Hello les copaines !

Des TAS de mercis, bien sûr, Mimi, Zo, mariloo, admamu, Ariane, Clélia, odea et Elie, pour vos retours sur le premier chapitre de cette histoire ! Elle m'a bouffé littéralement 11 jours pendant lesquels je n'ai fait à peu près rien d'autre que l'écrire, dormir et ingérer de la nourriture, alors ils me font vraiment fort plaisir :) En espérant que la suite vous plaise aussi !

Bonne lecture !


(Petit rappel, parce que le chapitre 2 suit très immédiatement la fin du premier)

L'autre finit par lâcher son poignet. Sherlock se dépêche d'effectuer un pas en arrière, deux même, jusqu'à ce que ses mollets cognent contre le canapé, en levant les deux mains de chaque côté de son visage, en signe d'apaisement — de reddition, surtout. Ce qu'il a en lui et qui renaît depuis quelques minutes se déploie un peu plus face au mystère de cet homme qui n'a en réalité rien de normal, prompt à se battre, ce qu'il sait manifestement très bien faire. Plus fort, bien plus fort que ça, une douleur s'éveille dans son torse. Sherlock aussi savait se battre, à une époque. Surtout, John Watson, ce soir, est la personne avec laquelle il s'était senti le plus en sécurité et en confiance. Au-delà de son ego qui prend un coup de l'avoir bien mal cerné, c'est cette sensation de sérénité si brutalement arrachée qui lui coupe le souffle.

Compris, ponctue-t-il avec un sourire vraiment amer, comme l'amertume qui lui ronge l'arrière de la gorge et du sternum, soudain. Je vous laisse tranquille. »

Et il s'exécute sur un hochement de tête en s'éloignant le plus vite possible.

.

Chapitre 2

.

À partir de là, évitant canapés, tables basses et corps debout, allongés ou entre les deux sur le sol, il n'arrive jamais assez vite dans le couloir réservé au personnel et qui mène aux cuisines. Quand la porte est close, son dos trouve le mur, comme l'arrière de son crâne, et il ferme les yeux, portant toute sa concentration à apaiser les battements de son cœur suite à ce qui a failli se transformer en une agression qualifiée.

Au fond de lui-même, il approche doucement la résurgence de curiosité qui n'aurait pas dû se manifester ce soir et qui le regarde avec surprise. Il la prend, précautionneux, entre ses doigts qu'il a squelettiques dans ce monde de l'esprit et il l'effleure avec une nostalgie beaucoup trop chargée de tristesse. C'est comme un déchirement, cette caresse. Alors, brutal, il ferme ses deux mains tout aussi décharnées sur la petite boule chaude, et s'applique à l'étouffer de toutes ses forces jusqu'à ce que les mouvements spasmodiques sous ses doigts cessent et que, quand il les rouvre, seule de la cendre grise et morte s'échappe dans l'air noir qui le remplit. Au diable l'espoir de faire de quelques minutes de sa vie autre chose que du temps consacré au travail du sexe.

« Holmes !

Il comprime son sursaut hors de lui-même. C'est une paupière pleine de morgue qu'il envoie vers le nouvel arrivant. Personne n'a le droit de savoir que son arrogance a été violemment bousculée ce soir, surtout pas Eustace Fang.

– C'était quoi, ce bordel ?

– Une conversation qui a mal tourné, répond le prostitué, aussi sèchement qu'il en est capable.

– Tu n'es pas censé discuter avec eux.

– Sans déc'. Et même s'ils veulent pas, je dois leur foutre de force la main dans le froc ? Je pense que je serais à l'hosto, si j'avais fait ça avec celui-là, vu comme il a réagi à deux doigts sur l'épaule.

– Tu m'as habitué à mieux que ça.

Là, là, Sherlock explose d'un rire noir qui corrode tout l'intérieur de son œsophage, comme s'il venait d'avaler de l'acide.

– Et tu parles en tant que quoi ? Père ? Mac ? Parce que j'ai un doute, là. Pour rappel : t'es ni l'un, ni l'autre.

L'homme le fixe d'un regard plissé.

– C'est moi qui t'ai mis en contact avec eux, Sherlock. Tous. Ce que je t'ai donné, je peux te le reprendre. Je préfère que t'en sois bien conscient avant de me dire ce genre de choses.

– Ce que tu m'as « donné » ? s'insurge le prostitué avec un éclat toujours aussi sombre dans sa voix amusée. Au moins, tu réponds à ma question : pas un mac, pas un père, mais maître chanteur, apparemment.

– Rattrape-toi d'ici la fin de la soirée. »

Sherlock grogne un rire que ses clients — les autres — n'ont jamais eu l'occasion d'entendre. Il se tend, se tait quand il sent les doigts de Eustace sur son poignet que John Watson vient de malmener. Ce n'est pas une poigne dure, pourtant. C'est très attentionné, à vrai dire, et Fang observe minutieusement la marque rouge que le bracelet compressé sur sa peau pendant quelques secondes a fait naître sur son poignet. L'homme la caresse de deux doigts, comme s'il avait voulu effacer l'élancement qui pulse dans l'avant-bras et la main de Sherlock. Ce dernier ne peut s'empêcher de se rappeler qu'il a été attaché à cet homme, réellement, quand ils se sont rencontrés. Il lui a semblé que l'attachement était réciproque. Il a été fasciné par lui, aussi. Par la belle froideur lisse que sa cinquantaine ne faisait que renforcer et par le pouvoir duquel Eustace semblait jouir et user avec tant de facilité effective et morale que Sherlock s'est laissé happer, juste pour découvrir jusqu'où il se perdrait. Peut-être ? Il ne sait plus exactement ce qui l'a convaincu que sa place était à ses côtés. Quoi qu'il en soit, même quand il est devenu évident qu'il s'était enfoncé bien plus profondément sous l'eau trouble que ce qu'il l'avait admis jusque-là, à fréquenter cet homme, il n'a pas pu se résoudre à le laisser derrière. Avoir un tel employeur est une aubaine sur de trop nombreux points pour qu'il puisse se montrer vraiment regardant sur le reste.

Sherlock observe d'un œil troublé le type dont le costume, lui, atteste qu'il a parfaitement sa place dans ces sphères-là, quand l'homme le laisse finalement dans le couloir sur l'ordre dur et la caresse qui avait semblé inquiète. Des membres du personnel leur sont passés à côté pendant l'échange, prenant bien garde de ne surtout pas les regarder, alors qu'ils garantissaient depuis les cuisines la valse des verres propres et sales, de l'alcool fin et de la nourriture dont la quantité ingurgitée et jetée est indécente. Obscène, même, pour les personnes qui, comme Sherlock, ont vécu pendant des mois sans savoir s'ils parviendraient à manger le lendemain.

C'est pour ça. C'est très exactement à cause de ça, de cette crainte d'être un jour à nouveau réduit à cette misère, que Sherlock ferme les yeux et prend une profonde inspiration censée lui donner le courage de retourner dans la pièce où des dizaines de clients l'attendent. Il est encore tôt, il a tout le temps de se rattraper.

Avant ça, il s'octroie quelques minutes aux toilettes sur lesquelles le couloir amène également. Celles-ci sont réservées au personnel, puisqu'il ne faudrait pas que ces riches messieurs croisent la fange dans les leurs — et c'est sans doute aussi bien. Sherlock ne voudrait vraiment pas prendre ce risque.

