NdA :Voilà la deuxième partie ! Merci beaucoup à tous ceux qui me lisent, et un merci particulier à tous ceux qui prennent le temps de laisser un commentaire.
Bien entendu, je ne possède aucun droit sur les personnages de la série et ne fais aucun profit avec, je ne les utilise que pour le plaisir et celui des gens qui me lisent.
Lundi, 11h45 du matin, QG du NCIS,
Deux heures.
C'était le temps que Ziva venait de passer au téléphone avec une foultitude de gens afin de vérifier -deux fois, cela va de soi !- les affirmations de la petite amie du sergent Adams.
Elle raccrocha brutalement le téléphone et regarda Tony, assis lui aussi à son bureau, en train d'étudier le portable du marin.
« Si j'entends encore une seule personne me dire à quel point ce Mike était génial, je crois que je vais venir chèvre. »
Tony leva à son tour les yeux vers elle.
« Devenir chèvre, Ziva, on dit 'devenir chèvre' ! Et dis toi que ça pourrait être pire : tu pourrais être en train de faire du porte à porte avec un Gibbs pas à prendre avec des pincettes, comme ce pauvre McGee. »
Ziva sourit.
« Et toi, Tony, tu as trouvé quelque chose d'intéressant ? »
« Rien. Nada. Nothing. Ce type était tellement banal que c'en est déprimant. Des emails de boulot et de quelques amis, une ébauche de roman, quelques téléchargements illégaux, des recherches sur les chiens labrador, pour l'anniversaire de sa copine, et sur les derniers résultats des Knicks … Plus américain lambda, tu meurs ! »
« Qu'est ce qu'on fait maintenant ? »
« Tu as vérifié que Wright et Adams ne se connaissaient pas ? »
« Oui, Tony ! Et je n'ai rien trouvé non plus. Ni coup de téléphone, ni amis en commun, ils habitaient à plus de cinquante kilomètres l'un de l'autre, Adams s'est engagé à une époque où Wright était en Irak et Wright a pris sa retraite alors qu'Adams était en mission sur un porte avion. Linda, la petite amie, n'a jamais entendu parler de Wright et Claire, la fille de Wright n'a jamais entendu parler d'Adams. »
Tony se leva et vint s'appuyer sur le bureau à côté de sa coéquipière.
« Tu sais que si on dit ça à Gibbs, on ne quittera pas le NCIS. »
« Tu crois vraiment qu'il nous tuerait, Tony ? » demanda-t-elle d'un air sceptique.
« Qui te parle de nous tuer ? Il va simplement nous garder enchaînés à notre bureau jusqu'à ce qu'on trouve ce qui nous échappe dans cette affaire … »
« Je suis sûre qu'il se montrera compréhensif si nous … » Elle fut interrompue par l'ascenseur qui tinta en arrivant à l'étage.
Tony et Ziva se précipitèrent aussitôt derrière leurs bureaux respectifs, Tony attrapa le téléphone et Ziva le répertoire du capitaine Wright et tout deux firent mine d'être plongés dans un travail intense et fastidieux.
Mais Gibbs traversa la pièce sans leur accorder le moindre regard, s'engouffra dans le second ascenseur, celui qui descendait vers le labo et la morgue, et disparut.
Tony et Ziva en restèrent ébahis. Ils mirent quelques secondes à reprendre leurs esprits et se tournèrent fébrilement vers McGee qui venait de s'asseoir à son bureau.
« Qu'est ce qu'il a ? » demandèrent-ils en même temps.
« Le problème n'est pas ce qu'il a, mais plutôt ce que nous n'avons pas, en fait. » répondit McGee.
« Votre enquête n'a rien donné ? »
« Rien du tout. Je veux dire, il y a bien des gens qui ne l'aimaient pas, comme tout le monde, mais aucun n'avait un mobile suffisant pour le tuer et tous ont un alibi. Et de votre côté ? » s'enquit il avec espoir.
