Erine sentit les rayons du soleil sur ses yeux et elle se réveilla. Ses yeux s'ouvrirent lentement et elle bâilla en s'étirant. Sa jambe la lançait un peu mais cela ne la gênait pas. Les guérisseurs avaient fait du bon boulot, elle serait rapidement sur pieds.
La jeune femme soupira en repensant à la journée d'hier : le Caravanier l'avait vu ainsi, blessée et incapable de marcher. Elle ne supportait pas cette pensée. Pourquoi avait-il fallut que ce soit lui ? Il s'inquiétait déjà beaucoup pour elle ! Par exemple, lors de sa première fois contre le Gore Magala, il semblait tellement stressé qu'il lui avait redemandé au moins vingt fois si elle avait des aiguisoirs et des potions. Si ce n'était pas plus. Maintenant, ça allait être encore pire. Erine se questionnait sur les nouvelles lubies qu'aurait le Caravanier à son égard.
Elle secoua la tête pour arrêter de se poser des questions inutiles. De toutes manières, elle le saurait dans peu de temps. En effet, elle ne comptais pas rester assise pendant des semaines. Encore une journée de repos et la chasseuse avait décidé de repartir en chasse. Il fallait également qu'elle aille améliorer son insectoglaive en Gore Magala à la forge. Le forgeron et la petite de Harth devait l'attendre avec impatience. Et elle aussi avait hâte.
Erine s'assit au bord de son lit. Elle allait se lever quand elle remarqua des béquilles à côté de son lit. Elle les pris et sortit. La lumière l'aveugla un instant mais la chaleur sur son visage lui fit du bien.
-Oh Erine ! Tu es réveillé ?
C'était Guilda qui se tenait penché sur son bestiaire. Elle l'avait toujours avec elle. La jeune Guilda la considéra avec des yeux ronds.
-Bien sûr, je ne comptais pas dormir toute ma vie. lança joyeusement la chasseuse.
La jeune femme en tenue verte sourit et traversa la rue pour la rejoindre.
-Tu t'es levée tôt dis-donc ! Tu es corriace même pour une chasseuse ! dit-elle en se dandinant gaiement.
-Merci Guilda. répondit Erine en un large sourire.
Cette dernière hocha la tête comme pour dire "de rien" et lui indiqua que le Caravanier se trouvait à la Taverne.
-Pourquoi est-il à la taverne ? s'étonna Erine.
-Je ne sais pas. Il ne me l'a pas dit. éluda t-elle un peu embarassé avant de filer à l'anglaise.
La jeune femme haussa les épaules et alla à la rencontre du forgeron.
-Hey salut !
-Déjà debout Erine, comme d'habitude. sourit-il en lui posant un petit tabouret.
La chasseuse s'assit et exprima sa gratitude d'un sourire.
-Eh oui. Tu me connais bien, tu t'y attendais.
-Oui, j'ai pris l'habitude.
La petite de Harth venait d'arriver et vint enlacer Erine, gaie comme un pinson.
-Enfin ! Tu es debout !
-Comment ça "enfin" ? rit la jeune femme en la serrant dans ses bras elle aussi.
-Ben parce que c'est déjà 9h du matin ! Il faut qu'on s'occupe de ton équipement aussi ! répondit la petite en sautillant sur place.
Le forgeron et Erine éclatèrent de rire avant que cette dernière ne leur fournisse les composants durement récupérés. Ils se mirent au travail en un clin d'oeil.
Avant de partir, Erine leur demanda :
-Au fait, vous savez pourquoi le Caravanier est parti à la taverne ?
Les deux forgerons se regardèrent et haussèrent les épaules. Comme Guilda auparavant, ils semblaient mal à l'aise. La jeune femme ne leur en tint pas rigueur, elle avait le sang chaud et pouvait rapidement s'énervée, même pour une broutille. Elle fronça néanmoins les sourcils tout en se dirigeant, clopin clopant, vers la taverne. Quelque chose clochait. Qu'y avait-il donc de si grave pour que ses amis décident de ne rien lui dire, de peur de la mettre en colère ?
A la taverne, c'était toujours joyeux. On riait, on buvait, on chantait et on ripaillait. La chasseuse sourit, elle aimait cette ambiance. D'aucun dirait que c'est plus pour les hommes que pour les femmes à cause des hormones, de la virilité,... et toutes sortes de conneries de ce genre. Toutefois, il était sûr que des femmes pouvaient tenir le rythme et être aussi "viriles" que des hommes. Certaines étaient même plus fortes que des hommes question beuveries.
Erine repéra rapidement le Caravanier, malgré sa masculinité, l'homme ne semblait pas tellement dans son élément. Il était indéniable qu'il aimait boire un coup de temps à autre, mais il semblait parfois mélancolique et seul au milieu de cette foule de joyeux lurons.
La jeune femme alla à sa table et s'assit à côté de lui. Il ne put pas la voir tout de suite, perdu dans ses pensées. Il sursauta donc, en sentant la main d'Erine sur son épaule.
-Erine, tu es réveillé. souffla t-il avec un petit sourire.
-Comme tu vois, Guilda m'a dit que je pourrais te trouver ici. C'est rare de te voir traîner à la taverne.
-Oh, tu sais bien que trinquer tous les jours c'est pas pour moi. fit-il en secouant la main.
-Alors. Qu'est-ce que tu manigances ? demanda t-elle en se penchant doucement en avant, le regard impassible.
Il manqua s'étrangler dans sa chope et avala difficilement son contenu.
-Pourquoi penses-tu que je fais quelque chose ? A part boire je veux dire.
-Et bien, Guilda, le forgeron, la petite, ta réaction... Je suis sûre que si je vais demander au cuistot et au marchand wyvernien ils confirmeront mes dires. répondit-elle en énumérant sur ses doigts.