La pièce au carrelage uniformément noir et frais qui tapisse les murs autant que le sol, assorti à la peinture du plafond, le soustrait au regard des serveurs, qu'il n'avait vraiment pas envie d'affronter. Pas une seconde il n'envoie un œil aux miroirs qui surplombent les lavabos, pour immenses qu'ils soient. Ce n'est pas pour un quelconque besoin naturel qu'il est là, mais pour se laver les mains, minutieusement, obsessionnellement. Alors il frotte et il gratte, récure de ses ongles chaque centimètre carré d'épiderme qu'il peut attendre, remonte jusqu'au milieu de ses avant-bras, jusqu'à ce que la rougeur de son récurage forcené cache presque celle qui entoure son poignet. Il frotte encore un peu plus ses mains en repensant à leur dernier usage — rien de si sale, puisqu'il n'est jamais celui qui met ses doigts dans le fondement de qui que ce soit. Assez souillées, moralement du moins, pour que quelqu'un comme John Watson ne veuille pas y toucher.

Ce ne sont pas que ses mains qu'il sent sales. C'est tout son corps, parce que c'est ce que voient les gens normaux quand ils posent leurs yeux sur lui. La saleté. La normalité n'a pas sa place ici et il en veut intimement à John Watson de l'avoir laissé entrer avec lui. Il y a beaucoup de choses que le regard de cet individu l'oblige à admettre ; trop nombreuses pour qu'il les regarde en face en cet instant. Alors, comme il ne peut pas nettoyer son corps ici, il va au plus simple. Il presse le distributeur de savon au-dessus de sa main et, de deux doigts dans sa bouche, frotte les réminiscences du goût de ses clients précédents qui, lui semble-t-il, s'attarde sur ses papilles. Il frotte, ajoute du savon, puis rince enfin, libérant en même temps le haut-le-cœur qui cherche à s'exprimer depuis que le liquide visqueux et rose est entré en contact avec sa muqueuse. Il crache, crache, crache, tousse, encore un haut-le-cœur, va-t-il vomir le peu qu'il a mangé ce soir, en plus du reste ?

Non, manifestement, son estomac gardera sa bile à l'intérieur. Il ferme les yeux, toujours penché au-dessus du lavabo. Reprend longuement sa respiration. Voilà. C'est bon. Ça va mieux déjà, il le sent, et il est à rien de reconstruire sa carapace crâne. Il essuie la sueur qui perle à son front après avoir failli vomir et il est prêt.

Il se sourit dans le miroir, voit comme la blancheur laiteuse de sa peau tranche avec la noirceur de son environnement.

Sursaute violemment avec l'impression que ses tripes ont oublié de suivre le mouvement : il n'est plus seul dans la pièce, lui dit le reflet.

« Tout va bien, hein ? raille John Watson avec un sourire désagréable.

Sherlock se retourne vivement pour faire face à l'homme blond qui le fixe depuis le mur opposé contre lequel il est appuyé, juste auprès de la porte de sortie. Toute sensation de retour à un bien-être quelconque l'a quitté. Ce type n'a rien à faire ici. Vraiment rien. Sherlock ne l'a même pas entendu entrer dans la pièce réservée au personnel et il est convaincu qu'ils sont seuls dans les waters, ce qui n'est jamais une bonne chose. Des deux mains, il s'appuie à la faïence aussi noire que les carreaux dans son dos, tendu à l'extrême, s'éloignant de l'homme autant qu'il le peut sans trop manifestement se rencogner contre le mur qui fait l'angle avec les deux lavabos. Il se souvient parfaitement des doigts durement fermés sur son poignet, tout à l'heure, et de la quasi-certitude que ce type qu'il avait pris pour un homme moral allait le frapper.

L'autre l'observe puis soupire en détournant le regard.

– T'as pas à avoir peur de moi.

– Je n'ai vraiment pas peur de toi. Vous.

Se rattraper, a dit Fang. Se rattraper, pas empirer les choses. Sherlock s'en pensait parfaitement capable à compter que cet homme-là ne serait plus dans le bâtiment. Là, le contenu de leur conversation précédente lui revient sans qu'il puisse le contrôler et il n'a plus toute sa belle arrogance pour se préserver de la vérité que John Watson lui a balancée plus ou moins verbalement. Pour autant qu'il le sache, l'homme en face de lui l'a vu se rincer la bouche au savon et presque dégueuler dans le lavabo. Toute miette de dignité qui lui serait éventuellement restée a été anéantie pour le restant de sa vie, probablement, et avec un homme comme celui-là, qu'il ne méprise pas, il ne peut pas se dire honnêtement qu'il s'en contrefout.

Le type ne bouge pas, et après vingt secondes pendant lesquelles il s'est contenté de l'imiter, le prostitué se fait violence pour sortir de son immobilité et se diriger vers la porte. Ça l'oblige à passer près de Watson, trop près pour les circonstances et l'autre n'a qu'à tendre le bras, ce qu'il fait, pour lui attraper le poignet. Sherlock se tend immédiatement, essaie d'arracher sa main de son emprise, prêt à hurler si l'autre lève la sienne pour le malmener, prêt à lui arracher les doigts avec les dents s'il le doit et tant qu'il le peut. Mais John, pas bousculé le moins du monde par sa tentative de se dérober, se contente de doucement lever sa main entre les siennes pour l'observer. De ses doigts qui ne le retiennent pas, il dessine les tendons visibles sous sa peau. Sherlock la voit, cette main, il voit comme elle est rouge de son récurage précédent, à ce moment où il aurait voulu s'écorcher la peau pour la laisser à vif, n'eût-il dû retourner travailler pour le reste de la nuit.

John y passe son index, puis il attrape l'autre main de Sherlock, tout aussi rouge, et recommence.

– Je suis désolé, dit-il alors. Je ne voulais pas te faire ça.

– Me faire quoi ? crache Sherlock.

– Je... Ça, explique-t-il sans rien expliquer, la voix basse, sa main désignant d'un geste vague celles de Sherlock, puis ce qui semble être lui en son entier. Ni me mettre en colère. Tu as insisté et... Bref.

Le prostitué pourrait se parer de son plus beau sourire, à ça, et minauder comme il l'a fait depuis le début de la soirée. En étant dans de telles dispositions, l'autre lui laisse une marge de manœuvre potentiellement exploitable. Mais c'est avec cette attitude aguicheuse qu'il l'a perdu tout à l'heure, c'est comme ça qu'il l'a énervé, et il est dans une situation où, pour des dizaines de raisons, il doit s'assurer de le garder calme et conciliant. Alors il choisit l'honnêteté sèche. Puisque cet homme semble capable de culpabiliser, autant en profiter. Ils sont rares de ce genre-là, par ici.

– Qu'un invité semble mécontent par ma faute et que ça le mène à quitter une soirée comme celle-ci, c'est l'assurance de perdre mon job. Alors oui, j'ai insisté. C'est vous qui n'étiez pas censé réagir mal à des vérités qui sont ce qu'elles sont. Je ne pouvais pas prévoir que je tomberais sur un type avec une morale qui ne supporterait pas de les entendre.

– Excuse-moi.

Il lui lâche la main, ne le regarde pas dans les yeux. Puis, à son tour, il se dirige vers les lavabos et ce sont ses propres mains qu'il passe à l'eau.

