Titre : La couleur des souvenirs

Résumé : « Je n'ai jamais raconté mon histoire auparavant. Pourquoi l'aurais-je fait ? J'étais bien trop occupée à la vivre. Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que je suis seule. Parce que je ne vis plus rien. Parce que je veux les revoir une dernière fois, ces instants avec lesquels j'ai passé la plus grande partie de ma vieillesse. Parce que je veux boire, encore, les couleurs qui composent le tableau de ma vie. »

Disclaimer : Je ne fais qu'emprunter les personnages d'une autre...

Rating : M, pour plus tard

Note d'auteure : Voilà le premier chapitre, le premier souvenir de notre chère Hermione. J'espère que vous aimerez !

Aube d'argent

« Le monde normal est si fade, pensait Hermione Granger, allongée sur son lit, un livre entre les mains. A côté de ces mots qui m'emportent en voyage, la réalité est d'une banalité affligeante. »

Personne, pourtant, n'aurait vu dans cette gamine aux cheveux broussailleux une rêveuse infatigable. Bien trop pragmatique, disaient ses parents. Un esprit logique remarquable, clamaient ses professeurs. Pffff, ennuyeuse, rétorquaient ses camarades de classe. Hermione Granger n'avait pas d'amis. Ou plutôt elle en avait des milliers dans un seul de ces ouvrages qu'elle emportait toujours avec elle. Lorsque sa tante Marguerite, la soeur de sa mère, lui avait, pour son sixième anniversaire, proposé une jolie robe blanche à rubans au lieu d'un de ces affreux grimoires ''beaucoup trop compliqué pour une si petite tête'', elle avait froncé les sourcils en répliquant d'une petite voix candide :

« Tu sais, tante Marguerite, tu devrais peut-être t'y intéresser plus souvent, à ces affreux grimoires. Qui sait, tu deviendrais un peu moins insipide ! »

Ses parents lui avaient par la suite clairement fait comprendre qu'on ne disait pas ce qu'on pensait aux grandes personnes. Oui, même aussi désagréable que tante Marguerite, avaient-ils affirmé. Puis ils avaient séché les pleurs de leur fille, l'avaient câlinée pendant des heures et n'avaient jamais plus invité Marguerite à la maison...

Hermione Granger aimait s'évader par la pensée autant que par les mots. Elle partait parfois en voyage autour du monde, devenait tour à tour princesse ou magicienne, combattait des dragons ou de puissants mages noirs. Elle adorait tout particulièrement les livres qui traitaient de sorcellerie. Envoûtements, sortilèges et métamorphoses prenaient dans son esprit une dimension presque réelle. C'est pourquoi elle ne s'étonna qu'à peine lorsque survint le premier événement étrange : elle avait toujours été étrange... Elle avait alors dix ans. Tard pour une première manifestation des pouvoirs magiques, avait-elle appris par la suite, et pourtant signe d'une grande puissance.

Elle rentrait de l'école, seule, comme tous les soirs. Ses parents, dentistes tous les deux, travaillaient beaucoup, et elle avait appris très tôt à se débrouiller. Il faisait nuit, une de ces nuits froides d'hiver, et la fillette traversait le quartier le plus dangereux de Londres. Elle n'avait pas peur, cependant : elle marchait aux côtés d'un dragon et d'un magicien... Elle sursauta à peine lorsqu'une main saisit son bras et, avec aplomb, fit face à l'homme vêtu de noir qui la regardait d'un air mauvais. Une petite voix fluette sortit de la bouche de l'enfant :

« Tu risque d'avoir des problèmes si tu ne me lâche pas... »

Quelque peu ébranlé par l'assurance de la petite fille, l'homme dessera légèrement sa prise puis, se ressaisissant, lui lança un regard ouvertement moqueur.

« Ah oui ? Et qui me causera des problèmes ? Toi peut-être ? »

La fillette le regarda avec un air mystérieux puis, levant sa main encore libre, dessina dans l'air d'étranges caractères. Le malfrat sentit doucement son corps se durcir et ses muscles se pétrifier. Il avait toujours le contrôle de son esprit, cependant, et, paniqué, s'interrogeait sur les intentions de la mioche Allait-elle le dénoncer ? Le livrer à la police ? Ou bien pire ? Elle se contenta de dégager son bras et partit sans se retourner. Elle ne dit jamais rien de cette aventure, de peur que ses parents ne lui ôtent ces promenades nocturnes qu'elle appréciait tant.

Quelques jours plus tard, cependant, ses pouvoirs se manifestèrent à nouveau en présence de ses parents. La fillette, affamée, refusait d'attendre le dîner. Elle descendit donc dans la cuisine et fit venir à elle le bocal de biscuit qui trônait au-dessus de l'armoire et, avec naturel, piocha dans ledit bocal pour satisfaire sa faim. Ses parents, bouleversés et sans voix, ne purent que s'incliner devant l'évidence lorsqu'Hermione leur expliqua, d'une voix calme et posée, qu'elle l'avait toujours su, qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter, que c'était totalement normal et que, oui, elle allait faire des efforts pour se contrôler.

La lettre arriva pendant les vacances d'été. Elle sentait bon le vieux papier et le nom d'Hermione était inscrit sur l'enveloppe d'une élégante écriture verte. Monsieur et Madame Granger avaient été les seuls surpris lorsqu'un hibou s'était introduit dans le salon par la cheminée. Patiemment, leur fille unique leur avait expliqué que les hibous avaient beaucoup d'avantages et un don certain pour l'orientation. Ils étaient peu onéreux, rapide et capables de voler pendant des jours dans la tempête pour remplir leur mission. Les parents de la fillette mirent fin à cette conversation complètement surréaliste en tendant à Hermione le précieux fardeau du volatile. Celle-ci, d'un air grave, ouvrit délicatement l'enveloppe et en sortit un parchemin couvert d'une écriture serrée. La petite voix enfantine s'éleva alors dans le salon des Granger.