« Le gars de base qui payait ses factures à l'heure et dont le seul écart est deux contraventions pour stationnement gênant. »
« Peut être que quelqu'un a été suffisamment agacé par ces stationnements pour se venger ? »
Ziva et Tony se contentèrent de le regarder.
« Je sais, c'est pathétique. Mais si vous avez une autre idée … »
Tony soupira. « On n'avait pas d'autre idée, justement, alors on s'est renseigné. C'était des stationnements devant une bouche d'incendie. Et je vois mal une bouche d'incendie avoir des velléités de vengeance, donc … »
« Retour à la case départ. »
« Je continue de penser qu'à l'heure actuelle, c'est quand même ma théorie qui reste la plus crédible ! » Affirma Tony.
« Et c'est quoi ? »
« Qu'on a à faire au meurtrier parfait. »
Ducky se pencha sur le corps du marin une dernière fois. « Et voilà, sergent, je vous ai redonné votre apparence initiale. Avouez que vous êtes mieux comme ça, n'est ce pas ? » Il s'apprêtait à remettre le corps dans le réfrigérateur prévu à cet effet quand les portes coulissantes s'ouvrirent sur Gibbs.
« Jethro ! Tu arrives au bon moment, comme toujours ! »
« Tu as terminé l'autopsie, Ducky ? »
« A l'instant. Je dois t'avouer qu'elle ne m'a pas appris grand-chose de plus que celle du capitaine, mais il y a quand même quelques détails intéressants … Viens voir. »
Gibbs le suivit tandis qu'il s'approchait de la plaque lumineuse murale. Il y plaça une radio du thorax du marin.
« Comme tu le sais sans doute, Jethro, le cœur occupe une place assez précise dans le thorax : il se situe plutôt en bas, à gauche. En regard des vertèbres T6 à T8 pour être plus précis. Or la balle qui a causé le décès de ce pauvre sergent est entrée en plein cœur, mais n'est pas ressortie, comme le montrait l'absence d'orifice de sortie dans le dos. J'ai donc pensé la retrouver logée dans l'une des trois vertèbres situées derrière le cœur … » Il changea de radio, montrant une autre radio de thorax, prise cette fois de profil. « … Quelle ne fut pas ma surprise de la découvrir beaucoup plus haut, fichée dans la vertèbre T4 ce qui… »
« Et alors ?» l'interrompit Gibbs, peu désireux de subir l'un des longs monologues de Ducky.
« Tu le sauras si tu cesses de m'interrompre, Jethro ! Je disais donc que cette localisation pour le moins insolite m'a intriguée au plus haut point. C'est en pratiquant l'autopsie que j'ai découvert comment cette balle est arrivée là. Figure toi qu'elle est entrée dans le cœur, ainsi que je le supposais, au niveau du ventricule droit, qui a été littéralement déchiqueté sous l'impact, qu'elle a continué sa course dans le ventricule gauche puis elle a traversé la partie ascendante de l'aorte, puis sa crosse, pour venir finir sa course dans la quatrième vertèbre thoracique. »
« Et alors ? » Répéta Gibbs sur le même ton impatient.
« Et alors, cela nous apprend deux choses. Premièrement, que le tueur était très proche de sa victime, deux ou trois mètres, pour qu'une balle de ce calibre fasse autant de dégâts. Deuxièmement, que le tueur était soit un nain, soit assis, pour que cette balle suive une trajectoire montante dans le thorax, et non descendante, comme c'est le cas normalement dans ce genre de blessure. »
« Et tu penches pour quelle hypothèse ? »
« Pour celle d'un homme de taille normale, assis. En effet, si tu considères que nous avons à faire au même assassin que celui du capitaine Wright, touché en plein front par une balle qui a suivi une trajectoire droite, il s'agit forcément d'un homme qui mesure au minimum 1m80. »
« C'est ce que je pense aussi, Ducky. »
Ducky remarqua l'air soucieux de Gibbs. « Je suis aussi inquiet que toi, Jethro. Cet homme… » Il désigna le corps du sergent Adams, « … a été tué de sang froid par quelqu'un qui l'attendait dans son salon, probablement calé dans un fauteuil. C'était une cible qui n'a pas été choisie au hasard, Jethro. L'assassin savait exactement pourquoi il voulait que ce soit lui et pas quelqu'un d'autre. Il a tiré avec une précision absolue, sans la moindre hésitation. Oui, il n'y a aucun doute. En tuant ce marin, en tuant ces marins, pour être exact, il avait un but précis en tête. »
Abby était… agacée.