Erine n'était pas en colère, du moins pas encore. Elle n'aimait pas s'énerver contre ses amis et surtout pas avec le Caravanier. Cependant, elle sentait de plus en plus que cette histoire allait la faire enrager.
Le Caravanier lui fit une mine déconfite et honteuse. Il but encore une gorgée de bière avant de lui répondre.
-Inutile d'aller leur demander. Je vais te le dire mais... s'il te plaît... ne me juges pas trop sévèrement. Je me fais vieux et j'ai peur pour toi.
-Mais non tu n'es pas vieux. rit-elle avant de s'arrêter, trop surprise par la suite.
Il a vraiment peur pour moi ?! C'est pire que ce que je pensais. Qui suis-je donc réellement pour lui ? Pour un autre chasseur, bien qu'il tienne aux gens, il ne réagit pas pareil !
Erine sentait le poids des yeux du Caravanier sur elle. Il fallait qu'elle choisisse ses mots avec soin si elle ne voulait pas le blesser.
-Je sais que tu t'inquiètes pour moi. C'est normal, je suis humaine et donc pas à l'abri d'une erreur, mais... je suis une chasseuse. Je connais mon métier, je connais les risques.
La jeune femme s'arrêta un instant, sentant qu'elle allait marcher sur des oeufs. Le Caravanier la regardait d'un air malheureux, lui aussi savait ce qui allait suivre. Des mots durs à entendre, pour l'un et l'autre, une grosse dispute au mieux, une scène dans la taverne au pire, des larmes, des regrets et peut-être une rancune durable.
-Caravanier, tu n'es pas chasseur. Je sais que tu veux m'aider, mais tu ne le peux pas quand je suis en chasse et trop t'inquiéter pour moi n'arrangera rien. souffla t-elle sans méchanceté.
L'homme hocha la tête et détourna le regard. Erine étouffa un soupir, elle détestait parler comme ça à son ami et, on pourrait le dire, son père. Oui car, sans être lié par le sang, elle considérait le Caravanier comme son deuxième père. Cela semblait être le cas aussi pour lui. C'était d'autant plus gênant pour elle de lui expliquer.
-Je comprends. fit-il après une grande inspiration. Et c'est dur à entendre. Mais, je veux quand même m'assurer que tu seras en sécurité pour tes prochaines chasses...
Erine se raidit.
-Caravanier. Qu'est-ce que tu as fait exactement ?
-Salut gente demoiselle ! Alors c'est toi que je dois aider pour les chasses ? s'écria une armure en Gore Magala en s'approchant d'elle.
La personne qui venait d'intervenir ôta son casque et s'assit à table avec eux, juste en face d'elle. C'était un homme, de stature plutôt grande, les cheveux et une petite barbe noire, yeux bleu, regard perçant et assuré. Le stéréotype des contes de fées en chair et en os. Il ne manquait plus qu'une grande épée en or et un fidèle destrier blanc et on virait au cauchemar.
Erine regarda l'homme d'un oeil torve et grommela à l'intention du Caravanier.
-C'est ça ton aide ? Un type à peine plus fort que moi, version prince charmant ? On dirait que tu cherches plus à me caser qu'autre chose mon ami...
-Erine, c'est l'un des meilleurs chasseurs que j'ai trouvé et qui accepte de combattre avec toi. Tous les autres que j'ai remarqué sont soit trop faibles, soit trop forts pour vouloir faire les quêtes que tu convoites. expliqua le Caravanier en se tordant nerveusement les mains.
-Il y a problème ? demanda l'homme en haussant les sourcils.
La chasseuse se prit le visage dans les mains. Elle allait craquer ou mordre, à elle de voir. Ni une, ni deux, elle attrapa ses béquilles, se leva et s'en alla le plus rapidement qu'elle pouvait. Le chasseur jeta un oeil au Caravanier qui retenait à grand peine son embarras. Il l'a rattrapa et la força à s'arrêter.
-Attends. Je ne sais pas ce que c'est l'embrouille. Mais il faut que je te parle.
-Lâche-moi ou je te castre. lança t-elle menaçante.
Il y avait des larmes qui ruisselaient sur son visage et une sourde déception transpirait de son regard.
Le chasseur, qui tenait à son matériel masculin, recula un peu mais continua de lui bloquer le passage.
-J'entends bien ce que tu dis, mais... ton ami, le Caravanier, à l'air désespéré. Je vois bien que ce n'est pas un combattant et il... semble en souffrir. murmura le chasseur avec douceur.
-Je sais. Mais ce n'est pas en faisant mes quêtes avec toi, sans vouloir t'offenser t'es clairement pas mon genre en passant, que ça va changer. Les chasses sont dangereuses, même à plusieurs. Et c'est parce que j'ai peur de... que je...
Erine cessa son flot de parole, sachant que si elle rouvrait la bouche, elle allait en dire trop. Sans parler des sanglots réguliers qui la secouait de spasmes. Le jeune homme en face d'elle eut un sourire triste et finit par lâcher :
-Ecoute, je te propose un truc. On essaie d'en faire une ensemble et après, c'est à toi de choisir. Au moins pour voir comment ça se passerait. Tu es d'accord ?
La jeune femme soupira, s'essuya les yeux et considéra enfin sa demande.
-Bon d'accord. Mais une seule fois. Maintenant j'aimerais être seule.
-Ok je te laisse. Tu me trouveras à la taverne quand tu voudras chasser. répondit-il en la laissant tranquille.
Erine sécha rapidement ses larmes, se composa un visage le plus impassible possible et fila sur le chemin pour rentrer dans sa maison.
