça, Riku avait envie de lui foutre des baffes – pas cette fois.
« Quoi, j'ai un truc sur la figure ?
-Oui.
-Eh bah, bravo de l'avoir remarqué » se moqua Vanitas.
S'ils n'avaient pas été en salle de classe, Riku aurait hurlé. Quoi, il se ramenait dans cet état, et il faisait comme si de rien n'était ? Ce mec allait le faire mourir, un jour, et peut-être même que c'était ça qu'il cherchait, au bout du compte.
« Sérieusement, articula Riku en détachant les syllabes, tu peux me dire ce qui t'es arrivé ?
-Nan.
-Van'... »
Mais le dénommé le fit taire en lui assénant son crayon de bois sur le nez. Ce fut là qu'il remarqua les points de suture sur sa tempe.
« Dis donc, Riku, sourit-il, c'est mon job de te distraire du cours, pas l'inverse. »
Le concerné secoua la tête, dépité. C'était pas un jeu, putain...
« T'es vraiment un gros, gros con. »
Il ne trouvait que ça à dire, vu les circonstances.
« Content que tu t'en aperçoives.
-Sans déconner, pense pas que je vais lâcher l'affaire.
-Ouais, c'est bon, j'te racontes à la pause. »
Il ne paraissait pas ravi. Mais quoi, franchement, il pensait que ses potes n'allaient pas de poser de questions sur ses blessures ?
Pour une fois, Riku n'eut pas honte d'admettre qu'il n'écouta rien du cours. Il ne cessait de lancer des regards discrets dans la direction de Vanitas, et put contempler l'étendue des dégâts. Evidemment, qu'il n'avait pas pu se faire ça tout seul. Et qui que ce fut, il ne l'avait pas loupé. Parfois, Sora et Kairi se retournaient aussi, avec un air inquiet ou un haussement de sourcil. Riku leur fit signe qu'il n'en savait pas plus qu'eux. Vanitas, lui, leur fit des doigts d'honneur. Typique.
« Bon, alors ?
-Alors vous me lâchez, je m'allume une clope et j'vous explique. Vous m'avez déjà soûlé, sérieux. Ah, Riku, penche-toi, j'peux pas vraiment me mettre sur la pointe des pieds, là. »
Il embrassa Riku, qui fronça les sourcils. Son cerveau ne s'arrêta pas de tourner, cette fois. C'était pas vraiment le moment.
« On te soûle parce qu'on s'inquiète pour toi ? ne put-il s'empêcher d'asséner. Bonjour la mentalité. »
Il sentait l'agacement le gagner. Il lui en voulait de se comporter ainsi, comme s'il s'agissait de rien du tout, comme s'ils étaient bizarres, tous les trois, à se faire un sang d'encre en le voyant débarquer couverts de bleus. Sérieux.
Sérieux.
« Ouais bah ça va y'a pas mort d'homme. A ce que je sache » plaisanta Vanitas.
Ca semblait presque le faire rire. Il tira une taffe de sa cigarette fraîchement allumée, et baissa les yeux au sol pour donner des petits coups de pieds – son pied valide – sur une poubelle.
« C'est Seifer et ses connards de service, avoua-t-il d'un ton monocorde sans les regarder. J'allais sur le parking vendredi, ils me sont tombés dessus, fin de l'histoire. C'était pas vraiment la peine d'en faire toute une histoire, vous voyez ? »
Oh, putain...
« Pas la peine de s'en faire ? répéta-t-il doucement. Est-ce que tu te rends compte, un peu, de... »
Il s'arrêta. Il avait même pas les mots.
« Laisse tomber, abandonna-t-il au final.
-Ca va, soupira Vanitas en se passant une main dans les cheveux. Puis s'ils s'y sont mis à trois, c'est qu'ils ont plus peur de moi que l'inverse, tu penses pas ? »
Retour du ton désinvolte de crétin sans cervelle. Il le faisait exprès, non ? Cette fois, ce fut Kairi qui intervint.