C'était bien la première fois qu'elle se retrouvait avec si peu de résultats pour tellement d'indices. L'examen -minutieux !- de chacun des vêtements des deux soldats n'avaient pas donné grand-chose, pas plus que celui des balles tirées.
Seules, les casquettes avaient fini par lui révéler un secret. Même si en y réfléchissant bien, elle aurait préféré ne pas le découvrir. Parce que ça lui avait foutue une sacrée trouille, et Dieu seul savait que pour effrayer Abby Sciuto, il fallait au moins être un tueur en série complètement fou et être sur le point de s'attaquer à ceux qu'elle aimait. Ce qui semblait être exactement le cas ici.
Elle sursauta en entendant la voix de Gibbs.
« Abby ? Tu as trouvé quelque chose. »
Elle se précipita dans ses bras.
« Gibbs! Je suis contente de te voir! J'étais tellement inquiète pour toi! »
« Heu, Abby, j'étais simplement avec Ducky… »
« Oui, mais quand tu sauras ce que j'ai découvert, tu comprendras les raisons de mon inquiétude! »
« Je t'écoute, Abby… »
Elle lui montra les casquettes découpées, posées l'une à côté de l'autre sur la table. « J'étais passée complètement à côté la première fois que je les aie examinées. Parce que j'étais focalisée sur la recherche de marques que l'assassin aurait pu laisser, tu vois. Mais je n'ai rien trouvé. Ça m'a tellement agacé que j'en ai jeté une par terre … »
Gibbs la regarda sévèrement.
« Je sais, on ne balance pas les indices par terre… Mais j'étais énervée, et si je ne l'avais pas fait, je n'aurais sûrement jamais découvert ce qu'elles contenaient… Bref, je la jette, et j'entends comme un bruit métallique… Je la ramasse et je sens un truc dur dans la doublure. Je l'ai ouvert, avec beaucoup de précaution, je te prie de me croire, et là… J'ai trouvé ça… »
Elle lui désigna la table sur laquelle reposait une petite plaque de métal de 1 centimètre sur 5 environ, en acier, très semblable aux plaques d'immatriculation des soldats. Gibbs s'approcha et lut l'inscription qui recouvrait la petite plaque.
Agent T. McGee
NCIS
Gibbs se retint de donner un coup de poing sur la table. Ce qu'il craignait se confirmait. « Je suppose que tu as trouvé la même dans l'autre casquette, mais à mon nom ? »
« Bah ? Comment tu le sais ? »
« Est-ce que tu t'es renseignée sur l'endroit où cet homme a pu obtenir de telle plaque ? »
« Bien sur ! J'ai appelé un ami qui fabrique ce genre de bijoux et je lui ai scanné celle-ci. Il pense que vu la mauvaise qualité du gravement, le tueur les a probablement fabriquées lui-même avec de l'acier que l'on trouve dans n'importe quelle quincaillerie. »
« Et les balles ? »
« Identiques dans les deux affaires, elles proviennent de la même arme. Un trente huit. Mais je suppose que ça aussi tu le savais déjà ? »
Gibbs soupira. Tout ça prenait une très mauvaise tournure. Il jeta un coup d'œil à sa montre. 12h05. Jenny, le Directeur, ne devait pas encore être partie déjeuner.