Sherlock veut partir. Il le doit. Se confronter à John Watson, c'est s'attaquer à toutes les bases, qu'il découvre fragiles, de sa capacité à cloisonner minutieusement ce qu'il est ici et ce qu'il est en dehors. Ça lui montre que la cloison est en réalité poreuse. Mais comme l'homme blond reprend, dos à lui, Sherlock reste.

– Je ne m'attendais pas à me retrouver dans ce genre de soirée. Je suis un peu sur les nerfs. J'ai l'impression que ce que je suis et ce en quoi je crois est d'une naïveté risible, quand je vois… tout ça. Je ne sais pas comment je suis censé me comporter. Tout m'écœure et me fait horreur ici. Absolument tout.

John lui envoie un coup d'œil dans le miroir. Ils ont échangé leur place. Sherlock n'est plus celui qui se lave la langue au savon et John n'est plus celui qui le regarde faire, de toute la puissance de son jugement. Le prostitué se sent plus grave et plus amer que jamais, d'une façon terriblement lucide. L'autre homme ne soutient pas son regard comme si ce qu'il y voyait était trop lourd à porter.

– Pas toi, reprend ce dernier. Toi, non. Justement, je croyais avoir trouvé quelqu'un qui pensait comme moi. Outré par tout ça. Et... Ton cynisme, ça m'a tellement dégoûté...

– Je vis là-dedans. Je suis une partie intégrante de ce microcosme. Tu n'as pas le droit de me juger par rapport à ta propre norme.

– Je sais. Je sais, excuse-moi. Ça me rend juste malade. T'as l'air intelligent. Ça me tue que des gens comme toi finissent dans ce genre de situation.

– Et tu te crois moins condescendant que ces types qui utilisent nos services, alors que tu penses des trucs comme ça ? On ne « finit » pas ici. On le choisit et on se bat pour. Détrompe-toi si tu penses que les prostitués ne sont pas les êtres les plus intelligents, en ce lieu. Il le faut pour en arriver là et y survivre. C'est terriblement insultant de considérer comme des petites choses fragiles l'intégralité des putes qui bossent avec moi ce soir, et comme des personnes qui devraient nécessairement être stupides toutes celles qui vendent leur corps.

– C'est pas ce que j'ai dit, se défend l'intrus.

– Non, mais je sais lire entre les lignes. Au moins, les autres clients nous méprisent comme ils méprisent l'ensemble du monde. Ils ne nous salissent pas de leur pitié spécifiquement parce qu'on serait des putes.

John l'observe longuement en silence, avant de poser :

– Tu n'as pas du tout vingt ans comme tu essaies de le faire croire. Je n'arrive pas à comprendre comment je ne l'ai pas vu plus tôt.

– Parce que je suis bon dans mon travail, peut-être ? s'offusque un peu plus Sherlock. Que je sais quoi montrer et quoi cacher de moi pour que personne ne doute de l'inverse ?

– Tu as quel âge ? Ça fait combien de temps que tu bosses là-dedans ?

Sherlock le toise durement, bras croisés. Si Watson croit qu'il existe la moindre raison au monde pour qu'il lui révèle une information aussi personnelle que celle-là, il se trompe lourdement. Le prostitué parvient à faire croire à la majorité de ses clients qu'il est bien loin d'avoir atteint ses réels trente et un ans, ce n'est pas pour donner à cet homme qu'il rencontre tout juste le pouvoir de les divulguer.

– Qu'est-ce que tu fous encore ici, si ce que tu vois te révulse à ce point ? tranche-t-il, du haut de son irritation.

– Je… Quand j'allais partir, j'ai repensé à ce type que t'as appelé client et qui te voulait, et j'étais son voisin de table et c'est une raclure. J'ai pas réussi à quitter le bâtiment en me disant que je te laissais à lui.

– Au risque de me répéter, Watson : je ne suis pas un pauvre petit prostitué exploité qui a besoin d'une protection et qu'on le sorte de sa misère. Je gère ma vie, j'ai choisi ce métier et j'y suis bon.

– Tu n'as pas vraiment l'air en forme pour le pratiquer ce soir, fait remarquer John avec un regard plissé.

– À qui la faute ?! se récrie Sherlock et il sait immédiatement que c'est une réponse beaucoup trop spontanée et franche qu'il vient d'offrir à John Watson.

– Tu n'avais pas l'air plus en état quand je t'ai abordé tout à l'heure ! gronde ce dernier en passant manifestement à côté du dérapage de Sherlock – en étant tout aussi spontané et franc que lui, surtout, bien loin des simagrées calculées et manipulatrices des êtres auxquels Sherlock est confronté en permanence. J'ai vraiment cru qu'ils t'avaient blessé, ces deux porcs, et qu'ils t'avaient laissé là sans s'en préoccuper.

Ce que cet homme peut l'agacer ! Ce que cet homme peut lui mettre les nerfs à vif, à lui dire des choses qui montrent qu'il l'a vu dans des situations et d'une façon que l'extérieur de ce monde ne devrait jamais voir !

– Dieu soit loué pour mon commerce, je suis plus résistant que ça. Et alors, c'était comment, de l'extérieur ? Ça t'a plu ? Tu t'es bien rincé l'œil ?

– Crétin, crache John en fermant le mitigeur d'un coup sec pour arrêter le flux d'eau, et ça a au moins le mérite d'élever leur niveau d'irritation à un degré similaire.

Il se sèche les doigts. Quand il se tourne vers lui et s'approche à nouveau, Sherlock se raidit, pour la millième de la soirée, lui semble-t-il. Le prostitué recule vers la porte, cherche la poignée dans son dos, mais John se contente de lui tendre la main.

– John Watson, dit-il, comme s'il se présentait pour la première fois. Crétin notoire également. J'aurais dû te serrer la main, tout à l'heure, et je me sens autant une raclure que toutes les personnes invitées à cette soirée de ne pas l'avoir fait.

Sherlock le détaille du regard au moins cinq secondes pendant lesquelles Watson se laisse dévisager, impassible, la main toujours tendue. Finalement, le premier décroise les bras pour la lui serrer. Le sourire de John éclaire son visage, même si dans ses yeux bleu foncé demeure une ombre. Sans bien s'expliquer pourquoi, Sherlock se rappelle la boîte avec les photos dans son appartement, ces rares photos qu'il a été le seul à effleurer. John a l'air d'être comme lui, sourit-il intérieurement avec beaucoup de sarcasme et d'amertume : il n'y a que ce qu'il est le seul à fouler du doigt qu'il respecte. Bien sûr qu'il ne peut pas estimer un homme comme lui. En cela, ils se comprennent.

Il voit aussi que c'est la première fois que John a affaire à un homme prostitué en service, et que ça le trouble au-delà de sa morale réprobatrice face à tout ce qui a trait à la prostitution. Ça le questionne, cette véhémence de Sherlock à ce qu'il ne le considère pas comme une victime. Et cette main qu'il a terminé de serrer, mais qui ne se retire pas de la sienne, la chaleur de leurs doigts s'entremêlant, ça le perturbe plus encore. Sherlock le voit.