« Pourquoi tu nous a rien dit avant aujourd'hui ? Pourquoi tu nous a pas appelés ?
-Pourquoi j'aurais fait ça ? répliqua l'autre du tac-au-tac. Vous auriez rien pu faire de spécial.
-Mais on est tes amis ! trépigna-t-elle. On t'aurait aidé, ou... Je sais pas. Et on t'aurait accompagné en cours ! T'as dû avoir peur... »
Mais Vanitas éclata de rire.
« Tu parles ! Je trouve ça super drôle, en fait. Je leur ai dit, d'ailleurs.
-Drôle ? répéta Kairi, déconfite. Drôle ? »
S'il n'était pas déjà blessé, elle l'aurait sûrement frappé, vu l'expression sur son visage. Les yeux lui sortaient presque de la tête. Riku la comprenait, honnêtement.
« Bah, ouais. »
Il arbhorait un sourire mesquin, presque cruel. A le voir sourire comme ça, on aurait pu croire que c'était lui qui leur était tombé dessus et pas l'inverse. Parfois, il faisait un peu peur.
« Les poings, c'est le dernier recours de ceux qui ont pas d'arguments pour défendre leurs idées à la con. Si mon existence les emmerde, alors j'suis content. Si c'était à refaire, je recommencerais. Ca doit être triste d'être homophobe. »
Ce fut là que Sora se réveilla.
« Attend, ils t'ont tapé parce que t'es gay ?
-Honnêtement Sora, t'es le seul à pas l'avoir compris » marmonna Riku, les dents serrées.
Il y eut un petit silence, peut-être de gêne. Sora baissa la tête, sourcils froncés, réfléchissant. Riku, lui ne réfléchit pas tellement lorsqu'il poursuivit :
« Si tu veux, j'peux aller voir Seifer et le lui faire regretter.
-Riku ! le sermonna Kairi. Si tu fais ça, tu vaux pas mieux qu'eux ! »
Sauf qu'il ne voyait pas tellement d'autres solutions. Ca le répugnait aussi, et ça faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas battu avec qui que ce soit – une crise d'ado difficile lui avait valu quelques ennuis – mais il n'y pouvait rien, il ne supportait vraiment pas qu'on touche à ses amis. Et puis, pour une raison pareille, et à plusieurs... A quel point les gens pouvaient être lâches ?
Il ne s'était pas senti aussi furieux depuis... Il se souvenait même plus.
« Sois pas con, enfin, souffla doucement Vanitas. Tu vas pas te faire virer pour ces débiles, si ? Et j'apprécie, mais j'peux me défendre tout seul, tu penses pas ?
-Visiblement pas. »
Il regretta ses paroles sitôt qu'il les prononça, mais il savait que s'excuser ne ferait qu'aggraver les choses. Son ami se contenta de le fixer avec comme de la rancoeur dans les yeux.
Il remercia le ciel quand Sora fit diversion.
« Mais y'a vraiment des gens qui font ça ? Frapper les gens juste parce qu'ils sont pas hétéros ? »
Les trois autres se tournèrent vers lui, passablement choqués.
« Ben quoi, pourquoi vous me regardez comme un alien ?
-Parce que, comme eux, tu débarques... lui répondit Vanitas. Y'a même pire que ça, tu sais ? C'est pas la première fois que ça m'arrive, ce sera pas la dernière. »
Son cousin sembla légèrement désemparé à cette révélation. Riku se dit que, vraiment, son innocence relevait de la bêtise, parfois. Comment était-ce possible de vivre dans un tel monde et d'ignorer comment celui-ci tournait ?
« Ben moi, reprit finalement Sora, j'trouve ça courageux !
-Courageux ? répéta Riku, acerbe. Même en le voyant dans cet état ? »
Le garçon se gratta l'arrière du crâne avec une moue embêtée, puis soupira.
