Chapitre 2 – Souvenirs
.
Gibbs claqua la porte de la salle d'interrogatoire sans ménagement. Il se retint de serrer les poings et laisser éclater sa colère. Ce n'était pas la chose à faire.
Tout de fureur contenue, il fit face à ses agents. Pas un mot ne franchit ses lèvres. Son regard se suffisait à lui-même.
- Toujours rien, Patron, annonça Tony en prenant les devants. Et toi ?
Le chef d'équipe secoua la tête négativement.
- On va la retrouver, assura Ziva.
C'était ce dont ils tentaient tous de se convaincre depuis deux jours. Mais, plus le temps passait, plus l'espoir de la retrouver vivante et en bonne santé s'amenuisait.
- Abby a de la ressource, ajouta DiNozzo. Je suis sûr qu'à l'heure qu'il est, elle est sur le chemin du retour et les types dans un sale état.
Il se voulait convainquant, mais rien n'aurait pu rassurer Jethro. Rien ni personne, si ce n'était ses aveux.
Il passa une main lasse sur son visage, se demandant encore comment ils avaient pu en arriver là. Souvenirs…
Mardi matin. L'appel de la police de Washington n'était qu'un parmi tant d'autres pour leur confier une enquête, un marine mort. Ça faisait longtemps qu'ils n'en avaient pas eu maintenant qu'il y pensait. Longtemps, mais pas encore assez.
L'enquête avait débuté pareille à toutes les autres. Les témoignages à recueillir, les entretiens, les recherches, les interrogatoires s'étaient succédé. Comme on rédige un rapport, il se les remémora tous, y ajouta des noms, des faits et diverses données. Le bilan final était ridiculement maigre. Un suspect, aucun mobile, des dizaines de témoins et autant d'alibis. Sans doute une des affaires les plus difficiles à résoudre de sa carrière. Une qui menaçait d'être classée sans avoir éclairci la mort d'un homme.
Ils s'y refusaient. Ils avaient persévéré. Tout avait dérapé. Et ils ne comprenaient toujours pas comment, ni pourquoi.
- Qu'est-ce-qu'on a ? s'entendit-il demander à son équipe au terme de ces cinq jours d'enquête.
Il souhaitait un résumé de ce qu'ils connaissaient, encore. Etait-ce pour vérifier qu'ils avaient tous les mêmes informations, tenter de découvrir une logique aux évènements ou une nouvelle piste ? Il n'en savait rien lui-même.
- Major Général Wallace Petersen de l'USNavy, commença Tony. Des joggeurs l'ont retrouvé mort dans le parc d'Anacostia, une balle dans la tête, mardi matin. Il était en poste à la base de Norfolk. Il a pris sa retraite il y a quatre ans,
Il posa son regard sur Ziva, signifiant ainsi qu'il n'avait pas besoin d'entendre de nouveau le curriculum vitae complet du gradé. Il le connaissait par cœur tant il était commun. Les honneurs, quelques blâmes pour des broutilles, des médailles à ne plus savoir qu'en faire et le respect de ses hommes, y compris ceux avec lequel il avait pu s'accrocher lors de sa carrière. Bref, rien d'intéressant pour élucider son meurtre.
- Marié depuis quarante cinq ans, son fils George est lui aussi dans la Navy, en ce moment sur l'USS Ronald Reagan. Sa femme était infirmière dans le civil. Elle est à la retraite depuis deux ans. Leur famille se trouve dans le Wisconsin.
Là encore, rien de palpitant pouvant éclairer leur enquête avec cette vie de famille tranquille. Sa femme lui avait toujours été fidèle, lui aussi. Le fils était divorcé et, contrairement à lui, cela s'était passé à l'amiable avec son ex-femme pour le partage des biens et la garde de leurs deux filles. Les anciens collègues et leurs voisins les appréciaient. C'étaient des citoyens modèles et le quasi archétype de la famille américaine. Ils avaient interrogé assez de monde pour le savoir. Il se demandait parfois si mettre le coiffeur de madame en salle d'interrogatoire parce qu'il lui avait jeté un regard noir suite à une réflexion –pas très fine, il devait l'avouer- de sa part n'était pas pour avoir l'impression de ne plus piétiner plutôt que le sentiment que l'homme lui cachait quelque chose. En fait, il était certain de la première réponse, mais se raccrochait à la seconde faute de mieux.
- Aucun ennemi connu, poursuivit McGee, ni problèmes d'argent. Il retrouvait quelques amis tous les jeudis soir pour jouer au billard dans un bar de Washington. C'est là qu'il a fait la connaissance d'une serveuse venant d'être engagée.
Leur seule piste solide. Leur seul suspect puisque toutes les autres personnes se trouvant chez Monty's ainsi que ses proches avaient de solides alibis et absolument aucun mobile. Une femme qu'il venait encore d'essayer de faire avouer. Sans succès.
- Une relation amicale s'est nouée entre eux. Elle l'a raccompagné à sa voiture la nuit où il a été tué. Elle est la dernière à l'avoir vu vivant et n'a aucun alibi pour l'heure du crime.
Ni aucun mobile non plus. Même chose pour l'arme introuvable et l'absence de résidus de poudre ou de sang sur elle.
- Avant-hier soir, Abby a disparu. Elle avait décidé de se rendre sur la scène de crime dans l'espoir de trouver une piste.
Comme pour le meurtre du général Petersen, et à cause de lui, ils n'avaient aucune piste à l'exception de la serveuse. Ils ne faisaient que supposer un enlèvement par plusieurs possibles comparses. En fait, ils n'avaient que des hypothèses sur le pourquoi de la disparition de la gothique et du décès du marine retraité. L'un s'était produit le jeudi soir à vingt heures, l'autre le mardi vers trois heures du matin et ils étaient samedi midi. Abby avait disparu depuis quarante heures, presque deux jours.
- Depuis, termina Tony, plus rien. Notre seul suspect s'appelle Alex Kem. Elle a vingt-deux ans et travaille chez Monty's depuis six semaines.
Il oubliait d'ajouter qu'ils étaient convaincus qu'elle était la clé de toute l'affaire, mais c'était inutile.
- L'avis de recherche ? demanda-t-il.
- Aucun retour.
Il hocha la tête et les congédia d'un geste de la main. Ils retourneraient à leurs recherches pendant que lui s'octroierait une courte pause avant de retourner entre ces quatre murs qu'il était en passe de détester.
Il pénétra dans l'autre pièce la mine sombre. Ducky, silencieux, contemplait la salle d'interrogatoire à travers la vitre teintée. Il s'avança pour se poster près de lui. Son regard s'égara sur la frêle silhouette recroquevillée dans un coin de la pièce, l'objet de son courroux.
- Elle ne dira rien, affirma Ducky.
Gibbs le savait déjà. Ses propos étaient le reflet de ses propres pensées.
- Elle doit parler, répliqua-t-il cependant son regard fixé sur elle.
Car il n'avait pas d'autre solution pour retrouver Abby. Il devait obtenir ses aveux. C'était la seule piste qu'ils avaient, la seule personne de qui ils obtiendraient des réponses.
Sauf qu'Alex Kem n'avait pas prononcé un mot depuis trente-six heures.
Alors ? Vous en pensez quoi ?
Je vous poste la suite ?