Oui, John Watson est manifestement troublé de se retrouver face à Sherlock alors que ses services sont susceptibles d'être exploités sans devoir en passer par l'acte sale d'une somme liquide qui change de main. Eustace Fang est un génie et, Sherlock doit bien l'admettre, c'est très exactement grâce à la mise à disposition de cette chair gratuite car préalablement payée par l'organisateur lui-même que les individus comme lui touchent des pourboires si exceptionnels. Rien n'est concret, tout n'est qu'esprit, jusqu'à ce que l'un d'entre eux retire de son propre compte l'argent qu'il a gagné ainsi pour l'utiliser.

Comme si John lisait dans son esprit, il lance avec une voix râpeuse :

– Quand je pense que je suis allé travailler sur des missions humanitaires avec MSF en espérant apporter à des populations un petit grain de sable de positif pour les mener vers un développement plus avantageux, semblable au nôtre et où notamment la prostitution serait mieux encadrée… Et puis, sous nos latitudes, il se passe encore ça…

– Tu l'ignorais réellement ? demande Sherlock, et il oublie d'être sarcastique et dur en posant la question.

– Non. Si. À ce niveau-là, oui… C'était des images populaires. Tu sais, les orgies des gros pontes qui ont trop de fric pour savoir quoi en faire et comment s'occuper d'une façon qui ait encore un sens. Et puis il y a des scandales, des fois. Des footballeurs pris avec une bande de prostituées. Ce genre d'images qui laissent imaginer ce qui peut se passer à d'autres endroits. Mais ce n'était pas concret comme ce soir, pour moi. Le… la noirceur des pensées qui vont avec ça et le cynisme cru… Non, je ne m'y attendais pas. Pas de la part de l'élite de notre nation, en plus. Ceux qui ont tant d'argent que tout le monde voudrait leur ressembler sans savoir ce qu'il y a derrière...

Sherlock penche la tête et, parce qu'il se rappelle soudain la désorientation qui a accompagné sa première propulsion dans ce monde et l'acceptation fataliste que ce serait désormais le sien, il est parfaitement sincère lorsqu'il prononce :

– Je suis désolé que tu y aies été confronté.

– C'est pas à toi d'être désolé, merde.

Sherlock sourit. Sa main est toujours dans celle de John, mais il n'a pas envie de la lâcher. Et comme John n'a pas l'air d'avoir envie de le lâcher non plus, il laisse son pouce dessiner de petits cercles sur sa peau.

– Médecin, alors ? demande-t-il. Quelle spécialité ?

– Obstétricien. Plutôt le versant chirurgical.

– Ah. D'où les missions à l'étranger et le regard sur la prostitution.

– Oui. Je...

– Holmes !

Ils sursautent tous les deux, cette fois, et John ne doit qu'aux réflexes de Sherlock de ne pas prendre la porte en pleine figure puisque le prostitué glisse vivement son pied dans sa trajectoire.

– Je peux savoir ce que tu fous enfermé là-dedans depuis des plombes ? Tu crois que je te paie à rien fout...

Fang, parce que c'est lui, s'interrompt en pleine phrase quand il réalise que Sherlock n'est pas seul. La main de John n'est plus dans la sienne, mais la simple présence de l'homme avec lui dans cet endroit peut être significative. Alors Sherlock enfonce le clou :

– Je « me rattrape », lance-t-il avec un sourire acéré.

– Je... Bien, acquiesce Fang tout en dévisageant John. Bienvenue parmi nous, Docteur Watson, sourit-il finement vers son invité avant de poser vers Sherlock : Tu viendras me voir avant de partir tout à l'heure.

Il se barre et le sourire de Sherlock coule de son visage instantanément. Venir, c'est accepter le petit cadeau que Fang lui fera, de l'argent le plus souvent, ce qu'il concède quand il sait qu'il pourrait être sur le point de perdre Sherlock à cause de sa propre attitude un peu trop autoritaire.

Il sent le regard de John sur lui, mais le médecin s'abstient généreusement du moindre commentaire. Avant de demander malgré tout :

– Tu « te rattrapes » ?

– Non. Je discute. Mais il n'est pas obligé de le savoir.

À l'orée de son champ de vision, John acquiesce doucement.

– Holmes, soulève-t-il encore en répétant le nom que Fang a eu la stupidité d'employer, alors Sherlock se raidit une nouvelle fois.

Que ses clients connaissent son prénom, ça n'a pas la moindre espèce d'importance. Sherlock n'a jamais vu l'intérêt de se trouver un pseudonyme. En dehors du travail, il n'a de toute façon aucune vie qu'une activité professionnelle, aussi licencieuse soit-elle, pourrait venir compromettre. Que l'un de ses payeurs puisse posséder son identité dans le civil, cependant, c'est une autre paire de manches.

– J'ai connu un Holmes, dans le passé, reprend John, et c'est à son tour d'épier la réaction de Sherlock qui reste minutieusement neutre.

– J'imagine que je ne suis pas le seul à Londres. Si mon nom pouvait rester entre nous, je t'en serais très reconnaissant, ajoute-t-il avec la sensation acide que lui procure toujours les rares moments où il se retrouve à demander un service à un client, qui saura assurément le lui rappeler comme moyen de pression au besoin.

John hoche la tête.

Le silence qui s'étire entre eux n'est pas à proprement parler agréable.

– Je dois y aller, finit par poser Sherlock.

– Je ne veux pas te laisser retourner là-bas.

Sherlock sent un petit rire lui secouer la gorge et il en garde un sourire mi-figue mi-raisin :

– C'est comme ça.

– Je peux te laisser un pourboire aussi. Un gros.

– Non, John. Tu ne peux pas.

– Je gagne de l'argent ! se récrie John.

– Je n'en doute pas, mais tu n'as aucune idée de ce qu'est un gros pourboire pour ces gens.

– Pourquoi tu continues de travailler, si tu gagnes autant ? Pourquoi tu ne mets pas de côté tout ce que tu touches une fois pour toutes ?

– Parce que je dois rester dans la boucle pour être encore sollicité et continuer à gagner de quoi vivre. Comme toute personne qui bosse à son compte. Je ne toucherais certainement pas le chômage, en tant qu'indépendant...

– Ce n'est pas une bonne raison.

– C'est mon métier et je ne sais rien faire d'autre que ça.

– Tu n'as été pas pute toute ta vie, si ?

Sherlock le dévisage en plissant les yeux et s'abstient de répondre.

– Excuse-moi, prononce John encore une fois en ayant l'air de s'en vouloir à lui-même. Quelle que soit la réponse. Excuse-moi.

Le prostitué secoue la tête. Il se fige quand il sent une main se poser sur sa mâchoire. Il cligne des paupières vers le visage de John, prêt à battre en retraite parce que ça, ça, c'est pire que tout et que cette main présage des catastrophes. Mais les doigts caressent sa joue puis passent dans ses cheveux. Il a envie de fermer les yeux sous le contact, il a envie qu'une magie existe qui interdirait à ce moment où un homme lui témoigne de la tendresse de cesser.

– J'ai envie de t'offrir un verre, annonce John.

– Je ne bois pas.

– Susceptibilité aux addictions ? demande le médecin du tac au tac.

Sherlock soupire, résigné.

– Tu t'es renseigné sur moi avant de venir ici ce soir ?

– C'est ton visage creusé qui me l'a dit. La drogue, ça marque. Dures ?

– Dans le passé. J'avais réellement besoin de tout cet argent, à l'origine. J'ai réussi à en sortir.