« Désolé, mais... Oui. Quand même. Et puis, Vani, c'que t'as dit tout à l'heure... C'est vachement classe j'trouve. Enfin j'suis désolé que ça te sois arrivé, mais c'est quand même brave de leur avoir tenu tête ! »
Son regard suintait l'admiration. Vint à l'esprit de Riku que les deux cousins se ressemblaient davantage qu'ils n'en avaient l'air au premier abord. Tous les deux si bornés…
Même Kairi hocha la tête. C'était pas bon, ça. Il comptait sur le soutien de son amie pour faire à comprendre sa connerie à Vanitas.
« J'dois reconnaître... fit-elle. D'une façon assez stupide, c'est assez, hum... Courageux, oui. C'est pas une raison pour recommencer, hein ! »
Riku se sentait comme la seule personne à percevoir l'horreur de la situation. D'autant plus que Vanitas lui lança un sourire railleur. Il se mordit l'intérieur des joues pour ne pas crier – ce qu'il n'aurait sûrement pas fait dans tous les cas, malgré le fait d'en avoir très envie.
« Alors, tu me félicites pas pour ma bravoure, toi ?
-Nan, asséna-t-il. Et encore mieux, tu sais quoi ? Maintenant j'te raccompagne à ta voiture à la fin des cours. C'est pas une option. »
Il n'avait même pas réfléchi. Ca lui semblait naturel. Sans le regarder, Vanitas se passa une main dans les cheveux, un rire nerveux franchissant ses lèvres.
« T'en fais trop. C'est presque humiliant.
-Je m'en fous.
-Oh, bon, si ça peut te rassurer ! céda l'autre. Bon sang, t'es un vrai bébé des fois, Riku. »
Cela devait sans doute sonner comme une plaisanterie, mais il percevait bien la vexation dans sa voix. Il dut se mordre la langue pour ne pas répondre. Aujourd'hui, il n'avait pas envie de se chamailler à propos de ça. Cela aurait rendu la situation banale, alors que non, vraiment, ça n'aurait pas dû l'être.
« Oooh, je l'ai vexé, soupira Vanitas d'un air faussement déçu en voyant qu'il se taisait.
-Mais ça t'es jamais arrivé, toi ? demanda Sora en se tournant vers Riku. Te faire embêter par des homophobes ?
-Je pense que mon mètre quatre-vingt les dissuade, en général » riposta-t-il.
Kairi eut un sifflement impressionné.
« Dis donc j'espère que tu parles pas de ta...
-T'es sale, coupa-t-il avant d'entendre l'obscénité.
-Je sais. J'ai eu un bon prof, fit-elle remarqué avec un geste vers Vanitas.
-Je prend le compliment » sourit celui-ci.
Et ainsi, la légèreté reprit sa place.
La journée s'écoula presque normalement, si l'on excluait leurs retards systématiques en cours, puisque Vanitas, encore peu habitué aux béquilles, avançait à la vitesse de... eh bien, d'un boiteux. Et puis, Riku devait se pencher vers lui pour l'embrasser, lorsqu'il avait besoin de sa dose de nicotine, alors il s'exécutait en soupirant d'agacement. Il lui en voulait toujours.
« Si vous êtes pas contents, vous pouvez me porter, aussi.
-J'suis pas sûr que ça irait beaucoup plus vite, lui rétorqua Riku.
-C'est ces foutus escaliers, aussi !
-Eh, fit Sora. T'as pas besoin de te justifier, tu sais ?
-J'me justifie pas.
-Tu vois, tu le refais.
-Ta gueule. »
Riku soupçonnait que son état l'ennuyait plus qu'il ne voulait bien le laisser paraître.
A un moment, ils croisèrent le regard de Seifer, au détour d'un hall. Vanitas lui adressa un petit salut, l'air narquois, malgré sa lèvre fendue. Son agresseur hésita, surpris, puis lui jeta un regard noir et tourna les talons.
« Vous voyez, ça l'emmerde que j'baisse pas les yeux. Franchement, c'est assez marrant, de mon point de vue. »
Et il semblait à Riku qu'il fut le seul à remarquer l'étrange regard que son ami lança au dos de Seifer, comme une espèce d'appréhension. Ca ne dura qu'une seconde. De la peur ?
