Hermione Granger déposa son verre sur la table basse du salon, et jeta un coup d'œil en arrière pour percevoir la mine presque dégoûtée de Ron. Elle n'avait nul besoin de réfléchir pour imaginer que derrière eux, Harry et Ginny profitaient de ce court instant en solitaire pour se démontrer mutuellement leur affection.

- Qu'est-ce qui te fait rire ?

Le ton de la voix qu'avait prit Ron, n'avait rien d'agressif. Non, il était presque amusé. A vrai dire, depuis le début de la soirée, aucun mauvais mot n'avait su dépasser les limites du convenable. Ils étaient toux paisibles, attendant comme tous bons amis, les douze coups de minuit qui leur signifieraient le passage à la nouvelle année.

- Toi, lui répondit-elle.

- Je te fais rire ? Si tu veux mon avis, je pense que tu as assez usé de ce vin pour aujourd'hui…

Amusé, il fit semblant de reprendre le verre de son amie avant de la voir lever elle-même sa main vers la même direction. Ce qui devait arriver, arriva.

Une tâche bordeaux s'étendait désormais sur le bustier légèrement décolleté qu'avait fait l'effort de mettre Hermione. Et les oreilles de Ron prirent la même teinte cramoisie.

Rapidement, il attrapa une serviette en papier et lui tendit, prenant soin de poser son regard n'importe où pourvu qu'il ne puisse la voir.

Il resta comme ça un moment, serviette dans la main, avant d'entendre le son typique d'un sort lancé. Alors, il leva son regard et la vit, baguette contre elle, batailler contre la tâche qui semblait à peine avoir diminué.

- Je suis désolé 'Mione…

Elle leva son regard vers lui et tenta de paraître amusée face à la situation. Ce n'était sans doute pas le moment de lui faire remarquer qu'elle aurait pu se passer pour ce soir, de sa maladresse légendaire.

- C'est rien…

Aussitôt dit, son attention se reporta sur le fichu tissu qui ne semblait vouloir se détacher. Puis résignée, elle laissa tomber sa baguette sur la table.

- J'avais oublié la réputation tachante de cet alcool. Un simple sort de nettoyage ne suffira pas.

- Je… je vais demander à Ginny si elle n'a pas un t-shirt à te prêter.

Il se leva, et commença son avancée d'un air plus que déterminé, vers la cuisine. Seulement, face à la porte fermée, il se rappela soudainement ce qui l'avait fait grimacer quelques minutes auparavant. Alors, il fit demi-tour et tête baissée, essaya :

- Si je te trouve autre chose, ça te va aussi ?

Comment aurait-elle pu lui dire non ? Lui, la mine déconfite, semblable à celle d'un enfant prit sur le fait. Lui, les yeux brillant, contrastant avec son teint rougi. Lui, apparemment prêt à quelques concessions pour rattraper son erreur.

Elle hocha la tête et le regarda s'éloigner, mains dans les poches.

Quelques minutes plus tard, elle le vit revenir, un t-shirt blanc dans ses mains. Toujours la tête baissée, il lui tendit, et elle sourit à s'imaginer Ron repliant le vêtement à la hâte. Car elle le savait, l'armoire n'avait trouvé sa place dans la chambre du jeune homme, que parce que sa mère avait insisté.

- Je suis désolé, je n'ai pas trouvé mieux.

Elle hocha la tête. Simplement. Incapable d'en dire plus, son odorat l'ayant déjà attirée loin de là. Elle tenait entre ses mains, son odeur. Celle si particulière sur laquelle elle n'avait jusqu'alors su mettre de nom.

- Si tu n'en veux vraiment pas… Je… j'irais voir ce qu'ils font là-dedans pour voir si Ginny peut t'aider.

Elle pu lire dans ses yeux l'effort dont il avait du user pour lui sortir cette phrase. Pourtant, à ce moment là, elle ne souhaitait rien d'autre que d'enfiler ce t-shirt. Ce qu'elle fit finalement au moment où la porte de cuisine s'ouvrait.

Les deux tourtereaux se contentèrent de regarder les deux autres, amusés. Ils déposèrent sans un bruit des coupes de glace devant chacun, et allèrent s'installer à leur tour dans le silence gênant.