– Tu as réussi dans ce milieu ? s'étonne John qui a la générosité de ne pas insister sur ce point en voyant le hochement de tête sec de Sherlock. Ils ont sniffé des rails de coke sur toi tout à l'heure, fait-il remarquer.

– Je n'en ai pas pris.

Sherlock se détourne de lui, toutefois, et attrape au distributeur de serviettes en papier essuyant deux ou trois feuilles qu'il humidifie sous un robinet d'une main pendant que l'autre déboutonne sa chemise. Il frotte son ventre fort, trop là encore, à l'endroit général où la poudre blanche a été en contact avec sa peau. Il l'a déjà fait plus tôt avec les serviettes présentes dans la salle principale, notamment parce qu'il n'avait pas spécialement envie que les effets anesthésiants de la cocaïne s'imposent à sa peau. Mais le rappel de John lui fait ressentir durement le fait que la drogue l'a touché, et directement sur son ventre, ce qui demeure pour lui un endroit intime et pudique. Plus, en tout cas, que ses organes génitaux pour des raisons évidentes. Alors il essuie son épiderme comme s'il pouvait se débarrasser de ce qui s'est passé, plus que de la moindre substance qui resterait accrochée à lui.

– Tu as vraiment tout regardé, fait-il finalement remarquer au médecin sans lever les yeux vers le miroir face à lui alors que sa vision périphérique lui indique qu'en ce moment même, John est en train de le manger du regard.

Ce dernier se détourne cependant, à la question, et Sherlock se demande s'il va mentir. Évoquer la Cause qui est la sienne comme une raison suffisante à avoir étudié avec précision le comportement de ses précédents clients pour y apposer sa Colère.

– Tu étais beau, dit finalement l'homme blond, choisissant l'honnêteté, le rose aux joues. Même avec ces deux porcs, tu arrivais à être beau.

– Il doit y avoir moyen de trouver des softs à la cuisine, prévient Sherlock en même temps qu'il commence à reboutonner sa chemise par le bas. Si tu veux toujours m'offrir un verre.

John lui sourit, un vrai sourire, le deuxième seulement depuis le début de la soirée. L'homme s'approche de lui et pose sa main sur les siennes, interrompant le processus.

– Si tu veux donner l'impression à ton boss qu'il s'est passé ce qui est censé arriver entre un prostitué et un client, c'est peut-être aussi bien de laisser ça ouvert.

– Voyeur, l'accuse gentiment Sherlock, laissant John ouvrir les deux boutons que lui-même vient de refermer.

John n'a pas le culot de s'en défendre. Il fronce les sourcils en retirant ses mains de sa peau et en faisant un pas en arrière, cependant.

– Qu'est-ce que j'ai le droit de faire ? demande-t-il, soudain la gêne incarnée.

– Pas de marque visible, pas de blessure, rien qui m'empêche de continuer à travailler, surtout. À part ça, il n'y a pas vraiment de limites. J'en pose quand il y a plus d'un participant.

John a l'air positivement choqué cette fois.

– Je ne te demande pas ce que je peux faire… Je ne suis pas un de tes clients ! Je ne veux pas que tu te comportes avec moi comme avec l'un d'entre eux.

– Je ne peux pas faire autrement ici. Je suis un prostitué jusqu'à la fin de la nuit. Tu es un client.

– Tu n'as qu'à faire comme si ce n'était pas le cas.

– John, c'est un cadre duquel je ne peux pas sortir. Je ne veux pas en sortir. N'espère pas une seconde que je lâche plus de moi ici que je l'ai déjà fait avec toi. Ma vie privée n'a rien à voir avec ce que je fais en ces murs, c'est un fait, et ma personnalité n'a pas à entrer dans ce lieu.

– Tu n'as pas le droit d'être toi ? interroge John, comme si c'était injuste.

– Comme partout dans le monde du travail, non ? rétorque Sherlock, avant d'ajouter d'une voix plus ferme : Ma personnalité m'appartient. C'est mon corps et mes services que je monnaie. Pas le reste.

– Si on y retourne, tu seras obligé de redevenir le prostitué sans opinion aux grands yeux de biche aguicheurs ?

– Même si je n'y étais pas obligé, je ne saurais pas faire autrement.

– Tu ne sais pas te comporter normalement ?

– Ici ? Non. Même si tu veux être autre chose qu'un client — ce que je ne permets pas, autant qu'on soit clair dès le début — on s'est rencontrés dans ce cadre, tu vois de moi quelque chose qui n'existe que dans ce cadre, et je ne saurai vraiment pas poser les limites de ce qui me paraîtrait normal dans un autre contexte. C'est trop compliqué.

John a l'air assez peu satisfait de cette information. Puis il soupire et lâche :

– Va pour les yeux de biche aguicheurs que tu as eus toute la soirée, alors.

– Tu m'observes depuis combien de temps, ce soir, au juste ? interroge Sherlock, curieux.

– Longtemps. Je pensais que tu étais juste un invité comme les autres, à table, au début. J'étais en face, à six ou sept places de toi. J'ai mis un peu de temps à comprendre le motif de cette soirée. J'essayais d'imaginer dans quoi tu travaillais pour être l'un d'entre eux. Ou le fils de qui tu pouvais être. J'hésitais entre mannequin et acteur.

Ça a le mérite de faire rire Sherlock, quand il occulte le fait qu'il n'a même pas repéré cet homme alors que ce dernier l'observait, probablement peu discrètement. Il a perdu tous ses talents.

– Pas mal vu. Les putes ne sont pas les seules à monnayer leur corps et leur capacité à simuler. Mais tu te trompes de prêter des professions comme celles-là aux présents ce soir. Trop pauvres, puisqu'ils doivent encore travailler. Ce sont surtout des rentiers, ici. Ils ne doivent leur argent qu'à celui qu'ils ont déjà à foison tout en parvenant à être en surendettement permanent, et aux arrangements qu'ils arrivent à faire avec des individus influents et peu scrupuleux. Délits d'initiés, dividendes tirés d'entreprises qui exploitent des individus à l'autre bout du monde, puisqu'ils n'ont plus le droit de le faire ici, et dont ils n'utiliseront jamais les produits puisqu'ils ont bien trop d'argent pour ça. Tu n'entendras jamais leur nom en dehors de leur monde et ils ne seront jamais personnellement touchés par le moindre scandale puisqu'ils n'ont pas d'image publique à entretenir.

Sherlock réfléchit une seconde puis ajoute :

– Si, il y en a qui travaillent : à la City, ils manipulent des millions chaque jour, spéculent et sont ceux qui peuvent faire perdre des sommes qui se comptent en milliards à des banques que ton État sera obligé de renflouer plus tard pour éviter la ruine de dizaines de milliers de personnes comme toi et moi.

John ouvre la bouche, la ferme, inspire avec quelque chose qui ressemble à de la lassitude, déjà. Il passe sur l'information en revenant à sa dernière remarque :

– Ça m'a un peu moins amusé d'imaginer ton job quand j'ai compris ce que veulent dire les bracelets et que l'heure du dessert est arrivée.

Le sourire de Sherlock n'est plus qu'en coin et exprime de la commisération pour le médecin qui se hérisse :

– Arrête de me regarder comme ça. C'est pas à toi d'être désolé pour moi.