Etrangement, d'une manière qui le culpabilisa un peu, cela rassura Riku. Au moins, Vanitas n'était pas aussi inconscient du danger qu'il le laissait paraître.
Le soir, comme prévu, il le raccompagna à sa voiture. Il pleuvait et Vanitas avançait à la vitesse d'une tortue, alors ils finirent trempés avant même d'avoir atteint le parking. Franchement, Riku ne s'en formalisa pas. Il préférait ça plutôt que de le laisser seul après ce qu'il s'était passé. Une galère de plus ou de moins dans cette journée, après tout... Puis, il aurait été tout aussi mouillé en faisant le chemin jusqu'à l'arrêt de métro.
« Allez, viens, j'te ramènes chez toi, fit Vanitas en ouvrant la portière de sa bagnole.
-Tu blagues.
-Bah nan pourquoi ? Dépêche-toi de te décider j'en ai marre de c'temps. »
On ne voyait presque pas ses yeux atypiques, derrière les mèches noires imbibées d'eau qui lui tombaient sur le front, et pourtant, même avec ce temps tout gris, on pouvait en distinguer la couleur ambrée, saisissante. Il semblait sérieux. Finalement, Riku haussa les épaules et il rentra dans l'habitacle, malgré son étonnement. C'était rare que son ami propose ce genre de choses gentilles.
« J'peux prendre le métro, tu sais ? hasarda-t-il quand même au cas où, toujours surpris.
-Déconne pas, souffla l'autre en se contorsionnant pour poser ses béquilles sur le siège arrière. Il pleut. Si t'es malade et que tu viens pas en cours, j'peux plus fumer. Et accessoirement je serais obligé de prendre des notes. »
La remarque le fit sourire.
« Je devrais arrêter de venir, en fait. Rien que pour voir comment vous vous débrouilleriez, tous.
-Si tu fais ça, j'te tâcle. Viens là, en parlant de ça, faut que j'fumes. »
Il commença à se pencher vers lui, et Riku acheva la distance qui les séparait. Comme d'habitude, ça ne dura qu'un instant. Cette fois, il sentit la coupure à sa lèvre. Vanitas le fixait avec un sourire amusé, la tête penchée.
« Hey, pourquoi tu fermes toujours les yeux ?
-J'sais pas, un réflexe. Pourquoi ?
-Drôle de réflexe. »
Riku haussa les épaules. Et alors ?
« C'est ce que les gens normaux font.
-On est pas très normaux.
-Un point pour toi » admit Riku.
A côté de lui, Vanitas eut un claquement de langue agacé. Il regardait la pluie s'écraser contre le pare-brise.
« T'es pas très drôle, aujourd'hui. Tu pourrais au moins m'insulter, dis. »
Il se mordit les lèvres pour ne pas rire, parce que c'était tellement incongru comme phrase, et en même temps ça ressemblait bien à leur amitié dysfonctionnelle. Et pourtant, il était toujours fâché.
« Parce que j'ai pas très envie d'être drôle.
-Ah bah, qu'est-ce qui t'arrives ? »
Sérieusement ? Riku se tourna vers lui, éberlué.
« J'te demande pardon ? T'as pas une idée ? »
Vanitas sembla réfléchir, ou faire semblant de réfléchir pour se donner une contenance, puis parut se rappeler de l'incident. Il souffla en fixant le volant de la voiture :
« Oh, t'es encore là-dessus ? »
Il allait le taper.
« Evidemment que oui ! s'exclama-t-il.
-C'est quand même pas ma faute, si ? répliqua l'autre sur le même ton, toujours sans le fixer.
-J'ai pas dit ça, rectifia Riku en baissant un peu d'un ton devant le il-ne-savait-quoi qui perçait un peu trop dans la voix de l'autre. Seulement, tu pourrais éviter de les provoquer, la prochaine fois, ça t'éviteras des ennuis. »
Il aimait pas trop se poser en donneur de leçons, mais, eh, il pouvait pas le laisser continuer ses bêtises comme ça. Ce serait peut-être pire, la prochaine fois.