« Tony et Ziva vont t'amener un fauteuil, tout à l'heure, je veux que tu l'examines comme si la vie de McGee en dépendait ! »
« Pourquoi ? » demanda-t-elle alors que les portes de l'ascenseur se refermaient déjà sur lui.
« Parce que sa vie en dépend peut être vraiment ! »
Les portes se refermèrent sur lui, laissant une Abby abasourdie.
« Tony, Ziva, je veux que vous vous rendiez chez le sergent Adams et que vous me rameniez le fauteuil qui était le plus proche du corps. » demanda Gibbs en passant devant eux.
Devant leurs yeux étonnés, il se sentit obligé de leur fournir au moins une petite explication. « Ducky pense que le meurtrier était assis lorsqu'il a tiré. »
Tony, Ziva et McGee attrapèrent aussitôt leurs armes.
« Ok, patron, on se dépêche. »
Ils commencèrent à se diriger vers l'ascenseur.
Mais la voix de Gibbs les arrêta. « Où pensez vous allez comme ça, exactement, agent McGee ? »
« Eh bien, mais... Heu... Aider Tony et Ziva avec le fauteuil… »
« Surement pas! Allez plutôt aider Abby ! »
« Mais, à quoi faire, Patron ? »
« Allez y et c'est tout, agent McGee! »
« Bien, Patron… »
Gibbs reprit son ascension de l'escalier qui menait au MTAC.
Tony se tourna vers McGee. « Allez, dis nous tout. Qu'est ce que t'as fait pour le mettre dans une colère pareille ? »
« Mais, rien, Tony, je te le jure ! » lui répondit McGee tout aussi étonné que lui, en s'éloignant.
Gibbs traversa le bureau de la secrétaire en lui jetant un rapide coup d'œil -pour une fois !-
« Mme le directeur est encore là ? »
« Heu, oui, agent Gibbs. Mais vous ne pouvez pas entrer, elle est en réunion! »
Gibbs accorda autant d'importance à l'avertissement que d'habitude : il entra dans la pièce d'un geste désinvolte.
« S'croit tout permis, celui là, depuis qu'on a changé de Directeur ! Et madame qui ne lui dit rien ! Si ça tenais qu'à moi, j'te l'mettrais hors du bureau vite fait … » marmonna t'elle. Elle avait horreur qu'on ne tienne aucun compte de ses remarques.
La directrice était effectivement en 'réunion'. Elle était appuyée sur son bureau en train de rire -!- avec un grand type assis dans un fauteuil. Grand type qui devait forcément porter une perruque pour avoir autant de cheveux à son âge. Le type en question se leva brusquement à l'irruption de Gibbs tandis que Jen prenait un air courroucé.
« Agent Gibbs! Combien de fois devrais-je vous demander de frapper avant d'entrer dans mon bureau ? »
« Surement une fois encore, madame le Directeur ! » lui rétorqua-t-il en jetant un regard de mépris sur le costume Armani et les chaussures à 5000 dollars de l'inconnu.
« Ce n'est pas grave, Jenny. Je devais partir de toute façon. »
'Jenny ?!?'
L'inconnu attrapa la main de Jen et y déposa un baiser.
Gibbs se retint de l'attraper par le col de sa chemise trop blanche, histoire de le mettre dehors un peu plus vite. Ce gars ne lui inspirait pas du tout confiance.
« A ce soir, Miles. »
'A ce soir ?!?!'
« A ce soir, Jenny. Au revoir, agent … ? »
« Gibbs. Au revoir 'Miles'! »
Le fameux Miles quitta la pièce rapidement, un peu aidé en cela par le regard visiblement peu chaleureux de Gibbs, qui claqua la porte derrière lui.
Jenny avait ramassé ses affaires en vue de partir déjeuner. « Que me vaut l'honneur de ta visite –de ton intrusion, devrais je dire- de ton plein gré et à cette heure ci ? »
Gibbs écarta de son esprit la question qu'il aurait voulu poser –Qui c'est, ce type louche ?- pour en revenir à son souci principal.
