Royaume de Mirikan. Au Palais

Des gloussements résonnaient dans l'immense chambre aux murs de couleur or. Il était tard en cette chaude et humide nuit d'été. Une douce brise flottait dans l'air, soulevant les fins voilages de la grande porte qui donnait sur la terrasse. Dans un grand lit à baldaquins, une forme généreuse et quelque peu agitée se dessinait dans un océan de draps de soi blanc. Deux corps complètement nus s'y nichaient, enlacés dans une étreinte des plus intime.

« Tom, arrête… » dit une voix haut perchée toujours entremêlés de petits rires.

Tom continuait pourtant à mordiller le cou de la demoiselle à qui appartenait la dite voix sans se soucier de ces fausses complaintes. Elle riait de plus en plus et plongeait sa main dans l'épaisse chevelure de son partenaire tentant de le faire lâcher sa gorge. Elle arriva à ses fins et Tom releva sa tête.

« Tu vas finir par me laisser une marque…»

Tom se contenta de lui sourire et replongea dans son cou. Ce sourire était si faux, emplit d'hypocrisie, laissant croire à la jeune fille que pour une nuit il la considérait plus qu'une autre, comme digne de partager son lit. C'était vrai, les mains fines et parfaitement manucurées qui caressaient sa chevelure ne seraient bientôt plus qu'un souvenir. Il laissa alors une dernier trace de ses lèvres sur la peau douce de la demoiselle puis retomba à ses côtés, allongé sur le dos. Il laissa échapper un soupir de satisfaction. La jeune fille se rapprocha de lui avec la souplesse d'un félin et vint se blottir contre son torse. Tom posa machinalement une de ses mains sur elle et se laissa s'emporter par le sommeil.

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Le Lendemain matin.

« Comment ça va ? »

Deux mains réconfortantes vinrent se poser sur les épaules de Bill alors qu'il buvait son lait assis sur le rebord de la fenêtre de la cuisine.

« Ca va…plutôt confiant…»

Il répondit calmement sans détourner son regard qui fixait le levé du soleil sur le grand champs de blé. Il sentit l'ombre se rapprocher délicatement et cette dernière chuchota dans son oreille :

« Je pars travailler, je serais au théâtre dès que possible. »

Bill attrapa une des mains posées sur ses épaules pour l'amener à sa bouche et y déposer un baiser. Puis il tourna brusquement la tête vers son interlocutrice.

« En fait…je suis mort de peur… » avoua-t-il d'un ton discret.

Le visage d'Eva s'attendrit d'un sourire délicat devant l'honnêteté du jeune homme. Elle déposa une de ses mains sur la joue de son fils, caressant doucement son visage.

« Tout ira bien mon chéri, je le sais. Aie confiance… »

Elle termina sa phrase et lui embrassa le front amoureusement.

« A ce soir…moi j'ai confiance en toi. »

Aujourd'hui était un grand jour. Bill tenait le premier rôle dans une pièce de théâtre qui alliait comédie et musique. Ce soir, c'était la première représentation et autant dire que toute la ville serait présente. Ils avaient répéter pendant des mois, travailler les textes, la gestuelle, le jeux, la mise en scène. Et le grand soir était finalement arrivé, avec son lot de traque, et de nervosité que cela pouvait impliquer. Pourtant il était près, il le savait. Cette représentation comptait tellement pour lui, peut être un passeport pour la troupe Mandragor, la plus prestigieuse du tout le royaume. Bill cessa de penser et après avoir fermer la maison, se dirigea vers la théâtre, le cœur emplit d'émotions.

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La nuit tombée. Au Palais.

« Sir ! »

La voix d'un homme d'un certain âge retentit dans l'immense couloir qui menait vers la sortie du Palais.

Tom reconnaissant la voix, s'immobilisa alors que l'homme l'avait rejoint et se tenait maintenant devant lui.

« Votre père va encore être furieux vous savez. »

« Je le sais et je m'en fou. Vous savez aussi bien que moi qu'il est hors de question que je reste cloîtré au palais un soir de plein été alors que la plupart de mes amis sont dehors entrain de s'amuser ! »

Un léger sourire apparu au coin des lèvres de l'homme.

« Faites attention à ce que personne ne remarque votre présence, cela pourrait avoir des conséquences plutôt graves…»

« Ne vous inquiétez, c'est pas la première fois que je me mêle au peuple incognito, vous le savez. Et je suis vigilant alors dormez sur vos deux oreilles.» répondit Tom en donnant deux petites tapes sur l'épaule de Rudolf.

Ce dernier n'eut le temps de répondre que le jeune homme avait déjà disparu dans la nuit.

Rudolf était le conseiller et professeur de Tom depuis son plus jeune age. Il lui avait tout apprit. De l'instruction scolaire, aux arts de la peinture et de la musique mais également à celui de se battre. Il était comme un deuxième père pour Tom. Il se souciait de lui peut être plus que son propre père, le Roi.