« J'vais pas m'excuser pour c'que je suis non plus !
-Encore une fois, j'ai pas dit ça ! »
Le ton montait de nouveau, et Riku commençait à se dire qu'il allait repartir à pied, finalement. Si c'était le prix à payer pour mettre un peu de plomb dans la cervelle de son ami, alors tant pis. Il préférait ça plutôt que de se réveiller un jour et d'apprendre qu'on avait trouvé le cadavre de son pote dans le caniveau ou un truc du style.
« Bah c'est c'que j'entend quand tu parles, asséna Vanitas. T'aurais fait quoi, à ma place ?
-Je les auraient ignorés, répondit-il aussitôt. Je les aurais laissés parler. Tu sais, laisser couler, c'est un autre moyen de les faire chier. Non ? »
Seulement alors, Vanitas se tourna vers lui, avec un air un peu grave qui ne lui ressemblait pas tellement, mais qui ne détonnait pas non plus.
« Franchement, lâcha-t-il. Ca t'aurait pas coûté, de les laisser parler, comme tu dis ? T'aurais pas trouvé ça rageant ? »
Riku ouvrit la bouche pour répondre, et puis se rendit compte que, si, évidemment, il se serait senti mal de ne pas les remettre à leur place. Y'avait pas de solution parfaite face à la haine.
Et puis il observa un peu Vanitas, et l'état dans lequel Seifer et sa bande l'avaient mis. Sans y penser, il saisit une mèche noire entre ses doigts, pour dévoiler les points de suture près de son front, évaluer l'étendue des dégâts.
« Et toi, ça t'a pas coûté, peut-être ? » marmonna-t-il.
Il y eut un instant de flottement, comme un malaise diffus. Lentement, Vanitas leva une main pour repousser celle de Riku, qui se recula un peu.
« Désolé, fit-il penaudement alors que l'autre détournait de nouveau le regard. C'était déplacé.
-T'inquiètes » répondit sèchement Vanitas.
Il se serait attendu à une réaction un peu plus vive, des insultes ou des moqueries ou un mélange des deux, mais pas à ce silence étrange.
Et puis, il comprit, en observant les yeux ambrés de Vanitas et son regard fuyant. Sa désinvolture, les sarcasmes, l'auto-dérision sur son agression, c'était un peu un moyen de ne pas flancher. Parce que sa fierté en avait pris un sacré coup, et que c'était grave, ce qui lui était arrivé, et sûrement qu'il préférait ne pas y penser. Et finalement, Riku n'était pas sûr de vouloir lui enlever ça. Sora avait peut-être raison, au bout du compte, quand il parlait de bravoure.
« Bon, on décolle, annonça laconiquement Vanitas.
-Tu devais pas fumer, au fait ?
-Ah, si. Tu vois, faut que t'arrête de me distraire. »
Il sortit son paquet de sa veste et ouvrit la fenêtre, juste ce qu'il fallait pour laisser passer la fumée et les cendres. Ca n'empêchait pas la pluie d'entrer, mais c'était toujours mieux que d'ouvrir en grand.
L'averse ne semblait pas vouloir s'arrêter et il faisait presque nuit déjà sous les lourds nuages gris. Sale temps. Riku allait faire cette réflexion à voix haute, lorsque Vanitas pris la parole.
« Quand même, je vois pas pourquoi tu me faisais la tronche pour ça, annonça-t-il du ton de l'enfant boudeur qui veux avoir le dernier mot.
-T'es pas croyable… Pourquoi tu peux pas juste comprendre que j'ai eu peur pour toi ? »
Voilà, c'était dit, et visiblement, non, il n'avait pas compris, vu le regard ahuri qu'il lui lança, comme si c'était quelque chose d'incongru, de s'inquiéter pour un ami.
Et puis il éclata de rire, de ce genre de fou rire qui dure plusieurs minutes. Riku le regarda, perplexe et un peu inquiet de cette réaction absurde. Est-ce qu'il l'avait fait buguer ? Ou bien, il était devenu fou. De toute façon, ce n'était qu'une question de temps avant que ça n'arrive, mais tout de même…
« Euh, ça va ? » hésita-t-il.