« On a un problème. »
« Aïe. Ce doit être grave pour que tu décides de venir m'en parler avant que je ne le découvre moi-même… »
Gibbs ignora le sarcasme. « Suffisamment pour que tu viennes t'en rendre compte par toi-même. »
« Ça ne peut pas attendre jusqu'après le déjeuner, Jethro ? »
« Non, ça ne peut pas. Suis-moi, je vais te montrer le problème en question. » ordonna-t-il en franchisant déjà la porte. « Et on ira déjeuner après, si tu veux … »
Jen le regarda s'éloigner un instant en soupirant puis lui emboîta le pas. Elle n'avait rien de mieux à faire de toute façon. Elle le rattrapa en haut des escaliers. « Et où va-t-on ? »
« A la morgue. » Il ne semblait pas souhaiter en dire davantage pour le moment.
« Je vois … »
« Ducky, peux tu montrer le capitaine Wright à la Directrice, s'il te plaît ? »
« Heu, oui, bien sur, Jethro … » Le médecin légiste sortit la planche sur lequel reposait le corps du marin.
« Il ne te rappelle personne, comme ça, je suppose? » demanda Gibbs à Jenny.
Celle-ci, qui ne voyait absolument pas où il voulait en venir, lui répondit que non, effectivement, il ne lui rappelait personne.
« Très bien. Et si je te précise que c'est un ancien marin, qu'il a participé à une guerre en Irak, qu'il a divorcé plusieurs fois et que l'assassin tenait à ce qu'il ait les yeux bleus ? »
Jenny fronça les sourcils sans oser dire ce qui venait de lui traverser l'esprit, mais Gibbs avait remarqué son trouble.
« Mais si, c'est bien ce que tu crois. Tu rajoutes à ça le meurtre d'un autre marin, un jeune homme ayant écrit un roman tiré de son travail, et tu comprends pourquoi nous avons un sérieux problème. »
Ducky replaça le sergent dans le tiroir réfrigéré.
« Et comment se fait il que tu ais attendu deux meurtres pour m'en parler ? »
Gibbs ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
« Parce qu'avant qu'Abby ne découvre nos noms dans les casquettes de ces deux marins, nous ignorions que c'était nous qui étions visés !»
Elle ouvrit la bouche pour lui poser une autre question, mais il l'interrompit aussitôt.
« Tu auras tout le loisir de te plaindre de mon comportement pendant le déjeuner, mais là, je meurs de faim! »
Lundi, 13h45, QG du NCIS,
Hollis était furieuse.
Non seulement elle était encore en colère pour la dispute qu'ils avaient eu le matin même, mais en plus, il se moquait d'elle ! Elle l'avait attendu une demi-heure avant qu'il ne daigne l'appeler pour lui expliquer qu'en raison d'un problème majeur, il ne pourrait pas déjeuner avec elle.
'Un problème majeur, tu parles, oui !'
Dire qu'elle s'était bêtement inquiétée en l'entendant parler de problème majeur ! Tellement inquiétée, même, que malgré que Gibbs lui ait demandé de rester en dehors de cette histoire 'qui ne la concernait pas et qui serait sans doute bientôt réglée', pour reprendre ses propres termes, elle s'était rendue au NCIS.
Là, elle avait d'abord croisé Tony et Ziva, transportant tant bien que mal un gros fauteuil qui ne voulait visiblement pas entrer dans l'ascenseur. Elle leur avait demandé ce qu'était le 'problème majeur' mais ils n'avaient pas l'air très au courant. Ils ne savaient même pas où se trouvait leur patron.
Puis, elle avait croisé la secrétaire de la directrice qui partait elle aussi déjeuner, après avoir fini de classer le courrier de la matinée.
« Vous ne savez pas où est l'agent Gibbs, par hasard ? » lui demanda-t-elle.