Tom courrait dans les rues animées de Mirikan avec ferveur. Il devait rejoindre Joan, un de ces amis, dans un des plus grand théâtre de la ville. Il se sentait bien, il respirait mieux dès qu'il passait les portes du palais, ce qu'il faisait le plus souvent possible. Il s'était fait quelques amis qu'il avait rencontré lors de soirées données au palais. Eux même étaient issus de la haute bourgeoisie mais ne souhaitaient pas en rester là. Malgré ce que leur avait inculqué leurs parents, le monde extérieur était loin d'être aussi triste et ennuyeux qu'ils voulaient bien leur faire croire.

Il savait aussi qu'il devait être prudent et tout faire pour qu'on ne le reconnaisse pas. Si l'on venait à apprendre que le prince passaient ses soirées dans des théâtres populaire un peu douteux, cela serait sûrement bien mal reçu par le royaume. Mais il n'avait pas envi de penser à ça. Ce soir, il allait profiter de ces quelques heures de liberté.

« Mais qu'est ce que tu foutais! Ca a déjà commencé ! » chuchota Joan alors que Tom, haletant reprenait son souffle.

« Dois-je te rappeler que pour arriver jusqu'ici, je dois passer au travers d'une bonne 40 de gardes…je crois pas que tu puisses en dire autant. »

« Oh oui, veuillez accepter mes excuses les plus humbles Majesté » répondit Joan d'un ton moqueur.

Il imita un révérence. Tom ouvrit de grands yeux et frappa le bras droit de son interlocuteur.

« T'es malade, tu veux vraiment que je reste cloîtré dans ce palais toute ma vie ! »

Joan se contenta de lever les yeux et prit Tom par la manche de sa veste pour le traîner à l'intérieur du théâtre. Devant la scène, toutes les places étaient occupées. Les deux jeunes hommes se dirigèrent vers le balcon et finirent par trouver un endroit avec une vue correcte. Le décor était imposant et la scène débordait de lumière, de danseurs, de costumes et de musique.

La foule semblait émerveillée. Tom et Joan regardaient le spectacle avec amusement.

Soudain, un bruit sourd résonna dans tout le théâtre pour ne laisser place qu'a un silence de mort et à un lumière bleue qui parvenait de la scène. La surprise, c'est ce qu'on pouvait lire sur tous les visages. Les danseurs étaient retournés en coulisses et la musique qui avait disparu, était revenu mais avec un air beaucoup plus doux, un peu effrayant même. On pouvait distinguer une ombre qui se rapprochait dangereusement de la scène.

Tom était intrigué et ne cessait de fixer le personnage jusqu'à ce qu'il distingue qu'il portait une longue cape noire avec une grande capuche. Un bruit de tambour puissant résonna et le personnage fit voler la cape d'où s'échappa une colombe blanche qui alla se poser sur un des pan de mur de la scène. Des « oooh » venant de la foule éclatèrent dans toute la salle et la musique repris un rythme plus soutenue tandis que le personnage se tournait face à la foule. Il commença à chanter et le silence reprit immédiatement place parmi le public. Ce dernier semblait hypnotisé par la créature qui jouait devant eux. Il évoluait avec une telle grâce et se déplaçait avec tellement de légèreté qu'il était difficile de ne pas être subjugué.

Tom ne dérogeait pas à la règle et se laissait prendre au jeux de la beauté artistique qui jouait devant ses yeux. La voix de la jeune personne planait dans le théâtre comme un doux parfum destiné à envoûter n'importe qu'elle personne qui croiserait son chemin. Les yeux de Tom n'avait pas quitté le personnage et détaillait sa beauté dans les moindre détail. Ces cheveux noirs corbeaux explosant autour de son visage, ses yeux qu'on aurait dit dessinés étaient également recouvert d'un noir de plus profond et tout dans cet être semblait parfait, comme extraordinaire.

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Son numéro terminé, Bill retourna dans les coulisses afin de se changer pour la prochaine scène. Il entra dans sa loge, ferma la porte et s'appuya contre elle. Haletant encore, il esquissa un sourire. Il avait réussi.

Le spectacle s'enchaînait et se terminait sous un véritable tonnerre d'applaudissements. Le public était débout, sautant, gesticulant, acclamant les acteurs qui s'étaient tous rassembler pour le salut final.

Joan euphorique, ne pouvait s'arrêter d'applaudir. Il tourna la tête vers Tom un instant qui lui, ne manifestait aucun de ses sentiments. Il était là, planté, silencieux autour de tous les gens qui s'agitaient.

« Tom ? Ca va pas ? »

Quelques secondes de silence s'écoulèrent avant qu'il ne réponde

« Joan, il faut que je sache qui est cette fille. » lança t-il d'un ton calme et décidé ne cessant de fixé l'objet de sa précédente affirmation.

Il ne pensait plus à rien d'autre. Il avait trouver sa proie.

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