- Vous en avez mis du temps…

Hermione ne put s'empêcher de penser que réellement jamais, Ron ne saurait faire preuve de tact. Elle leva les yeux au ciel, par habitude. Sachant que de toute façon, Ginny allait sans doute répondre à sa place. Ce qu'elle fit, bien sûr.

- Apparemment, ça t'as suffit pour…

Elle ne put finir sa phrase, la main d'Harry venant se mettre contre sa bouche. Ron en profita pour faire ce qui lui semblait incontournable : s'expliquer.

- J'ai renversé du vin sur son t-shirt et c'était un accident !

Il regarda Hermione, comme pour la supplier silencieusement de confirmer ses propos.

- D'ailleurs, poursuivit la jeune femme, j'aurais pu rentrer chez moi pour me changer.

- Dans cet état ? Lui dit Harry. Il est dangereux de transplaner avec de l'alcool dans le sang. C'est pas à toi qu'on va apprendre ça Hermione…

- Harry a raison, 'Mione. Si tu veux je te laisserais ma chambre et… et je dormirais sur le canapé.

Sa chambre… son lit… son oreiller… son odeur pour elle toute seule. Elle hocha vaguement la tête, prenant soin de leur laisser croire que non, cette situation ne l'enchantait guère mais qu'elle était une femme raisonnable.

- D'accord… vous avez gagné, je dormirai ici mais… mais je ne suis pas ivre. J'ai encore la tête sur les épaules et je pourrais transplaner si je le voudrais.

- Mais oui…

Elle regarda l'homme qui venait de prononcer cette phrase et pour la première fois de la soirée, sentit le même regain d'animosité l'animer. Voilà qu'il commençait à la titiller comme au temps du collège. Seulement voilà, ils n'étaient plus des ados.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Harry jeta un regard digne d'un appel au secours à sa fiancée qui ne trouva rien de plus à dire que :

- Harry… tu viens m'aider, je crois qu'on a oublié le chocolat pour mettre sur les glaces.

Le jeune homme se leva sans même lui répliquer qu'un sorbet se mangeait sans chocolat et la suivit dans la cuisine. Pendant ce temps, Ron semblait avoir trouvé ses mots.

- Enfin 'Mione… on sait bien que tu ne bois jamais et avec ce que tu as pris ce soir, ça m'étonnerait que… tu ne sois pas… bourrée.

- Bourrée ! Modère tes propos Ronald ! Et puis… Comment ça je ne bois jamais ?

- Bah oui, c'est dans ton caractère ça…

Elle sentit le sang bouillonner dans ses veines mais s'efforça de rester calme alors qu'elle lui répondait :

- Je t'en pris, développe…

- C'est comme… c'est comme prévoir tes habits la veille au soir ou toujours avoir une brosse à dent en plus, au cas où.

- Je peux connaître le rapport avec l'alcool de ce soir ?

- C'est ta façon d'être. Et si tu te détournes de ta façon d'être bah…

Cette fois, elle ne put maintenir le sourire qu'elle s'était efforcée de garder. Il était tout bonnement en train de lui dire qu'elle était prévisible… et donc… sans grands intérêts.

- Et tu ne t'es jamais demandé pourquoi ? Tu n'as jamais essayé de comprendre pourquoi tu m'avais toujours vu comme ça ?

Cette fois, elle ne pouvait retenir l'intonation de sa voix alors qu'elle poursuivait :

- Je pourrais dire la même chose de toi ! Comme… pourquoi tu baisses toujours la tête comme un gamin de six ans quand je réplique à tes propos. Pourquoi tu dors toujours avec ta couverture des canons de Chudley alors que tu râles quand ta mère à le malheur de te parler comme à un enfant. Et pourquoi… pourquoi tu es incapable de te stabiliser émotionnellement…

- Je ne vois pas de quoi tu parles…

La voix de Ron semblait se faire aussi forte et parcourut de tressaillements que celle d'Hermione.

- C'est bien ça le problème ! Tu ne vois jamais de quoi je parle ! Mais par Merlin ! Tu ne peux pas te mettre deux secondes à ma place Ronald Bilius Weasley !

Le jeune homme garda la tête baissée un instant avant de relever son regard. Un regard plein d'amertume et d'incompréhension. Pendant un instant, Hermione crut qu'il allait répliquer. Elle le souhaitait sans doute. Mais voilà, elle avait eu tord. Ron pouvait aussi être imprévisible. Et déstabilisée, elle le vit s'éloigner vers le couloir.