Blabla de l'auteure:

Et voici un nouveau chapitre où vous découvrirez une nouvelle page de l'histoire de Fabrice.
Bonne lecture!


Chapitre deux : L'anniversaire :

Où le preuve que ce genre d'événement n'est pas forcement joyeux.

Un chaud soleil d'automne réchauffait le cimetière. C'était la fin de l'après-midi, au moment où la lumière se fond dans les ombres et où la chaleur laisse peu à peu place à la fraîcheur de la nuit. On était au milieu du mois de septembre mais on se serait cru à la fin du mois d'août.

Fabrice caressa du bout des doigts les lettres d'ors gravés sur une tombe. Tout lui rappelait ce jour-là. L'air avait la même odeur, les arbres la même couleur de feu, cela faisait dix ans mais pour le jeune homme cela aurait pu être hier.

Fermant les yeux il inspira à plein poumon l'air automnal, oui, il s'en souvenait comme si c'était hier.

Dix ans plus tôt :

« Dépêche-toi Tara ! Faut vraiment qu'on rentre ! »

Le cartable sur les épaules, les baskets frappant les pierres du chemin, Fabrice attendait. Il ne voulait pas jouer les trouble-fêtes mais ils allaient vraiment devoir partir, sa mère allait les attendre. Il tira sur le poignet de Tara qui essayait vainement de cueillir les dernières mûres.

« Aie ! Je me suis piquée !

-Bof, c'est trois fois rien, aller on rentre. »

Ronchonnant un peu la fillette plongea son doigt dans sa bouche avant de suivre son ami. En plus de s'être piqué elle avait taché sa robe, la bleue avec de minuscules fleurs blanches, celle que la mère de Fabrice lui avait offert. Sa grand-mère allait l'égueuler, mais bon elle avait l'habitude.

Alors qu'il passait un petit pont surplombant un ruisseau où croassait une multitude de grenouilles Fabrice se retourna, marchant à reculons en la regardant.

« Dis, tu crois que Betty va rester encore longtemps à l'hôpital ?

-J'sais pas. L'appendicite ce n'est pas si grave que ça si je ne me trompe pas. Elle devrait être rentrée à la fin de la semaine. On pourrait aller voir ses parents, pour leur demander.

- Ouais, on ira demain après l'école ? Parce que la faut qu'on rentre. Tu viens à la maison pour les devoirs ? J'ai rien compris à l'exo de math, ces poires faut les soustraire ou les multiplier ? »

Tara esquissa un petit sourire et répondit qu'elle lui expliquerait à la maison. Les maths c'étaient son truc, d'ailleurs le prof venait de leur rendre un devoir où elle avait eu la note maximal. Son cauchemar à elle c'était le français. Orthographe, grammaire, conjugaison…Autant de mot qui la faisait grimacer tandis que Fabrice souriait. Elle était la scientifique et lui le littéraire et c'était très bien comme ça, ils pouvaient ainsi s'entraider.

Alors qu'ils marchaient côte à côte Fabrice lui saisit la main et ils continuèrent à marcher ainsi, main dans la main. Ils n'étaient pas amoureux, non, ils étaient juste très proche, lorsqu'ils étaient plus jeunes ils jouaient même parfois à être frère et sœur.

Le manoir n'était plus loin, d'ailleurs ils le voyaient déjà se détachait derrière les arbres. Dans cinq minutes ils seraient arrivés. Sans pouvoir se retenir Fabrice se mit à courir, entraînant Tara avec lui. Il avait hâte de rentrer et de retrouver sa mère.

Ils entrèrent dans le manoir qu'ils eurent la surprise de trouver vide. Ce n'était pas normal, même si son père était en voyage à l'étranger, à une convention pour son travail si Fabrice se souvenait bien, sa mère, elle aurait dû être là. Sauf si elle était…

« Son atelier ! Tu prépares le goûter et je vais voir ?

-Ok, mais dépêche-toi, si tu es en retard je mange ta part. »

L'air espiègle de son amie le fit rire et, tandis qu'elle courait vers la cuisine, lui partait vers la petite maison, celle qui se trouvait au fond du jardin. C'était là que sa mère avait installé son atelier, ça la forçait à sortir sous la pluie en hiver mais elle aimait bien avoir son petit endroit à elle pour peindre. Pressé il ne toqua même pas à la porte se contentant de la pousser et de crier :

«Maman ! C'est moi, j'suis rentré ! »

Aucune réponse. Tenaillait par un pressentiment, un je-ne-sais-quoi imperceptible, il s'avança à pas prudent dans le laboratoire où sa mère préparait ses peintures et redis, d'un niveau sonore normal cette fois.

« Maman…Maman…T'es là ? »

Son cœur se mit à battre plus fort dans sa poitrine tandis qu'il poussait la porte donnant sur son atelier. Il ouvrit la porte en grand et poussa un hurlement en tombant sur les fesses avant de se mettre à quatre pattes et d'avancer ainsi.