La secrétaire la regarda avec un air de suspicion, comme se demandant si elle se moquait d'elle ou pas. « Il est parti déjeuner avec le Directeur, lieutenant-colonelle. Mais ça fait un moment maintenant, je pense qu'il ne devrait plus tarder à revenir. »
La colère pâlît brutalement Hollis.
« Ça ne va pas, lieutenant ? » s'inquiéta la secrétaire devant son silence et sa mine crispée.
« Ça va très bien, je vous remercie. » lui répondit-elle sèchement.
La secrétaire n'insista pas et s'éloigna rapidement.
'C'était ça, son problème majeur ? Déjeuner avec Elle ?' Il se moquait d'elle, ce n'était pas possible autrement !
Non pas qu'elle n'ait pas confiance en Gibbs. Encore que, avec ce que lui avait raconté Ducky… Non, c'était en elle qu'elle n'avait pas confiance, cette espèce de garce de directrice. Mon Dieu, comme elle la haïssait. Elle s'étonnait même d'être capable d'abhorrer quelqu'un à ce point. Ce n'était pourtant pas dans sa nature, mais c'était plus fort qu'elle. Elle avait… pressenti en cette femme une ennemie quasiment le jour même où elles s'étaient rencontrées. Maintenant, elle avait des envies de meurtres aussitôt qu'elle entendait sa voix.
« Lieutenant colonelle Mann! Que nous vaut l'honneur de votre visite parmi nous encore une fois ? »
Jenny avait été –désagréablement- surprise de trouver Hollis Mann au NCIS, après avoir clairement entendu Gibbs lui demander de rester là où elle était, c'est-à-dire chez elle. Et, du point de vue de Jen, c'était effectivement là que celle-ci était le mieux, même si elle ne l'avouerait jamais.
Hollis se força à sourire. 'De quoi je me mêle ?'
« Bonjour à vous aussi, Madame le Directeur. Il fallait que je parle à Jethro, c'est tout. Où est-il, d'ailleurs ? »
« S'il n'a pas jugé utile de vous le dire, c'est probablement qu'il a ses raisons, n'est-ce pas ? » lui répondit Jenny avec son plus charmant sourire.
Jenny 1, Hollis 0.
La haine luisit dans les yeux normalement avenants d'Hollis.
« Excusez-moi, mais je dois retourner travailler. J'ai été ravie de vous revoir, lieutenant. »
Jenny monta rapidement les escaliers sans un regard en arrière.
« Oh, surement pas à moitié autant que moi, Directrice. » murmura Hollis en la regardant disparaître. «Mais vous ne vous l'emporterez pas au paradis, croyez moi. »
Non, Hollis Mann n'était vraiment pas du genre à se venger. Mais elle était tout à fait capable de faire une exception, pour s'assurer que rien ni personne ne se mette jamais entre elle et Gibbs.
A cent lieux de s'imaginer ce qu'il se passait à l'étage juste au-dessus, Gibbs écoutait Abby lui relater ce qu'elle avait découvert à propos de ce fameux fauteuil.
Il y avait bien des résidus de poudre dessus, mais rien de plus. Ah si, ce qui ressemblait à un cheveu brun. Sur le coup, elle et McGee avaient été surexcités… jusqu'à ce qu'ils découvrent qu'il s'agissait d'un bête poil de chat. En gros, ils n'étaient pas plus avancés avant l'étude du fauteuil qu'après. Le tueur semblait savoir exactement quoi faire pour ne laisser aucune trace. Il était précis et méthodique. Comme la plupart des tueurs en série, quoi. Abby vit la tête que faisait Gibbs et essaya tant bien que mal de lui remonter le moral.