COLLÈGE POUDLARD, ÉCOLE DE SORCELLERIE

Directeur : Albus Dumbledore

Commandeur du Grand-ORdre de Merlin

Docteur ès Sorcellerie, Enchanteur-en-chef, Manitou suprême de la Confédération internationale des Mages et Sorciers

Chère Mademoiselle Granger,

Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription au collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. Nous vous rappelons que le seul endroit accessible pour acquérir ledit équipement est le chemin de Traverse.

Comme pour tous les enfants issus de milieux non magiques, vous aurez droit à une visite en règle du monde magique. L'un de nos professeurs passera à votre domicile dans le courant du mois d'août.

La rentrée étant fixée au 1er septembre, nous attendonc votre hibou le 31 juillet au plus tard.

Veullez croire, chère mademoiselle Granger, en l'expression de nos sentiments distingués.

Minerva McGonnagall

Directrice Adjointe

La fillette cessa sa lecture dans un silence gêné. Ses parents ne savaient trop quoi penser de ce canular - car, ils en étaient sûrs, cela ne pouvait être qu'une farce stupide. Hermione, quant à elle, était plongée dans ses pensées.

« Hermione, tu nous explique ? »

La fillette inspira profondément. Elle avait toujours su qu'elle devrait avoir cette conversation avec ses parents, tout comme elle avait toujours su qu'elle était spéciale. Différente. Elle pouvait faire des choses dont ses camarades, à l'école, étaient incapables, même sans parler de magie. Elle avait développé une mémoire prodigieuse et un don pour les langues assez exceptionnel. Elle avait lu l'intégralité de la bibliothèque du quartier et faisait de celle du quartier voisin sa nouvelle maison. Elle se demandait simplement si ses parents accepteraient cette différence, ou s'ils la rejetteraient, ou pire lui interdiraient de partir. Elle blêmit à cette idée. Tout mais pas ça ! Elle avait tellement attendu !

« Ceci est une lettre de Poudlard. Manifestement une école qui forme les jeunes sorciers. Les gens comme moi...

- Ne dis pas ça ! Tu es une petite fille comme les autres ! C'est une farce... Ça ne peut être qu'une farce ! Affirma sa mère d'une voix hystérique

- Maman... soupira Hermione. Ne sois pas si fermée d'esprit !

- Fermée d'esprit ! Tu m'accuse d'être fermée d'esprit ! Mais enfin, Hermione, tu reçois cette lettre étrange, apportée par un hibou VIVANT, tu n'es pas surprise d'apprendre que tu es inscrite dans une école de sorcellerie et tu m'accuse de manquer d'ouverture d'esprit !

- Je croyais que tu avait fini par accepter que j'étais différente... répondit Hermione, au bord des larmes. Vous m'avez toujours dit que la différence est une force. Ce n'est pas la première fois qu'il se passe des choses étranges dans mon entourage... Papa, dis quelque chose ! »

Et George Granger de répondre :

« Calme-toi, Helen... Regarde dans quel état tu te met pour une si petite chose... »

Il se tourna ensuite vers sa fille qu'il attira dans ses bras. Il la berça tendrement pendant de longues minutes, laissant à son épouse le temps de se ressaisir.

« Nous avons toujours su que le moment viendrait où tu devrait partir. Nous ne nous attendions pas à ce qu'il arrive si vite et d'une manière si... innatendue. Si c'est l'endroit où tu veux aller, où tu pense que tu peux être heureuse, alors nous ne t'empêcherons pas de partir... »

Helen s'approcha à son tour de sa fille qu'elle enlaca doucement.

« Pardonne-moi, Mione. C'est juste que dans mon esprit tu es encore mon bébé à moi, celui que je tenais dans mes bras. Tu as grandi tellement vite... La vie est injuste ! Si ton choix est de partir, alors va. N'oublie pas, cependant, que tu auras toujours ta place ici...

- Tu es quelqu'un d'extraordinaire ma fille, tu le sais ? Je ne parle pas de magie, de sorcellerie ou de tous tes trucs étranges. Tu es juste quelqu'un de bien. Ne l'oublie pas et profite de ce que tu es ! Ajouta George Granger

Nous t'aimons tendrement, papa et moi... Tu nous écriras, hein ? Ajouta-t-elle d'une voix inquiète... »

Hermione sourit dans les bras de ses deux parents, une larme perlant au coin de ses yeux. Ils allaient lui manquer... Même s'ils étaient extérieurs à son monde, même s'ils ne comprenaient pas toujours, même s'ils étaient simplement résignés, elle les aimait, elle aussi... Ils passèrent de longues minutes dans les bras les uns des autres et, lorsqu'ils se séparèrent pour aller se coucher, la lune était déjà haute dans le ciel.

« J'espère qu'on ne s'est pas encore engagé dans une galère sans nom, souffla Helen dans l'oreille de son époux. »

La fillette attendit d'être seule dans sa chambre pour manifester sa joie. Et elle dansa, et elle remercia sans fin la lune et les étoiles, et elle hurla de bonheur. Elle était acceptée dans un monde qu'elle avait passé sa vie à imaginer. Elle vivait le début d'une aube nouvelle. Tout ne pouvait qu'aller bien, à présent ! Elle s'endormit, la lettre serrée contre son coeur.