« Ma…maman ? »

Il tapota le bras de sa mère qui était dur comme la pierre. Sa mère ne bougeait pas, ses yeux grands ouverts ne cillaient pas et aucun mouvement ne soulevait sa poitrine.

« Ma…Maman ? »

C'était le seul mot qu'il arrivait à dire, le cri d'un enfant en détresse qui voulait que sa mère se réveille. Oui, il voulait que maman arrête de dormir, il voulait… Une larme roula sur sa joue alors qu'il poussait un peu le corps en répétant :

« Maman… »

Ce mot il le répéta des centaines de fois dans les minutes qui suivirent, comme un disque rayé, jusqu'à ce que Tara entre dans l'atelier et le sorte de la avant de rendre tripe et boyaux. Pelotonné contre son amie, le garçon murmura ses « maman » jusqu'à l'arrivé de la police.

Moment présent :

Fabrice essuya les larmes qui coulaient à flot sur ses joues. Ils n'avaient jamais su qui avait tué sa mère. L'enquête avait piétiné durant de long mois avant d'être définitivement enterré. Aujourd'hui encore le jeune homme ne comprenait pas. Sa mère n'était pas aimée de tout le monde, personne ne peut être aimé de tous, mais jamais personne ne l'avait détesté au point de l'empoissonner. Les policiers avaient émis l'hypothèse d'un confrère jaloux mais Fabrice n'y croyait pas, sa mère était peintre et même si la concurrence était rude dans ce métier elle faisait toujours attention à ne pas empiéter sur les plates-bandes des autres artistes.

Peu à peu il avait fait son deuil mais chaque fois qu'il revenait sur la tombe ses larmes se mettaient à couler sans qu'il ne puisse s'en empêcher. Il posa sur la pierre un bouquet de fleurs sauvages, celle qui fleurissaient dans les champs en pleine été et que sa mère aimait peindre. Il allait bientôt faire nuit, l'heure de partir était presque venu mais il lui rester une chose à faire, à dire plutôt.

« Je voudrais te parler de quelqu'un maman. J'ai failli le faire à plusieurs reprises mais un quelque chose m'en a empêché. Elle s'appelle Moineaux. Nous sommes ensemble depuis longtemps même si nous nous sommes séparés plusieurs fois. Tu…Tu l'aurais aimé, elle est intelligente et très douce, enfin tant qu'elle ne se transforme pas en Bête car… »

Une grosse demi-heure plus tard il avait fini de raconter. Le jeune homme avait parlé de tous, de la beauté de sa petite amie, de leurs aventures, de leur rencontre…Et dans sa tête il voyait sa mère sourire, comme lorsqu'il lui avait parlé de Lena, une gamine rousse qui courrait plus vite que tous les garçons et qui connaissait plein de blagues. Sa première amoureuse. Il devait avoir six ou sept ans. Lorsqu'il lui en avait parlé sa mère lui avait souri et ébouriffé les cheveux avant de lui chuchoter à l'oreille :

« Tu me la montreras à la sortie de l'école, demain. »

Sentant qu'il allait se remettre à pleurer Fabrice se leva et sortie du cimetière après avoir salué une derrière fois sa mère. Alors qu'il prenait la direction du manoir une pluie fine se mit à tomber. Il aurait pu incanter un sort pour le protéger mais il n'en fit rien et continua d'avancer sous la pluie.

Une fois chez lui il fila vers la porte de transfert qui l'amena à Omois où il devait retrouver Moineaux. A peine sortit de la salle des Transferts il sentit sa poche vibrer et en sortit sa boule de cristal.

« Tara est à l'infirmerie, elle veut te voir. Fais vite. »

Le message était de Cal et sans le vouloir le jeune homme fronça les sourcils. Tara se retrouvait souvent à l'infirmerie mais jamais elle n'avait requis sa présence. Se mettant à courir il pria pour qu'il ne soit rien arrivé de grave à sa meilleure amie.

A peine entré dans l'infirmerie un chaman lui sauta dessus, l'assaillant de question. Que se passait-il ? Où avait-il mal ? Depuis quand ?

« Je vais bien, je ne suis pas malade. En fait je viens voir Ta…Heu l'Héritière.

-Fabrice, c'est ça ? Pardonnez-moi, je suis nouveau et un peu stressé. Suivez-moi. »

Il le guida jusqu'à une chambre individuelle puis, après avoir ouvert la porte, disparu. Le jeune homme entra dans la pièce et salua Cal, assit sur une chaise à côté du lit et qui regardait Tara comme si elle allait disparaître d'une seconde à l'autre. Cette dernière, pâle comme la mort, tourna la tête vers lui et lui fit un signe de la main, lui demandant silencieusement d'avancer.