– Et tu n'as pas à être désolé pour moi non plus.

– Tu parles…

– Je suis sérieux, John. Si tu veux essayer de normaliser nos rapports et tenter d'oublier que tu deviens un de mes clients à partir du moment où tu m'adresses la parole , commence par arrêter de voir ma situation comme quelque chose de désolant et de me le faire comprendre. C'est toi que ça choque. Pas moi. C'est ton sentiment de misérabilisme qui me heurte et m'oblige à considérer comme négatives des choses que j'appréhende d'une façon neutre et seulement nécessaire, d'habitude. Si tu pouvais juste me voir comme un type qui fait son job, quel qu'il soit, ce serait beaucoup plus simple pour nous deux. Je ne suis pas une victime. Tout ce qui se passe dans ma vie découle de choix et de décisions personnels pris en conscience. Ne m'adresse pas ton regard désolé comme si je n'avais aucun pouvoir sur mon existence et que je me contentais de tout subir. C'est insultant pour beaucoup de monde. Pour ces hommes qui profitent simplement d'un service qui a été payé, dans une transaction étudiée et signée par les deux parties… et pour moi.

John finit par lever une main en signe de reddition.

– OK. OK, j'essaie d'arrêter. Comment je dois faire pour que tu n'aies affaire à aucun d'entre eux, d'ici la fin de la nuit ?

C'est mignon, décide Sherlock. C'est mignon, parce que c'est poser un voile sur un problème qui n'en disparaîtra pas pour autant. C'est le repousser de quelques heures et c'est adorable de la part de cet homme de simplement essayer.

– Que tu m'accapares, j'imagine, répond-il et lui offrant son coude. Et que tu assumes le fait que je ne toucherai plus de pourboire de la soirée, par ta faute.

– J'assume complètement, promet John en passant son bras dans le sien et en le dirigeant vers la porte puis à travers le couloir du personnel. Qu'est-ce que tu fais de tout cet argent, de toute façon ?

Ils sont de retour dans la salle principale. L'activité est toujours au beau fixe. Il y a beaucoup de nudité plus ou moins franche, de nourriture et de sexe. Partout sur des tables basses, des guéridons et des putes, comme lui tout à l'heure, Sherlock voit de petits tas et des lignes de poudre blanche et c'est toute sa concentration qu'il lui faut pour en détourner le regard et taire le serpent qui s'est élevé en lui et patiente, immobile, à l'affût. Il éloigne le désespoir profond et impossible à raisonner en lui, présent que parce qu'il sait qu'il ne touchera pas à la drogue malgré son omniprésence. Il est devenu un spécialiste dans le contrôle serré du craving.

– Ah ? Ça te concerne, soudain, dans quoi je dépense mon argent ? demande-t-il à son client pour se détourner de cette marée de coke inaccessible.

– C'est juste que si tu avais un parent âgé et en mauvaise santé à entretenir quelque part ou une petite sœur handicapée ou un enfant en bas âge qui nécessite de fortes dépenses, je comprendrais mieux.

Sherlock éclate de rire, un rire cristallin qui n'a rien à voir avec ses aboiements habituellement rauques et acerbes. Ça lui attire une œillade déroutée du blond à côté de lui, avant qu'une ombre passe dans son regard fataliste. Oui, Sherlock est de nouveau en scène et il a déjà laissé bien trop entrevoir à John ce soir. Il n'offrira pas la moindre miette de lui-même aux autres. Il garde un sourire éclatant et envoie une expression faussement joueuse au médecin, totalement incohérente par rapport à leur conversation. Quelques têtes se tournent puis s'attardent vers eux — vers lui.

– N'essaie pas de me trouver des circonstances atténuantes, John. Tu serais vraiment déçu. Je ne vaux pas mieux que chacun des individus présents ici. Je ne parle bien sûr pas des prostitués qui ont tous et toutes leur histoire personnelle que je ne connais pas et, peut-être, une raison noble de vendre leur corps, puisqu'il en faut apparemment une. Mais ce n'est absolument pas mon cas.

John lui adresse un regard froncé, comme si lui trouver un motif était impérieux, une cause à cette conséquence, et Sherlock s'en sent désolé pour lui. Comme le médecin ne le dirige physiquement nulle part, Sherlock les mène vers un canapé au revêtement de velours rouge dont il étudie rapidement la propreté avant de faire asseoir John et de prendre place à côté de lui. Le médecin garde une pose assez raide alors que Sherlock se prélasse contre le dossier et l'accoudoir. Du bout de chacune de ses Oxford, il se débarrasse de l'autre puis amène ses pieds enchaussettés sur les cuisses de John avec un sourire toujours aussi joueur. L'homme blond lui envoie un regard plissé et méfiant.

– C'est quelque chose que je t'autoriserais à faire en public, dans un contexte différent, si ça peut te rassurer, lui lance Sherlock avec, toujours, l'œil taquin. Mais si tu ne veux pas avoir à gérer des gêneurs du type de celui de tout à l'heure, il va falloir avoir l'air un minimum entreprenant. Je suis un homme très demandé.

– Formidable, maugrée John.

Sherlock rit, encore, quand le médecin, tout renfrogné qu'il peut être, ne peut empêcher son regard de lécher la peau de son ventre parce que le prostitué en a écarté les pans de son vêtement toujours déboutonné. Du pied, Sherlock fouille au-dessus de la ceinture de John pour sortir de son pantalon sa propre chemise minutieusement rentrée dedans.

– Arrête, ordonne ce dernier en posant les mains sur ses pieds.

– Détends-toi, John. Je ne peux pas être le seul à jouer la comédie ce soir. On n'est vraiment pas crédibles si tu restes là à faire la gueule alors que je te tourne autour. Et on devrait être à nudité égale.

– C'est pas moi, le prostitué, répond le médecin du tac au tac et ça enchante Sherlock.

– Parfait, tu commences à comprendre la dynamique qu'on doit afficher. Fais quelque chose avec tes mains, ce que tu veux. Et parle, de tout, de n'importe quoi, de quelque chose qui t'intéresse, histoire d'avoir l'air un peu plus détendu que si tu avais un cactus coincé dans le rectum.

– Tu es très vulgaire.

– Ça, c'est vraiment une remarque amusante dans ce contexte, se marre Sherlock avec plus de sincérité que ses rires précédents.

Les doigts de John toujours posés sur ses pieds croisés bougent un peu, comme s'il ne savait pas vraiment quoi en faire. Puis il commence à appliquer des massages sur sa plante droite. Il s'y prend bien, réalise Sherlock. Le prostitué se cale plus confortablement dans le fauteuil, s'y coule avec un « Mmh » satisfait et vibrant qui fait tourner au moins trois visages dans sa direction et provoque de la part de John un regard assez intense qu'il soutient avec une étincelle dans le sien. Le médecin secoue la tête.

– Tu es impossible, l'accuse-t-il.

– C'est de ta faute. Tu es très bon à ce que tu fais, le gratifie Sherlock en même temps qu'il l'accuse joyeusement, avant de fermer les yeux pour se concentrer sur la sensation qui diffuse une détente dans tout son corps. Parle-moi.

– De quoi ? demande son masseur personnel en continuant ses pressions prodigieuses.