« T'inquiète pas, Gibbs ! Tous les tueurs en série finissent par commettre une erreur ! Bon, d'accord, ça n'arrive parfois qu'au seizième meurtre, mais ils n'ont pas tous l'agent Leroy Jethro Gibbs à leur poursuite! »
« Non, mais tous ne visent pas des membres de mon équipe, Abby! »
« Bof, ce n'est pas non plus comme si c'était la première fois, tu sais, Patron. C'est même presque devenu une vieille routine : les méchants nous menacent, yadi-yadi-yada, en attendant, ce sont eux qui sont soit morts, soit derrière les barreaux pour un sacré bout de temps, et nous qui sommes toujours là ! » constata Tony.
« Peut être, mais j'aimerais bien que tu ne le prennes pas à la légère, Tony, s'il te plaît. L'homme dont nous parlons ne s'est pas contenté de simples menaces. Il a tué deux personnes de sang froid et il n'hésitera pas une seconde quand ce sera sur l'un d'entre vous qu'il fera feu. »
« Sauf si c'est nous qui tirons les premiers… Personnellement, ça ne me pose aucun problème. » certifia Ziva.
L'assurance affichée par ses agents ne rendit pas Gibbs moins soucieux.
« En attendant, je veux que vous soyez en permanence sur vos gardes. Et que vous soyez joignables à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. »
« De la nuit ? » protesta Tony.
« C'est ça ou toi, Ziva et McGee allez passer beaucoup plus de temps ensemble ces jours prochains… »
« Portable allumé en permanence, c'est noté! »
Ils remontèrent vers le bureau pour aller explorer encore quelques pistes.
Après tout, l'espoir fait vivre, comme le fit remarquer Tony.
L'ascenseur étant fort étroit, il ne put échapper à la claque que Gibbs lui asséna derrière la tête.
Lundi, 18h30, une rue devant le QG du NCIS,
L'homme était là depuis une bonne heure lorsqu'il fut enfin récompensé de sa patience.
Il s'installa plus confortablement encore et sortit sa petite caméra.
Tony et Ziva quittaient le NCIS. Ils s'arrêtèrent un moment dans la rue pour discuter. Bien sûr, l'homme était beaucoup trop loin pour entendre le moindre mot de leur conversation mais ça n'était pas nécessaire. Il n'y avait qu'à observer leur attitude crispée, leur air tendu, pour savoir qu'ils parlaient de lui. Enfin, Tony et Ziva se séparèrent. Ziva partit vers la droite et Tony resta quelques instants à l'observer avant de se diriger vers sa voiture garée non loin.
Ensuite, ce fut McGee qui sortit, accompagné de la fille gothique, Abby. Ils ne s'arrêtèrent pas et continuèrent tout droit. Ils passèrent à quelques mètres de Lui. Indifférents à sa présence, ils étaient plongés dans leur discussion.
L'homme retint un sourire. Décidément, c'était trop facile. Il le regrettait presque, mais il aimait à penser que c'était parce qu'il avait tout planifié consciencieusement et méticuleusement que tout ce passait si bien.
Il dut attendre à nouveau un moment avant de voir -enfin !- celui qui l'intéressait le plus : l'agent Leroy Jethro Gibbs. Ou : 'celui qui n'avait jamais été mis en échec par quelque criminel que ce soit'. En tout cas, jusqu'à aujourd'hui.
Gibbs était accompagné de la blonde qui vivait avec lui. Une sacrée emmerdeuse, du point de vue de l'homme. Il était là quand elle avait piqué sa colère, la veille au soir. Il n'en avait pas davantage compris les raisons que l'agent Gibbs.
Le jour déclinait lentement et la température descendait doucement. Mais l'homme restait assis, songeur. Par qui commencerait-il ? La petite du Mossad, douloureux rappel pour Gibbs de la mort de l'agent Todd, qu'il n'avait pas pu non plus empêcher ? Ou bien, par McGee, probablement la cible la plus facile ?
Il frissonna en revenant à la réalité et jeta un œil sur sa montre. 19h15. Il était temps de rentrer. Demain serait une dure journée.
Pour eux.
TBC…