« Cal, es ce que tu pourrais partir. S'il te plaît.

-Tara…

-Ne t'inquiète pas. Même s'il m'arrive quelque chose Fabrice est aussi qualifiée que toi pour aller chercher le chaman.

-Il t'est arrivé quoi ? demanda le jeune homme en s'asseyant au bord du lit.

-Je me suis évanoui.

-Et tu as fait une crise de…Raaaahh je n'arrive pas à me souvenir ! Une crise de spasmo-machin, ragea Cal qui fouillait dans sa mémoire pour se souvenir.

-Spasmophilie ? Comme après… ?

-Oui. S'il te plaît Cal, sors. Tu pourras revenir dès que Fabrice sera partit. »

Le voleur grommela un peu mais finis par poser un baiser très doux sur les lèvres de la jeune fille avant de sortir, laissant Tara et Fabrice seuls. Ce dernier se racla la gorge, un peu gêné, avant de prendre la parole :

« C'est parce que ça fait dix ans ?

-Non. C'est…Je suis désolée.

-Tu n'as pas à l'être. Tu n'as jamais fait exprès de faire des crises, un peu comme moi avec mes cauchemars. C'est sûrement à cause de tout ce qui se passe en ce moment, les démons, Cal et Robin, le dixième anniversaire… Pas étonnant que tu fasses une crise de stress avec tout ça. Néanmoins il faudrait que le chaman explique à Cal que ce n'est pas dangereux pour ta santé, parce que le pauvre à l'air sur le point de faire une crise cardiaque.

-Ces crises sont très impressionnantes, surtout qu'il n'a pas l'habitude mais je ne m'excusais pas pour ça mais pour ce que je vais devoir te dire. »

Tara, épuisée par sa crise, ferma les yeux pendant un instant avant de les rouvrir et d'essayer tant bien que mal d'attraper le verre d'eau sur la table de nuit. Fabrice, habitué à son état de faiblesse post-crise, l'attrapa avant elle et le lui tendit. Elle en vida la moitié avant de retomber sur ses oreillers.

« Un homme est mort aujourd'hui. Comme c'était quelqu'un d'important ma tante m'a envoyé sur la scène de crime, pour recueillir des informations auprès des enquêteurs. La victime s'appelait Ribnik Green, c'était le peintre officiel de la cour. D'après le chaman légiste il est mort d'un empoissonnement à l'arsenic.

-Comme maman. »

La voix de Fabrice était creuse, sans vie, ce meurtre allait faire remonter celui de sa mère en surface. On allait rouvrir le dossier, on allait les réinterroger, tout repasser au crible. D'un côté c'était bien, cela permettrait peut être de coincer l'assassin mais de l'autre…Il ne voulait pas revivre tout ça.

Dix ans plus tôt :

« Vous croyez ou vous en êtes sûr ?

-Je…j'en suis sûr ! »

Le petit Fabrice balança ses pieds d'avant en arrière et tenta d'oublier la lumière trop forte et les murs trop blancs. L'inspecteur de police en face de lui nota quelque chose dans son calepin et repris la parole :

« Vous nous dites donc que votre mère était enfermée dans son atelier depuis la veille au soir mais que vous êtes sûr qu'elle était vivante au matin, c'est ça ?

-O…Oui. Le matin y'avait de la brioche sur la table de la cuisine, celle que maman prépare et puis en partant pour l'école j'ai vu une ombre bouger dans son atelier. Elle était toujours vivante.

-Ça ne prouve rien jeune homme. Votre mère a très bien pu faire cette brioche le soir, avant d'aller à son atelier et l'ombre peut très bien être celle de son meurtrier. »

Le flic marqua encore quelques lignes dans son carnet puis passa un doigt dans sa moustache. C'était un flic à l'ancienne qui ne faisait aucune différence entre les enfants et les adultes, pour lui un témoin était un témoin, quel que soit son âge.

« Et donc…

-Excusez-moi messieurs mais mon patient a besoin de repos, il a subi un choc hier et cela fait presque trois heures que vous remettez sa parole en doute. Revenez demain. »

Le médecin, un homme entre deux âges avec un début de calvitie, s'était sortie de la contemplation de fenêtre et faisait désormais face au policier. Il paraissait bien frêle face à cet homme ventru mais son ton et son regard était sans appel. Le flic haussa les épaules, rangea son carnet dans sa poche et, en jetant un regard noir au médecin dit :

« C'est peut être votre patient mais c'est mon témoin. Enfin bon, je vais aller interroger la fille en attendant. »

Et il sortit d'un pas lourd, laissant dans son sillage une odeur de cigarette.

« Elle va bien Tara ? demanda Fabrice en regardant le médecin.

-Elle est très fatigué, elle a fait plusieurs crise de spasmophilie, tu veux que je t'explique ce que c'est ? »

Intrigué le jeune Fabrice hocha la tête.