– Je sais pas. Comment un médecin honnête et moral avec un penchant pour le voyeurisme s'est-il retrouvé dans cette assemblée alors que son seul statut et sa… mh, disons pauvreté relative n'en font pas un invité logique ?

– Je n'ai pas un penchant pour le voyeurisme, se hérisse John.

– Si j'ouvrais ma braguette et que je commençais à me caresser devant toi, là, sur ce divan, tu ne regarderais pas ?

Le médecin est un instant sidéré par la question crue. Puis il se reprend, plisse des yeux accusateurs en se léchant les lèvres comme s'il réfléchissait à une réponse, et déglutit.

– Ça aussi, c'est quelque chose que tu m'autoriserais à faire en public dans un contexte différent de celui-ci ? demande-t-il finalement, acerbe.

– Je n'ai pas besoin de ta participation pour ça, rit Sherlock. Et la réponse est oui, à partir du moment où j'aurais la certitude qu'aucune des personnes autour de nous ne se sentirait offensée à ce que je me masturbe en sa présence – ce qui en fait une réponse théorique plutôt que pratique, je te l'accorde, puisqu'une telle condition nous ramène assez inévitablement à un contexte comme celui-ci.

– Alors ça fait de toi, quoi, un exhibitionniste ?

– Complètement, décoche-t-il avec un grand sourire. Heureusement. Ça rend une partie de mon job moins compliquée. J'ai des connaissances qui sont incapables de bander quand elles sont en public. C'est plutôt problématique dans mon milieu. Encore que comme on dit entre prostitué : pas besoin d'une trique pour avoir une barre dans le Q.

– Vulgaire, commente John.

– Désolé, je me suis déjà lavé la bouche au savon, je pense être une cause perdue, se marre Sherlock avant de fondre sous un point massé avec talent. Mmmh… Recommence ta pression à cet endroit. Aaah…

C'est très honnête. Vraiment. Peut-être un peu désinhibé puisque l'inhibition n'a pas sa place ici, mais c'est presque innocent quand il demande spontanément à John de réitérer son massage. Il sent la tension dans le médecin changer, sous ses pieds.

– Ils te regardent, grogne John en s'exécutant malgré tout. J'espère que ça te fait du bien.

Sherlock ne sait pas s'il parle des yeux sur lui ou de son massage, alors il se contente de sourire sans répondre. Il gronde quand il entend un serveur demander à John s'il souhaite un rafraîchissement et se marre de tous les « s'il vous plaît » que le médecin met dans sa requête d'un ballon de vin rouge. Ses lèvres s'étirent avec plus de douceur lorsque son client plus ou moins factice ajoute à sa commande un verre de jus d'orange « pour le gentleman ».

Les doigts, quand ils en ont fini avec le pied droit puis le pied gauche, se posent sur ses chevilles et ne bougent plus.

– Crédibilité, John, murmure Sherlock, dans un état de sérénité podale singulièrement divine. Les vautours guettent d'autant plus que tu as attiré leur attention sur nous.

– C'est toi qui as fait ça. Avec tes bruits. Ils se foutent complètement que je sois là, c'est toi qu'ils regardent.

Ses doigts se meuvent tout de même. Le massage reprend, autour des chevilles. John, à un moment, lui enlève ses chaussettes pour manipuler ses articulations.

– Tu es kiné aussi ? Ou ostéo ?

– Non. Juste un bon amant.

Les doigts glissent sous le pantalon. Pas très haut, pas de manière très franche, les ongles et l'extrême bout de sa pulpe se contentant d'effleurer les mollets et la peau tendue sur les tibias, à rebrousse-poil puis vers les pieds.

– Tu as conscience que ce n'est pas à toi d'essayer de me draguer ? demande Sherlock avec un sourire.

– Mais ça marche ?

Sherlock devrait répondre « oui », étant donnée la chair de poule qui naît sous les doigts tendres, mais il est certain que John la sent déjà. C'est reposant d'être pour une fois celui qui est caressé et cherché. Les mains reviennent aux pieds nus. Sherlock les lui retire violemment avec un « Non ! » qui vient du fond du cœur quand les pressions deviennent volontairement chatouilles.

Il voit, maintenant qu'il rouvre les yeux, et que ça a été reposant de s'abstraire du sens de la vue pendant quelques minutes, le sourire narquois de John.

– Non, répète Sherlock, quand la main du médecin essaie de lui reprendre la cheville.

– Promis, plus de chatouilles.

Sherlock le jauge du regard puis consent à ramener son pied à sa portée, encore très méfiant, tout de même. Pour sa plus grande satisfaction finalement, puisque les massages reprennent, directement sur sa peau nue cette fois.

– Tu aimes les pieds à ce point ? taquine-t-il le médecin.

– Quoi, en plus du voyeurisme, tu vas me diagnostiquer fétichiste des pieds ?

– Excellent masseur, déjà, pour commencer.

– J'ai un peu étudié la réflexologie.

– Ah, tu vois, je savais que ce n'était pas un intérêt purement amateur.

– Ça nous met à égalité, alors ?

Sherlock sourit et John demande, l'air soucieux, soudain :

– Ça ne te dérange pas, ce genre de blagues ?

– J'adore tes blagues.

– Quelle part du client et quelle part de l'homme s'expriment ?

– John, si je me comportais comme je le ferais avec n'importe quel client, j'aurais déjà grimpé sur tes genoux en te faisant croire que j'en ai envie et il y aurait de bonnes chances pour que j'aie ta bite en moi et pour que je simule de trouver ça incroyable même si tu ne faisais vraiment rien pour que ce soit le cas. On aurait sans doute échangé trois ou quatre mots, probablement pas. Et pas la peine de prendre cet air satisfait, gronde le prostitué. Je suis profondément mécontent de ce qui se passe en cet instant. Si un seul de mes clients me demande s'il peut me faire un massage des pieds, dans les temps à venir, je te tiens pour unique responsa... Mmmh…

C'est le pouce de John qui joue exactement sur le point que Sherlock lui a souligné plus tôt et qui interrompt le prostitué dans son incrimination.

– Il se pourrait que je sois en effet en train de devenir fétichiste des pieds, soulève le médecin avec un sourire alors qu'il continue ses attentions et que Sherlock a envie de lui sortir tout son répertoire d'onomatopées associées au plaisir sexuel de façon bruyante et absolument obscène pour l'en punir. Sherlock, reprend-il. Plus tard, dans un autre contexte…

– Non, coupe Sherlock.

– Quoi ?

– Oublie. Oublie toute notion de plus tard, d'autres contextes. Il n'existe rien en dehors d'ici et maintenant.

– Attends, dit John en s'interrompant cette fois, toute trace d'amusement quittant son ton. C'est stupide.

– Ça n'a rien de stupide. On s'est rencontrés dans ce cadre, tout ce qui se passe reste dans ce cadre.

– Et ce que tu me disais il y a trente secondes, sur ce que tu ferais avec un autre client et ce que tu fais avec moi…

– Ça n'en est pas moins dans ce cadre. Tu es un client et je suis une pute.

– Alors quoi ? Je ne suis pas assez bien pour toi en dehors de cette pièce ? Tu n'aurais même pas posé les yeux sur moi si on s'était croisés dans la rue et qu'il n'y avait pas de l'argent à la clé, c'est ça ?

Sherlock regarde son air soudain vexé avec une incompréhension totale.