Mais Vanitas ne semblait pas se trouver en mesure de s'arrêter pour lui répondre.
« T'as fait tomber des cendres sur la moquette, fit observer Riku, circonspect.
-Ah, merde ! »
Il jeta sa clope par la fenêtre comme un brave pollueur et s'évertua à nettoyer les dégâts. Même là, il semblait réprimer des accès d'hilarité. Finalement, il poussa un soupir, un rictus sardonique planté sur les lèvres.
« Bon, tu peux m'expliquer ce que j'ai dit de drôle ? attaqua Riku en en profitant.
-L'ironie de la chose.
-L'ironie de quelle chose ?
-Laisse tomber, tu comprendrais pas la blague, répliqua son ami en démarrant enfin le moteur et en extirpant la voiture du parking.
-Je me dois d'insister. Ca fait flipper quand tu fais ça, sérieux. »
Et puis, c'était vexant.
« Ou alors tu te foutais de ma gueule, non ?
-Un peu admit Vanitas.
-Je vois pas ce qu'il y a de drôle dans le fait que je me fasse du souci pour mes amis.
-Tes amis ?
-Ben, oui. J'aurais réagi pareil pour Sora ou Kairi. »
Il y eut une seconde de silence et puis Vanitas pouffa légèrement, avant de secouer lentement la tête.
« Tsss, t'es cruel, Riku.
-Quoi encore ?
-Rien.
-Mais quoi ? »
Vanitas haussa les épaules, agacé par la tournure que prenait la conversation – pour changer, tiens.
« Bon, je cherches plus à comprendre, alors, capitula Riku.
-Gentil garçon.
-Connard.
-J'le prend comme un compliment.
-Admettons. T'as fais le machin pour le TD de demain ?
-J'ai une tête à faire mes devoirs ?
-Je sais même pas pourquoi j'demande… »
Ils discutèrent un peu des cours, des profs, de ce genre de trucs normaux, jusqu'à ce qu'ils arrivent devant l'immeuble de Riku. La voiture de Vanitas – une espèce d'antiquité achetée d'occasion et qui ne passerait jamais le contrôle technique – sifflait tellement que ce fut un miracle qu'ils arrivent en vie à destination.
« Bon, bah, à demain, fit Riku, en amorçant un geste vers la portière.
-Attend une minute ! »
Il se tourna, surpris, vers un Vanitas qui se penchait vers lui.
« Pour les clopes que j'vais fumer ce soir » expliqua-t-il avant de l'embrasser.
Puis de recommencer. Cinq fois, compta Riku derrière ses paupières closes. C'était la première fois qu'il faisait ce genre de trucs, alors il haussa les sourcils une fois que Vanitas eut terminé.
« Des bisous à crédit ? C'est original.
-Ta gueule. Allez, casse-toi de ma caisse.
-Tu vois que ça t'emmerdait de me raccompagner, salaud.
-C'est ta gueule qui m'emmerde.
-C'est ça. A demain, raclure.
-Débile. »
Et puis Riku claqua la portière avec un vague sourire d'au revoir et un signe de la main, pour lui tourner le dos.
Une fois qu'il fut certain qu'il ne regardait plus,Vanitas se cogna la tête contre le volant en soupirant de façon un peu trop dramatique. Son coeur battait à toute allure et il se détestait un peu pour ça. Et il se détestait pour tout ce qui s'était passé dans cette foutue bagnole, et pour le fait que l'image de la main de Riku dans ses cheveux ne semblait pas vouloir pas vouloir quitter son esprit.
Et il se détestait d'être plus accro à ce type qu'à la clope.
Re ! Toujours en vie ? Moi non, il fait au moins 33 degrés dans ma chambre. Enfin, bref.
J'espère que l'histoire ne vous déçoit pas jusque-là.
A bientôt ! (si je survis à l'été ahahah)