– Je n'en ai aucune idée. Au premier abord, je te répondrais sans doute que c'est effectivement le cas, puisque je ne recherche vraiment personne avec qui coucher ou tisser quelque relation que ce soit, en dehors des soirs où je bosse. Surtout, c'est toi qui n'aurais pas continué à me regarder longtemps si on s'était rencontrés dans la rue et que tu avais appris mon métier.

– Tu n'as pas à avoir honte de ton métier et ce n'est certainement pas moi qui te dirais le contraire.

Sherlock éclate de rire, cette fois, et il oublie d'avoir l'air innocent, joueur, ou toute autre notion qui s'opposerait au sarcasme noir :

– Et pourtant, tu passes ton temps à essayer de me trouver des circonstances atténuantes à faire ce que je fais. C'est vrai que si elles existaient, ces circonstances, ça gratifierait un peu plus ta bonté d'âme qui t'a mené jusque dans les chiottes où je prenais une pause pour voir si j'allais bien, vu que tu t'es apparemment convaincu que ce que tu peux dire a une influence sur ma petite personne fragilisée par la vie. Ça confirmerait que tu as eu raison de me serrer la main dans un magnanime abaissement de l'homme que tu es à mon niveau d'être souillé et désespéré de serrer la main à un individu décent. J'espère que tu te sens encore désolé pour le pauvre individu que je suis, d'ailleurs : ça apporterait un nouvel argument à cette liste. Mais tu n'as pas le moindre jugement sur la question, non, non, finit Sherlock avec toute son ironie.

Le médecin le fixe en silence, ouvre la bouche comme s'il allait répondre, mais s'abstient finalement et baisse les yeux sur ses mains qui se sont fermées durement, à un moment, sur les chevilles de Sherlock. Comme s'il en prenait conscience, il desserre les doigts.

– Tu m'agaces.

– C'est moi qui t'agace ?

– Oui. J'aimais bien croire que je n'avais aucun préjugé sur les femmes que je soigne.

– Tu travailles avec des prostituées ? s'étonne Sherlock.

– Souvent. C'est à moi que mes collègues les envoient, à l'hôpital.

– Merde, parce que tu bosses dans le public, en plus ? Comment tu as pu te faire inviter ici, honnêtement ?

John, encore une fois, se hérisse, mais il semble à Sherlock que ce n'est pas virulent comme quelques secondes plus tôt.

– Oui, je bosse dans le public, et non, ce n'est pas parce que je suis mauvais dans ce que je fais. C'est un choix, parce que je crois au public et je connais des médecins très mauvais qui pratiquent en clinique parce que ça leur fait gagner plus, qu'ils peuvent choisir les pathologies qui leur rapportent le plus, et parce qu'ils n'ont aucun comptes à rendre à une hiérarchie concernant leurs prises en charge et leurs actes abusifs.

Sherlock se redresse dans le canapé, cette fois, et incline le buste pour poser une main sur le poignet de John dans le but de l'interrompre.

– Je sais, convient-il avec une voix douce. Je sais très bien ce qui motive les médecins à rester à l'hôpital quand ce n'est pas l'ambition. Tu n'as pas l'air d'être un type ambitieux.

– Et ça aussi ça fait de moi un intrus ici ? grince John.

– Plutôt, oui. Tu n'as l'air ni d'un intrigant, ni d'un stratège, ni d'un type prêt à tout pour arriver à ses fins. Et arrête de faire cette tête, c'est un compliment.

John le fixe en silence un moment avant de lancer :

– Tu souffles le froid et le chaud constamment. Tu en es conscient ?

– Je dis ce que je pense. C'est de ta faute. T'avais qu'à te comporter comme un client normal. Tu n'aurais pas eu affaire à mon honnêteté. Là, tu m'obliges à me dévoiler.

À ce dernier mot, les yeux de John s'arrêtent une fraction de seconde de trop sur la chemise ouverte, dont les pans encadrent le torse de Sherlock quand il est assis et penché ainsi en avant. Alors le prostitué balance la tête sur le côté, ferme ses doigts sur la main de John, toujours sous la sienne, et attire cette dernière jusqu'à son torse une nouvelle. Quand il la pose sur sa peau, cette fois, le médecin ne la retire pas.

– Il n'y avait de la coke que sur mon ventre et j'ai tout enlevé, tout à l'heure. Si ça te rassure. Si ça te frustre, il y en a de quoi se faire une bonne vingtaine de traces sur la table basse juste à côté.

Sherlock sourit en prononçant ses mots et John lève les yeux au plafond dont les moulures sont toujours autant ou aussi peu Henry VIII que tout à l'heure.

La main n'est pas retirée de son torse, mais elle ne bouge pas. John la fixe et Sherlock lui laisse le temps de prendre sa décision.

– Tu n'obtiendras pas de moi le pourboire que tu aurais d'un de ces types pour le même genre de service, l'avertit le médecin. Tu en es conscient.

– Je t'interdis de m'offrir le moindre pourboire, souffle Sherlock, parce que la potentialité derrière cette mise en garde lui coupe la respiration et, s'il a rarement si ce n'est jamais eu envie de sexe avec un client comme il en a envie en cet instant, la réaction de son propre corps le prend par surprise.

– Je préférerais que ça se passe autrement, reprend John.

– Il n'y a pas d'autrement. Il y a toi, moi, maintenant. Et après cette nuit, si on se voit à nouveau, ce sera dans ce même type de soirée et nulle part ailleurs.

– Tu n'exerces jamais dans un autre cadre ? Un rendez-vous avec un client ? Seul ?

– Non, John, le prévient Sherlock.

– Quoi, « non » ? Non tu ne le fais pas, ou non autre chose ?

– Tu n'auras pas recours à la prostitution pour me revoir. Tu ne vas pas te mettre à payer quelqu'un pour coucher avec.

– Ce n'est pas interdit par la loi. Contrairement à ce qui est sur le point de se passer.

– Ce n'est pas le problème, souffle Sherlock alors que la main, cette fois, caresse plus franchement sa peau sous la chemise.

– Quel est le problème ?

– Je ne veux pas.

La main de John monte à son visage, cette fois, se pose sur sa joue et le médecin oblige Sherlock à le regarder dans les yeux. Il le fixe, longuement, détaillant le reste de son visage, et Sherlock se demande bêtement s'il va l'embrasser. Ça arrive avec certains clients même si c'est plutôt rare, qu'il n'en a jamais envie, alors, et que s'il n'a pas envie d'en arriver là avec celui-ci, c'est pour une tout autre raison. C'est « bêtement » qu'il se demande si John Watson va l'embrasser, puisqu'un baiser n'est manifestement pas dans l'idée du médecin qui, en lieu et place de poser sa bouche sur la sienne, assène avec délicatesse :

– Tu ne ressembles vraiment pas à ton frère. »

Et là, les moulures Henry VIII s'abattent probablement sur le crâne de Sherlock.

.

À suivre


Et voilà pour cette semaine !

Il y aura deux versions du chapitre trois, publiées en deux chapitres différents, dans lesquels il se passera exactement la même chose mais plus ou moins détaillé, et qui amènent donc tous deux vers le même chapitre 4. Vous choisirez la version qui vous fait envie ! (il y a une différence de quelque chose comme 3000 mots entre les deux).

Merci pour votre lecture, et à la semaine prochaineuh !

Nauss